Macron II, les Juifs et Israël

Freddy Eytan

La victoire par défaut d’Emanuel Macron était prévisible devant la diabolisation de Marine le Pen. Les dirigeants du CRIF et du Consistoire ont eu tort d’intervenir ouvertement dans la campagne présidentielle en appelant à voter massivement pour la réélection de Macron comme s’il existe vraiment un puissant vote juif qui aurait pu peser sur les résultats des élections.

Rappelons qu’en 1981 le Renouveau Juif avait appelé à sanctionner Valéry Giscard d’Estaing pour sa politique franchement anti-israélienne. Ce vote sanction contre la réélection d’un président de la République fut une grande première dans la vie politique des Juifs de France.  

Soulignons qu’à l’époque la majorité écrasante des leaders communautaires s’opposaient farouchement à la campagne du Renouveau Juif. Le baron Guy de Rothschild, président du FSJU fut révolté tandis que le Grand rabbin René Samuel Sirat m’avait fait savoir que sa « position constante est de n’intervenir en aucune manière, sous aucune forme et à aucun moment dans le domaine électoral ».     

Certes, les institutions juives ont le devoir de combattre avec force toutes les idées populistes, les opinions extrémistes et l’incitation à la haine et toujours se souvenir des années sombres du régime de Vichy. Aucun blanchiment pour les collaborateurs avec les nazis, aucun pardon pour les négationnistes, pour tous ceux en France et ailleurs banalisent, aujourd’hui encore la Shoah, et propagent les actes et les écrits antisémites.  

Cependant, des propos antijuifs et anti-israéliens sont prononcés aussi et en permanence par l’extrême gauche française, par certains médias et intellectuels. Il ne devrait y avoir un poids deux mesures.  

Les deux blocs extrêmes font partie de l’échiquier politique et donc on ne peut passer sous silence un renforcement du parti de Mélenchon au premier tour et ignorer plus de 13 millions de Français qui ont voté pour Marine Le Pen au deuxième tour…Une grande partie des électeurs ne sont pas des militants de l’extrême droite.

Emmanuel Macron

(Emmanuel Macron avec vous/YouTube)

La montée en puissance des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon est aussi très inquiétante.  Dans les deux cas les consignes de vote sont inutiles. Et si, par malheur, l’un d’eux aurait gagné ?

Dans toutes les circonstances, la déligitimation ou le boycott d’un chef de parti élu démocratiquement est contre-productif et à double tranchant. Il faut le combattre par des outils républicains.

Macron, Lapid

(Yair Lapid/Facebook)

En ce qui concerne le conflit israélo-arabe, il faut dire que Macron et Le Pen ont sur le fond une politique presque similaire, tandis que celle de Mélenchon est beaucoup plus extrémiste et néfaste pour Israël. Les trois soutiennent la création d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem Est comme capitale. Les trois exigent le retrait de tous les Territoires, et les trois sont favorables à dialoguer avec les Ayatollahs d’Iran…

Comment donc ne pas sourire quand le chef de notre diplomatie se précipite pour saluer la victoire de Macron avant même l’annonce des résultats officiels, le qualifiant : « ami sincère de l’Etat d’Israël » …

Marine Le Pen

(European Parliament/CC BY-NC-ND 2.0)

Enfin, la France est plus que jamais divisée, fracturée politiquement en trois blocs, et déchirée dans tous les domaines. Macron aura de grandes difficultés à rassembler et à gouverner. Suite aux résultats des élections législatives du 19 juin 2022, une cohabitation éventuelle avec Mélenchon risque un nouveau rapprochement de la France avec le monde arabo-musulman au détriment d’Israël.      

Aujourd’hui, nos relations bilatérales avec la France demeurent solides et profondes bien que la passion l’emportait souvent sur la raison. De l’anathème gaullien de 1967 à Macron, l’histoire de ces relations est une longue suite de disputes, d’incompréhension, d’ingratitude, de froideurs, de rupture et de réconciliations. Chaque président a marqué son mandat par son style propre et par son empreinte, mais tous ont adopté jusqu’à ce jour une politique partiale et pro-palestinienne.

De Gaulle Ben Gourion en 1960

De Gaulle, Ben Gourion en 1960 (Fritz Cohen | GPO)

Voilà déjà 55 ans qu’ils exigent un retrait d’Israël « de tous les territoires » en affirmant pouvoir garantir notre sécurité avec « des frontières sûres et reconnues. » Non merci ! Nous sommes capables de nous défendre seuls.

Israël n’est pas l’Ukraine. A vouloir jouer à tout prix un rôle d’influence dans notre région et ailleurs, la France n’a pas respecté, par sa politique partiale, les règles du jeu et le vrai arbitrage.

Durant ces 5 dernières décennies, toutes les tentatives françaises ont avorté, dont celle de 2017 du président François Hollande avec la conférence parisienne tenue cinq jours seulement avant l’investiture de Donald Trump, et sans la participation capitale de l’Etat d’Israël.

La politique pro-arabe de la France durant ce demi-siècle, avec les honteux votes à l’UNESCO et les critiques concernant les récentes émeutes à Jérusalem a-t-elle été bénéfique ? Bien entendu que non. Pis encore la France n’est-elle pas toujours la cible préférée des terroristes islamistes ?

Durant son premier mandat, Emmanuel Macron n’a pas réussi à changer cette politique incompréhensive. Rappelons que la politique étrangère de la France est un domaine réservé de l’Elysée. Sur le conflit avec les Palestiniens se fut un échec total malgré toutes les tentatives de servir d’intermédiaire. Réussira-t-il maintenant à mettre à l’écart le Quai d’Orsay ? Va-t-il réaliser que cette politique partiale ne rime à rien ?

Face à la crise économique mondiale, nous pouvons supposer que Macron, le brillant économiste-banquier, renforcera froidement les relations commerciales, technologiques et scientifiques, mais dans un but précis de faire de bonnes affaires avec « l’Etat start-up par excellence. »

Dans ce contexte, nos relations avec la France ne seront plus affectives et émotionnelles comme dans les années 1950. A l’instar de Pompidou, Giscard ou Barre, il n’y aura aucun sentiment. Macron adoptera une politique d’intérêts, mercantile avec les pays arabes, et particulièrement avec l’Iran des Ayatollahs puisqu’il soutient fortement un nouvel accord sur le nucléaire.

Nous espérons que Macron continuera à lutter contre la délégitimation et tous les boycottages, notamment contre le BDS. Souhaitons aussi que les services du renseignement des deux pays trouveront enfin une entente sur tous les sujets sensibles malgré un passé parfois tumultueux.

Nous espérons toujours un changement positif de la part de la France qui fut naguère « notre ami et notre allié ». Faire des gestes positifs comme une reconnaissance de Jérusalem et des frontières défendables pour l’Etat Juif. Sont-elles encore des illusions perdues ?    

Enfin, notre déception durant ces 55 dernières années à l’égard de la France nous laisse penser que le deuxième mandat de Macron ne changera probablement en rien la continuité de la politique traditionnelle au Levant de tous les présidents français de la Cinquième république.