La «victoire» du Hamas et la crise politique

La démission du ministre de la Défense Avigdor Liberman ne va pas secouer l’état-major de Tsahal ni changer la stratégie israélienne vis-à-vis de Gaza et des Palestiniens.

Cette étrange et incompréhensible démission, intervenue quelques heures seulement après des salves de roquettes sur Israël, est un acte irresponsable de la part d’un homme chargé de la sécurité et la défense de l’Etat d’Israël.

Dans ces moments difficiles et complexes que nous traversons, Liberman a donc préféré la crise politique et le déchirement de la société israélienne à l’union et la solidarité.

Sa décision s’inscrit surtout dans le cadre d’une longue et interminable bataille politique intérieure israélienne. Elle marque une fois de plus les faiblesses de notre système électoral où chaque chef de petit parti charnière devient capricieux et lunatique, et agit en fonction d’intérêts personnels et souvent par des haines partisanes. La précipitation du ministre de l’Education, Naftali Bennett, et le chantage qu’il exerce pour obtenir le poste vacant, prouvent les lacunes de l’armature démocratique actuelle, les méandres de la politique, et les caprices du système actuel.

Dans ce contexte, des élections anticipées, quelle que soit la date choisie, ne changeront en rien l’échiquier politique. Nous sommes l’un des rares pays de la planète où les partis sont si nombreux. Face aux menaces existentielles et la guerre permanente que nous affrontons quotidiennement, il est temps de changer de cap et de créer une réforme électorale adéquate où s’affronteront quelques partis seulement. En 2018, un parti religieux n’a pas sa place au sein d’un gouvernement, ni un parti séfarade, arabe ou russophone.

Cependant, cette démission n’est sans doute pas « une victoire » du Hamas, mais plutôt un « soulagement » de la population qui s’attendait au pire avec une riposte foudroyante et sans pitié de Tsahal.

Dans cette affaire, Liberman a prouvé qu’il n’est pas un grand stratège et bien loin de comprendre comment fonctionne la mentalité du monde arabe et particulièrement celle des islamistes du Hamas.

Certes, sa démission a bien entendu renforcé les intentions agressives et belliqueuses de la rue palestinienne, mais malgré les critiques tous azimuts, la dissuasion israélienne n’a pas été ébranlée.

Le Hamas n’est en réalité qu’un groupe terroriste islamiste sans aucune comparaison avec la  force et la puissance de Tsahal. La retenue qui freine une opération de grande envergure ne devrait pas être interprétée comme une faiblesse ou un désarroi. A chaque moment voulu et sans contrainte, Tsahal pourra utiliser sa force de feu.

La force tranquille

Nous rappelons que durant la Première guerre du Golfe, le Premier ministre Yitzhak Shamir avait adopté une politique de retenue malgré les tirs de missiles Scud et la colère et la rage de la population. Cette politique a été par la suite très bénéfique sur plusieurs plans.

En effet, c’est dans des moments de crise grave qu’un véritable leader devrait exercer sa « force tranquille ». Ne pas calculer les avantages électoraux ou suivre les résultats de tel ou tel sondage, qui d’ailleurs ne sont pas du tout « scientifiques » et ne représentent que l’humeur du jour.

La grogne et la protestation de la population des villes et des villages du Néguev sont parfaitement légitimes et le gouvernement a le devoir d’assurer leur sécurité absolue. Toutefois, il existe un ensemble de données, des causes et des motifs, que seuls le Premier ministre et les chefs des armées et des services du Renseignement connaissent parfaitement. Le contexte régional et international est toujours pris en considération comme les aspects diplomatiques, stratégiques et économiques.

Il est préférable dans certaines circonstances de ne pas agir avec les « tripes » mais avec raison et intelligemment. Garder la tête froide et agir toujours avec sagesse et surtout dans l’intérêt exclusif de l’Etat d’Israël.

 Freddy Eytan

 


Pour citer cet article

Freddy Eytan, « La «victoire» du Hamas et la crise politique », Le CAPE de Jérusalem, publié le 15 novembre 2018 : http://jcpa-lecape.org/la-victoire-du-hamas-et-la-crise-politique/

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1 Comment

  1. Peut-être Liberman a démissionné car il se sentait responsable d’avoir permis l’action qui a échoué à Gaza : étant donné que toute action peut échouer il n’aurait pas dû permetttre cette action à ce moment là où on négotie.

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