Les illusions perdues de Donald Trump au Moyen-Orient

Freddy Eytan

Après avoir célébré en grande pompe le 250ième anniversaire des Etats-Unis et perdu la Coupe du monde de football, Donald Trump est arrivé à Ankara pour participer au Sommet de l’OTAN organisé cette fois-ci par son ami Erdogan. Tandis que Emmanuel Macron débarque à Damas, à Téhéran, des appels à la vengeance et des cris de haine sont scandés avec force, contre l’Amérique et Israël, lors des funérailles populaires de l’ancien guide suprême Ali Khamenei.

Dans un contexte d’instabilité et d’incertitude sur la marche à suivre au Moyen-Orient, il semble que Trump joue les cartes géopolitiques avec désinvolture et un manque de sérieux sur les conflits internationaux. Il prouve surtout un détachement sur la montée en puissance des islamistes djihadistes sunnites et chiites et ses menaces pour la stabilité et la paix dans le monde.

Est-il vraiment conscient de la situation sur le terrain ? A-t-il gommé le massacre du 7 octobre 2023 ? Comment peut-il ignorer la déclaration d’intention qu’il a signé lui-même avec Nétanyahou concernant la priorité absolue du démantèlement du Hamas et la remise de son arsenal militaire ? Pourquoi minimiser les risques et faire maintenant la distinction entre des armes lourdes et les légères ? Le désarmement du Hamas n’était-il pas la clé de la poursuite du processus de paix, ces fameux 20 points qui avait réussi à libérer tous les otages israéliens de la bande de Gaza ?

En changeant d’avis du jour au lendemain et en renonçant à désarmer le Hamas comme condition à la reconstruction de la bande de Gaza, Trump permet aux organisations terroristes de relever la tête et de poursuivre leur « bataille pour la libération de Jérusalem jusqu’au bout. »

Le président Donald Trump et le président de la FIFA, Gianni Infantino
Le président Donald Trump et le président de la FIFA, Gianni Infantino. (Photo officielle de la Maison Blanche)

Pire, Trump légitime leur présence en envisageant de négocier directement avec eux. Se contente de vagues promesses du Hamas de se retirer du pouvoir administratif, et puis, il exerce de fortes pressions sur nous quand Téhéran lui fait clairement savoir qu’une nouvelle attaque de Tsahal contre Gaza entraînerait le blocus du détroit d’Ormuz.

C’est bien clair et nous le constatons quotidiennement, Trump agit exclusivement pour ses propres intérêts dans le but exclusif de faire de bonnes affaires et de vendre des armes et des avions furtifs à la Turquie en sachant parfaitement la politique belliqueuse et antisémite d’Erdogan.

Le président turc Erdoğan rencontre le président Trump à la Maison Blanche, le 25 septembre 2025.
Le président turc Erdoğan rencontre le président Trump à la Maison Blanche, le 25 septembre 2025. (Direction de la communication de la République de Turquie)

Devant l’immense richesse de l’Arabie saoudite, des Emirats et l’argent comptant et plein les poches du Qatar, Israël ne pourra lui proposer qu’un vieux et riche passé, une Bible, les Dix commandements, des valeurs universelles, un savoir-faire et une fidèle alliance…

Cela n’étonne plus, le Vice-président Vance avait franchement dit publiquement : « c’est quoi Israël ? Huit millions d’habitants, eh bien, sans Trump ce petit pays aurait pu disparaitre ».

Le président Donald J. Trump et l'émir du Qatar, Son Altesse Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, le 14 mai 2025
Le président Donald J. Trump et l’émir du Qatar, Son Altesse Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, le 14 mai 2025. (@whitehouse/Instagram)

Certes, Tsahal est présent dans la bande de Gaza et au Sud-Liban mais ces territoires représentent toujours des problèmes de sécurité majeurs avec des sérieuses conséquences sur la politique américaine à l’égard de la Syrie, du Liban, de la Turquie et de l’Iran.

Comment Trump souhaite-t-il régler le conflit avec les Palestiniens ? En permettant à Erdogan et à l’émir du Qatar, Al Thani, d’intervenir et soutenir le Hamas, filiale de la confrérie des Frères musulmans ? De soutenir al-Aqsa ? D’approuver des investissements sur des projets islamiques et immobiliers à Jérusalem-Est ? Appliquer sans contrainte une diplomatie influente, un soft power ?

Le Premier ministre Netanyahou est reçu à la Maison Blanche par le président américain Donald Trump
Le Premier ministre Netanyahou est reçu à la Maison Blanche par le président américain Donald Trump (GPO)

Pourquoi Trump n’ose pas dire clairement qu’il serait impossible de créer un Etat palestinien indépendant tant que le Hamas ne reconnaitra pas l’existence de l’Etat juif ? N’est-il pas le « boss » comme il s’appelle lui-même ?

Contrairement à toutes les promesses et devant le maintien du régime des ayatollahs en Iran, les Etats-Unis de Trump abandonnent malheureusement leurs valeurs pour des raisons mercantiles comme le font déjà les Européens depuis longtemps.

Aucun Etat souverain dans le monde ne peut tolérer à la longue une « coexistence » avec une organisation terroriste qui menace la vie quotidienne et paisible de millions d’hommes, femmes et enfants. Israël ne peut continuer une guerre d’usure, céder aux chantages des chefs terroristes et accepter des revendications inadmissibles et folles.
Jusqu’à quand ce cycle infernal ?

Actuellement, la stratégie repose sur la notion « accalmie contre accalmie » mais celle-ci a bien échoué.

La bande de Gaza est un territoire voué au malheur et à la damnation.  Depuis 1967, Israéliens et Palestiniens n’arrivent pas à trouver de solution adéquate. En 1977, le président Sadate avait rejeté l’offre de Menahem Begin et n’a pas voulu récupérer le territoire administré par l’Egypte durant plus de 20 ans. Begin avait commis une grave erreur historique. En 1993, Rabin et Pérès ont offert ce territoire à Yasser Arafat, malgré tous les risques. En 2005, Sharon a préféré se retirer de la bande de Gaza sans aucun accord et a déraciné brutalement huit-mille familles israéliennes de leurs foyers.

Aujourd’hui, le comité de la paix présidé par Trump a du mal à maitriser le terrain sans une présence et un contrôle de Tsahal. Aucun pays arabo-musulman n’ose vraiment intervenir directement devant une crise humanitaire constante et plonger dans un véritable bourbier. La mission est complexe et très compliquée à achever.

L’Egypte préfère jouer le rôle d’arbitre tandis que la communauté internationale et l’ONU protestent contre les raids israéliens mais n’intervient pas pour désarmer les terroristes et démilitariser la bande de Gaza.

L’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas demeure impuissante et incapable de maîtriser toutes les troupes et gérer les affaires quotidiennes de son propre peuple, ni à Ramallah, ni à Gaza.

Devant l’indifférence internationale, Israël se trouve donc seul dans le combat contre le terrorisme djihadiste.

Le temps est propice pour procéder à une réévaluation en profondeur de notre stratégie concernant l’avenir de Gaza.

Pour réussir dans ce but, mettons nos querelles politiques aux vestiaires, agissons dans l’intérêt de l’Etat et pour son meilleur avenir. Ensemble relevons tous les défis, renforçons notre résilience, pour résister aux pressions et répondre à toutes les menaces.
Devant les nouvelles législatives à la Knesset, Netanyahou devra être vigilant et prudent et ne pas relancer la guerre pour pouvoir gagner des points.

Sa prochaine rencontre d’explication avec le président Trump est capitale pour dissiper les divergences et les malentendus, de se concentrer uniquement sur les réelles menaces et l’avertir clairement sur ses illusions.