La colère palestinienne contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem

L’intention du président américain Donald Trump de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem a provoqué la colère dans le monde arabo-musulman, et surtout au sein de l’Autorité palestinienne qui se prépare à faire avorter cette initiative.

Il est à souligner que Jérusalem demeure le cheval de bataille de l’Autorité palestinienne et des Frères musulmans, tandis que pour certains pays arabes dont l’Arabie Saoudite, la ville sainte n’est pas une priorité. Elle se trouvait toujours au bas de l’échelle : pour le Prophète et pour ses successeurs, seule comptait La Mecque.

De leur côté, les Frères musulmans veulent unifier tous les pays arabo-musulmans sous l’étendard du « sauvetage d’Al-Aqsa. »

L’Arabie saoudite et les Etats du Golfe y voient pour leur part un danger politique et ont donc cessé de soutenir la lutte des Palestiniens pour Jérusalem. Pour cette raison, une somme importante estimée à plus de 500 millions d’euros n’a pas été versée aux Palestiniens malgré une promesse de la Ligue arabe.  

En cherchant à conserver son statut à Jérusalem, l’Autorité palestinienne a proposé de promouvoir un « tourisme religieux » dans la Ville sainte. Le but était d’inonder la capitale de touristes musulmans pour renforcer son caractère islamique et ainsi lutter contre la « judaïsation » de la ville.

Les Frères musulmans ont sévèrement condamné cette initiative, la qualifiant de « campagne de normalisation ». Selon eux, une inondation de touristes dans la ville est fortement en contradiction avec la bataille pour libérer al-Aqsa. Comment donc unir le monde musulman sous cet étendard ?

L’ambassade américaine à Tel-Aviv

En réalité, l’Autorité palestinienne n’a pas grande influence sur la question d’al-Aqsa. Même le souhait de l’Autorité palestinienne de déclarer un jour Jérusalem-Est comme capitale de facto et de jure de la Palestine n’est qu’un vœux pieux, et la majorité préfère voir l’esplanade d’al-Aqsa comme un lieu religieux plutôt que politique, où le califat serait un jour proclamé.

Il est important de noter que jusqu’à présent le monde arabe a gardé un certain mutisme sur le transfert de l’ambassade, à l’exception du Koweït. Aucun pays arabe n’a émis de protestation officielle.

Le roi Abdallah de Jordanie a mis en garde les membres du Congrès américain sur les conséquences négatives de déplacer l’ambassade lors de sa visite à Washington, le 31 janvier 2017.

Cela ne signifie pas que les pays arabes ne vont pas incessamment réagir. Cependant, leurs réactions dépendront des pressions palestiniennes, et si l’administration Trump envisage vraiment de donner suite à la promesse électorale de son nouveau président.

Le Secrétaire général du Comité exécutif de l’OLP, Saeb Erekat, a furieusement expliqué lors d’une récente interview à la télévision palestinienne, pourquoi l’Autorité palestinienne s’oppose farouchement à ce transfert. Il a souligné que les Palestiniens rejettent non seulement la relocalisation de l’ambassade à Jérusalem-Ouest, sous contrôle israélien depuis 1949, mais sur toute partie de Jérusalem. Cela signifie clairement que les Palestiniens n’ont jamais abandonné l’idée que les Juifs n’avaient aucun droit sur Jérusalem et qu’elle n’était pas leur capitale.

Erekat précise que le transfert de l’ambassade américaine est contraire à la dernière Résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui avait inscrit Jérusalem-Est en territoire occupé. Selon lui, l’annulation de cette résolution infligerait des dégâts considérables à la cause palestinienne, parce qu’elle saperait les fondements mêmes de la légitimité internationale des Palestiniens au sein des différentes agences de l’ONU et éviterait de condamner l’Etat Juif sur la scène internationale.

À cet égard, il est bizarre de constater que pour les Palestiniens le lien entre le Judaïsme et Jérusalem n’est pas en contradiction avec la légitimité internationale. Comment donc expliquer la fameuse résolution du 13 octobre 2016 de l’UNESCO qui n’a fait aucune référence au lien du Judaïsme avec le Mont du Temple et le Kotel, le mur des Lamentations ?

La résidence du consul américain à Jérusalem (ouest) – image Magister / CC BY-SA 3.0

D’autres responsables palestiniens ont propagé des menaces voilées et ont alerté contre des réactions violentes. Certains évoquaient le fait que l’OLP prendrait « des décisions cruciales », notamment l’annulation de la reconnaissance d’Israël. Ils faisaient référence à la visite d’Ariel Sharon en 2000 sur le Mont du Temple qui avait provoqué la Deuxième Intifada. Ils ont également mentionné les récentes « provocations » des ministres du parti Likoud. Ces visites sur le Mont du Temple ont provoqué, pour eux, « l’Intifada des couteaux ». Ces mêmes responsables palestiniens ont menacé Israël d’une nouvelle vague de violence.

Nous constatons que pour l’Autorité palestinienne aucun compromis sur la question de Jérusalem n’est envisageable et elle joue son va tout sur l’avenir de la ville sainte.

Erekat a également proféré de graves menaces envers les Etats-Unis. Il a prédit la venue d’un « ouragan » qui balaierait les intérêts américains dans le monde arabo-musulman. Selon lui, l’effondrement des Accords Sykes-Picot, qui avaient tracé les frontières du Moyen-Orient il y a 100 ans, déterminera le sort de la Palestine : « Si la Palestine n’est pas sur la carte maintenant, elle ne le sera plus jamais. Afin de permettre l’existence de la Palestine dans les arrangements régionaux à venir, l’unité palestinienne doit exister à tout prix. Afin de surmonter les divisions, les Palestiniens doivent reconfigurer un nouveau Comité exécutif de l’OLP qui sera déclaré gouvernement en exil, ainsi qu’un nouveau Parlement. Le transfert de l’ambassade américaine conduira donc à la perte de notre Jérusalem. Dans ces moments critiques de l’Histoire, ce serait un sévère coup à l’établissement d’un Etat palestinien dans le cadre de nouveaux accords. »

Cependant, selon l’éditorialiste du journal Rai al-Yom, Abd al-Bari Atwan, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, craint qu’un appel à des manifestations contre le déplacement de l’ambassade seraient contre-productives. Il existe donc dans le monde arabe, et même au sein des dirigeants palestiniens, des désaccords profonds. Sur ce point, Erekat a osé déclaré : « avec tout le respect que je dois aux différentes capitales arabes, Jérusalem est beaucoup plus importante que toutes les autres capitales ». Cette insulte a provoqué des tensions et a écarté encore plus les Palestiniens de leur cause sur Jérusalem. Ils souhaitaient confirmer leur existence dans le nouveau partage du Moyen-Orient et utiliser Jérusalem-Al Qods comme la capitale d’une « puissance régionale ».

Manifestation contre la présence juive sur le Mont du Temple, en 2015 – AFP 

En créant une crise artificielle sur le symbole de la mosquée al-Aqsa, les Palestiniens cherchaient à menacer les voisins arabes et à exploiter une question religieuse pour pouvoir déstabiliser la Jordanie et Israël où se trouvent deux grandes communautés palestiniennes. L’aspiration des Palestiniens serait de fixer une règle unique pour Jérusalem. Ainsi, ils poursuivront leur combat tant qu’ils n’auront pas leur Etat avec comme capitale, Al-Quods, mais aussi, tant qu’ils ne seront pas reconnus comme puissance régionale pour éclipser la Jordanie.

Dans ce contexte explosif, la Jordanie a demandé aux Palestiniens d’éviter de propager des menaces et d’appliquer une diplomatie discrète.

Rappelons qu’au fil des ans, la Jordanie a changé sa position sur la question de Jérusalem. Après la guerre d’Indépendance en 1948, la Jordanie a annexé la Vieille Ville de Jérusalem et la Cisjordanie. Tous les pays arabes ont rejeté cette annexion et avaient approuvé la résolution de l’ONU que Jérusalem demeure une ville internationale.

Signalons que la zone internationale de Jérusalem était beaucoup plus grande que les limites municipales de la ville. Elle comprenait Bethléem, que l’ UNESCO avait déjà reconnue comme faisant partie de la « Palestine ».

Lorsque le roi Hussein avait annoncé en 1988 son désengagement de la Cisjordanie, il avait spécifiquement conservé ses liens avec Jérusalem-Est et la mosquée Al-Aqsa en particulier.

Le Traité de paix signé en 1994 entre la Jordanie et Israël a été fondé sur le statu quo convenu après la guerre des Six Jours de 1967. Israël était donc responsable de la sécurité des mosquées, tandis que le Waqf jordanien était chargé de l’administration du Mont du Temple. Selon cet accord, le Mur occidental demeure exclusivement pour les Juifs, tandis que les Mosquées le sont pour les musulmans. Juifs et chrétiens peuvent visiter l’esplanade sans néanmoins avoir l’autorisation de se prosterner ou de prier sur le lieu. Israël a aussi promis à la Jordanie un statut préférentiel sur la place du Mont du Temple dans le cadre d’un accord permanent avec les Palestiniens.

Soulignons que la mosquée Al-Aqsa est cruciale pour la dynastie hachémite qui se considère comme la protectrice des lieux saints.

La Jordanie serait probablement satisfaite de préserver son statut sur les mosquées, et n’agira pas forcément contre le transfert de l’ambassade américaine si elle était installée à Jérusalem Ouest.

Hussein de Jordanie (au centre) visite Jérusalem en mai 1967, un mois avant la Guerre des Six Jours – Pathé

Il est à souligner que les Saoudiens sont aussi soucieux de préserver le statut sacré suprême de la Mecque surtout quand il existe une scission profonde entre chiites et sunnites, et au moment où la Mecque est visée par des missiles à partir du Yémen.

Quant aux mouvements salafistes terroristes tels que l’État islamique, ils n’ont toujours pas exprimé leur position sur le transfert de l’ambassade américaine. Il est à noter que le 8 janvier 2017, l’attaque au camion-bélier par un sympathisant de Daesh à Jérusalem n’a pas été officiellement revendiquée par l’Organisation de l’Etat islamique. Par contre, le Hamas s’est précipité pour prendre la responsabilité d’un attentat qu’il n’avait pas planifié.

Les Palestiniens souhaitent surtout mobiliser l’Europe et la dernière visite de Mahmoud Abbas à Paris était réalisée dans ce but. Sur le transfert de l’ambassade américaine, nous pouvons prédire que l’Europe se rangerait avec les Palestiniens, tandis qu’Israël, l’Egypte et l’Arabie Saoudite seront du côté de la nouvelle administration américaine. Pour l’heure, le projet du transfert n’est pas à l’ordre du jour et les esprits se sont calmés temporairement dans le monde arabe.

Pinhas Inbari


 

Pour citer cet article :

Pinhas Inbari, «La colère palestinienne contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem », Le CAPE de Jérusalem : http://jcpa-lecape.org/la-colere-palestinienne-contre-le-transfert-de-ambassade-americaine-jerusalem/

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