La négociation diplomatique face au marchandage oriental

Freddy Eytan

Le but essentiel de la nouvelle rencontre de Netanyahou avec Donald Trump est de clarifier les véritables intentions des Américains et de vérifier franchement si l’option militaire contre l’Iran sera réellement à l’ordre du jour en cas d’échec des négociations. L’initiative du Premier ministre est donc préventive et bien justifiée.

La riche expérience du passé prouve que les mollahs iraniens veulent gagner du temps et sont rusés et habiles dans le marchandage.

En règle générale, les diplomates occidentaux négocient pour un avenir meilleur et pour obtenir un accord solide, tandis que les Iraniens, les Qataris ou les Turcs se conduisent comme des marchands de tapis dans un bazar oriental. Ils ne cherchent qu’un gain immédiat sans réfléchir au long terme.

Certes, les négociateurs américains sont conscients des risques et éviteront de tomber une nouvelle fois dans le piège des Iraniens. Toutefois, comment peuvent-ils accepter qu’un Etat voyou, au bord de la faillite, se permet de dicter l’ordre du jour, et conditionne préalablement tous les sujets qui seront soulevés durant les  négociations ? C’est bien le théâtre de l’absurde dans les relations internationales.

Contrairement à la diplomatie européenne fondée sur la raison d’Etat, sur le multilatéralisme, sur les institutions internationales et surtout sur la recherche des intérêts commerciaux, les Etats-Unis possèdent de nombreux atouts. Ils affirment la primauté des principes et des valeurs mais peuvent sans trop hésiter utiliser leur puissance militaire et économiques pour remodeler l’ordre mondial après chaque crise.

Mascate, Oman — Jared Kushner et Steve Witkoff  rencontrent le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr bin Hamad Al Busaidi, en marge de discussions diplomatiques consacrées au dossier iranien
Mascate, Oman — Jared Kushner et Steve Witkoff rencontrent le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr bin Hamad Al Busaidi, en marge de discussions diplomatiques consacrées au dossier iranien. (Le ministère des Affaires étrangères d’Oman)

Le président Trump n’est pas un idéologue ni un diplomate mais plutôt un homme d’affaires qui ne mâche pas ses mots et dit vulgairement ce qu’il pense vraiment.

Cependant, quand les questions de défense et de sécurité sont sur la balance et les menaces contre Israël sont omniprésentes, on ne marchande pas avec la sécurité de l’Etat d’Israël et Trump ne peut accorder aux mollahs une bouée de secours.

Le Moyen-Orient est déstabilisé depuis cinq décennies à cause du régime islamiste. Les Israéliens en particulier ne peuvent vivre quotidiennement dans la crainte et l’incertitude.

Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu
Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se rencontrent à Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (Amos Ben-Gershom/GPO)

Ce n’est pas la première fois que les Américains négocient avec les Iraniens mais Trump nous donne l’impression qu’il accepte d’adopter enfin de compte, la politique d’Obama et de Biden. Et pourtant, c’est bien lui qui a abrogé le fameux traité signé à Vienne en 2015 et a aussi bombardé les sites nucléaires dix ans plus tard…

Sur quel Donald Trump pourrions-nous compter ? Pourquoi n’a-t-il pas imposer la capitulation de l’Iran juste après la guerre des 12 Jours ?

Rappelons qu’auparavant, l’Iran avait réussi, grâce à la ruse et la manipulation, à écarter à la fois toute action militaire contre ses sites nucléaires et à lever les sanctions, sans aucune concession majeure de sa sur le terrain.

La situation actuelle est intenable et le président Trump doit trancher malgré toutes les contraintes, les divergences au sein de son propre parti et les pressions des pays arabo-musulmans. Pour l’heure, l’opération militaire est écartée, plonge les opposants iraniens dans la terreur et le désespoir tandis que le régime islamiste restera au pouvoir probablement pour longtemps encore.

Netanyahou devra refuser sans équivoque tout accord nucléaire qui sera fondé sur des mensonges, et n’inclura pas également les missiles balistiques, la fin du soutien de l’Iran au Hezbollah, aux Houthis et au Hamas et un terme aux menaces quotidiennes d’anéantir l’Etat juif.  En fait, sans ces clauses essentielles, Trump signera un traité défaillant et dangereux qui encouragera la prolifération nucléaire et le terrorisme islamiste.

Dans ce contexte incertain et devant toutes les promesses qui n’ont pas été respectées par les administrations précédentes, Netanyahou devra retourner à Jérusalem avec des gages et des fortes assurances sécuritaires.

L’expérience du passé ne peut nous laisser indifférents. Face à cette menace existentielle, Israël devra redoubler de vigilance et ne compter que sur lui-même. Il est donc capital de renforcer la puissance technologique et le savoir-faire du Mossad pour être le premier à alerter sur les violations en cours.

Israël n’est pas partie de l’accord et donc libre à se défendre et à se préparer à toutes les options pour que les ayatollahs d’Iran ne pourront jamais se doter de l’arme nucléaire et lancer leurs missiles balistiques.