Le pari de la guerre

Directeur de recherche au CNRS, Ariel Colonomos étudie notamment les rapports entre éthique et relations internationales et les “nouveaux enjeux éthiques de l’après guerre froide”. Son dernier livre, intitulé Le pari de la guerre, traite un sujet d’une actualité brûlante, surtout pour le lecteur israélien : celui de la guerre préventive, à travers les exemples récents de la guerre américaine en Irak, de la Deuxième guerre du Liban et de la guerre contre le Hamas à Gaza. L’originalité de ce livre est d’aborder ces thèmes d’actualité sous l’angle bien particulier de la science politique, en replaçant ces événements récents dans le cadre du débat politique et philosophique ancien sur la notion de “guerre juste” et de l’affrontement, beaucoup plus récent, entre juristes militaires et défenseurs des droits de l’homme. Contrairement à l’image caricaturale qu’en donnent souvent les médias, en effet, les Etats-Unis et Israël – et dans une moindre mesure, les autres pays occidentaux – ne laissent jamais les mains libres à leurs armées, mais sont au contraire constamment tiraillés entre les impératifs militaires et sécuritaires et ceux de la politique et du droit. C’est dans cette recherche d’un équilibre délicat que se situe le débat entre les différents acteurs politiques et militaires, dont Ariel Colonomos permet de saisir toute la complexité, en le replaçant dans son cadre historique et conceptuel. Parmi les nombreux aspects abordés dans ce livre original, la notion de “guerre juste” dans la pensée politique occidentale et son évolution, l’opposition entre le droit de la guerre et le droit humanitaire, l’évolution du droit face aux nouvelles armes et technologies, ou le débat juridique sur les “assassinats ciblés”.

Avec cet ouvrage érudit, l’auteur permet de mieux comprendre les enjeux et les débats théoriques sous-jacents aux conflits armés dans notre région. Ainsi, il montre comment la guerre menée par Israël contre le Hezbollah au Liban, en 2006, était essentiellement une guerre préventive, et non pas une simple opération de représailles, comme l’ont affirmé hâtivement les médias. On constate, en lisant ce livre, le décalage grandissant entre un Occident judéo-chrétien qui cherche constamment à encadrer l’exercice de la guerre par le droit et par la morale, et un monde arabo-musulman où les jurisconsultes islamistes les plus extrémistes (comme le cheikh Qaradawi) tiennent le haut du pavé et abolissent par leurs fatwas – en autorisant le meurtre des civils sans la moindre réserve – des siècles d’élaboration juridique. Un aspect important de cette confrontation, que le livre ne fait qu’effleurer, est celui du “lawfare” : ou comment le droit (international notamment) devient un outil politique entre les mains des ennemis de la démocratie. Lorsqu’il est coupé de ses fondements moraux et philosophiques, et de la conviction intime de la justesse de son propre camp, l’outil juridique devient une arme à double tranchant, et risque de faire le jeu de l’ennemi. Nous en avons eu récemment une illustration radicale, avec les fausses accusations de crimes de guerre portées contre Tsahal par certains médias israéliens et par des organisations de “défense des droits de l’homme”, souvent financées par l’Union européenne, qui obéissent en fait à un agenda anti-israélien bien précis. La multiplication des procédures abusives contre des soldats israéliens, tant à l’étranger qu’en Israël même, illustre également les dangers d’une dérive politique des instances judiciaires.

Pierre I. Lurcat (Article paru dans le magazine VISION D’ISRAEL)

Editions Denoël 2009, 327 pages, 23 euros.

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