Les succès militaires face aux échecs diplomatiques et médiatiques

Freddy Eytan

53 ans après la guerre de Yom Kippour nous nous retrouvons aujourd’hui dans une situation asymétrique similaire dont nos leaders ne sont pas capables à transformer les succès sur le champ de bataille en un processus de paix politiquement clair et avantageux.

En 1973, les Israéliens avaient vu la mort en face, la destruction totale de leur cher foyer national. Rappelons que les Arabes attaquèrent avec plus de 5500 chars. Sur le front de Suez, les Egyptiens alignèrent deux fois plus de chars que Montgomery et Rommel dans le désert de Libye durant la bataille d’El Alamein ; tandis que les Syriens attaquèrent avec une force égale à celle que l’Allemagne lança à l’époque contre la France.

Le général légendaire Moshé Dayan évoqua même, dans une allusion biblique, la fin du troisième Temple. En dépit de certaines informations alarmantes et d’un sérieux avertissement du roi Hussein de Jordanie sur un éventuel conflit armé, les Arabes ont surpris l’Etat juif pour la première fois.

Cette guerre de Yom Kippour a secoué la société israélienne sur tous les plans. Ce fut un « tremblement de terre » dans la vie politique et militaire que personne n’a osé imaginer.

La confiance aveugle des généraux de l’époque, le mépris de l’adversaire après sa forte humiliation lors de la guerre des Six Jours, et l’indifférence du gouvernement travailliste face aux menaces éventuelles, ont plongé le pays dans un mécontentement profond et une amère frustration.

David Elazar
Le chef d’état-major Dado Elazar accompagné du général Yitzhak Rabin durant les combats de la guerre de Kippour-1973 (Eitan Haris/GPO)

La victoire militaire fut acquise grâce à une foi inébranlable, un courage et une solidarité exemplaires. Les combats acharnés menés avec brio par le général David Elazar ont stupéfait tous les états-majors étrangers. Après 18 jours de combat, les chars de Tsahal étaient arrivés à 101 km du Caire et à 40 km de Damas…

Et pourtant, cinquante ans plus tard, nous répétons les mêmes erreurs et nous subissons les mêmes conséquences. Comment expliquer que depuis le retrait de Tsahal de la bande de Gaza en 2005, les généraux comme les chefs du gouvernement avaient négligé les intentions du Hamas, ce mouvement religieux fanatique, filière de la confrérie des Frères musulmans, capable des pires cruautés et crimes de guerre. On a permis, pour la première fois depuis la guerre d’Indépendance, à une organisation terroriste à conquérir un territoire souverain de l’Etat d’Israël.  Plus de cinq mille terroristes du Hamas ont envahi une vingtaine de localités du sud du pays.  Ils ont assassiné 1200 personnes dont des vieillards, femmes et enfants, et pris en otage 251 soldats et civils sans que Tsahal puisse intervenir à temps et sauver des vies humaines. L’armée de défense de l’Etat d’Israël a perdu durant plusieurs heures sa première vocation, celle de défendre ses citoyens.

Ruins in El-Rama in Gaza, October 9, 2023
Destruction de bâtiments abritant des chefs terroristes du Hamas à Gaza. (WAFA/Wikimedia Commons)

Un échec colossal pour l’armée considérée comme la plus puissante du Moyen-Orient. Tsahal et le Shin Beit n’ont pas pris des actions préventives. Durant deux décennies, les gouvernements successifs ont cru que le Hamas était dissuadé, qu’il ne représentait pas une menace réelle et que seul l’Iran devenait l’ennemi numéro un. La conception défensive de Tsahal a échoué dans la bande de Gaza comme sur le canal de Suez en 1973.

Le rapport de la commission Agranat publié après la guerre de Kippour avait épargné les graves défaillances du gouvernement Golda Meir et surtout celles du ministre de la Défense, Moshé Dayan. Aujourd’hui, il est temps qu’une commission d’enquête publie un sérieux rapport également sur la responsabilité du gouvernement actuel et particulièrement celle du Premier ministre.

Naza
(Democracy Now/YouTube/Capture d’écran)

Malgré et en dépit des succès militaires et ceux du Mossad nous piétinons sur le plan diplomatique et médiatique. Nous nous trouvons dans une impasse et isoler dans l’arène internationale en raison d’absence de stratégie politique, de politisation grotesque, et manque de coordination étroite et entre tous les ministères notamment avec ceux de la Défense et des Affaires étrangères.

Hélas, notre Hasbara a fait faillite, et donc il est capital et urgent de créer une nouvelle diplomatie publique, efficace et crédible, dont son devoir est de réagir rapidement avec des arguments solides contre toutes les manipulations et les mensonges de nos détracteurs.

Nous devrons avouer aussi que nous sommes en partie responsables de notre isolement diplomatique. Comment expliquer les nominations politiques prises à la légère ? Est-il concevable de laisser le poste de l’ambassadeur à Londres vacant durant plusieurs mois ? Pourquoi négliger le dialogue et mépriser un Etat membre permanent de Conseil de sécurité ? Comment ne pas maitriser le chaos que sème un groupe anarchiste juif en Judée et Samarie ? Comment aussi ne pas réagir aux activités des ONG pro-palestiniennes, toutes celles financées par l’Union européenne ?

Ces jours-ci, à l’approche des élections législatives à la Knesset, nous constatons un réveil d’ONG de l’extrême gauche dans le but est de dénigrer Tsahal et le gouvernement israélien et de les accuser de crimes de guerre.

Dans le contexte anti-israélien et l’aveuglement pro-palestinien on ne s’étonne plus du double jeu et de l’hypocrisie de tous ceux qui prétendent parler au nom de la liberté d’expression et de la culture.  Le film de propagande Naza qui vient de remporter le prix spécial à la Mostra de Venise est un exemple flagrant parmi tant d’autres. Comment le réalisateur de ce « documentaire » de 80 minutes ignore-t-il les crimes abominables du Hamas ? Il n’existe d’ailleurs aucun reportage d’investigation anonyme, sans preuve, sans date et aucun nom des « acteurs. »

Les juges ont donc récompensé un faussaire devant une salle en délire et des salves d’applaudissements. L’argument qui nous dit, ceux sont des réalisateurs israéliens qui ont donné la parole à des soldats, ne confirme rien du tout, puisque l’état-major de Tsahal a démenti en bloc et le rejet est quasi unanime en Israël. Et malgré tout, le journal Haaretz et 200 cinéastes israéliens soutiennent la diffusion de ce documentaire.

Certes toutes les guerres sont sales. Il a toujours des victimes collatérales mais à la différence des armées occidentales dont la France et les Etats-Unis, chaque opération militaire est suivie par un conseiller juridique conformément au droit international.

Depuis la première Intifada de 1987 une grande partie des films israéliens sont orientés sur le conflit israélo-arabe en mettant en relief les souffrances des palestiniens. Ce genre de films, obtient automatiquement une bonne presse et des prix à l’étranger, mais surtout facilite l’obtention de budgets.

Les marginaux israéliens sont omniprésents, ils sont d’intarissables bavards surtout à l’étranger. Ce sont toujours les mêmes qu’on retrouve dans les colonnes des journaux étrangers et sur les réseaux sociaux. Ils se réjouissent de laver le linge sale sur la place publique avec arrogance et sans scrupule. Ils refusent avec mépris toute solidarité, union ou patriotisme. Ils se moquent avec méchanceté, et vous répondent avec un sourire acerbe. Ils défendent toujours l’adversaire même s’il a tort.

Un phénomène pathétique unique et un véritable complexe qui caractérisent certains marginaux israéliens. Pire encore, ils agissent sans remords ni regrets dans un contexte sensible et explosif, préférant toujours la cause de l’adversaire, de l’ennemi potentiel.

Dans le théâtre de l’absurde nous avons vu des représentants de ces ONG également au Conseil de Sécurité de l’ONU. Ces réservistes de Tsahal n’étaient pas venus pour défendre leurs compatriotes soldats qui assurent nuit et jour notre sécurité et la leur, mais pour dénoncer par des slogans creux de sens « les crimes de l’occupation dans les territoires palestiniens et notamment les méandres de la colonisation israélienne ».

Comment ne pas être révolté contre une attitude indigne de la part de nos propres compatriotes au moment où Tsahal poursuit le combat sur plusieurs fronts et tous les diplomates israéliens tentent dans les instances internationales de faire avorter des résolutions mensongères et anti-israéliennes.