Discours décevant de Macron – dans le sillage traditionnel de ses prédécesseurs

Le dernier discours au dîner du CRIF a été bien décevant car il confirme que le Président Macron n’a pas de politique différente de ses prédécesseurs à l’égard d’Israël et du monde arabo-musulman.

Macron souhaite le rayonnement de la France mais en réalité poursuit au Moyen-Orient la même stratégie tracée par le Général de Gaulle, appliquée à la lettre par le Quai d’Orsay, aujourd’hui encore.

Rien n’a changé concernant cette position, ni sur le soutien absolu aux Palestiniens, ni sur le retrait des Territoires, et ni non plus sur l’avenir de Jérusalem. Pourtant la donne géopolitique a bien changé depuis ce fameux Printemps arabe.

Macron n’a pas eu le courage de relever le défi et de reconnaître, du moins, que Jérusalem-Ouest est bien la capitale de l’Etat juif.

Au lieu d’encourager la décision historique du Président Trump, il parla d’erreur et accusa indirectement Trump de ne pas aider à l’amélioration de la situation sécuritaire. En d’autres termes, le transfert de l’ambassade américaine est, selon lui, une provocation qui risque d’embraser toute la région. Une analyse erronée qui n’a pas de justificatif sur le terrain, et qui freine surtout l’enthousiasme des Israéliens et du peuple juif.

Dans cet esprit de dérobade, Macron nous dira « la reconnaissance de Jérusalem adviendra », et nous ajoutons, avec le sourire : quand ? A l’arrivée du Messie ?

Le président Macron au 33e dîner annuel du CRIF (capture d’écran)

Stupéfiant de constater que le journal Le Monde a évoqué le discours uniquement pour souligner le refus de Macron de reconnaître Jérusalem. Un bref article et une courte vidéo ont été publiés seulement sur le site Internet dans la rubrique Religion.

N’est-ce pas une manière de dire que la question de Jérusalem est purement religieuse et non politique comme le rabâchent les Palestiniens, affirmant ainsi que les Juifs ne forment qu’une entité religieuse et non pas un peuple ayant des droits nationaux et étatiques, en d’autres termes, sans aucune capitale propre à eux

Macron se dit être utile, être un honest broker, selon sa propre expression, mais justement, dans sa conduite des affaires internationales, il prouve surtout sa valse-hésitation, et demeure craintif.

Cette échappatoire prouve surtout que la France justifie le narratif des Palestiniens, c’est bien Macron qui ne joue pas fairplay et donc ne peut-être ni arbitre ni médiateur.

Jérusalem est et sera notre seule et unique capitale, elle ne sera pas aussi celle des Palestiniens.   

En reconnaissant notre capitale trimillénaire, Macron nous ne fait pas de crédit, faveur, ou plaisir pour une soirée, selon ses propos, mais confirme un secret de polichinelle, une réalité historique irréfutable. Et puis, soyons clairs, Jérusalem est et sera notre seule et unique capitale, elle ne sera pas aussi celle des Palestiniens.

Chaque président, avec son style et son propre caractère, a marqué de son empreinte cette politique française dans notre région, et Macron la suit avec beaucoup de prétention concernant son rôle d’influence. Macron semble se conduire aussi en technocrate. La sensibilité et la spontanéité manquent souvent. Tel un banquier, tout est calculé froidement même si le bilan est déficitaire.

Certes, Macron est probablement sincère quand il évoque son attachement aux valeurs du Judaïsme, et en déclarant que les Juifs prient toujours pour la République, pour l’espérance et le progrès.

Ici encore, il manque cette chaleur humaine qu’avait Jacques Chirac et la sagesse de François Mitterrand. Son discours est prévisible, ses paroles sont dictées. Chaque mot est pesé et réfléchi souvent par intérêt et à sens unique.

Quand il réaffirme que le combat contre l’antisémitisme se poursuivra sans concession, nous pouvons vraiment le croire, mais nous attendons surtout des actes. Quand il dit comme ses prédécesseurs que « l’antisémitisme est le déshonneur de la France », il aurait pu ajouter « une honte pour l’Humanité entière ».

En évoquant le 70ième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme et le rôle de René Samuel Cassin, Juif français, Prix Nobel de la paix, Macron aurait pu dire, dans la même veine, que cela coïncide avec le 70ième anniversaire d’Israël. Il aura peut-être l’occasion de le mentionner plus tard lors de sa visite prochaine à Jérusalem, et durant celle du président Rivlin à Paris en juin, mais devant le CRIF cela aurait été plus significatif sur tous les plans. Il doit bien savoir que dans les relations internationales, des gestes sincères et des symboles servent de catalyseurs et marquent longtemps les esprits.

Rappelons que le dîner du CRIF est une tradition instaurée en 1985 par son ancien président, l’avocat Théo Klein. Il avait souhaité à l’origine concevoir une soirée conviviale entre le gouvernement, les principaux responsables politiques de l’opposition et les membres d’associations juives communautaires. Au fil des ans, cette soirée a suscité la critique en particulier quand Nicolas Sarkozy fut invité, alors qu’il était président de la République.

« L’antisémitisme est le déshonneur de la France » a déclaré le président Macron (photo Elysée)

Enfin sur l’Iran, Macron parle de sa détermination contre les fusées balistiques mais pense en réalité comme Obama que l’accord de Vienne sur le projet nucléaire est valable et qu’il faut poursuive le dialogue avec les Ayatollahs. Une politique qui demeure avant tout mercantile et ne prouve que faiblesse et désarroi devant la montée en puissance des Gardiens de la révolution dans la région et les massacres en Syrie.

Sur ce point comme d’autres, Macron adopte la même politique qu’Obama, une diplomatie classique et timide. Il ne veut rien bousculer et préfère avoir un dialogue même avec les pires ennemis car le monde est pour lui « beau et gentil »…

Certes, les relations bilatérales entre Jérusalem et Paris sont au beau fixe et sur plusieurs plans, et Macron favorise l’action de la société civile beaucoup plus que les échanges entre gouvernements.

Cependant, nous n’avons aucune illusion sur sa politique proche-orientale et sur ses réelles intentions concernant la menace iranienne. La dernière visite du ministre Le Drian à Téhéran témoigne bien de la marche à suivre. Comment donc pouvoir dire et justifier, en même temps, que « la sécurité de notre allié israélien est une priorité absolue, elle n’est pas négociable ».

Des paroles appréciables, mais franchement, nous préférons compter uniquement que sur nous-mêmes, sur notre juste cause, et sur la puissance de Tsahal.

Freddy Eytan

Retrouvez ici la vidéo ainsi que l’intégralité du discours du président Macron au 33e dîner annuel du CRIF.

 


Pour citer cet article :

Freddy Eytan, « Discours décevant de Macron – dans le sillage traditionnel de ses prédécesseurs », Le CAPE de Jérusalem, publié le 10 mars 2018: http://jcpa-lecape.org/discours-decevant-de-macron-dans-le-sillage-traditionnel-de-ses-predecesseurs/

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2 Comments

  1. Renseignez vous sur eurabia : la strategie arabe de la France transcende les hommes et les partis

  2. Vous avez raison alauda, le sens de la phrase est totalement changé avec ce titre modifié par Europe-israël. Il va falloir que certains apprennent la différence entre le parquet, le siège, voire les magistrats pris individuellement Sur le fond, cest évidemment scandaleux, et lattitude « conciliante » du rabbin naugure rien de bon. Il ne semble pas avoir pris conscience de la gravité du problème ! Attention parce quen choisissant le déshonneur plutôt que la guerre, généralement on récolte le déshonneur ET la guerre.

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