Israël-Liban : l’accord-cadre est un succès diplomatique semé d’obstacles

Freddy Eytan

Israël ne peut subir une guerre d’usure au Sud-Liban sans prévoir aucune issue diplomatique à l’horizon. De ce fait, l’accord-cadre signé avec le fort soutien des Etats-Unis isole le Hezbollah et permet une présence de Tsahal dans une zone de sécurité temporaire tout le long de la frontière. Contrairement à la déclaration d’intention signé avec l’Iran sans la participation d’Israël, ce nouvel accord est un pas significatif vers un processus de paix avec notre voisin du Nord.

Nous saluons chaleureusement les efforts diplomatiques et la détermination du Secrétaire d’Etat, Marco Rubio, et la sagesse de l’équipe israélienne dirigée par l’ambassadeur Yehiel Leiter.

Désormais, le Liban reconnait officiellement l’existence de l’Etat juif dans des frontières sûres, il aspire à la paix et souhaite à des relations bilatérales normales.

En revanche. Israël approuve clairement que le Liban est un Etat souverain, responsable de son territoire et sa sécurité.

Dès lors, l’Iran ne doit plus intervenir dans les affaires du Liban et ne devrait plus soutenir sa milice chiite.

Toutefois, comment garantir que le Hezbollah ne plongera pas le peuple libanais dans une guerre civile ? La milice chiite n’a-t-elle pas déjà bafoué les résolutions précédentes de l’ONU dont la 1701 signée en 2006 après la Seconde guerre du Liban ?

Israel and Lebanon sign US brokered framework agreement
(TRT World/YouTube/Capture d’écran)

Bien entendu, la grande difficulté demeure dans l’absence d’une autorité libanaise capable d’assumer l’application de tout accord avec Israël et une armée incapable de contrôler le pays sans un soutien international.

Nous saluons le courage du président Joseph Aoun et son Premier ministre, Nawaf Sayad, mais d’ores et déjà, des voix s’élèvent pour dénoncer l’accord et conditionnent l’application par un retrait préalable de Tsahal. Devant les efforts de l’Iran de saboter toute démarche diplomatique avec Israël, les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et la France devrions isoler le président du Parlement libanais, Nabih Berry, proche du Hezbollah, et influer sur le chef des Druzes, Walid Joumblatt, pour qu’il soutienne l’accord comme le souhaitent les Druzes installés en Israël et en Syrie. Ces deux vieux leaders politiques libanais ont une grande part de responsabilité de la situation chaotique actuelle.

Joseph Aoun
Joseph Aoun (Republic of Lebanon/CC BY 4.0)

Pour pouvoir donc assurer la sécurité de tous les citoyens israéliens le long de la frontière et garantir l’accord, le gouvernement libanais devra obtenir tous les moyens nécessaires des Etats-Unis, et un fort soutien des pays arabes, des pays européens et de la France, en particulier. C’est en effet la raison d’être de cette nouvelle feuille de route diplomatique.

Le but d’Israël n’était pas de conquérir Beyrouth et de changer de régime par la force des armes mais de chasser le Hezbollah et l’Iran du Liban. Nous avons tenté en 1982 lors de la Première guerre du Liban d’installer les phalanges chrétiennes au pouvoir. Ce fut un échec cuisant puisque le Hezbollah a pris la relève et fait depuis la pluie et le beau temps. Ne répétons pas les mêmes erreurs.

Map of Israel's Yellow Line in Lebanon

Il n’existe pas de raccourci sur le chemin diplomatique. Chaque négociation est pénible et souvent semée d’embûches. Bien entendu, nous devrions être fermes et intransigeants sur les questions sécuritaires mais aussi être généreux pour aboutir enfin à une paix viable.

Les Libanais sont biens lassés des guerres et ils méritent de vivre dans la dignité et en coexistence avec leurs voisins israéliens.

Israël n’a pas de revendications territoriales au Liban et tôt ou tard les forces de Tsahal se retireront. Cependant, nous nous trouvons actuellement en position de force, et le temps est propice pour pouvoir dicter la marche à suivre et garantir la stabilité dans le nord du pays durant de nombreuses années encore.

Un accord garanti par les Etats-Unis évitera une présence à long terme de nos soldats dans le bourbier libanais avec toutes ses conséquences et retombées sur toute la société israélienne. L’essentiel est de saisir toutes les opportunités et les leviers et intervenir rapidement en cas de violation.

Pour défendre notre sécurité, nous devrions exiger de l’administration Trump des gages pour pouvoir éventuellement intensifier les opérations terrestres et les frappes aériennes au-delà de la zone tampon. Comme d’ailleurs le font ces jours-ci les Américains dans leur riposte contre les violations des Iraniens dans le Golfe persique et contre les Emirats arabes.

Nétanyahou devra agir avec de bonnes intentions et ne pas profiter de la campagne électorale pour renforcer son parti et ses militants et promettre des monts et merveilles à tous les résidents installés le long de la frontière.

Cet accord-cadre n’est pas parfait et il est compliqué à appliquer dans les conditions actuelles mais il est clair et cohérent. La majorité israélienne devra le soutenir.

Sans se bercer d’illusion et avec des nerfs d’acier et une volonté de fer, nous pourrions accomplir avec les Etats-Unis cette noble mission pour la paix.