La résilience israélienne 50 ans après la guerre de Kippour 

Freddy Eytan

Une nouvelle campagne de l’opposition compare la réforme judiciaire du gouvernement aux défaillances accablantes de la guerre du Yom Kippour. Des affiches illustrées sont placardées dans les rues, des pages publicitaires sont publiées dans les journaux avec les photos des dirigeants de l’époque : Golda, Dayan et Elazar face à ceux d’aujourd’hui Nétanyahou, Galant et Halévy.

Les opposants à la réforme judiciaire veulent ainsi tirer une sonnette d’alarme, avertir les dangers constitutionnels, mais y a-t-il vraiment une similitude avec la crise actuelle ? Comment faire l’analogie avec la guerre déclenchée par nos ennemis le jour du Grand Pardon ?

Certes, 50 ans après la maudite guerre du Yom Kippour les séquelles sont toujours omniprésentes et reviennent avec la douleur et les larmes. Les nombreux reportages rediffusés en couleur par la première chaine nous guettent avec un rappel permanent d’atroces et traumatisantes images, de blessures, de feu, de nuages de fumée, de corps et chars calcinés, de sueur et de sang.

A l’époque, la patrie était en danger mortel. Les Israéliens avaient vu la mort en face, la destruction totale de leur cher foyer national. Le général légendaire Moshé Dayan évoqua même, dans une allusion biblique, la fin du troisième Temple.

Dans ce contexte, le parallèle avec la terrible guerre, la comparaison cynique des deux situations est irresponsable car elle qualifie un gouvernement élu démocratiquement comme l’ennemi numéro un du peuple. Il plonge inutilement les Israéliens dans la déprime, politise l’armée et brise la résilience de la nation. Pire encore, il touche sensiblement les familles des victimes et remue les plaies de l’âme.

La cheffe du gouvernement, Golda Meir, au chevet d'un soldat hospitalisé.

La cheffe du gouvernement, Golda Meir, au chevet d’un soldat hospitalisé. (Chanania Herman/GPO)

Aujourd’hui, c’est bien le leadership actuel qui est malade. C’est le mauvais système électoral qui est mis en jeu et non le régime démocratique et l’existence de l’Etat juif comme ce fut le cas en 1973.

Avant Yom Kippour 1973, les Israéliens étaient indifférents aux menaces de l’Egypte et de la Syrie, mais dès le déclenchement de la guerre tout un peuple était uni et solidaire. Les fils d’Israël ont combattu comme des lions, héroïquement, avec la rage de vaincre et une foi inébranlable. Grâce à l’audace et la détermination du chef d’état-major, le général David Elazar (Dado), les chars de Tsahal étaient arrivés à 101 km du Caire et à 40 km de Damas…

Conférence de presse du Général Moshé Dayan, ministre de la Défense

Conférence de presse du Général Moshé Dayan, ministre de la Défense. (Chanania Herman/GPO)

La bataille a certes été gagnée, mais à quel prix ? Ce fut un véritablement tremblement de terre politique et militaire qui a secoué et ébranlé la société israélienne. Cependant, en relisant attentivement les nouveaux documents déclassifiés publiés ces jours-ci, on peut se poser toujours des questions : comment Tsahal, le grand vainqueur de la guerre foudroyante des Six Jours, fut-il surpris en ce jour du Grand Pardon ? Pourquoi les troupes réservistes n’ont pas été mobilisées à temps ? Comment ignorer les intentions offensives de l’Egypte et de la Syrie ? Pourtant, toutes les indications du renseignement militaire et celles du Mossad passaient tous au rouge avec un sérieux avertissement transmis in extremis par le roi Hussein de Jordanie sur un éventuel conflit armé. Il était venu lui-même pour nous avertir.

La confiance aveugle des généraux de l’époque et surtout celle du chef du renseignement militaire, le mépris de l’adversaire après sa forte humiliation lors de la guerre des Six Jours, et l’indifférence du gouvernement travailliste face aux menaces éventuelles, ont plongé le pays dans un mécontentement profond et une amère frustration. Depuis lors, nous avons tous juré : plus jamais ça !

Le chef d'état-major, David (Dado) Elazar sur le champ de bataille

Le chef d’état-major, David (Dado) Elazar sur le champ de bataille. (Eitan Haris/GPO)

Et pourtant, les leaders travaillistes, trente ans après la guerre de 1973 ont une nouvelle fois mal évalué les véritables intentions des Arabes et ont signé avec Yasser Arafat les Accords d’Oslo en lui permettant de poursuivre sa lutte armée par « la disparition de l’Etat sioniste par étapes ».

Si une comparaison est à faire avec les défaillances de la guerre de Kippour c’est bien avec celles des accords irresponsables signés avec Arafat.

Depuis, nous avons tiré des leçons. 50 ans après la guerre de Kippour le monde arabe demeure toujours divisé et instable tandis que l’Etat juif sauvegarde sa supériorité militaire et économique. Malgré toutes les tentatives de brosser un tableau noir, notre démocratie est sans doute chagrinée mais ses piliers sont solides. Les débats, les critiques et les manifestations de tous bords en sont des preuves irréfutables.  

Désormais, Israël n’est plus l’ennemi numéro 1 du monde arabe et aucun pays de la région, notamment l’Iran, n’ose déclencher une nouvelle guerre, malgré les discours belliqueux et toutes les menaces. La dissuasion israélienne et notre force de frappe devraient garantir notre défense et nous assurent de pouvoir gagner toutes les guerres éventuelles.

Toutefois, soyons toujours sereins et vigilants, prêts à combattre contre toute hostilité extérieure, particulièrement celles de l’Iran et de ses milices.

Le Hezbollah n’a pas abandonné ses objectifs ni ses armes destructives. Une troisième guerre du Liban est à l’ordre du jour et devant les menaces iraniennes et l’indifférence totale de la communauté internationale, nous devrions compter que sur nous-mêmes.

La manipulation des événements historiques et la banalisation des faits comme la politisation des institutions de l’Etat risquent de briser fortement notre résilience. Les manifestations contre le gouvernement sont légitimes à condition de ne pas franchir des lignes rouges.

Un cinquantenaire après la maudite guerre, nous devrions toujours être sur le qui-vive, ne jamais être indifférents et toujours prendre au sérieux les intentions de nos ennemis. Le chef de l’état-major Halévy et le directeur du Mossad Barnéa ont eu raison de nous mettre en garde, soulignant les menaces et l’importance de l’union nationale pour renforcer la résilience.  

Nous sommes convaincus que lors d’un nouveau conflit nous seront solidaires et unis, nous mettrons nos querelles momentanément aux vestiaires, pour pouvoir gagner ensemble toutes les batailles.

Voir de nouveaux documents déclassifiés à l’occasion du cinquantenaire de la guerre du Yom Kippour : https://catalog.archives.gov.il/publication/ykw/

Voir les reportages en couleur sur la chaine publique.

https://www.kan.org.il/lobby/yom-kippur-war/