Iran : la responsabilité historique et la crédibilité de Donald Trump

Freddy Eytan

Il y a 47 ans, le chah d’Iran, Mohamed Reza Pahlavi, a été contraint de quitter son pays à la suite d’un déferlement d’émeutes et de manifestations. L’ami fidèle de l’Occident est lâchement abandonné. L’Europe, et la France de Giscard d’Estaing en particulier, avaient trahi l’alliance stratégique qu’ils avaient noué avec leur meilleur allié au Moyen-Orient.

Le président français accorda à Neauphle-le-Château l’asile politique au père spirituel de la révolution islamiste, l’ayatollah Khomeiny. A l’époque, j’étais correspondant permanent de Kol Israel à Paris. J’avais visité plusieurs fois les lieux et vu Khomeiny priait avec ses fidèles sur le sol français. J’ai pu rencontrer ses proches et même participé à des débats avec eux. J’ai découvert un véritable réseau de propagande islamique qui se propageait avec l’appui inconditionnel de l’Internationale terroriste et le soutien de l’OLP.

Les services de renseignements fournissaient chaque jour des rapports accablants sur la présence de terroristes potentiels en France. Ils avaient même suggéré d’expulser Khomeiny vers l’Algérie et en dernière minute Giscard a décidé autrement. Une décision irresponsable et fatale qui a déstabilisé jusqu’à ce jour tout le Moyen-Orient.

Le 1er février 1979, Khomeiny arrive en grand libérateur à Téhéran par un avion d’Air France mis spécialement à sa disposition. Arafat sera le premier visiteur reçu par le chef de la révolution. L’accueil est enthousiaste et la foule en délire. Le chef de l’OLP affirme avec fierté que la révolution palestinienne ne tardera pas à triompher et que, grâce à Khomeiny, ses combattants marcheront en vainqueurs dans les rues de Jérusalem, « Al-Qods ».

Khomeini arrival 1979

Le président américain Jimmy Carter a aussi choisi d’abandonner le Chah sous le prétexte qu’il « violait les droits de l’Homme » sans pour autant garantir à sa place un régime stable et prooccidental et en ignorant la montée en puissance des chiites islamistes. Carter n’a pas eu le courage de tuer dans l’œuf l’émergence d’une révolution religieuse. Et 10 mois plus tard, le 4 novembre 1979, des étudiants iraniens prennent d’assaut l’ambassade des États-Unis à Téhéran. Toutes les tentatives de libérer 52 otages sont vouées à l’échec notamment par une opération militaire. Cette mission de sauvetage s’est soldée par un échec tragique dans le désert iranien en causant la mort de huit soldats américains. Ce n’est qu’après 444 jours de détention, le 20 janvier 1981, que tous les otages sont libérés, le jour même de l’installation de Ronald Reagan à la Maison Blanche…

Trente-cinq après, le Président Obama, Prix Nobel de la Paix, embrasse les Ayatollahs et signe un accord sur le projet nucléaire en cours. Il refuse d’écouter les avertissements alarmants des Israéliens, et va même annuler une opération ponctuelle de la CIA contre le Hezbollah, baron de la drogue au Liban, pour éviter justement une confrontation avec l’Iran et imposer de nouvelles sanctions.

Les manifestations en Iran
Les manifestations en Iran. (Réseaux sociaux)

L’Europe a suivi Obama pour des raisons commerciales en levant à son tour les sanctions. Depuis, les fonctionnaires et experts européens sur la question iranienne rabâchent sans cesse les mêmes messages : « L’Iran n’est pas un Etat voyou telle que la Corée du Nord, il respecte les accords signés avec l’Occident et ne viole pas l’accord sur le nucléaire. » (Sic)

Comment dire autrement quand des intérêts multinationaux sont en jeu ? Comment aussi ne pas plaider la cause iranienne pour justifier les accords commerciaux signés ?

President Trump
(Maison Blanche)

Aujourd’hui encore, on persiste dans la même voie, on est capable de fermer les yeux sur les violations, la répression, la torture, la terreur et les massacres de masse. Pis encore, on ne condamne plus l’Iran pour ses discours antisémites et ses menaces de détruire et de rayer de la carte l’Etat Juif.

Pourquoi quand Trump et Netanyahou encouragent les manifestants dans les rues de Téhéran, ont les accusent d’ingérence et sont des provocateurs ? Mais quand Obama et les Européens avaient encouragé le fameux Printemps arabe, la chute de Ben Ali ou Moubarak, cette ingérence est légitime. Enfin, pourquoi les Ayatollahs, ceux qui représentent l’obscurantisme et la terreur sont toujours épargnés de toute critique ?

Durant quatre ans, le tandem Biden-Harris a préféré suivre les principes de la politique d’Obama… Il souhaitait relancer le dialogue avec Téhéran et ouvrir une nouvelle page après la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord signé en 2015 à Vienne.

Durant 47 ans, les Occidentaux ont dialogué avec l’Iran à armes égales sachant parfaitement que les ayatollahs trichent, mentent et se moquent éperdument des traités signés. Ils n’ont jamais envisagé ni planifié sérieusement un renversement du régime islamiste.

Aujourd’hui, le président Trump souhaite sérieusement changer ce régime assoiffé de sang et il l’affirme clairement. Commence-t-il à comprendre qu’on ne négocie plus avec un Etat voyou, un Etat terroriste et abject. En revanche, on le sanctionne par tous les moyens, on le met au pilori jusqu’au jour où il tombera comme un château de cartes.

Comment l’Europe, championne des droits de l’Homme, demeure si indifférente et impuissante devant le carnage de milliers d’Iraniens. Comment les Européens peuvent -il croire aux bonnes intentions de Khamenei, ce vieillard de 87 ans qui nous parle au nom d’un dieu méchant et rancunier. Ce dictateur champion de la manipulation diplomatique et des ruses politiques qui est aujourd’hui au pied du mur et sans issue. Il avait à maintes reprises d’engager des négociations sur le nucléaire pour épargner une guerre régionale au Moyen-Orient…En réalité, il s’agissait d’un écran de fumée…Et à chaque fois les Européens tombent bêtement dans son piège macabre.

Donald Trump ne doit pas faire les mêmes erreurs et accepter d’entamer des pourparlers indirects avec les ayatollahs sous les pressions de l’Arabie saoudite, de la Turquie et surtout du Qatar. Incroyable mais vrai, la puissante Amérique offre au minuscule émirat un pouvoir sans limite : devenir aussi le principal intermédiaire pour régler les conflits internationaux.

Donald Trump a des projets grandioses et parfois extravagants pour régler les conflits à travers les continents mais en réalité il a toujours du mal à les appliqués.

Après chaque décision prise, ses valses hésitations plongent dans l’incertitude et deviennent tôt ou tard contreproductives. Aux yeux des ayatollahs elles marquent une certaine faiblesse de l’Amérique tandis qu’en Europe et même en Israël on hésite à accorder une crédibilité à ses discours. Plus grave encore, les Iraniens qui se battent courageusement contre le régime islamiste se sentent trahis.

Le leader de la plus forte puissance du monde doit bien réfléchir avant de prononcer un discours ou prendre une décision capitale et ne plus réagir d’une manière si simpliste et émotionnelle. L’histoire contemporaine nous enseigne que les décisions prisent à la légère et avec passion, sans planifier préalablement le lendemain, ont toujours eu des retombées catastrophiques pour la paix dans le monde.

Depuis 1979 à ce jour, les erreurs historiques et les défaillances de la politique occidentale dans le dossier iranien sont éloquentes, scandaleuses, révoltantes.

Les Occidentaux n’ont pas réussi par des opérations militaires ou en chassant des chefs d’Etat à aboutir des règlements politiques solides. Ils ont échoué au Liban, en Irak, et en Syrie sans parler des défaites en Afghanistan et en extrême Orient.

Ils ont surtout ignoré que la révolution islamiste en Iran est dans le temps et dans l’espace purement religieuse. Il est notable qu’en absence d’une opposition structurée avec un leader providentiel à la tête et sur le terrain, il est fort compliqué et quasiment impossible de renverser un régime autocratique et religieux par une opération militaire spectaculaire car la puissance divine est ancrée dans les esprits. Elle domine la réaction et paralyse la réflexion.

De ce fait, pour aboutir à des résultats concrets, il est indispensable que les pays occidentaux décident de rompre leurs relations diplomatiques avec Téhéran et de fermer les ambassades. Un total isolement de cet Etat voyou de la scène internationale est nécessaire pour précipiter la chute du régime islamiste.

Dans ce cadre-là, la crédibilité de Trump sera mise à une rude épreuve puisque le combat contre le régime islamiste est complexe et de longue haleine.

Enfin, si le président américain souhaiterait s’inscrire dans les pages glorieuses de l’Histoire, comme celui qui a réussi à régler les conflits les plus compliqués de la planète, il devra être intransigeant, cohérent et surtout crédible.