Le refus de Mahmoud Abbas de participer au Sommet économique de Manama

Le refus de Mahmoud Abbas d’assister au Sommet économique de Manama les 25 et 26 juin, où les Etats-Unis dévoileront un volet du très attendu plan de paix israélo-palestinien promis par Donald Trump, s’inscrit dans la politique déclarée des chefs palestiniens depuis 1948.

Rien n’a changé depuis le refus du partage de la Palestine selon la résolution 181 de l’ONU. La Nakba d’hier, cette catastrophe du sort des réfugiés s’ajoutera à une autre catastrophe socio-économique. Les intérêts personnels étroits et la corruption des dirigeants palestiniens à travers les générations prévalent une fois encore sur les besoins nationaux et économiques du peuple palestinien.

Le thème du Sommet à Bahreïn figure en priorité dans l’ordre du jour du monde arabe et le président de l’Autorité palestinienne a présenté ses réserves et son refus lors du sommet qui s’est tenu à la fin du mois de mai 2019 à La Mecque.

L’Arabie saoudite, les États du Golfe et l’Égypte n’oseront pas s’opposer à la conférence à Bahreïn.

Il est vrai que l’Administration Trump a sans doute commis une erreur en n’insistant pas sur l’importance du sommet préalablement auprès de Mahmoud Abbas, et ce même si l’Autorité palestinienne l’avait boycottée depuis le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. Il était impératif d’employer tous les moyens pour consulter l’AP au sujet de la convocation du Sommet économique à Bahreïn. Si les Américains avaient essayé de le faire et l’AP avait rejeté l’offre, le vrai visage de Mahmoud Abbas et les faux arguments de ses porte-parole auraient été dévoilés au grand jour. Ainsi on pourra facilement rejeter l’argument du Premier ministre, Muhammad al-Shatiyeh, selon lequel les Palestiniens refusent d’assister au Sommet car « les Américains ne nous ont pas du tout consultés. »

Suite au boycott politique de l’AP, le gouvernement Trump s’est trouvé dans l’obligation d’inviter directement à la conférence de Manama des hommes d’affaires, des experts économiques et des institutions économiques ainsi que des représentants des chambres de commerce palestiniennes situées dans les territoires.

Avant le sommet de Manama, Jared Kushner a entamé au Maroc une tournée au Moyen-Orient (photo MENA)

L’opposition de Mahmoud Abbas de participer au Sommet de Bahreïn s’explique par diverses raisons.

De hauts responsables de l’OLP disent que Mahmoud Abbas craint que la participation des représentants de l’AP à l’atelier économique de Bahreïn justifie la normalisation que les États arabes souhaitent maintenir avec Israël indépendamment du problème palestinien. Selon lui, il s’agira d’un précédent dangereux et d’un premier pas pour renoncer à l’initiative de paix arabe.

Le président de l’AP considère le programme américain de “paix économique” comme l’adoption de la politique israélienne et l’acceptation des idées du Premier ministre Benjamin Nétanyahou, qui les rabâche sans succès depuis plus de 10 ans.

Toutefois, selon de hauts responsables du Fatah, les considérations économiques personnelles de Mahmoud Abbas forment une partie importante de son refus de participer à cette conférence.

Rappelons que Mahmoud Abbas et ses deux fils, Yasser et Tarek, sont des hommes d’affaires possédant un véritable empire économique dans les territoires et les pays arabes.

Selon des responsables du Fatah, ils ont introduit dans les territoires, la même méthode que celle utilisée par l’OLP au Liban et en Tunisie. Ainsi, chaque riche homme d’affaires opérant en Cisjordanie doit leur verser une commission ou une sorte de “taxe de protection” permettant de fonctionner librement sur le plan commercial.

Les membres du Fatah à Ramallah dévoilent que tous les proches de Mahmoud Abbas et de ses fils, dont le Premier ministre Mohammad Shtayyeh, sont engagés dans des activités commerciales, en dehors de leur engagement politique.

Dans ce contexte malsain, la rue palestinienne en subit les conséquences. Il existe un véritable ras-le-bol pour les malversations et la corruption au sein de l’Autorité palestinienne. Il est clair, que même si elle souhaitait envoyer des représentants au Sommet de Bahreïn, cette délégation aurait été accueillie avec incrédulité et méfiance dans la rue palestinienne.

Dans les Territoires et ailleurs, chacun sait, et ce n’est un secret pour personne, que chaque somme d’argent versée dans les coffres de l’Autorité palestinienne est déduite pour « récompenser » les proches du pouvoir.

Il est également possible que Mahmoud Abbas craigne que les fonds réunis au Sommet économique de Bahreïn soient soumis à un mécanisme américain strict qui rendra très difficile toute sorte de corruption, et assurera que les fonds parviennent directement à leur destination.

Selon des sources en provenance du monde des affaires de Cisjordanie, le président de l’Autorité palestinienne et ses fils s’opposent farouchement au transfert direct des fonds aux hommes d’affaires palestiniens de Cisjordanie, dans le domaine du “secteur privé”. Ils souhaitent que tous les fonds soient transférés au trésor de l’Autorité palestinienne et, à partir de là, ils le distribueront à leur guise.

Le site qatari al-Khaleej Online a rapporté le 24 mai 2019 que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis travaillaient d’arrache-pied pour convaincre les économistes et les hommes d’affaires palestiniens de participer à l’atelier économique de Bahreïn. Selon ce site, Muhammad Dahlan, rival déclaré de Mahmoud Abbas, s’emploie également à convaincre les hommes d’affaires palestiniens d’assister au Sommet.

Mohammad Shtayyeh, le nouveau Premier ministre palestinien

L’Autorité palestinienne a réussi une campagne de propagande bien orchestrée visant à discréditer l’administration américaine et l’atelier économique de Bahreïn. Elle prétend que le but des Américains est en réalité une tentative politique de contourner l’Autorité palestinienne et de leur imposer un programme politique américano-israélien qui les priverait de leurs droits nationaux.

L’Autorité palestinienne a réussi à créer dans la rue palestinienne le sentiment que le Sommet de Bahreïn était une tentative d’extorquer et de payer de l’argent comptant pour que les dirigeants palestiniens fassent des concessions à leurs aspirations nationales.

Par conséquent, d’éminents hommes d’affaires palestiniens invités à participer à l’atelier économique, tels que Zahi Khouri, Bashar al-Masri et Mazen Snokrot, se sont désistés et ont annoncé, sous les pressions de Mahmoud Abbas qu’ils ne participeraient pas à la conférence.

Tout Palestinien ayant des affaires avec l’Autorité palestinienne en Cisjordanie s’inquiète vraiment et craint que l’Autorité palestinienne puisse lui nuire s’il participait au Sommet économique de Bahreïn.

Selon des sources au sein du Fatah en Cisjordanie, les forces de sécurité de l’AP auraient envoyé des avertissements et des menaces dans ce sens.

Le porte-parole du Fatah, Osama Qawasmeh, a déclaré que tout Palestinien ayant participé à une conférence à Bahreïn était « un traître, un collaborateur et un lâche ».

Le cheikh Ashraf Ja’abari d’Hébron est le seul homme d’affaires palestinien à avoir fait preuve d’un grand courage. Il a répondu favorablement à l’invitation des Américains de se rendre au forum économique de Bahreïn.

Ja’abari représente la voix de la majorité silencieuse des hommes d’affaires de Cisjordanie qui souhaitent la prospérité économique et la coexistence avec Israël, mais craignent le règne de la peur et de la terreur dirigé par Mahmoud Abbas.

Mahmoud Abbas s’est entretenu pour coordonner la marche à suivre avec l’émir du Qatar, Cheikh Tamim bin Hamad, le roi Abdullah II de Jordanie et le président irakien Barham Salih.

 

Mahmoud Abbas avec le roi Abdallah II de Jordanie (photo Palais royal hachémite)

Le président de l’Autorité palestinienne est entré dans une course contre la montre. Il ne reste qu’un mois avant la conférence à Bahreïn. Selon des sources au sein du Fatah, Abbas est convaincu de sa démarche et persuadé qu’il réussira à contrecarrer la conférence. Son souhait est de voir l’administration américaine reporter la publication de la partie politique de l’Accord du Siècle suite à l’échec de la conférence de Bahreïn.

Abbas est conscient que ni l’administration Trump ni Israël ne souhaite faire écrouler l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et de ce fait, il se permet d’être sur la corde raide jusqu’au bout.

Le bien-être des habitants palestiniens de la Cisjordanie et l’amélioration de leur situation économique ne présentent aucun intérêt pour Mahmoud Abbas, ni d’ailleurs un règlement politique avec Israël. Comme son prédécesseur, Yasser Arafat, Abbas souhaite entrer dans les pages de l’histoire palestinienne comme le leader qui n’a pas cédé ni franchi les “lignes rouges” : Jérusalem, les frontières, les réfugiés et les colonies de peuplement.

Mahmoud Abbas tente de gagner du temps dans l’espoir que le président Trump ne sera pas élu pour un nouveau mandat de quatre ans. En tenant compte de la position du gouvernement israélien, il s’efforce de survivre en tirant le meilleur profit pour éviter que le président Trump soutienne l’application de la loi israélienne sur les blocs des implantations en Cisjordanie et dans certaines parties de la zone C.

L’échec du Sommet de Bahreïn sera l’échec de Trump et des pays arabes modérés, mais également celui des dirigeants palestiniens, qui ignorent les besoins réels de leur peuple, le poussant à l’extrême en le trompant systématiquement, en lui promettant monts et merveilles, et en croyant que la victoire sur Israël n’est plus un rêve mais une réalité.

En agissant ainsi, Abbas répète les mêmes erreurs historiques qu’ont commises tous ses prédécesseurs depuis 1948. Aucun ne manque une seule occasion de rater chaque rendez-vous de l’Histoire et d’éviter de résoudre définitivement le conflit israélo-palestinien.

Israël est aujourd’hui un puissant Etat régional sur le plan diplomatique, militaire et économique, tandis que l’Autorité palestinienne se détériore et est au bord du gouffre et de la faillite économique. Qu’ont gagné les Palestiniens depuis que Mahmoud Abbas est arrivé au pouvoir en 2005 ? Absolument rien !

Yoni Ben Menahem

 


Pour citer cet article :

Yoni Ben Menahem, « Le refus de Mahmoud Abbas de participer au Sommet économique de Manama », Le CAPE de Jérusalem, publié le 16 juin 2019: http://jcpa-lecape.org/le-refus-de-mahmoud-abbas-de-participer-au-sommet-economique-de-manama/

Photo de couverture : Mahmoud Abbas entouré du chef du Hamas, Ismael Haniyeh (à gauche) et de Mohammed Dahlan (photo al-Riyadh).

NB : Sauf mention, toutes nos illustrations sont libres de droit.

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1 Comment

  1. Les “”dits”” palestiniens, sont toujours dans la voix de Nasser en 1948, “”jeter les Juifs à la mer”” , rien de nouveau à l’horizon, cette autorité, est plus qu’un problème, elle est une erreur Historique………!

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