Le sort des réfugiés palestiniens en Syrie et au Liban

Pour l’OLP, la question des réfugiés est une priorité et une raison d’être. En d’autres termes, même si Israël et l’OLP réussissaient un jour à parvenir à un accord sur l’avenir de Jérusalem et sur d’autres clauses concernant le statut final, tel que le tracé des frontières, il est clair que sans solution du problème des réfugiés le conflit ne serait pas résolu et la belligérance persisterait.

À la veille du lancement de l’accord de paix américain avec la réunion du sommet économique de Bahreïn, il est nécessaire de se demander si un accord préalable avec l’OLP pourrait résoudre la question sur le sort des réfugiés ou si un nouveau « printemps arabe » créera une telle dynamique qui éclipserait complètement le problème et ferait disparaître la question de l’ordre du jour sans aucune négociation.

La meurtrière guerre civile déclenchée en 2011 en Syrie a modifié fondamentalement la donne et le statut des Palestiniens dans ce pays. Elle a provoqué des changements démographiques importants que l’on peut définir comme des crimes contre l’Humanité et un nettoyage ethnique. Les sunnites installés en Syrie, parmi lesquels de nombreux Palestiniens, ont été persécutés et chassés du pays.

Le camp de réfugiés de Yarmouk, situé près de Damas, surnommé la « capitale des camps», a cessé d’exister. Une initiative européenne visant à transférer ses habitants vers la région de Jéricho, sous contrôle palestinien en Cisjordanie, fut rejetée par Mahmoud Abbas. Il prétexta que le « droit au retour » ne s’appliquait pas aux territoires de l’Autorité palestinienne, mais à Israël.

Après la destruction du camp de Yarmouk, Ain al-Hilweh, dans la région de Saïda, au Liban, est devenu le principal camp palestinien, la « nouvelle capitale de la diaspora ». Les réfugiés fuyant la Syrie vers le Liban étaient aussi des réfugiés syriens non palestiniens. Ces migrants ont complètement modifié la composition démographique des camps au Liban et donc la proportion des sunnites au sein de la population libanaise a considérablement augmenté.

Au Liban, le nombre total des réfugiés syriens est estimé à environ un million. 1 Ainsi, le « problème des réfugiés » au Liban ne concerne plus des réfugiés palestiniens, mais syriens.

Soulignons que le président Donald Trump a pris deux décisions pouvant avoir des conséquences négatives sur le sort de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) : la première de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, la seconde de mettre fin à l’aide américaine à l’UNRWA, un organisme onusien qui depuis 70 ans soutient sans équivoque les réfugiés palestiniens.

Alors que des Etats arabes tels que la Jordanie, l’Arabie saoudite et le Maroc sont impliqués dans la question de l’avenir de Jérusalem, le problème des réfugiés est spécifique aux Palestiniens.

Azmi Bishara, l’ancien chef d’un parti arabo-israélien, accusé d’espionnage en faveur du Hezbollah et installé aujourd’hui au Qatar, a défini le problème des réfugiés comme  « l’essence même de l’OLP » 2,. Selon lui, si le problème des réfugiés devait « disparaître », l’OLP disparaîtrait sans doute3 .

Cette étude a pour but d’analyser le statut des réfugiés palestiniens depuis le fameux « Printemps arabe » déclenché en Tunisie en janvier 2010.

Les camps de réfugiés palestiniens sont installés dans différents pays et régions : en Syrie, au Liban, en Cisjordanie, à Gaza et en Jordanie.

 

Quand le Hamas mord le protecteur syrien (caricature syrienne)

Les camps de réfugiés en Syrie

L’événement le plus dramatique a eu lieu en Syrie. La longue guerre civile a provoqué d’importants changements démographiques et un véritable nettoyage ethnique. 4 Les sunnites ont été chassés de la plus grande partie du pays. Des chiites d’Irak et d’Asie centrale se sont installés à leur place. 5 La mosquée des Omeyyades, grande mosquée de Damas, symbole de l’islam sunnite, a vu désormais l’hosayniya s’installer. L’intérieur a été transformé en lieu de rassemblement pour des cérémonies chiites commémorant le martyre de Ḥussein ben Ali. 6

Le régime alaouite du président Assad cherche à établir une présence chiite continue depuis les hauteurs du Golan jusqu’à la région de Damas en passant par l’enclave alaouite le long de la côte. 7 Les réfugiés palestiniens étant sunnites, seront déplacés loin de chaque présence chiite contiguë que le régime syrien cherche à créer. Le grand camp de réfugiés, Yarmouk, installé près de Damas n’existe guère. 8

Le régime alaouite (adopté par les ayatollahs iraniens chiites) prend également sa revanche sur les Palestiniens sunnites. Rappelons que le principal bureau étranger du Hamas est établi depuis 1999 à Damas sous le haut patronage d’Assad après que le bureau à Amman fut fermé et ses membres expulsés de Jordanie.

Cependant, alors que la Syrie accordait son patronage à l’une des plus importantes branches des Frères musulmans pendant la guerre civile syrienne, le Hamas a établi des cellules sunnites souterraines dans le camp de Yarmouk, avec les encouragements et le soutien du Qatar. Finalement, les combattants rebelles sont apparus sous la bannière de Akhnaf Bait Al Maqdis, 9 qui a combattu aux côtés Jabhat al-Nusra10 sous la branche  militaire des Frères musulmans. 11

L’activité anti-Assad du Hamas ne concerne pas l’ensemble de l’organisation, mais uniquement les militants de l’ancien chef du bureau politique du Hamas, Khaled Meshal, étroitement associé au Qatar. Le garde du corps de Meshal, Mohammed Zaghmout, avait fondé la cellule clandestine qui constituait la base d’Al-Nusra dans le camp, quelques temps après, il changea de parti en combattant avec les forces loyales syriennes.13

Mohammed Zaghmout a représenté le camp de Yarmouk lors d’une conférence internationale sur les réfugiés palestiniens en Syrie qui s’est tenue à Berlin le 25 avril 2015 14.. Il était venu à Berlin pour critiquer l’OLP, mais l’ambassadeur palestinien en Allemagne n’avait pas assisté à cette conférence. En revanche, l’ambassadeur de Turquie était présent. Zaghmout et les représentants du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), avaient critiqué le régime syrien pour avoir procédé à l’arrestation de nombreux palestiniens. Zaghmout a attaqué le représentant turc en demandant pourquoi son pays ne faisait référence qu’aux prisonniers palestiniens dans les prisons d’Israël, mais pas aux prisonniers palestiniens jetés dans les prisons d’Assad. Pourquoi la Turquie d’Erdogan a-t-elle revendiqué la levée de l’embargo sur Gaza mais pas sur le camp de Yarmouk ? Où était la flottille du Mavi Marmara quand des Palestiniens mourraient ou étaient chassés de Syrie?  Pourquoi la Turquie ne sauvegarde-t-elle pas les camps de réfugiés, et n’autorise pas le retour des réfugiés ? 15

Le Hamas a pris de facto la place de l’OLP pour s’atteler au destin des réfugiés en Europe. 16 Il est important de noter que le gouvernement allemand a parrainé la conférence des réfugiés palestiniens à Berlin, même si la délégation palestinienne ne faisait pas partie du cadre de l’OLP 17, Celle-ci fut aussi reçue par le ministre allemand des Affaires étrangères.

La délégation palestinienne au ministère allemand des Affaires étrangères en 2018

Cependant, le régime alaouite se sent également trahi par l’OLP. Pendant la guerre civile, le président Assad a demandé le soutien du Fatah à l’armée syrienne lors du conflit sur le camp de Yarmouk. Abbas Zaki, haut responsable du Fatah qui assurait la médiation entre Damas et Ramallah, a révélé qu’Assad voulait rassembler les forces palestiniennes des camps au Liban pour se livrer à la bataille pour la libération du camp. Mahmoud Abbas a toutefois rejeté cette requête, affirmant que l’OLP était neutre durant cette guerre. Par conséquent, quand Assad a cherché à restructurer la Syrie de l’après-guerre, il ne s’est adressé ni au Hamas ni à l’OLP, estimant qu’il ne devait rien aux Palestiniens.

Selon des reportages de la télévision ORIENT 18, juste avant l’invasion du camp de Yarmouk en avril 2015, une coalition de Nousra et d’Akhnaf Bait Al Maqdis dirigeait le camp. Selon le site de cette chaîne, les deux organisations étaient liées à Khaled Meshal du Hamas, soutenu par le Qatar. Nousra était une organisation syrienne composée de réfugiés sunnites des hauteurs du Golan cherchant à se venger d’Assad, alors qu’Akhnaf Bait Al Maqdis était palestinienne. L’organisation salafiste Ahrar a-Sham était présente mais n’avait aucun contrôle. Près du camp, et sous les auspices de l’UNRWA, se trouvait une force palestinienne partisane d’Assad. Elle n’était pas opérationnelle dans le camp car Assad avait besoin de forces palestiniennes pour le soutenir sur d’autres fronts.

En avril 2015, le général palestinien Azzam Zakarneh, envoyé spécial de Mahmoud Abbas, arrive à Damas pour rencontrer des représentants du régime. Il a suggéré que le camp Yarmouk soit neutre et qu’Akhnaf Bait Al Maqdis dépose ses armes et laisse les locaux diriger le camp.

Selon certaines sources à Ramallah, la Syrie avait exposé sa position en précisant que le camp de Yarmouk avait largement dépassé les limites officielles de l’UNRWA. En réalité, la zone de réfugiés palestiniens ne représentait qu’un quart de la dimension du camp. La Syrie était prête à ne réhabiliter qu’une petite zone relevant de la compétence de l’UNRWA. Toute personne cherchant à reconstruire son foyer devrait obtenir l’autorisation du Mahabharat (services de sécurité) d’Assad .

En réalité, seuls les loyalistes d’Assad sont autorisés à s’installer dans le camp de Yarmouk qui, depuis, s’est transformé en ruines.

Le site du Groupe d’action pour les Palestiniens de Syrie

Le schisme s’est rapidement développé et a mis fin à la présence palestinienne dans le camp. Il a détruit les symboles de l’OLP, notamment les tombes d’Abou Jihad et des autres fondateurs de son aile militaire.

Le régime alaouite a éliminé tout signe ou souvenir de l’histoire palestinienne dans ce camp et le « droit au retour » a cessé d’exister.

Après que l’Etat islamique a pris le contrôle du camp, des affrontements ont eu lieu avec des groupes palestiniens soutenant Assad. 20

L’indifférence de l’Autorité palestinienne installée confortablement à Ramallah est mise en évidence face au destin des réfugiés et aux conséquences néfastes sur le statut de l’OLP au sein de la diaspora palestinienne.

Même l’initiative européenne de réinstaller des réfugiés de Yarmouk à Jéricho fut rejetée par Abbas car l’OLP ne souhaitait pas, en réalité, que ces réfugiés se trouvent sur son territoire, car ils soutenaient le Hamas. En tout état de cause, l’OLP préfère soutenir des communautés palestiniennes d’Europe et des États-Unis en tant que puissants lobbys similaires à l’AIPAC en Amérique. 21

Suite à l’opposition à l’OLP d’installer les réfugiés de Yarmouk et des autres camps en Cisjordanie, ils ne s’étaient pas rassemblés à la frontière israélienne mais préféraient fuir au nord vers des zones sous patronage turc, conscients que l’Autorité palestinienne n’était pas intéressée par eux, et de ce fait, ils renoncèrent au « droit du retour ».

Dans ce contexte, des organisations ad hoc ont été formées pour gérer le désastre palestinien, sans aucun lien avec l’OLP, certaines y étaient même hostiles, tel que le « Groupe d’action pour les Palestiniens de Syrie » 22.

Vu le manque de leadership palestinien, le Hamas sauta sur l’occasion pour apporter son soutien aux nouvelles organisations palestiniennes et ONG en Europe. Le Hamas œuvre actuellement pour former une nouvelle OLP en soutenant le parrainage des réfugiés abandonnés par Ramallah. Un nouveau processus en évolution qui pourrait modifier les composantes du leadership palestinien.

Le camp détruit de Nahr el-Bared, au Liban, en 2017

 

Le sort des réfugiés au Liban

La situation dans les camps libanais est bien différente. Après la destruction du camp de Yarmouk, celui d’Ain al-Hilweh près de Saïda est devenu le camp principal. À l’intérieur, des luttes parallèles se déroulent entre des partisans du régime syrien, c’est-à-dire du Hezbollah, et les groupes salafistes, dirigés par Osbat al-Ansar, l’organisation de l’Etat islamique au Liban.

Dans le contexte libanais, le Hamas et le Fatah sont plus proches du Hezbollah, mais des affrontements ont eu lieu entre eux, reflétant les conflits internes entre Ramallah et Gaza.

La fuite des réfugiés palestiniens de Syrie a créé un phénomène appelé Muhajirun, qui signifie tous ceux forcés à devenir émigrants. Ces migrants ont complètement modifié la composition démographique des camps au Liban. 23 On estime que la population d’Ain al-Hilweh a doublé, atteignant environ 120 000 personnes. 24

Mahmoud Abbas (à gauche) et Mohammed Dahlan (photo Al-Sawt)

La forte présence du Fatah dans les camps au Liban a créé d’autres conflits. Au sein du Fatah, des affrontements ont opposé les partisans de Mohammed Dahlan à ceux de Mahmoud Abbas. 25 En dehors de ces combats, les deux organisations ont uni leurs forces contre Daesh dans les camps d’ Al-Ansar Osbat, et le Hamas et le Fatah se sont alliés avec le Hezbollah.

Cependant, les camps au Liban n’ont pas été détruits et l’influence de l’ancienne OLP est toujours préservée. Le site internet du camp d’Ain al-Hilweh continue de suivre la situation à Jérusalem Est et les décisions de l’Autorité palestinienne. Par exemple, la page d’accueil du 3 décembre 2018 décrit le « danger » pour Al-Aqsa en raison des fouilles archéologiques israéliennes dans la cité de David.

L’un des aspects les plus importants de l’évolution des camps de réfugiés est le renforcement de l’opposition à Mahmoud Abbas. Ce site s’identifie au courant Dahlan 26 et parle de sa forte influence dans le camp de réfugiés de Djénine sous l’Autorité palestinienne.

Affrontements dans le camp d’Ain al-Hilweh en 2017 (Palestinian Press)

L’islam chiite dans la région de Damas 27

Après le succès des chiites en Syrie, l’organisation Osbat al-Ansar est entrée en contact avec l’Iran et participé à une conférence sur l’unité islamique à Téhéran aux côtés des Ayatollahs. 28

Alors que le « droit au retour » en Syrie a disparu avec le démantèlement des camps de réfugiés, au Liban, par contre, ce souhait est devenu presque impossible à réaliser. Cela signifie que même l’entrée d’un nombre limité de réfugiés au sein de l’Autorité palestinienne conduirait à l’entrée d’Al-Qaïda en Israël et en Cisjordanie, ce que Ramallah n’a aucun intérêt à promouvoir.

Les accords entre le gouvernement libanais et l’OLP sur le statut des réfugiés, connus sous le nom d’accord du Caire de 1969 29,  ont eu des effets destructeurs qui se prolongent jusqu’à aujourd’hui. La partie principale de l’accord accordait la liberté d’action à l’OLP dans ses activités contre Israël, celle de mener des entraînements militaires à l’intérieur des camps et le passage sans entrave des camps à la frontière avec Israël.

Cependant, l’OLP est devenue souveraine à l’intérieur des camps et ni l’armée ni le gouvernement libanais ne peuvent y entrer. En outre, la région du Fatahland, située dans le sud du Liban, est devenue un territoire sous le contrôle de l’OLP. 30

Pourquoi le Liban souhaite-t-il donc un accord qui en réalité diminue ses capacités de souveraineté ? Le pays du cèdre a cherché à mettre fin à la tension croissante entre l’OLP et l’armée libanaise. Dans ces accords, le gouvernement libanais conservait la souveraineté sur les camps, mais le Liban y a en fait renoncé. En revanche, des restrictions strictes ont été imposées aux Palestiniens en dehors des camps. Ils ne pouvaient être employés que dans des emplois de base, mais pas dans des professions libérales. Cela a créé une frustration croissante parmi les Palestiniens et les a amenés à perpétrer des attentats terroristes. 31 En outre, certains Libanais avaient espoir que la lutte armée palestinienne contre Israël réussisse, que la Palestine soit libérée et qu’ils se débarrassent du fardeau de l’hébergement des réfugiés.

Bien que l’accord du Caire ait été élaboré pour les camps au Liban, il a également touché les camps en Syrie. Au fil des ans, le gouvernement d’Assad n’a plus pénétré dans les camps et s’est appuyé sur Ahmed Jibril, chef du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), pour y sauvegarder ses intérêts. Cependant, le gouvernement syrien a découvert rapidement que le Hamas était en train de semer les graines de l’opposition palestinienne. Les combattants du FPLP se sont retirés, et ainsi tous les partisans de Jibril furent chassés du camp. . 32 33

Mahmoud Abbas a tenté de convaincre Assad d’établir une trêve basée sur l’accord du Caire avec le Liban. Assad a rejeté cette requête mais en réalité sur le terrain c’est bien l’Etat islamique qui a pris le contrôle du camp immédiatement après.

Même juste après la Naqba de 1948 et la création des camps de réfugiés, le Liban a établi une discrimination entre réfugiés chrétiens et musulmans. De nombreux chrétiens du camp de Mia-Mia près de Saïda ont été intégrés dans des villages chrétiens voisins, tandis que les musulmans sont restés dans le camp. Les entreprises libanaises appartenant à des chrétiens employaient des chrétiens, mais les autorités fermaient les yeux. 34

Dans une interview réalisée par la télévision palestinienne, des réfugiés chrétiens au Liban ont déclaré être les derniers à rester dans les camps. Même à l’heure actuelle, les autorités libanaises rapatrient de force les réfugiés qui quittent les camps. La seule issue est de partir à l’étranger mais personne n’a songé à s’infiltrer vers la frontière israélienne. De ce fait, les réfugiés palestiniens au Liban ont également renoncé pour l’heure au « droit au retour ».

Tant que l’OLP d’Arafat exerçait un contrôle strict sur les camps, aucun groupe rival n’osait y entrer. À cette époque, bien avant l’avènement du Hezbollah, la sécurité libanaise en assurait la protection, consciente de l’autorité d’Arafat.

La situation a tout à fait changé après le départ d’Arafat et de ses troupes à Tunis en 1982 et l’apparition du Hezbollah sur la scène libanaise.

Les camps sont devenus des refuges pour les terroristes islamistes. Les vagues de réfugiés syriens absorbés dans les camps ne faisaient qu’augmenter et la menace pesait sur tout le territoire libanais.

Les tombes de membres de l’OLP détruites par Daesh dans le camp de Yarmouk (presse palestinienne)

Le Liban n’étant pas prêt à absorber les réfugiés sur son territoire, il s’est trouvé face à un grand dilemme. Si ses troupes entraient dans les camps, elles tombaient sous la responsabilité directe du gouvernement libanais. Cela éliminerait le droit de retour et les réfugiés deviendraient partie intégrante du Liban. Cependant, si elles restaient en dehors des camps, le danger s’accroîtrait avec l’instabilité du Liban renforcée par des raids sunnites contre les chiites venus de Syrie.

Alors que le problème des réfugiés palestiniens a mis le Liban à rude épreuve depuis 1948, le problème des réfugiés syriens n’a fait qu’ajouter à la détresse. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Jubran Basile, a déclaré au sujet des réfugiés qui se sont installés à Beyrouth : « notre vraie peur et de voir ici des Tawtîn (des colons), les réfugiés qui resteront forceront les résidents de Beyrouth à quitter la ville parce qu’ils vont perdre leurs emplois. » 35

Le Liban a fait pression sur ces réfugiés syriens pour qu’ils rentrent en Syrie. Immédiatement après la prise de contrôle par Assad de vastes zones en Syrie, de nombreux réfugiés – plus de 170 000 – ont tenté de retourner dans leurs foyers mais se sont trouvés contraints de s’installer au Liban. 36

Aujourd’hui, le nombre total de réfugiés syriens au Liban est estimé à environ un million. 37 Ainsi, le « problème des réfugiés » au Liban ne concerne plus les réfugiés palestiniens, mais syriens.

Le Liban a décidé de ne pas aller dans les camps parce que, dans la plupart des cas, les forces du Fatah et du Hamas étaient suffisantes pour faire face à l’Etat islamique. En 2018, le Liban s’est impliqué dans le processus de réconciliation entre le Fatah et le Hamas. 38 Des comités mixtes ont été mis en place dans le format proposé par Mahmoud Abbas à Assad à propos de Yarmouk, mais ils se sont immédiatement effondrés. 39

Des tentatives du Hamas de conclure aussi des accords avec Daesh n’ont pas abouti. 40

Le camp de réfugiés de Nahr al-Bared au nord du Liban est un cas particulier. Ce camp était sous le contrôle d’une branche palestinienne de l’Etat islamique appelée «Fatah al-Islam» 41.  L’Etat islamique avait réussi à s’implanter dans le nord du Liban, près de Tripoli. Dans ce camp, situé près de la mer, des armes ont été acheminées en contrebande aux forces sunnites combattant en Syrie. L’armée libanaise pro-chiite est entrée dans le camp en 2007 42 et l’a détruit à l’instar de l’armée d’Assad. Il s’agit d’une exception qui probablement ne se reproduira pas au Liban.

 

Pinhas Inbari

 


Notes

 

 https://midan.aljazeera.net/reality/economy/2019/3/17/%D8%A8%D9%8A%D9%86-%D8%A7%D9%84%9%84%8%A7 % D8% AC% D8% A6% D9% 8A% D9% 86-% D9% 88% D8% A7% D9% 84% D8% A9% D9% 82% D8% AA8 D8% B5% D8% A7% D8% AF-% D9% 87% D9% 83% D8% B0% D8% A7- D8% B3% D9% 8A% D8% AA8 D3% A3% D8% AB8 D8% B1-% D9% 84 % D8% A8% D9% 86% D8% A7% D9% 86-% D8% A8% D9% 86% D9% 87% D8% A9% D9% 8A% D8% A9% D8% A7% D9% 84% % D8% AD% D8% B1% D8% A8- D9% 81% D9% 8A-% D8% B3% D9% 88% D8% B1% D9% 8A% D8% A7

 https://youtu.be/9sMQFrPnYfg à la minute 35:00

3  Cette observation a également été faite lors d’une réunion à huis clos avec un haut responsable du Fatah à Jérusalem, en 2019.

 https://www.alaraby.co.uk/english/comment/2017/6/30/daraa-de-escalation-masks-assads-ethnic-cleansing-in-syria

 http://worldpopulationreview.com/countries/syria-population/

https://www.washingtoninstitute.org/fikraforum/view/assads-law-10-reshaping-syrias-demographics

 https://youtu.be/c_0zZGGlN44

Pendant la guerre, la mosquée a été gravement endommagée par les sunnites pour éviter qu’elle ne puisse être utilisée pour des rituels chiites.

https://www.youm7.com/story/2016/12/14/%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B3%D8%A8%A8%A7%9%9 84% D8% A3% D9% 85% D9% 88% D9% 89-% D9% 82% D8% A8% D9% 84-% D9% 88% D8% A8% D8% B9% D8% AF-% D8 % A7% D9% 84% D8% AD% D8% B1% D8% A8- D9% 81% D9% 89- D8% B3% D9% 88% D8% B1% D9% 8A% D8% A7 / 3009672

 https://nziv.net/17120/ – L’Iran a l’intention d’entourer la région de Damas de 10 000 soldats chiites.

 http://www.alzaytouna.net/2017/09/29/ التقدير-الاستراتيجي-103-مستقبل-فلسطيني /

Plus précisément, le site Zaytouna du Hamas a publié une étude détaillée sur le sort des camps de réfugiés en Syrie et de Yarmouk en particulier. L’enquête a déterminé que la Syrie ne renverrait pas les réfugiés dans la nouvelle bande chiite, pour pouvoir raviver son idéologie panarabe. En ravivant à nouveau le problème palestinien, cela pourrait convaincre les sunnites de se joindre à l’armée syrienne en déconfiture.

 https://www.alalamtv.net/news/2009803/%D9%85%D8%B1%D8%A7%D9%81%D9%81%8%A8%A8%A8%8%8%8 % AF-% D9% 85% D8% B4% D8% B9% D9% 84- D8% A7% D9% 84% D9% 85% D8% AD8% A7% D8% B5% D8% B1-% D9% 81% D9% 8A-% D9% 85% D8% AE% D9% 8A% D9% 85- D8% A7% D9% 84% D9% 8A% D8% B1% D9% 85% D9% 88% D9% 83-% D9% 8A% D9% 83% D8% B4% D9% 81- D8% B9% D9% 86-% D9% 85% D9% 88% D9% 82% D9% 81% D8% AD% D9% 85% D8% A7% D8% B3-% D9% 81% D9% 8A-% D8% B3% D9% 88% D8% B1% D9% 8A% D8% A7

Ce n’est pas par hasard si les médias iraniens, notamment la chaîne de télévision Al Alam, ont mis en lumière la trahison du régime d’Assad par le Hamas.

10  https://www.arabipress.org/%D8%A7%D8%B3%D8%B1%D8%A7%D8%B1-%D9%85%D8%A7-8D8%8A8%8%AC% D8% B1% D9% 8A-% D9% 81% D9% 8A- D8% A7% D9% 84% D9% 8A% D8% B1% D9% 85% D9% 88% D9% 83-% D9% 81 % D9% 87% D9% 84-% D8% A2% D9% 83% D9% 84- D8% A7% D9% 84% D8% B9% D9% 85-% D8% B7 /

11  https://www.arabipress.org/%D9%85%D9%86-%D8%BA%D8%AF%D8%B1%D9%88%A7-%D8%A8%B8%B3% D9% 88% D8% B1% D9% 8A% D9% 87-% D9% 88% D8% AE% D8% A7% D9% 86% D9% 88% D9% 87% D8% A7-% D8% AA % D9% 86% D9% 81% D9% 8A% D8% B0% D8% A7% D9% 8B-% D9% 84% D9% 85% D8% AE% D8% B7% D8% B7 /

12  https://www.syrianews.cc/yarmouk-camp-palestine-damascus-suffering/

13  https://libertarianinstitute.org/articles/a-brief-history-of-the-destruction-of-yarmouk/

14  https://www.aljazeera.net/news/reportsandinterviews/2015/4/25/%D8%A7%D9%86%D8%B7%D9%84%D8%A7%D9%82-%D9%85 % D8% A4% D8% AA% D9% 85% D8% B1-% D9% 81% D9% 84% D8% B3% D8% B7% D9% 8A% D9% 86% D9% 8A% D9% 8A- % D8% A3% D9% 88% D8% B1% D9% 88% D8% A8% D8% A7-% D8% A8% D8% A8% D8% B1% D9% 84% D9% 8A% D9% 86- % D9% 88% D8% B3% D8% B7-% D9% 85% D9% 86% D8% A7% D9% 87% D8% B6% D8% A9-% D8% A5% D8% B3% D8% B1 % D8% A7% D8% A6% D9% 8A% D9% 84% D9% 8A% D8% A9

15  https://www.facebook.com/yarmouk63/videos/1449746288651639/?t=841

16  https://palabroad.org/

17  https://youtu.be/9sMQFrPnYfg –

18  https://www.orient-news.net/ar/news_show/86541

19  https://www.maannews.com/Content.aspx?id=773602

20  https://www.enabbaladi.net/archives/223309

21  Conversations avec de hauts responsables palestiniens à Ramallah

22  https://www.facebook.com/ActGroup.PalSyria

23  https://orientxxi.info/magazine/article2574

24  http://www.maannews.com/Content.aspx?ID=776345

25  http://www.asematalshatat.com/

26  http://www.asematalshatat.com/%D8%A7%D9%84%D8%AA%D9%8A%D8%A7%D8%B1-%D8%A7%D9%84%8%A7%A8 % B5% D9% 84% D8% A7% D8% AD% D9% 8A- D9% 81% D9% 8A- D9% 81% D8% AA8 D8% AD-% D9% 85% D9% 84% D8% AA% D8% B2% D9% 85% D9% 88% D9% 86-% D8% A7% D9% 84% D9% 87% D8% AF% D9% 88% D8% A1 /

27  https://www.alsouria.net/content/%D9%86%D9%8A%D9%88%D9%8A%D9%88%D8%B1%D9%83-%D8%AA%D8%A7 % D9% 8A% D9% 85% D8% B2-% D8% A7% D9% 84% D9% 82% D9% 88% D9% 89- D8% A7% D9% 84% D8% AA% D9% 8A -% D8% B3% D8% AA% D8% AD% D9% 84-% D8% A8% D8% AF% D9% 84% D8% A9% D9% 8B-% D9% 85% D9% 86-% D8 % A7% D9% 84% D9% 82% D9% 88% D8% A7% D8% AA- D8% A7% D9% 84% D8% A3% D9% 85% D8% B1% D9% 8A% D9% 83% D9% 8A% D8% A9-% D9% 81% D9% 8A- D8% B3% D9% 88% D8% B1% D9% 8A% D8% A7

28  https://goo.gl/z4qoCp

29  https://www.hamichlol.org.il/%D7%94%D7%A1%D7%9B%D7%9D_%D7%A7%D7%94%D7%99%D7%A8_(1969) https: //fr.wikipedia.org/wiki/Cairo_Agreement_(1969)

30  http://www.palestinefacts.org/pf_1967to1991_lebanon_cairo_1969/

31  Ibid.

32  https://www.aljazeera.net/programs/arab-present-situation/2015/8/3/%D8%A8%D8%A7%D8%B3%D9%85-%D9%85%D9%86 -% D9% 8A% D9% 82% D8% A7% D8% AA% D9% 84-% D8% A3% D8% AD% D9% 85% D8% AF-% D8% AC8 D8% A8% D8% B1% D9% 8A% D9% 84-% D9% 81% D9% 8A- D8% B3% D9% 88% D8% B1% D9% 8A% D8% A7

33  « entretien » Omar Khawndi-Ahmed Jibril.

34  Selon de hauts responsables de l’OLP qui se trouvaient au Liban à l’époque.

35  https://www.lebanondebate.com/news/429485

36  https://www.almodon.com/society/2019/2/19/%D8%A7%D9%84%D8%B9%D8%A7%D8%A6%D8%AF9D88%D9% 86-% D8% A5% D9% 84% D9% 89-% D8% B3% D9% 88% D8% B1% D9% 8A% D8% A7-% D9% 8A% D9% 86% D8% B2% D8 % AD% D9% 88% D9% 86-% D8% A5% D9% 84% D9% 89-% D9% 84% D8% A8% D9% 86% D8% A7% D9% 86-% D9% 85% D8% AC% D8% AF% D8% AF% D8% A7

37  https://midan.aljazeera.net/reality/economy/2019/3/17/%D8%A8%D9%8A%D9%86-%D8%A7%D9%84%9%84%8%A7 % D8% AC% D8% A6% D9% 8A% D9% 86-% D9% 88% D8% A7% D9% 84% D8% A9% D9% 82% D8% AA8 D8% B5% D8% A7% D8% AF-% D9% 87% D9% 83% D8% B0% D8% A7- D8% B3% D9% 8A% D8% AA8 D3% A3% D8% AB8 D8% B1-% D9% 84 % D8% A8% D9% 86% D8% A7% D9% 86-% D8% A8% D9% 86% D9% 87% D8% A9% D9% 8A% D8% A9% D8% A7% D9% 84% % D8% AD% D8% B1% D8% A8- D9% 81% D9% 8A-% D8% B3% D9% 88% D8% B1% D9% 8A% D8% A7

38  https://aawsat.com/home/article/1321321/%D8%AE%D9%84%D8%A7%D9%81%D8%A7%D8%AA-%C2%AB%D9%81%D8 % AA% D8% AD% C2% BB-% D9% 80- C2% AB% D8% AD% D9% 85% D8% A7% D8% B3% C2% BB-% D8% AA% D8% AC% D9% 85% D9% 91% D8% AF-% D8% A7% D9% 84% D8% B9% D9% 85% D9% 84- D8% A8% D8% A7% D9% 84% D8% A3% D8% B7% D8% B1-% D8% A7% D9% 84% D9% 81% D9% 84% D8% B3% D8% B7% D9% 8A% D9% 86% D9% 8A% D8% A9-% D8% A7% D9% 84% D9% 85% D9% 88% D8% AD% D8% AF% D8% A9- D9% 81% D9% 8A-% D9% 84% D8% A8% D9% 86% D8% A7% D9% 86

Voir également:

https://aawsat.com/home/article/1368176/%D8%A7%D9%84%9%85%D8%B5%D8%A7%D9%84%8%AD8%A8%A9-%D8% A8% D9% 8A% D9% 86-% D9% 81% D8% AA8 D8% AD-% D9% 88% D8% AD% D9% 85% D8% A7% D8% B3-% D9% 81% D9 % 8A-% D9% 84% D8% A8% D9% 86% D8% A7% D9% 86-% D9% 84% D9% 85- D8% AA8 D9% 81% D8% B9% D9% 91% D9% 84-% D8% A7% D9% 84% D8% B9% D9% 85% D9% 84-% D8% A7% D9% 84% D9% 85% D8% B4% D8% AA% D8% B1% D9% 8

Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, était impliqué dans les efforts de réconciliation. Au cours de discussions au Caire, les deux parties avaient promis au Liban que le différend qui les opposait à l’Autorité palestinienne ne s’étendrait pas aux camps libanais.

39  Ibid.

40  https://arabic.rt.com/middle_east/865349-%D9%87%D8%AF%D9%86%D8%A9-%D8%B9%D9%8A%D9%86-%D8%A7% D9% 84% D8% AD% D9% 84% D9% 88% D8% A9- D8% A7% D8% B4% D8% AA8 D8% A8% D8% A9% 83% D8% A7% D8 % AA-% D8% B9% D9% 86% D9% 8A% D9% 81% D8% A9-% D9% 81% D8% AA% D8% AD8% A8% B8% B3% D9% 84% D8% A7% D9% 85% D9% 8A% D9% 8A% D9% 86 / #

41  https://www.aljazeera.net/encyclopedia/movementsandparties/2014/2/10/%D9%81%D8%AA%D8%AD-%D8%A7%D9%84%D8%A5%D8%B3 % D9% 84% D8% A7% D9% 85

42  https://www.aljazeera.net/encyclopedia/citiesandregions/2014/11/11/%D9%85%D8%AE%D9%8A%D9%85-%D9%86%D9%87%D8%B1 -% D8% A7% D9% 84% D8% A8% D8% A7% D8% B1% D8% AF


 

Pour citer cet article

Pinhas Inbari, « Le sort des réfugiés palestiniens en Syrie et au Liban », Le CAPE de Jérusalem, publié le 19 juin 2019: http://jcpa-lecape.org/le-sort-des-refugies-palestiniens-en-syrie-et-au-liban/

Illustration de couverture : réfugiés palestiniens du camp de Yarmouk (photo UNRWA).

NB : Sauf mention, toutes nos illustrations sont libres de droit.

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