La France persiste à créer un Etat palestinien

Freddy Eytan

A la veille d’élections législatives à la Knesset, le président Macron ose intervenir dans les affaires intérieures de l’Etat d’Israël et multiple ses activités dans tous les azimuts. Il invite le chef du parti des Démocrates, Yair Golan, à l’Elysée et organise le 12 juin 2026 à Paris une réunion internationale consacrée à la solution de paix au conflit israélo-palestinien.  Selon le ministre français des Affaires étrangères, Jean Noel Barrot, « le temps est venu de mettre en œuvre la solution de deux Etats. »

En réalité, il ne s’agit pas de réunir sous les auspices de la France des délégations israélienne et palestinienne dans le cadre officiel de négociations diplomatiques mais « un sommet populaire de la paix, une conférence internationale et des débats pour que les sociétés civiles israélienne et palestinienne puissent faire entendre leur voix… »

Pour faire entendre la « voix des opprimés » le Quai d’Orsay permet aussi à des ressortissants français de risquer leur vie et briser également par la force le blocus maritime de la bande de Gaza. Puis, il saisit la Justice pour ouvrir une enquête contre les autorités israéliennes pour « tortures » et « crimes de guerre. » Une conduite incompréhensible qui présente le comble de l’ironie…

Bien entendu, il est tout à fait légitime dans un pays démocratique d’organiser des débats sur l’avenir de la paix au Moyen-Orient et sur la politique israélienne mais une rencontre avec le chef du parti d’extrême gauche, Yair Golan, et un « rassemblement pacifique » initié par les autorités françaises sans l’invitation et l’approbation du gouvernement israélien en pleine campagne électorale posent de nombreuses questions sur les réelles intentions du président français.

Abbas, Macron
(@EmmanuelMacron/X)

Ce n’est pas la première fois qu’il tente de s’immiscer dans nos affaires et il avait rencontré le chef de l’opposition Yair Lapid dans les mêmes circonstances, mais cette fois-ci ses activités sont réellement provocatrices, un précédent dans les annales des relations franco-israéliennes.

Cette réunion aura lieu suite à la « décision capitale » prise par la France de reconnaître l’Etat de Palestine en septembre 2025 au siège des Nations-Unies à New-York.

Pour Macron y-a-t-il deux peuples israéliens, l’un voulant la paix et l’autre la guerre ? Le gouvernement actuel n’a pas été élu démocratiquement ?

Macron, Lapid
(Yair Lapid/Facebook)

Imaginons les réactions en France suite à une initiative du gouvernement israélien d’organiser une conférence internationale pour influer sur la campagne électorale présidentielle dont le but est de mobiliser la communauté juive et des amis d’Israël pour élire le leader du Rassemblement national Jordan Bardella ?

La récente déclaration maladroite de l’ambassadeur d’Israël en France Joshua Zarka : « n’importe qui plutôt que Jean-Luc Mélenchon » avait déjà provoqué un tollé général inutile et disproportionné…

Soulignons que les boycottages, les sanctions contre des résidents israéliens de Cisjordanie, et toutes les ingérences sont inadmissibles dans les relations bilatérales et seule la diplomatie pourrait trouver un compromis aux divergences et malentendus.

Jordan Bardella
Jordan Bardella (CC-BY-4.0: © European Union 2022 – Source: EP)

Après les échecs de la médiation en Ukraine, suite au rejet américano-israélien d’écarter la France des négociations de paix avec le Liban à Washington, frustré et bien éloigné des décisions capitales dans l’arène internationale notamment au sein des anciennes colonies françaises en Afrique, Macron, utilise tous les moyens pour braquer tous les projecteurs vers lui et faire entendre la « voix forte et lucide de la France » en amont du sommet du G7 prévu à Paris à la même date …

Comment Emmanuel Macron pense-t-il marquer de son empreinte la politique étrangère de la France après tous ses échecs au Moyen-Orient et ailleurs ? Quel héritage laisse-t-il avant la fin de son deuxième et dernier mandat ? Ne réalise-t-il pas que la majorité écrasante des Israéliens sont bien déçus de ses décisions unilatérales, injustes et insensées, d’autant plus qu’il persiste à boycotter et intervient grossièrement dans nos affaires intérieures ?

Macron choisit faire cavalier seul, précipiter les événements, dicter l’ordre du jour et le statut final d’un conflit si complexe, puis ose sanctionner et punir Israël s’il ne respectera pas le droit international et surtout la reconnaissance de l’Etat palestinien. Ces jours-ci, il interdit aux industriels israéliens d’exposer des « armes offensives » au salon Euro-Satory. Véritable théâtre de l’absurde dans les relations bilatérales.

Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon (The Left/Flickr/CC BY-NC-SA 2.0)

Macron est conscient que l’industrie d’armement en Israël bat des records et qu’elle figure parmi les principaux exportateurs mondiaux malgré tous les boycottages. Les exportations israéliennes dépassent les 20 milliards de dollars dont 36 % sont destinés à des pays européens. Certes, dans le marché des armes, cela est très inquiétant pour la France, mais c’est ainsi qu’il souhaite poursuivre le dialogue avec un pays ami ? Par un bras de fer ?

Macron veut créer un fait accompli et brouiller les cartes mais par la précipitation et en prenant ses désirs pour des réalités, il agace, retarde bêtement la normalisation avec les pays arabes et se ridiculise.

C’est clair, il choisit de reconnaitre l’Etat palestinien à tout prix pour des raisons économiques et commerciales, pour démunir la dette extérieure, calmer les communautés musulmanes, attirer leur soutien électoral, et éviter leur intifada, la révolte populaire et les actes terroristes.

N’a-t-il pas d’autres chats à fouetter dans son propre pays que de régler un conflit lointain et insoluble surtout après le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 ? Toutes les clarifications et les arguments sur l’urgence de la reconnaissance de la France ignorent délibérément les réalités sur le terrain.

Tous les sondages prouvent que la majorité écrasante des Israéliens, de gauche comme de droite, refusent tout dialogue avec des dirigeants palestiniens jusqu’au jour où leur sécurité le long de toutes les frontières et à l’intérieur du pays sera absolue.

L’acharnement de proclamer unilatéralement l’Etat palestinien est donc contreproductif et dangereux pour l’avenir de l’Etat juif.

Bien entendu, nous souhaitons arrêter la guerre et mettre fin aux effusions de sang, mais quelle assurance nous donne le président français mise à part de belles paroles et des leçons de morale ?

Depuis plusieurs décennies le dossier palestinien empoisonne la communauté internationale sans trouver de solution. Un règlement définitif devra se réaliser par des négociations directes, après de longues réflexions et études sur tous les plans et les aspects géopolitiques, stratégiques, économiques et juridiques.

En choisissant le camp arabo-musulman, et en soutenant la cause palestinienne aveuglement, sans réfléchir sérieusement aux conséquences dangereuses du lendemain, Macron ne pourra plus jouer le rôle d’arbitre. Israël ne peut lui offrir une médiation diplomatique parce que la France n’a plus le rôle d’influence au Moyen-Orient ni ailleurs…Nous préférons de loin les bons offices américains.

L’avenir de la paix avec les Arabes est un noble souhait. Les Israéliens ne sont pas des guerriers, ils se défendent et sacrifient leurs enfants pour justement aboutir à la sécurité et la paix. Ils n’ont pas connu un véritable jour de paix mais le débat public devra être exclusivement à Jérusalem et dans le cadre israélien, non pas à Paris, à New-York ou à Londres.