Europe-Israël : crise profonde ou passagère ?

Depuis le début de la guerre contre le Hamas à Gaza et contre le Hezbollah au Liban, les relations entre l’Union européenne et Israël traversent une crise grave. Certains États membres réclament la suspension de l’accord d’association en raison de la situation humanitaire. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, affirma que « le gouvernement israélien viole le droit international et donc ne peut pas être partenaire de l’Union européenne. »
Signé en 1995, cet accord important avait officialisé la coopération commerciale, politique et culturelle entre l’Union européenne et l’Etat d’Israël. Le 21 avril 2026, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont rejeté la suspension malgré les fortes pressions de l’Espagne, de l’Irlande et de la Slovénie. L’Allemagne et l’Italie ont réussi à bloquer cette proposition, préférant le maintien d’un « dialogue critique et constructif ».
Toutefois, les démarches de révision de l’accord d’association et le boycottage d’Israël à l’Eurovision bénéficient d’un large soutien médiatique et public. Une pétition lancée par le collectif Justice pour la Palestine a déjà recueilli plus d’un million de signatures à travers les différents pays européens.
Les relations commerciales entre Israël et l’Europe ont débuté en 1959 avec le premier accord entre Israël et les pays de la Communauté économique européenne (CEE). Aujourd’hui, l’Union européenne demeure le premier partenaire commercial d’Israël représentant environ un tiers de nos échanges mondiaux de marchandises. Le montant total des échanges de biens est estimé à plus de 43 milliards d’euros.

L’Allemagne est notre premier partenaire européen et la France occupe le 11ème rang mondial avec environ 4 milliards de dollars d’échanges bilatéraux.
Cependant, 34 % des importations israéliennes proviennent de l’UE, soulignant une forte dépendance pour notre approvisionnement industriel et technologique particulièrement durant un conflit armé. D’autant plus qu’Israël a adhéré également au Dialogue méditerranéen de l’OTAN dont le but est de renforcer la sécurité régionale, la coopération militaire et les exercices conjoints, consolidant ainsi les liens d’Israël avec les pays membres de l’OTAN.

De ce fait, une éventuelle suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël aurait des conséquences directes et graves sur notre économie et ses secteurs stratégiques.
Depuis toujours, et aujourd’hui encore, au sein du ministère israélien des Affaires étrangères, des discussions intensives se tiennent régulièrement sur la formulation d’une politique claire à l’égard de l’Europe. Alors que la plupart des experts soulignent l’importance de renforcer les relations bilatérales, la tendance au sein des gouvernements est de se diriger plutôt vers les Etats-Unis. A juste titre, il est vrai que les décisions importantes et cruciales sur la solution du conflit avec les Arabes sont prises à Washington et non à Paris ou Bruxelles. Et seuls les États-Unis, la plus forte puissance du monde, peuvent aider à résoudre le problème palestinien. Face à une Europe affaiblie politiquement, les Etats-Unis sont en effet un véritable allié stratégique.

Cette analyse est correcte et justifiée sur le terrain, mais pas parfaite. Il est à noter que jusqu’au déclenchement de la guerre des Six Jours de 1967, les gouvernements israéliens ont préféré, pour diverses raisons, la consolidation des relations avec l’Europe au détriment des États-Unis qui avaient imposé injustement un embargo sur les exportations d’armes.
Il ne faut donc jamais oublier la contribution importante de la France à la sécurité d’Israël dans la fourniture d’armes modernes et la construction du réacteur nucléaire de Dimona, durant les premières et fragiles années de notre existence.
A la fin de la guerre et suite à l’administration des Territoires, la tendance qui était favorable à Israël depuis sa création a changé et empiré. Elle s’est transformée en une politique pro-arabe et parfois même hostile. Suite à la crise de l’énergie et après la guerre de Kippour, l’Europe a cédé au chantage des producteurs de pétrole en préférant abandonner Israël pour pouvoir obtenir des pétrodollars.
Au fil des ans, des changements et des événements au Moyen-Orient ont modifié la donne géopolitique et l’Union européenne est passée de 9 Etats à 27 avec une population qui représente plus de 500 millions de personnes.
Israël peut-il ignorer cette évolution ? Nombreux sont les Israéliens qui demeurent sceptiques et affirment à chaque occasion que les Européens sont fondamentalement antisémites, et donc rien ne pourra changer dans nos relations avec eux. Certains diplomates et hommes politiques souhaitent se détacher de certains pays européens et même rompre les relations diplomatiques. Dans un contexte d’isolement de l’Etat juif dans l’arène internationale cette démarche est insensée et contre-productive. Il est facile de couper les liens avec des pays autrefois amis mais il sera toujours plus difficile de rétablir la confiance et avoir de bonnes relations.
Il est vrai que l’antisémitisme est toujours ancré dans certaines parties du Vieux continent et les activités du BDS démontrent un antisionisme flagrant, mais l’écrasante majorité et les leaders européens ne sont ni racistes ni antisémites.
Nous devrions réagir avec une realpolitik et observer tous les intérêts en cours avec discrétion et sans préjugés et préjudices. Certes, il est clair que le passé ne doit jamais être oublié ou gommé, mais nous devons aspirer à un avenir meilleur. Rappelons que nous avons obtenu des réparations de l’Allemagne et cette décision déchirante et sensible a été prise lourdement justement pour tourner la page et établir des relations diplomatiques fructueuses avec le pays qui a permis le nazisme et la Shoah. Ces relations sont jusqu’à présent bénéfiques.
Par conséquent, pour améliorer les relations avec l’Europe, nous devons procéder à une révision complète et pragmatique et ne pas effacer bêtement tous les efforts des diplomates qui ont investi tous leurs efforts durant leur longue carrière pour améliorer les relations avec les différents pays de la planète.
Nos liens avec les pays d’Europe centrale et orientale et nos relations avec les Etats du Balkans demeurent solides. Cela signifie qu’il existe une tendance positive au sein de plusieurs pays européens pour consolider leurs relations avec Israël. Cette évolution est importante et devrait être saluée.
Nous devrions agir avec sagesse pour séparer les relations diplomatiques bilatérales et multilatérales en particulier dans le processus de la résolution du conflit israélo-arabe.
Le peuple juif est lié à l’Europe depuis la nuit des temps, depuis les Empires d’Athènes et de Rome. Il a vécu en Europe avant même l’Inquisition et l’expulsion de l’Espagne. On ne pourra jamais gommer ce lien historique, ni notre présence géographique au sein du bassin méditerranéen. Nous partageons avec l’Europe des valeurs démocratiques et judéo-chrétiennes. Elles sont ancrées profondément dans notre Histoire commune et sont assez solides pour pouvoir surmonter les obstacles et les condamnations des extrémistes. Au sein des démocraties l’alternance existe et donc nous devrions établir de bonnes relations avec tous les acteurs politiques à droite, au centre et à gauche.
La guerre contre l’Iran a contribué à offrir à Israël de nombreux atouts stratégiques importants qui peuvent contribuer à renforcer la coopération avec l’UE.
À la lumière de la nouvelle donne géopolitique, il est indispensable de signer un protocole d’entente avec les pays européens. Un premier Mémorandum qui nous permettra de gérer à bien l’avenir de nos relations. Il est aussi important de prendre des mesures concrètes pour supprimer tous les boycotts et toutes les tentatives d’imposer des sanctions. Nécessaire aussi d’empêcher l’UE de financer directement et indirectement des ONG et organisations hostiles, dont certaines soutiennent le terrorisme.
Grâce aux atouts stratégiques et aux valeurs communes, Israël et l’Europe peuvent consolider leurs relations dans tous les domaines et notamment agir de concert sur le plan humanitaire et économique pour améliorer la situation des Palestiniens et aider les pays africains en détresse. Un traitement commun à la source et sur le terrain empêchera une migration massive vers le continent européen.
Enfin, il faut agir ensemble dans le combat contre le fléau de l’antisémitisme, le terrorisme islamiste et celui des Gardiens de la révolution iranienne. Les informations précises transmises par le Mossad peuvent éviter des attentats contre les communautés juives et sauver la vie de nombreux citoyens européens innocents.
En conclusion, nous pouvons affirmer sans aucun doute que les points communs avec les Européens sont plus nombreux et plus importants que les divergences qui existent actuellement sur les conflits dans notre région.
