La dangereuse légitimation du Hamas par les Américains

La récente rencontre de Jared Kushner avec une délégation du Hamas dirigée par Khalil al-Hayya en Egypte rompt clairement avec la politique traditionnelle de l’administration américaine. Malgré toutes les assurances sécuritaires faites à Netanyahou à Jérusalem et qu’il s’agit d’une démarche pragmatique destinée à briser les tabous et imposer la deuxième phase de la feuille de route pour Gaza, comment Donald Trump autorise à négocier directement avec une organisation terroriste ? Pourquoi avoir cédé aux pressions du Qatar, ce malin et intrigant émirat ? Pourquoi tombe-t-il à nouveau dans un piège après avoir subi un échec humiliant de la part des ayatollahs d’Iran ?
Il semble que les Etats-Unis souhaitent aboutir rapidement à des accords pour marquer leur empreinte, déclarer victoire et faire des bénéfices, puis laisser les acteurs de la région se débrouiller tout-seuls et enfin se préoccuper exclusivement des affaires intérieures américaines.
L’Amérique est vraiment fatiguée des guerres, vidée apparemment de ses forces militaires et de ses valeurs morales. Elle semble être à bout de souffle, dans une profonde lassitude face aux différents conflits de la planète et particulièrement ceux du Moyen-Orient. Le fardeau de la mission « gendarme du monde » est-il vraiment si lourd et si épuisant pour la forte nation américaine ? Comment expliquer les valses hésitations ? L’incohérence dans les discours ? La faillite de la Pax America ? le sentiment d’impuissance face aux succès de la Chine ? Comment Trump peut saluer et approuver l’alliance du triumvirat sunnite entre la riche Arabie saoudite, la Turquie hostile à Israël et le Pakistan avec sa bombe atomique ? Comment expliquer le désarroi devant les chantages et les menaces de l’Iran, et la légitimation du Hamas, l’organisation terroriste islamiste responsable du massacre barbare et abominable du 7 octobre 2023.

Pour celui qui a la mémoire courte, nous conseillons de lire et relire les différentes publications du Hamas et notamment sa Charte publiée le 18 août 1988. Rappelons que le Hamas est une branche de la confrérie des Frères musulmans fondée en Egypte par l’imam Hassan al Banna, grand-père de Tarik Ramadan…
Pour cette confrérie, l’allégeance à Allah est totale. Pour le fondateur et le chef spirituel du Hamas, cheikh Ahmed Yassine (tué par Tsahal le 22 mars 2004), l’engagement du mouvement de résistance islamique est sans équivoque : « L’islam effacera Israël de la terre !»

Le processus de la légitimation de la confrérie des Frères musulmans a débuté par Barack Obama au Caire après la chute de Hosni Moubarak. Sur les pas de Jimmy Carter, Obama avait également favorisé des « élections démocratiques palestiniennes » (les dernières depuis), ce qui a déclenché trois ans plus tard : le fameux printemps arabe, une guerre civile en Syrie, et la création de l’État islamiste avec Daesh.
Depuis la prise du pouvoir à Gaza, les Occidentaux n’ont pas eu le courage de qualifier le Hamas de mouvement terroriste. Ils distinguent la branche armée de la direction politique comme ils l’ont fait avec le Hezbollah.
Quelle naïveté ? Quelle ignorance sur les réelles intentions du Hamas, sur son idéologie et sa charte, qui n’a d’ailleurs jamais été modifiée. Le Hamas revendique toujours la « libération » de toute la Palestine du « fleuve à la mer ». Un slogan rabâché, scandé et inscrit en toute liberté dans les rues de Paris, Londres et New-York.
Il veut dire clairement la destruction de l’État juif. En outre, ce mouvement lance des appels au meurtre des Juifs et glorifie la guerre sainte, le Djihad mondial. Il considère toujours Israël comme faisant partie de « l’entité de la terre sainte musulmane », un territoire où les Juifs n’ont pas le droit de vivre.
Encouragés, financés et formés par des instructeurs iraniens, les chefs du Hamas bafouent les droits élémentaires de l’homme et de la femme. Ils n’envisagent pas une réconciliation sérieuse avec l’Autorité palestinienne, leur priorité demeure de s’emparer du pouvoir palestinien. Leur politique désastreuse a transformé la bande de Gaza en une gigantesque souricière et a plongé le peuple palestinien dans la misère et le désespoir.
Depuis le 7 octobre 2023 à ce jour, les opérations de Tsahal prouvent clairement que les actions terroristes du Hamas, son utilisation délibérée et cynique de la population civile de Gaza comme bouclier humain, ses arsenaux militaires stockés dans des mosquées, des hôpitaux et des écoles, ne sont-elles pas de graves violations du Droit international humanitaire ? Soulignons que l’utilisation de la terreur est interdite selon le Droit international et elle figure dans plusieurs résolutions adoptées par le Conseil de Sécurité des Nations unies, surtout après les attentats du 11 Septembre 2001.
Il est clair que l’application de la deuxième phase pour Gaza est complexe et très difficile à appliquer par des contingents étrangers. De ce fait, la totale responsabilité du désarmement de l’arsenal militaire du Hamas incombe aux Etats-Unis.
Dans la situation explosive que nous traversons et à la veille des élections législatives, Israël devra être intransigeante sur les questions sécuritaires et obtenir de robustes garanties américaines.
Après l’application des 15 points de la feuille de route, Israël pourra enfin se retirer de la bande de Gaza. Ne répétons pas les dangereuses erreurs du passé.
