Les démarches diplomatiques de Macron contre les intérêts d’Israël

Freddy Eytan

Avant la fin de son deuxième mandat qui s’achève officiellement le 13 mai 2027, Emmanuel Macron s’efforce par tous les moyens à effacer sa mauvaise image dans l’opinion française et internationale et souhaite quitter la scène politique avec des succès géopolitiques, diplomatiques, et économiques. Pour pouvoir réussir, il décide donc de renforcer la coopération avec le monde arabo-musulman et particulièrement avec l’Arabie saoudite. Cette dernière mission avant son départ définitif du palais de l’Elysée semble pourtant impossible car après une longue décennie au pouvoir, Macron, ancien banquier d’affaires, laisse une dette publique faramineuse de 4196 milliards de dollars…Soulignons que le PIB par habitant en France est de 52 083 dollars tandis que le produit intérieur brut s’établit à 65 303 dollars pour un Allemand et à 69 804 dollars pour un Israélien…

Comment faire entendre la voix de la France au Moyen-Orient et encourager des riches investisseurs ? Eh bien, on vend une partie de son patrimoine aux étrangers…

Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman (MBS) vient d’achever une visite officielle à Paris. La France, « championne des droits humains et de la liberté de la presse » pardonne facilement quand il s’agit de signer des contrats commerciaux avec les Arabes. On gomme la responsabilité du prince saoudien dans l’odieux assassinat du journaliste Jamal Khashoggi commis en 2018 à Istanbul.

MBS est devenu familier de la France, il a acquis le somptueux château Louis XIV, un domaine clos de 23 hectares, pour un montant de 275 millions d’euros… Lors de son dernier séjour, il a signé de nombreux contrats dans plusieurs domaines notamment dans l’aéronautique, le transport urbain et maritime, l’armement et le développement de l’intelligence artificielle (IA) et il va créer trois parcs gigantesques d’attractions…

Le président français Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane
Le président français Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (image générée par IA)

Plus de 500 entreprises françaises opèrent en Arabie saoudite et les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 12 milliards de dollars.

Les relations diplomatiques de la France avec la péninsule arabique ont débuté avec l’ouverture en 1839 d’un consulat à Djeddah, la première représentation française au Moyen-Orient. Les relations ont été rompues en 1956, lors de la campagne de Suez et renouvelées six ans plus tard. La décision du Général De Gaulle de décréter un embargo sur les armes à destination d’Israël a été prise lors de la visite historique du roi Fayçal à Paris le 2 au 6 juin 1967. Durant sa deuxième visite en 1973, juste avant la guerre de Kippour, le président Pompidou lui avait fourni des avions Mirages…

Joseph Aoun
Joseph Aoun (Republic of Lebanon/CC BY 4.0)

Pour développer les affaires commerciales avec le monde arabe et face à la crise du détroit d’Ormuz et l’étranglement économique de l’Iran par les Etats-Unis, la France s’efforce de jouer un rôle d’influence diplomatique dans la région et associer MBS à des initiatives géopolitiques et stratégiques, des démarches qui sont clairement contre les intérêts de l’Etat d’Israël.

Après avoir en juillet 2025 coprésidé avec MBS une conférence internationale à New York pour reconnaitre l’urgence de la création d’un Etat palestinien, Macron envisage de relancer cette initiative dans le cadre de la prochaine Assemblée générale de l’ONU.

Ahmed al-Sharaa
Ahmed al-Sharaa. (Compte officiel X du président syrien)

Il souhaite accélérer la deuxième phase de la feuille de route pour Gaza en dépit de la tension qui règne et les provocations quotidiennes du Hamas. Le désarmement de l’organisation islamiste n’est-elle plus pour lui une priorité absolue ?

Le 22 août 2026, 102 anciens diplomates français et britanniques ont publié une tribune dans le journal Le Monde pour exiger de Paris et de Londres des actions concrètes face à la situation critique à Gaza et en Cisjordanie. Sous le titre : « La Palestine s’efface sous nos yeux », ils demandent à la France et au Royaume-Uni, en tant que membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, d’agir ensemble pour faire respecter le droit international. Ils qualifient « la violence des colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est » soutenue selon eux par l’armée israélienne, de « nettoyage ethnique ». Tout en condamnant les massacres commis par le Hamas le 7 octobre 2023, ils rappellent que « rien ne légitime la destruction systématique de Gaza ».

Depuis la prise au pouvoir du Hamas à Gaza ces mêmes diplomates étaient favorables à ouvrir un dialogue direct et franc avec cette organisation terroriste.

Le double jeu persiste. La partialité domine les esprits des Occidentaux. Deux poids deux mesures pour juger le conflit israélo-arabe.

Malgré et en dépit du refus d’Israël et des Etats-Unis d’associer la France dans la solution du conflit avec le Hezbollah et de parrainer les négociations sécuritaires avec le Liban et la Syrie, Macron va accueillir le 17 septembre prochain une réunion préparatoire en vue de renforcer et soutenir l’armée libanaise et ses forces de sécurité intérieure.

La politique française au Moyen-Orient n’a pas varié depuis les Accords Sykes-Picot de 1916. Perçue comme la « puissance du Levant », la France n’a plus les leviers ni les moyens pour jouer le rôle de médiatrice. Toutes les démarches de Macron de faire cavalier seul pour réaliser ses ambitions sont clairement contreproductives. Elles risquent de saboter le plan américain et surtout le processus de normalisation  avec l’Arabie saoudite, la Syrie et le Liban.