Le pouvoir n’est pas un spectacle

C’est bien la première fois depuis 1988 que la Knesset achève son mandat jusqu’au bout. Cela prouve que malgré et en dépit du terrible massacre du 7 octobre 2023 et la guerre que nous menons quotidiennement contre le Hamas, le Hezbollah et l’Iran, la stabilité gouvernementale a persisté contrairement au passé quand le pays avait subi cinq élections législatives successives en moins de 4 ans…Stupéfiant de constater aussi que Benjamin Netanyahou bat tous les records de longévité dans un pays démocratique …Après 16 ans au pouvoir, à l’âge de 78 ans et avec un procès en cours, il est toujours candidat pour un nouveau mandat…La politique est-elle aphrodisiaque ? Comment accepter une érosion démocratique ? Un affaiblissement progressif du pouvoir vers l’autocratisation ?
Les Israéliens forment une société très politisée et pourtant nous assistons dans cette nouvelle campagne électorale comme dans les précédentes à une personnalisation des partis. Cela rappelle un concours du show-business ou à une recherche d’un nouvel emploi.
En observant les listes des candidats, nous pouvons nous réjouir de voir de nouveaux visages jeunes, dont de nombreux femmes et des technocrates compétents et fidèles, avec une riche expérience dans le service public. Cela prouve que les Israéliens souhaitent un changement radical, du sang nouveau pour améliorer surtout le niveau de vie, trouver des solutions efficaces et rapides dans tous les domaines et réduire les inégalités.

De ce fait, c’est clair, les idéologies et les programmes politiques se sont effacés. Malheureusement nous assistons aussi à une violence verbale, à une cacophonie télévisée, à des débats houleux et des messages creux sur les réseaux sociaux, à des promesses vides de sens, populistes et irréalisables.
Avec la banalisation de la démocratie et l’effacement des grandes idées, la politique est devenue un grand spectacle médiocre. Les vedettes de la télé et les commentateurs ne cachent plus leur opinion tandis que les politiciens sont capables de jouer le guignol pour attirer les projecteurs. Certains journalistes et éditorialistes osent manipuler les informations sans scrupule, les stratèges de campagne venus aussi d’Amérique donnent le ton, tandis que le peuple assoiffé d’un meilleur avenir observe ce manège en simple spectateur et dans le désarroi total. Hélas, avec l’utilisation de l’intelligence artificielle(IA) on ne distingue plus entre l’important et l’insignifiant, l’essentiel et la futilité, entre le faux et le vrai.

Il existe, comme d’ailleurs dans le monde entier, une carence en leadership. Ici chacun prétend devenir, du jour au lendemain, ministre de la Défense ou des Finances, voire Premier ministre. L’égo triomphe, et la mégalomanie l’emporte sur la modestie et les compétences. Les jeunes loups et les charlatans de la politique sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux que les véritables leaders, les vrais hommes d’Etat, ceux qui possèdent une vision d’un monde meilleur, avec le charisme, l’audace, l’expérience, la force tranquille qui œuvrent sans relâche pour les intérêts des citoyens et des affaires de l’Etat et non pour leur avenir privé et familial.
Dans un contexte d’incertitude aggravée depuis le 7 octobre 2023, l’espoir vole en éclat et la lassitude l’emporte, l’indifférence gagne les esprits, et les indécis sont si nombreux. Pourtant, les défis comme les menaces sont toujours là, à nos portes, omniprésents. La situation socio-économique est toujours précaire, et le fossé entre la gauche et la droite, religieux et laïcs, Arabes et Juifs est profond, au moment même où les turbulences islamiques dans notre région sont dévastatrices et sur tous les fronts.

Le Mal israélien demeure aussi dans la multiplication des petits partis capricieux et charnières qui s’accrochent au pouvoir.
Israël vit en guerre depuis sa renaissance en 1948 et de ce fait une grande partie des dirigeants d’Israël viennent de l’armée. Le conflit permanent avec les Arabes a donné aux chefs militaires le privilège et la capacité de devenir l’autorité et un exemple pour diriger les affaires. Cependant, dans une démocratie, le peuple ne représente pas une armée disciplinée, des soldats qui obéissent aux ordres sans protester.

Certes, nous refusons de devenir un régime militaire ou un Etat théocratique mais nous constatons aussi que nous sommes le seul pays démocratique où les anciens généraux comme d’ailleurs les rabbins dictent souvent la marche à suivre selon une conception sectaire et bien limitée dans le temps et dans l’espace, sans prendre en considération tous les aspects diplomatiques, les enjeux géopolitiques et économiques.
Un chef militaire ou un haut responsable sécuritaire qui a quitté l’uniforme devra aussi comprendre la différence entre des soldats et des agents qui obéissent et des partisans qui suivent leur leader avec sympathie. Dans un pays démocratique, il est dangereux de suivre aveuglement son leader, tel un troupeau. Le culte de la personnalité ne fonctionne que dans les régimes totalitaires.

Dans ce contexte alarmant, il est donc impératif et urgent de modifier radicalement le système électoral actuel et écarter certains rabbins qui utilisent la religion à des fins politiques, sectorielles et budgétaires. Le but est de pouvoir prendre, sans chantage ni contrainte, des décisions audacieuses et lancer des réformes.
Hélas, nous payons chaque jour le prix de l’incurie politique. Elle nous ronge de partout et nous risquons de perde le contrôle et virer vers la décadence. Il est donc capital de reprendre rapidement notre destin dans nos mains.
Israël est un Etat juif où vivent plusieurs minorités et notre devoir et d’assurer une égalité absolue et une sécurité totale à tous les citoyens. En revanche, tous doivent assumer leur responsabilité civique et leur contribution à l’effort national.
Certes, Israël n’est pas actuellement en déclin et la majorité écrasante des Israéliens sont heureux de vivre dans leur patrie, mais d’ores et déjà, l’échiquier politique et les projets devront profondément changer sur tous les plans. Il va falloir reconstruire un grand dessein politique dont le but essentiel et de laisser aux générations futures, un Etat juif et démocratique, vivable, puissant militairement et économiquement, en coexistence avec nos voisins arabes et surtout qu’il soit respecté par la communauté internationale.
