L’ultime rencontre Netanyahou-Trump ?

Freddy Eytan

Avant son départ pour Washington, Netanyahou semblait anxieux et très inquiet sur la marche à suivre, effrayé surtout par d’éventuelles réactions humiliantes de la part de Donald Trump. Contrairement à sa première rencontre qui inspirait une confiance aveugle et pleine d’enthousiasme, le résultat incertain de ce huitième entretien à la Maison Blanche devenait pour lui une mission compliquée d’autant plus que l’opinion américaine et le proche entourage de Donald Trump devenait de plus en plus méfiant à son égard. Conscient de l’importance diplomatique, stratégique, médiatique et personnelle de cette rencontre, le Premier ministre a donc choisi d’adopter un profil bas, d’éviter les pièges et les désaccords et se dérober surtout de la presse israélienne…

En entrant et sortant par la porte arrière de la Maison Blanche, cette tactique, certes peu chevaleresque, a évité le pire et dissipé certains malentendus.  Dans un contexte explosif sur plusieurs fronts, Netanyahou et Trump ont qualifié la rencontre de fructueuse et c’est l’essentiel pour l’heure. De ce fait et sur le fond, le but d’Israël et des Etats-Unis convergent sur les menaces du régime islamiste iranien et son projet nucléaire.

Cependant, derrière cet écran de fumée et pour prouver ses bonnes intentions, Netanyahou choisit, comme de coutume, la politique de la retenue et de faire plusieurs concessions…

Il n’interviendra pas dans les affrontements qui se poursuivent contre l’Iran, permettra de poursuivre les négociations avec le Liban en s’engageant de retirer par étapes les troupes de Tsahal, et il acceptera, contrairement à toutes ses promesses, l’entrée dans la bande de Gaza de la force internationale bien avant le démantèlement du Hamas.

Donald Trump, Benjamin Netanyahu
(Photo officielle de la Maison Blanche)

Conscient qu’il partage avec le président américain les mêmes valeurs républicaines, Netanyahou sait parfaitement que la fluidité et l’alchimie dans les relations personnelles sont des atouts considérables dans la diplomatie et dans les rapports internationaux. Il doit donc prouver que l’Etat juif est vraiment le seul allié fidèle de la région et que sans sa puissance militaire, ses excellents services du renseignement et ses valeurs démocratiques, c’est tout le Moyen-Orient qui plongerait dans un chaos irréversible. De ce fait, il souhaitera toujours qu’Israël soit renforcé, réconforté et admiré.

Cependant, avec Obama et Biden, Netanyahou se permettait de réagir contre eux en s’appuyant sur des membres pro-israéliens au Congrès tel Lindsey Graham qui vient de quitter ce monde. La donne a changé aujourd’hui, une grande partie de l’opinion américaine est hostile à la politique israélienne et l’antisionisme est propagé par des courants antisémites et pro-palestiniens.

Avec Donald Trump, Netanyahou est réservé et plus prudent, conscient qu’il est un grand ami du peuple juif et qu’il a offert une large manœuvre et un grand crédit. Toutefois, Trump n’est pas un diplomate mais à l’origine un homme d’affaires chevronné et ambitieux qui souhaite faire des « deals », de bonnes affaires, et gagner toujours la partie, mais surtout il détient la clé de la paix ou de la guerre au Moyen-Orient, celle de l’avenir de l’Etat juif.

Il soutiendra Israël au sein des instances internationales, imposera fièrement son veto au Conseil de sécurité, et écartera toute tentative des Arabes de délégitimer ou de boycotter Israël et combattra avec acharnement contre le fléau de l’antisémitisme. Il travaillera, main dans la main, avec Nétanyahou et ses successeurs dans le combat contre le terrorisme et sera plus vigilant que ses prédécesseurs sur la menace iranienne. Toutefois, il exigera un fairplay et présentera toujours la note et un constat des faits accomplis sur le terrain. Rappelons qu’il n’y a pas chez les Américains des repas gratuits.

A la veille d’élections législatives très agitées à la Knesset, Netanyahou est mis donc à rude épreuve sur tous les plans.

Dans cette course contre la montre et face aux prévisions négatives sur son propre avenir politique, Netanyahou n’a malheureusement pas changé de comportement.   S’il souhaite gagner ces nouvelles élections et rencontrer une neuvième fois le président américain, il devra prouver ses capacités d’homme d’Etat. Présenter une stratégie claire et cohérente sur tous les dossiers brûlants, rassembler la nation israélienne et ne plus la diviser et l’effrayer pour pouvoir régner à n’importe quel prix.