Israël ne perdra pas son identité juive ou démocratique

Yossi Kupervasser

Les chancelleries et les leaders d’opinion à travers le monde rabâchent le même argument : si Israël refuse d’accepter avec les Palestiniens la formule pour deux États, il devra choisir entre identité juive ou démocratique. De ce fait, il devra inévitablement intégrer la population palestinienne dans le cadre d’une solution à un seul État et perdre ainsi sa majorité juive et son identité juive, en d’autres termes : priver les Palestiniens de leur pleine citoyenneté et de leurs pleins droits, et ensuite perdre sa nature démocratique.

Cet argument suppose que les territoires pris sous le contrôle d’Israël en 1967 sont des « territoires palestiniens occupés ». Mais soulignons que cette supposition est basée uniquement sur des résolutions annuelles politiques et non contraignantes de l’Assemblée générale de l’ONU.

En réalité, la majorité des Israéliens changeraient volontiers le statu quo en concluant un accord avec les Palestiniens, mais ils signeraient seulement un traité qui garantirait un résultat différent de celui exigé par les Palestiniens et leurs partisans. Le peuple israélien insiste sur un accord qui inclut la reconnaissance palestinienne d’Israël en tant qu’État-nation du peuple juif, ainsi que la prise en compte des préoccupations sécuritaires de l’Etat Juif.

La plupart des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza vivent déjà sous une domination palestinienne, et personne n’a l’intention de démanteler les deux entités qui les gouvernent. L’Autorité palestinienne et le Hamas, prennent eux seuls toutes les décisions politiques, organisent des élections à leur guise, publient leurs propres lois et prennent en charge tous les besoins nécessaires de leur propre population.

La nécessité donc de transférer la Judée-Samarie et Jérusalem-Est sous le contrôle palestinien pour protéger Israël de la perte de son identité juive ou démocratique ignore non seulement les besoins sécuritaires d’Israël, mais aussi ses droits légitimes et ses aspirations historiques et juridiques.

Voting in the Israeli-Arab town of Jaffa

(Noam Moskovich / CC BY-SA 2.0)

L’Autorité palestinienne et le Hamas aspirent à voir le statu quo actuel remplacé par un État palestinien sur tous les territoires d’avant 1967, avec une revendication inacceptable d’accepter le « droit des réfugiés palestiniens et de leurs descendants de retourner dans leurs foyers d’origine ». Pis encore, ils s’obstinent à admettre Israël comme État-nation du peuple juif puisqu’ils sont engagés dans la lutte contre le sionisme jusqu’à sa disparition, conformément au plan adopté par le Conseil national palestinien en 1974.

Bien qu’ils se rendent compte qu’ils n’ont pas le pouvoir militaire et politique d’imposer et dicter une telle solution, ils préfèrent ne pas atteindre leur objectif pour permettre un accord qui pourrait être acceptable pour Israël. En outre, sur le plan de politique intérieur, ils ne peuvent pas se permettre de faire un tel changement après avoir véhiculé  ce narratif à leur population pendant plus d’un siècle.

En revanche, Israël a eu en juin 2020 la possibilité d’étendre sa souveraineté à des territoires supplémentaires en Judée-Samarie et dans la vallée du Jourdain, mais a finalement choisi de maintenir le statu quo en préférant établir des relations diplomatiques avec plusieurs États arabes.

Jaljulia, 2006 (Moshe Milner / GPO)

De toute évidence, Israël préfère s’abstenir de porter atteinte au statu quo existant et de le remplacer par une situation pire pour sa sécurité et ses intérêts, comme le suggèrent ceux qui se disent préoccupés par l’avenir de l’Etat Juif.

La stabilité du statu quo a été donc considérablement renforcée par les

« Accords d’Abraham ». La fameuse thèse selon laquelle la normalisation des relations avec le monde arabe ne peut avoir lieu tant qu’Israël ne progressera pas vers un accord basé sur la formule de « deux États pour deux peuples » s’est avérée fausse. Cette thèse, auparavant considérée comme une condition essentielle et prioritaire qui obligerait Israël à changer de politique et à opter pour un accord basé sur les revendications palestiniennes et internationales, s’est effectivement évaporée.

En réalité, ceux qui se sont engagés à changer le statu quo sont principalement ceux qui veulent rayer Israël de la carte, tels que l’Iran et ses satellites.

Voir l’intégralité de l’article sur le site du JCPA-CAPE en anglais : https://jcpa.org/article/the-false-claim-that-israel-is-bound-to-lose-either-its-jewish-or-democratic-identities/