Les Etats-Unis et le bourbier libanais

Le cessez-le feu au Liban imposé par le président Trump, sans aucune réflexion profonde, est systématiquement violé par le Hezbollah. Encouragé par l’Iran, la milice chiite poursuivra ses attaques contre Israël tant qu’il n’y aura pas un accord global avec tous les acteurs de la région.
Cette situation intenable ne peut plus durer. Voilà 26 ans que Tsahal a retiré toutes ses troupes du Liban et aucun accord n’a été respecté à ce jour.
44 ans après le fiasco de la Première guerre contre l’OLP, Tsahal se retrouve dans le bourbier libanais sans pouvoir assurer la sécurité totale à tous les habitants du nord d’Israël. Ces citoyens courageux vivent un calvaire quotidien. Plus que jamais, l’arrière du pays devient un front sensible et prioritaire. Malheureusement, toutes les promesses gouvernementales d’éradiquer les menaces du Hezbollah n’ont pas été tenues.
Certes, le Hezbollah est le principal responsable de l’absence de « paix en Galilée » mais comment ne pas s’interroger sur l’efficacité de la politique des Etats-Unis dans notre région et ses responsabilités dans les négociations sans fin avec l’Iran. Pourquoi le président Trump ignore-t-il la détresse des villageois israéliens qui vivent sans défense ? Comment peut-il lier les mains à son meilleur allié en lui imposant des lignes rouges et en limitant le rayon d’action de Tsahal ? Est-il possible de mener des pourparlers à Washington pour aboutir à une normalisation et dans la même veine tolérer les attaques meurtrières du Hezbollah ?

Devant l’impuissance du gouvernement libanais, de l’indifférence des pays arabes, de l’hypocrisie des pays européens, la France de Macron en particulier, et des fortes pressions américaines, Tsahal ne peut pas lancer des opérations ponctuelles à Beyrouth et dans la Bekaa, ni non plus cibler des infrastructures stratégiques de l’Etat libanais. Le cycle infernal de la guerre d’usure se poursuit dans l’incapacité de pouvoir écarter le Hezbollah et imposer un règlement pacifique. Jusqu’à quand ?
Depuis le 7 octobre 2023 et quelques mois avant les élections législatives à la Knesset, Benjamin Netanyahu croit malgré tout à une « victoire totale » contre tous nos ennemis. Il déclare avec fierté que la prise du château de Beaufort au Liban-Sud et l’expansion du contrôle israélien sur des zones au nord du Litani marque un « tournant décisif » contre le Hezbollah. Il affirme avec assurance : « on établira la sécurité des habitants du Nord, comme nous l’avons fait pour les habitants du Sud. Cela prendra du temps, mais nous accomplirons la mission. »

Il semble que Netanyahou prend ses désirs pour des réalités. Les succès de Tsahal sont importants mais limités dans le temps et dans l’espace. Toutefois, les avantages militaires ne sont que tactiques, symboliques et non stratégiques pour le long terme.
L’armée israélienne est sans doute la plus forte du Moyen-Orient mais après plus de 30 mois de combats inlassables sur plusieurs fronts, elle est fatiguée et manque d’effectifs. Nous le répétons souvent, on ne pourra, tout seuls, mettre un terme aux attaques du Hezbollah tant qu’il ne sera pas démantelé complètement de son arsenal militaire par des actions draconiennes prises surtout par les Etats-Unis.
Nous commettons la même erreur avec le Hamas à Gaza. Dans un contexte sans règlement solide, le président Trump devra imposer une politique claire et pragmatique. Jusqu’à ce jour, il zigzague et n’a pas réussi à imposer son autorité. Ses succès militaires en Iran sont bien limités et ses tractations diplomatiques ont échoué. C’est aussi l’échec de la diplomatie française. Macron exige que « les armes se taisent, toutes, et pour de bon », convoque le Conseil de sécurité mais ne condamne pas directement le Hezbollah ni non plus l’Iran.
En ce qui nous concerne et pour sortir enfin du bourbier libanais, le gouvernement israélien devra avant tout mener une politique transparente sans aucune considération partisane ou électorale. Avoir une stratégie militaire, diplomatique et médiatique, en coordination avec Washington mais capable de prendre aussi des décisions indépendantes dans l’intérêt exclusif de l’Etat d’Israël. C’est seulement ainsi que nous pourrions mettre un terme définitif aux menaces et assurer la stabilité, la sécurité et la paix avec nos voisins.
Les Libanais sunnites, druzes et chrétiens ne sont pas nos ennemis et nous souhaitons coexister avec eux et signer un accord de paix viable. Les principaux pays arabo-musulmans, dont l’Egypte, l’Arabie saoudite et la Turquie doivent soutenir les démarches de normalisation avec Israël et appuyer le gouvernement libanais tout en condamnant les menaces du Hezbollah et ses activités terroristes.
Les négociations directes que nous menons à Washington sont positives mais les Etats-Unis doivent mettre sur la balance tout leur poids politique et exercer de fortes pressions économiques pour mettre hors-jeu l’Iran et le Hezbollah et si nécessaire les combattre sans peine et sans pitié.
Si le président Trump souhaite obtenir un succès spectaculaire et une véritable victoire pour remodeler le Moyen-Orient, il devra réviser profondément sa stratégie et mener une politique étrangère cohérente, efficace et beaucoup plus sérieuse.
