Impasse diplomatique et reprise de la guerre

Freddy Eytan

Comme prévu, l’Iran refuse de reprendre les négociations diplomatiques et propose des conditions préalables inacceptables par les Etats-Unis. On revient donc à la situation initiale, un clair retour à la case départ. Le président Trump est dans une colère noire et n’exclut pas la reprise des frappes. Pour l’heure, il part à Pékin pour débloquer la situation. Il préfère négocier à armes égales avec les Chinois plutôt que se brouiller et être humilié par des dirigeants d’un Etat voyou.

Depuis le terrible massacre du 7 octobre 20023 Israël poursuit ses combats sur trois fronts militaires sans obtenir une solution diplomatique viable, ni gain de cause au sein des chancelleries et ni non plus la sympathie de l’opinion publique et des médias. Les raisons de la mauvaise image d’Israël et notre isolement dans l’arène internationale sont multiples et n’incombent pas seulement la responsabilité de la politique israélienne. Et pourtant, c’est bien la première fois que nous menons une campagne militaire conjointe avec les Etats-Unis. Durant la Première guerre du Golfe nous avions adopté un profil bas imposé fortement par Washington. Par la suite, le régime de Saddam Hussein est enfin tombé et une conférence internationale parrainée par l’Union soviétique et les Etats-Unis s’était réunie à Madrid.

(Amos Ben-Gershom/GPO)

Pour la première fois dans l’histoire du conflit arabo-israélien des négociations directes ont été engagées avec toutes les délégations arabes notamment avec des Palestiniens non membres de l’OLP. Ce processus diplomatique avait de fortes chances d’aboutir à un règlement régional pragmatique et solide mais il fut malheureusement remplacé par les Accords d’Oslo. Le désir ardent d’aboutir à la paix avec les Palestiniens d’Arafat avait aveuglé les dirigeants de l’époque. La vision romantique d’un nouveau Proche-Orient idyllique comme le souhaitait Shimon Pérès et Bill Clinton ; les conseillers arrivistes qui cherchaient la gloire rapide, la connivence de la presse et le Prix Nobel, ont entraîné Yitzhak Rabin, à signer ces accords malgré les nombreuses réticences et les grands risques. La triste suite des événements est bien connue…Le rêve s’est transformé en cauchemar. Ne répétons plus les mêmes erreurs aujourd’hui.

Les lauréats du prix Nobel 1994 à Oslo. (De droite à gauche) : le Premier ministre Yitzhak Rabin, le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres et le président de l'OLP, Yasser Arafat.
Les lauréats du prix Nobel 1994 à Oslo. (De droite à gauche) : le Premier ministre Yitzhak Rabin, le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres et le président de l’OLP, Yasser Arafat. (Saar Yaacov/GPO)

La guerre que nous menons actuellement sur plusieurs fronts ne pourra être achevée sans un succès militaire spectaculaire. Un règlement pacifique et stable ne pourra non plus durer sans l’effondrement du régime iranien. De ce fait, la destruction de leurs capacités militaires et nucléaires doit se poursuivre de plus belle. La guerre contre un régime autocratique et terroriste est complexe, acharnée et de longue haleine. D’autant plus que les négociations pour aboutir à un cessez-le-feu et un accord robuste prennent de nombreux mois. Face à un adversaire rusé qui manigance, ment et triche, des gages et des garanties sont nécessaires pour le long terme. Chaque mot, chaque clause doit être réfléchi profondément et écrit minutieusement. Il est donc capital d’étudier tous les aspects du dossier et tous enjeux régionaux et planétaires.

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf lors de leur rencontre préalable aux pourparlers de paix américano-iraniens à Islamabad, le 11 avril 2026.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf lors de leur rencontre préalable aux pourparlers de paix américano-iraniens à Islamabad, le 11 avril 2026. (Bureau du Premier ministre pakistanais)

Dans ce contexte, le président Trump a commis une grave erreur en stoppant inutilement la guerre des Douze jours déclenchée en juin 2025. Il n’a pas non plus apporté de solution durable ni sur l’uranium enrichi, ni sur les missiles balistiques.

Ainsi, l’Iran a réussi à rétablir rapidement ses capacités nucléaires, à sauvegarder ses missiles et à renforcer ses satellites chiites et surtout a permis au Hezbollah de faire la pluie et le beau temps au Liban, et à oser attaquer Israël par tous les moyens notamment par des drones kamikazes dont Tsahal n’a pas de réponse adéquate.

Plus grave encore, l’Iran a réussi à modifier la nature de la guerre en fermant le détroit d’Ormuz. Le blocus a transformé un conflit régional en une crise énergétique mondiale au détriment des États-Unis. Cela a aussi approfondi les différences d’intérêts avec Israël et a braqué les projecteurs sur la libre navigation maritime plutôt que sur le nucléaire et les missiles qui demeurent toujours dans des bunkers souterrains.

La mauvaise gestion des affaires diplomatiques par Donald Trump a également ébranlé le sentiment de sécurité dans les Emirats du Golfe et de l’Arabie saoudite, mais aussi la crainte de perdre de nombreux contrats bilatéraux signés avec les Américains. En revanche, cela a renforcé leur dépendance aux capacités israéliennes dans le domaine de la défense aérienne et le renseignement et donc justifie clairement l’élargissement des Accords d’Abraham.

Dans ce contexte, nous devrions préserver nos atouts militaires et notre dissuasion tout en évitant d’être un Etat vassal des Etats-Unis. Tsahal devra poursuivre les combats sur les trois fronts tout en augmentant ses effectifs par une mobilisation de tous les citoyens. Le but final est de rechercher la paix mais parallèlement prouver à tous nos ennemis et à nos voisins que nous sommes indépendants et assez forts pour nous défendre seuls et garantir notre sécurité.