Le Qatar et le financement du terrorisme international

qatarAu cours de la dernière opération « Bordure Protectrice » à Gaza, le quotidien Al-Hayat a affirmé que le Qatar avait menacé d’expulser le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, si jamais il acceptait la proposition égyptienne de cessez-le feu. C’est ainsi que Mechaal a rejeté toute médiation diplomatique et prolongé le conflit de 50 jours.

Le 4 mars 2014, David Cohen, sous-secrétaire américain au Trésor, chargé du combat contre le financement du terrorisme, a révélé que le Qatar, pourtant un allié américain de longue date, finance depuis de nombreuses années le Hamas. En outre, le Qatar a fourni pignon sur rue à Khaled Mechaal afin de diriger toutes les opérations du Hamas à partir de Doha.

Rappelons que la majorité des émirats du golfe Persique sont connus pour être politiquement conservateurs et non pas révolutionnaires. Le Qatar, lui, a développé des liens étroits en matière de défense avec les États-Unis ; depuis 2003, le poste avancé du Commandement central américain (CENTCOM) est installé dans la base aérienne d’Al-Udaid.

Néanmoins, le Qatar a également tissé des liens avec certains des mouvements les plus problématiques du Moyen-Orient. En ce sens, les relations du Qatar avec le Hamas ne sont pas un phénomène isolé, mais s’inscrivent dans une tendance plus large de la politique étrangère de l’émirat. Par exemple, en juin 2013, les Talibans ont été autorisés à ouvrir un bureau diplomatique à Doha. En décembre 2013, le Qatar a soutenu des organisations de bienfaisance affiliées à al-Qaïda en Syrie et en Irak. Le Qatar a aussi servi de bailleur de fonds pour le Jabhat al-Nosra, la filiale d’al-Qaïda qui combat en Syrie.

Le rôle du Qatar dans le financement du terrorisme se voit dans plusieurs pays, et notamment en Afrique du Nord. La presse française a révélé que le Qatar finançait des éléments djihadistes dans le nord du Mali ainsi que des séparatistes touaregs. La Direction du renseignement français affirme que le Qatar finance AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique). Yves Bonnet, ancien patron de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) affirmait en Octobre 2012 que le Qatar finançait des réseaux radicaux en France.

Avant l’intervention française au Mali, le Croissant-Rouge du Qatar était la seule organisation humanitaire opérant dans le nord du Mali suite à la prise de contrôle des islamistes.

Le Qatar a aussi tissé des liens étroits avec des éléments islamistes combattants en Libye depuis le renversement de Kadhafi. Le Premier ministre libyen de transition, Mahmoud Jibril, s’est alarmé que le Qatar soit en train d’armer des groupes extrémistes contre le nouveau pouvoir libyen.

Par ailleurs, le Qatar demeure toujours le plus grand bailleur de fonds des Frères musulmans au Moyen-Orient et en Europe.

Tout a débuté en 1961. Le Sheikh Youssef Al-Qaradâwî avait été envoyé par l’Université al-Azhar du Caire fonder une chaire qatarie à Doha. Depuis lors, il s’est imposé comme l’autorité spirituelle la plus importante dans le mouvement international des Frères musulmans. Il est aussi devenu une autorité religieuse suprême pour la branche palestinienne des Frères musulmans, le Hamas. Grâce à ses fatwas diffusées en permanence sur le site Internet du Hamas, il a soutenu les attentats suicides contre des civils israéliens et contre les forces américaines en Irak.

Sheikh Yousouf al-Qaradawi intervient régulièrement sur al-Jazeera. Il se sert de la chaine qatarie pour promouvoir l’idéologie de la Confrérie à des dizaines de millions de musulmans sunnites.

Il a créé un organisme de bienfaisance mondiale, connu sous le nom d’« Union of Good ». Celui-ci a servi d’association de paille mais de véritable intermédiaire pour le financement du Hamas. Cet organisme a été interdit en Israël en 2002 et désigné organisation terroriste par les Etats-Unis.

L’Arabie saoudite a également sévèrement condamné les Frères musulmans par la voix de son ministre de l’Intérieur le prince Nayef ben Abdelaziz al-Saoud. Aujourd’hui, les Saoudiens considèrent la Confrérie comme une organisation terroriste.

Compte tenu de toutes ces activités, il est étonnant de constater à quel point le Qatar est un petit pays. Sa superficie totale est de 11 586 k2. Sa population de 2.123.160 habitants, mais la majorité écrasante est représentée par des travailleurs étrangers. Le Qatar possède de vastes réserves de pétrole et ses réserves de gaz naturel le placent au troisième rang des producteurs de gaz dans le monde, après la Russie et l’Iran. Ce minuscule pays a le revenu par habitant le plus élevé de la planète. Du fait de sa richesse, le Qatar a évidemment la possibilité d’utiliser son budget pour aider des mouvements auxquels il s’identifie.

Les liens du Qatar avec le Hamas se sont renforcés en 1999 après la fermeture de son bureau à Amman et l’expulsion de Khaled Mechaal de Jordanie.

En 2012, l’ancien émir du Qatar, Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani est devenu le premier chef d’Etat à visiter la bande de Gaza. Il avait promis de verser 400 millions de dollars au Hamas. Son fils, qui lui a depuis succédé, poursuit son soutien au Hamas et aide à la reconstruction de la bande de Gaza suite à l’opération « Bordure Protectrice ».

Pour réveiller les esprits en Europe et aux Etats-Unis, soulignons, une fois encore, que le Qatar est engagé de façon incontestable dans le financement du terrorisme international. Selon le département américain au Trésor, le Qatar finance depuis de nombreuses années le Hamas, les Frères musulmans, Jabhat al Nosra, des filiales d’Al-Qaïda, les islamistes libyens, et même l’Etat islamique. Grâce à sa connivence avec la confrérie des Frères musulmans, le Qatar a tenté de renverser les royaumes de Jordanie, et de l’Arabie saoudite, l’émirat du Bahreïn ainsi que le régime égyptien.

Le lien entre le Qatar et les Frères musulmans est dirigé par le Sheikh Yousouf al-Qaradawi, qui diffuse sur Al-Jazeera à partir de Doha. Depuis une décennie, sa fondation est désignée comme une organisation terroriste par le gouvernement américain.

En conclusion, le Qatar exploite le chaos provoqué par le « Printemps arabe » en aidant les Frères musulmans à réaliser le rêve de renverser les régimes traditionnels arabes. Cependant, le Qatar craint toujours son grand voisin de l’ouest, l’Arabie saoudite. Ses liens étroits avec les Frères musulmans lui servent de moyen de pression contre Riyad et ainsi tente-t-il d’écarter les menaces. Soulignons que le Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont rappelé leurs ambassadeurs à Doha.

Enfin, contrairement à l’avis de certains observateurs sur un changement de cap dans la politique étrangère du Qatar, nous pouvons affirmer qu’il s’agit bien d’une nouvelle ruse qatarie bien connue. Selon toute vraisemblance, le Qatar continuera à soutenir le Hamas, les Frères musulmans et tous les autres groupes terroristes qui menacent Israël et ses voisins arabes sunnites.

Le CAPE

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