Des frontières défendables et des garanties américaines

Devant une situation si complexe et si difficile que nous traversons depuis le 7 octobre 2023, le chef du gouvernement devra assumer ses responsabilités et agir selon une stratégie cohérente et pragmatique et ne pas changer d’avis pour satisfaire les ambitions d’un ministre ou d’un parti ou pour gagner des points dans une campagne électorale. De ce fait, les promesses de Netanyahou à Donald Trump et à tous ses interlocuteurs devront être appliquées à la lettre car elles engagent la crédibilité de l’Etat d’Israël et pourront avoir des conséquences graves dans l’arène internationale et pour les années à venir.
Le rejet officiel de la feuille de route de 15 points pour Gaza est sans doute un camouflet inutile à l’égard des Américains et le comité de paix en dépit du fait que Trump assure à maintes reprises que sa relation avec Netanyahou demeure « très bonne » …
Malgré tout, nous avons entendu de la part du président américain d’autres sons de cloche. La transparence et la confiance réciproque dans les relations est nécessaire mais le double jeu n’est pas digne dans les rapports amicaux entre alliés. Les Israéliens comme les Américains souhaitent connaître toute la vérité sur les discussions en cours et celles menées dans les coulisses.
Cependant, le volte-face n’est pas nouveau chez Netanyahou et à chaque fois le masque tombe à nouveau. Il caractérise la politique du Premier ministre depuis le premier mandat qui débuta en 1996. A l’époque et devant les fortes pressions de Bill Clinton, Netanyahou avait accepté de poursuivre les Accords d’Oslo, accepta de négocier avec Arafat puis se retira de Hébron. Par la suite il refusa toute concession, mais en 2009, après de nouvelles pressions de Barack Obama, il prononça le fameux discours de Bar-Ilan en acceptant le principe d’un Etat palestinien non militarisé.

Aujourd’hui encore, les véritables intentions de Netanyahou pour régler le conflit avec les Palestiniens demeurent une énigme. Nous constatons aussi que depuis la fin de la guerre des Six Jours de 1967, aucun gouvernement n’a publié officiellement un plan de paix viable et pragmatique sinon que de faire de vagues déclarations et refuser systématiquement de créer un Etat palestinien sans toutefois expliquer pourquoi ce refus est bien justifié.
Ces jours-ci, les chancelleries et la presse étrangère présentent Netanyahou comme « le saboteur de la paix et le champion de la colonisation » tandis que le Hamas est distingué par sa volonté d’accomplir la feuille de route et de démanteler toutes ses armes.(Sic) Nous connaissons la vérité sur le terrain et les manipulations mensongères de l’organisation islamiste ainsi que l’hypocrisie de l’opinion internationale mais pourquoi tomber à chaque fois dans ce piège et ne pas réfléchir sérieusement avant toute décision gouvernementale cruciale.

Certes, Yasser Arafat et Mahmoud Abbas et bien entendu les chefs terroristes du Hamas sont les principaux responsables de la situation actuelle, mais pour qu’Israël assure sa défense et sa complète sécurité, il devra présenter un plan stratégique, sa propre feuille de route avec des arguments solides sur chaque étape. Il n’existe pas de raccourci dans un processus de paix si complexe.
Aujourd’hui, Israel se trouve en position de force et à la chance d’avoir un grand ami à la Maison Blanche, ne perdons pas cette opportunité unique sans pour autant abandonner nos propres intérêts et nos principes fondamentaux.

Un revirement soudain et radical est fréquent chez les politiciens mais il est inacceptable dans les relations internationales. Nous pouvons avoir des divergences profondes avec nos alliés mais notre devoir est d’être crédible, ne jamais rejeter en bloc chaque processus de paix ou chaque médiation d’un tiers mais de l’accepter avec des réticences et des remarques.
Après la victoire écrasante de la guerre des Six Jours de 1967 contre plusieurs armées arabes, le rejet du plan Rogers et la médiation Jarring ont provoqué la guerre d’usure le long du Canal de Suez, des attentats terroristes et la terrible guerre de Kippour de 1973. Suite à la Première guerre du Golfe de 1990, les premiers succès de la conférence internationale réunie à Madrid ont été bêtement éclipsés par les Accords dangereux d’Oslo. Ne répétons pas les mêmes erreurs !
En rejetant la feuille de route pour Gaza, Netanyahou change brusquement d’opinion mais en réalité poursuit son zigzag et son double langage. Pire encore, sur le terrain, les mains de Tsahal sont liées et les soldats ne peuvent plus se défendre convenablement en cas d’attaque. Le devoir de Netanyahou est d’exiger préalablement et par écrit, du Président Trump et du Congrès, des garanties américaines sur le non retrait de Tsahal de la bande de Gaza ni non plus du Sud-Liban tant que l’arsenal du Hamas et du Hezbollah ne sera pas démantelé.
Il est capital que devant notre isolement diplomatique, face aux nouvelles alliances sunnites (le traité stratégique inquiétant signé entre la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite et demain l’Egypte) ainsi que les menaces persistantes de l’axe chiite iranien, l’Etat d’Israël devra choisir entre l’extension des Accords d’Abraham et la normalisation avec ses voisins ou de persister à vivre dans un environnement islamiste hostile et sans espoir pour les générations futures.
Enfin, pour obtenir gain de cause sur des sujets existentiels et sécuritaires, Israel devra donc se doter de frontières défendables et assurer sa sécurité par la création de zones tampons le long de ses frontières et surtout obtenir de robustes garanties américaines pour éviter à jamais la répétition du scénario cauchemardesque du 7 octobre 2023.
