Défis et opportunités concernant le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem

Intervention de l’Ambassadeur Dore Gold devant le Comité de la Chambre des représentants du Congrès des États-Unis, le 8 novembre 2017.

Aujourd’hui, je ne souhaite pas aborder directement la question concernant le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Je suis bien entendu d’avis que le président Donald Trump s’est déjà engagé à cet égard et j’espère qu’il va s’en tenir à ses propos. Il va de soi que les États-Unis décideront sur la question le moment voulu, selon les circonstances, et en fonction de leurs propres intérêts.

Cependant, les États-Unis devront bien entendu prendre en compte de nombreux facteurs avant de prendre une telle décision. Toutefois, je crois que le débat controversé se concentre uniquement sur la localisation de l’ambassade des États-Unis en Israël, à Tel-Aviv ou Jérusalem.

Le débat est à mon sens beaucoup plus vaste et plus important, car il s’agit d’une question fondamentale : la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël par les pays occidentaux

Cette reconnaissance est essentielle pour plusieurs raisons.

Sur le plan politique, le déni de reconnaissance contribue à alimenter un  dangereux message, populaire au Moyen-Orient. Il nous dit qu’Israël est éphémère et illégitime. Sur le plan religieux et culturel, le déni de reconnaissance contribue à alimenter le fantasme dangereux que les Juifs n’ont aucun lien avec Jérusalem et Israël, et que leur présence est une imposition parce que cette terre n’est pas leur patrie.

Ces messages pourraient être caractérisés comme des intérêts uniquement israéliens. Mais ce dont je voudrais surtout discuter aujourd’hui, c’est ce qu’on pourrait appeler l’intérêt international, ou l’intérêt de Jérusalem pour les États concernés. Cet intérêt concerne souvent la protection des Lieux Saints et la garantie totale de liberté d’accès et de pratique religieuse. La liberté religieuse et le pluralisme demeurent une valeur fondamentale partagée par nos deux pays.

Protéger les Lieux Saints de Jérusalem est une responsabilité que l’État d’Israël a assumée en 1967, lorsque Jérusalem a été réunifiée après la guerre des Six Jours. C’est aussi une responsabilité que le peuple d’Israël, sera prêt, je crois, à assumer à l’avenir également.

Le poste-frontière jordanien dans Jérusalem interdisant l’entrée aux Juifs avant 1967 (GOP)

Dans notre conscience collective à tous est gravé le sort des Lieux saints de Jérusalem avant 1967, quand nous étions absents et quand nous avons été chassés de la ville. Depuis qu’Israël a unifié les deux parties de la ville, il a protégé l’accès au culte pour tous les peuples et les croyances. Seul un Israël libre et démocratique protégera les Lieux Saints de toutes confessions et religions. Permettez-moi d’insister, car quand les États-Unis renforcent la position d’Israël à Jérusalem, ils renforcent les valeurs fondamentales américaines, et occidentales, celles de pluralisme, de paix et de respect mutuel. Elles renforcent la position du seul acteur international qui pourra protéger les Lieux Saints de Jérusalem.

Le fait même que Jérusalem soit considérée comme une ville sainte par les trois grandes religions monothéistes – le judaïsme, le christianisme et l’islam – a souvent conduit à des propositions mal conçues visant à internationaliser Jérusalem. De nombreuses initiatives ont été prises sur le sujet dans le cadre d’une solution du conflit israélo-arabe.

Soulignons que cette idée n’a pu être réalisée, néanmoins, elle est étonnamment soutenue dans certains cercles diplomatiques. Pour eux, le point de référence pour toute solution politique sur Jérusalem devrait être la Résolution 181 de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 29 novembre 1947, également connue sous le nom de Plan de partage. Il convient de rappeler que la Résolution 181 a appelé à la création d’une entité internationale autour de Jérusalem, le Corpus Separatum.

Le 15 mai 1948, alors qu’Israël proclamait son indépendance, les armées arabes envahissantes mirent Jérusalem en état de siège. Sa population juive était coupée de nourriture et d’eau et a fait face à un intense bombardement d’artillerie. Les Egyptiens ont pris position à proximité de Bethléem. Une force expéditionnaire irakienne a atteint le quartier de Talpiot à Jérusalem. La Vieille Ville a été envahie par la légion arabe de Transjordanie. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Moshe Sharett, a rapporté à l’ONU que « les anciennes synagogues juives sont détruites les unes après les autres par les tirs de l’artillerie arabe ». Les obus d’artillerie frappaient les églises et même le Dôme du Rocher situé sur le Mont du Temple. Ces attaques tous azimuts ont conduit à l’exode de toute la population juive de la Vieille Ville – ce qu’on appellerait aujourd’hui « un nettoyage ethnique ».

L’idée de l’internationalisation de Jérusalem a subi un cuisant échec. Devant la Knesset, le 5 décembre 1949, le Premier ministre israélien, David Ben Gourion, a évoqué le fameux Corpus Separatum et le rôle de l’ONU qui n’a pas « levé le petit doigt » pour protéger Jérusalem. Seules les Forces de défense israéliennes, nouvellement créées, ont protégé la Jérusalem juive et empêché qu’elle soit rayée de la surface de la terre ». La Brigade Har’el du Palmach, qui avait été placée sous le commandement d’Yitzhak Rabin, avait réussi de briser le siège, permettant ainsi aux colonnes de secours d’entrer dans la ville.

La destruction de Notre-Dame de France à Jérusalem pendant la guerre de 1948 

Dans son discours à la Knesset, Ben Gourion s’est exprimé sur la proposition d’internationalisation contenue dans la Résolution 181 : « Nous ne pouvons considérer aujourd’hui la décision du 29 novembre 1947 comme étant une force morale supplémentaire, puisque les Nations Unies n’ont pas réussi à mettre en œuvre leurs propres résolutions. En ce qui concerne Jérusalem, cette résolution est nulle et non avenue. Ben Gourion a rappelé à l’ONU que « le peuple qui a fidèlement honoré pendant 2 500 ans le fameux serment biblique de ne jamais oublier Jérusalem. « Ce peuple ne pourra plus accepter une séparation de Jérusalem. »

Huit jours plus tard, Ben Gourion décide de transférer la Knesset de Tel-Aviv à Jérusalem : « Pour l’Etat d’Israël, il y a toujours eu et il y aura toujours une seule capitale : L’éternel Jérusalem.

Il ne s’agit pas seulement d’une leçon d’Histoire. En mars 1999, alors que j’étais ambassadeur d’Israël à l’ONU, une initiative était en cours pour relancer la résolution 181 concernant Jérusalem. Cet effort a été soutenu par des membres de l’Union européenne, plusieurs États arabes et par l’OLP. Je doutais que les Palestiniens voulaient vraiment l’internationalisation, mais cela servait d’instrument commode pour écarter Jérusalem des Israéliens.

Au cours d’une visite du président de l’OLP, Yasser Arafat, au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, l’idée d’internationalisation a été reprise dans le cadre d’une lettre officielle distribuée à tous les États membres. J’ai demandé des instructions à mon Premier ministre qui m’a dit de revenir tout naturellement sur les propos de Ben Gourion, ce que j’ai fait. Alors que l’internationalisation et le partage de la ville n’ont aucune crédibilité aujourd’hui, étant donné l’amère expérience du passé, l’idée n’en reste pas moins ancrée dans les prestigieux instituts de recherche et organes académiques qui influencent les décideurs politiques.

En 1993, avec la signature des Accords d’Oslo entre Israël et l’OLP, des arrangements provisoires, ont été mis en œuvre en ce qui concerne la Cisjordanie et la bande de Gaza. Jérusalem a été désignée comme une question complexe qui sera débattue dans le cadre des négociations sur le statut final. L’Accord intérimaire de 1995 faisait référence aux sites religieux de Cisjordanie et de la bande de Gaza transférés à la juridiction palestinienne (annexe III, appendice 1, article 32). Bien que ces accords aient été signés par le Premier ministre Yitzhak Rabin, il était bien clair qu’Israël ne renoncerait jamais à Jérusalem. C’était un mois avant son assassinat, le 4 novembre 1995.

Entre-temps, pendant la période intérimaire, des garanties ont été données pour protéger les Lieux Saints, assurer le libre accès et la liberté de culte. L’accord intérimaire a été signé par les parties ici à Washington, à la Maison Blanche, par les États-Unis, la Russie, l’Égypte, la Jordanie, la Norvège et l’UE.

À la suite de l’échec du sommet de Camp David en juillet 2000, l’OLP a lancé une Deuxième Intifada. Les sites religieux ont été spécifiquement ciblés. À Bethléem, des membres du Fatah et des services de sécurité palestiniens ont attaqué le tombeau de Rachel en décembre 2000. Moins de deux ans plus tard, en avril 2002, 13 Palestiniens armés du Hamas, du Jihad islamique et du Fatah, ont pénétré par la force dans l’église de la Nativité, l’un des sites les plus sacrés du christianisme.

Des hommes armés ont pris le clergé chrétien en otage, ont pillé des objets de valeur et ont profané des Bibles. Le tombeau de Joseph à Naplouse, dont la protection a été assurée par la partie palestinienne dans l’accord d’Oslo II, a également été la cible d’attaques répétées. Des hommes armés du Fatah et du Hamas ont participé au saccage du site en octobre 2000. Le site a de nouveau été attaqué alors que les Palestiniens ont incendié le tombeau de Joseph en octobre 2015 et y ont mis le feu.

L’incendie du tombeau de Joseph en 2015

L’agression des Lieux Saints de Cisjordanie est un fait reproduit par de nombreux groupes djihadistes à travers le Moyen-Orient. Il y a eu la fameuse attaque des Talibans dans la vallée de Bamiyan en Afghanistan contre les statues bouddhistes datant de 2000 ans. Dix ans plus tard en 2011, une bombe a explosé dans l’église copte orthodoxe d’Alexandrie, en Égypte, tuant 23 personnes et en blessant une centaine.

Le ministère égyptien de l’Intérieur a attribué l’attaque à Jaish al-Islam, une organisation basée à Gaza qui a opéré conjointement avec le Hamas.

Ces menaces contre les sites chrétiens se sont poursuivies. En décembre 2016, un kamikaze s’est fait exploser dans une chapelle près de la cathédrale Saint-Marc du Caire. L’Etat islamique, qui s’était établi entre-temps dans l’Est de la Libye et dans le Nord du Sinaï, avait revendiqué l’attaque. En 2017, le jour du dimanche des Rameaux, des attentats à la bombe ont été perpétrés contre des églises dans les villes égyptiennes de Tanta et d’Alexandrie, tuant 41 personnes. L’Etat islamique a également affirmé sa responsabilité dans les attentats.

Le fait que l’Etat islamique ait participé à l’assaut n’est pas du tout surprenant. Dans le nord de la Syrie, des groupes d’opposition armés avaient ciblé des sites religieux, et notamment des églises chrétiennes, peu de temps après le début de la guerre civile en Syrie. En Irak, l’EI avait brisé la Croix de l’une des principales églises syriennes orthodoxes de Mossoul et l’a transformée en mosquée.

Le cheikh Yousouf al Qaradawi, considéré comme le chef spirituel des Frères musulmans et résidant au Qatar, a donné son avis sur l’attaque des Talibans en 2001 contre les Bouddhas de Bamiyan. Sa seule réserve était basée sur son inquiétude qu’une telle démarche déclencherait des représailles bouddhistes contre les musulmans. Ainsi, l’attaque elle-même n’était pas interdite, mais il était seulement préoccupé par ses répercussions possibles. Les opinions religieuses de Qaradawi apparaissent sur les sites internet du Hamas et peuvent donc avoir un impact sur d’autres théâtres d’opération.

À Jérusalem, l’organisation clé qui représentait l’Islam radical était la branche nord du Mouvement islamique en Israël – une filiale des Frères musulmans. Son chef, Cheikh Raed Salah, a faussement accusé Israël de menacer les fondements de la mosquée Al-Aqsa située sur le Mont du Temple. Il avait convoqué des rassemblements sous la bannière « Al-Aqsa est en danger». Il avait incité à la violence une grande partie de la population musulmane du Moyen-Orient avec ce mensonge. Pourtant, alors que ce mouvement prétendait qu’Israël menaçait la mosquée Al-Aqsa, il avait joué un rôle déterminant dans l’excavation des salles souterraines sous l’enceinte de la mosquée al-Aqsa, ce qui, ironiquement, constituait la plus grande menace potentielle à sa stabilité. De sa propre initiative, Israël a coopéré avec des partenaires régionaux pour protéger la région contre toute escalade et instabilité.

 La synagogue Neve Dekalim près de Khan Yunes après l’évacuation des Juifs de Gaza (AFP)

En 1947, Jérusalem a été frappée par un déluge de tirs d’artillerie et des synagogues ont été détruites. Pendant les années 1950 et 1960, Jérusalem a été divisée par des barbelés, des murs, et des positions militaires. Aujourd’hui, la ville unifiée sous contrôle israélien accueille plus de trois millions de touristes par an. Ils visitent les Lieux Saints dans la paix et en toute sécurité.

L’État d’Israël a agi de manière responsable en protégeant le patrimoine et l’héritage de l’humanité. La question de l’emplacement de l’ambassade américaine est de savoir si les Etats-Unis reconnaissent vraiment Jérusalem comme capitale permanente de l’Etat d’Israël. En reconnaissant Jérusalem et en déplaçant son ambassade, les États-Unis aideraient à promouvoir la paix et la sécurité dans la région.

Je voudrais rappeler à cette commission honorable du Congrès que dans le passé, il y avait des États qui respectaient pleinement Jérusalem comme capitale d’Israël. En effet, 13 Etats avaient installé leurs ambassades à Jérusalem. En 1980, les blocs soviétiques et musulmans aux Nations-Unies ont exigé à travers une résolution que ces 13 pays transfèrent leurs ambassades à Tel-Aviv. Leur diktat avait réussi bien que la résolution n’était pas contraignante. Le secrétaire d’Etat américain, Edmund Muskie, avait rejeté « cette tentative perturbatrice de dicter l’ordre du jour à d’autres nations ».

Quelle que soit la décision finale sur la question de l’ambassade, les États ont un choix clair. Ils peuvent soutenir l’État d’Israël, qui a agi de façon responsable en protégeant le patrimoine de l’humanité, ou préfèrent-ils des arrangements pour la ville sainte qui n’ont manifestement pas fonctionné dans le passé et échoueront sans aucun doute à l’avenir.

Je souligne qu’Israël mérite votre soutien car il défend Jérusalem. Seul un Israël libre et démocratique protégera Jérusalem pour toutes les religions.

 

Dore Gold

Intervention de l’Ambassadeur Dore Gold devant le Comité de la Chambre des représentants
du Congrès des États-Unis sur les « défis et les opportunités concernant le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem », le Mercredi 8 novembre 2017.

 


Pour citer cet article :

Dore Gold, « Défis et opportunités concernant le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem », Le CAPE de Jérusalem, publié le 9 novembre 2017: http://jcpa-lecape.org/defis-opportunites-deplacement-ambassade-americaine-jerusalem/

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