Le cycle infernal de la guerre d’attrition

Freddy Eytan

Un mois après le déclenchement de la Deuxième guerre contre l’Iran tous les objectifs n’ont pas été atteints. Le régime islamiste résiste, lance ses missiles balistiques tous azimuts, ferme le détroit d’Ormuz et dirige le pays d’une main de fer. Nous devrions donc poursuivre le combat pour écarter toutes les menaces.

Donald Trump est un homme pressé, impatient, trop bavard, change plusieurs fois d’avis et de tactique, brouille les cartes, satisfait de jouer le rôle du shérif et agacer le monde entier. Concernant Israël, il a toujours prouvé une solidarité exemplaire et son fort soutien militaire et diplomatique est sans précédent dans les annales américano-israéliennes.

Néanmoins, on peut s’interroger sur son objectif principal dans l’arène internationale. Souhaite-t-il faire de bonnes affaires commerciales ou œuvrer inlassablement pour rétablir la stabilité et la paix dans le monde ?

Donald Trump rêve grand et a des projets grandioses et parfois extravagants mais manque de persévérance. Il se moque de l’establishment et de la diplomatie classique et s’appuie sur des fidèles conseillers, ministres ou ambassadeurs qui n’ont aucune expérience des dossiers de l’Etat sinon que dans les affaires immobilières, les médias ou le show business …

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avec le président américain Donald Trump
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avec le président américain Donald Trump. (Maison Blanche)

Les affaires du monde sont graves et concernent plusieurs milliards d’êtres humains. Les conflits à travers les continents ne se règlent pas par un coup de baguette magique, d’une manière simpliste, ni non plus par de vagues promesses irréalisables sur le terrain. Les différents ultimatums successifs ne sont plus fiables. L’absence de stratégie à long terme et le manque de transparence transforment les négociations à des discussions sans fin et elles deviennent contreproductives. Aux yeux des ayatollahs, elles marquent une certaine faiblesse de l’Amérique. En Europe et même en Israël on hésite à accorder une crédibilité à tous ces discours. Plus grave encore, les Iraniens qui se battent courageusement contre le régime islamiste se sentent abandonnés.

Le leader de la plus forte puissance du monde doit bien réfléchir avant de prononcer un discours, informer la presse ou prendre une décision capitale. L’histoire contemporaine nous enseigne que les décisions prisent à la légère et avec passion, sans planifier préalablement le lendemain, ont toujours eu des retombées catastrophiques pour la paix dans le monde.

Le chef d'état-major, le lieutenant-colonel Eyal Zamir, en visite sur le terrain pour évaluer la situation dans le sud du Liban
Le chef d’état-major, le Général Eyal Samir, en visite sur le terrain pour évaluer la situation dans le sud du Liban. (Tsahal)

Depuis 1979 à ce jour, les erreurs historiques et les défaillances de la politique occidentale dans le dossier iranien sont éloquentes, scandaleuses, révoltantes.

Ils ont surtout ignoré que la révolution islamiste est dans le temps et dans l’espace purement religieuse. Il est notable qu’en absence d’une opposition structurée avec un leader providentiel à la tête et sur le terrain, il est fort compliqué et quasiment impossible de renverser un régime autocratique et religieux par une opération militaire spectaculaire car la puissance divine est ancrée dans les esprits. Elle domine la réaction et paralyse la réflexion.

l'usine d'eau lourde d'Arak
Un porte-parole de Tsahal admet : « L’armée de l’air a attaqué l’usine d’eau lourde d’Arak, une infrastructure clé pour la production de plutonium destiné aux armes nucléaires. »

Insatisfait des résultats actuels malgré les succès militaires, Trump est stupéfait que l’Iran résiste toujours et n’a pas déclaré sa défaite, la capitulation. Il accuse toujours les autres et particulièrement ses prédécesseurs. Il minimise les importantes frappes israéliennes et exprime parfois un compliment forcé. Est-il bien informé du déroulement de la guerre, sur tous les exploits extraordinaires de l’aviation israélienne et ceux du Mossad ?

L’Iran n’est pas le Venezuela ni Cuba. C’est un gigantesque pays trois fois plus grand que la France avec plus de 90 millions d’habitants et différentes minorités. Il est dirigé par des mollahs fanatiques et cruels qui n’hésitent pas à lancer leurs missiles sur des zones civiles urbaines. Ils sont capables de résister durant plusieurs années. Ils ont mené des hostilités contre l’Irak, leur voisin, durant plus de 8 ans en sacrifiant en nom de la religion islamiste chiite, plus d’un million de soldats et civils.

Donald Trump se trouve face à un grand dilemme et devant de nombreux obstacles et pressions notamment au sein de son parti et son administration et face à des élections prochaines au Congrès. Il propose 15 points pour sortir de l’engrenage infernal. Le Pakistan offre ses bons offices mais cette république islamique est certes un allié des Etats-Unis mais elle entretient de bonnes relations avec la Chine et surtout dispose de l’arme nucléaire…

Trump réussit par la démarche pakistanaise à apaiser momentanément les esprits et évite in extremis une crise énergétique et économique mondiale. Mais jusqu’à quand pourrions-nous subir une guerre d’attrition ? Pense-t-il vraiment que les ayatollahs accepteront ses revendications ? Ne veulent-ils pas gagner du temps ?

La reprise des négociations n’a pas arrêté les tirs des missiles de l’Iran, du Hezbollah et des Houthis du Yémen. Espérons que les négociations n’écarteront pas de nouvelles frappes si elles échoueraient. Les Marines et les parachutistes envoyés en renfort dans la région indiquent-ils des opérations terrestres malgré tous les risques ?

Cependant, nous affrontons seul un autre front, contre le Hezbollah au Liban, et personne ne sait jusqu’à quand ? C’est la quatrième fois depuis 1982 que nous menons une guerre contre le Liban. L’année dernière, Tsahal et le gouvernement affirmaient avec fierté que le Hezbollah est très affaibli et que la dissuasion marche parfaitement.

Comment expliquer que les villageois le long de la frontière libanaise et à Kiryat Shemona vivent quotidiennement une situation intenable ?  Certes, nos systèmes de défense sont efficaces, sans doute les meilleurs du monde mais pas hermétiques. Nuit et jour, nous subissons des pertes humaines et des dégâts. Une incursion terrestre et le déploiement de dizaines de milliers de soldats en territoire libanais ne garantit pas non plus une complète maitrise du ciel et la fin des tirs des roquettes et des missiles.

Il est temps que le gouvernement écoute attentivement la mise en garde du chef d’état-major Eyal Zamir. Son devoir est de mobiliser tous les citoyens dans l’effort de guerre et se préoccuper sérieusement des risques en mettant en priorité le combat contre le Hezbollah et le Hamas et assurer la sécurité absolue de tous les citoyens.

Pour alléger le fardeau, il serait sage de laisser les Américains poursuivre seuls la guerre contre l’Iran ou de signer éventuellement un accord robuste avec lui. Sur ce point, nous sommes sceptiques car nous ne participons pas aux négociations et notre influence est bien limitée sur les décisions de Trump et sur ses propres intérêts.

Les objectifs d’Israel et des Etats-Unis sont différents, bien que le tandem militaire fonctionne parfaitement. L’Amérique mène une guerre énergétique et géopolitique à l’échelle mondiale tandis qu’Israël combat seul depuis 1948 pour sa survie, son existence, et il lutte en permanence pour mettre un terme aux menaces proches et lointaines.

Nous apprécions beaucoup la solidarité et l’aide américaine mais en réalité nous devrions compter que sur nous-mêmes, sur Tsahal et le Mossad et sur notre résilience.