Fin de l’état de guerre avec la Syrie ?

La récente rencontre entre des délégations israélienne et syrienne à Paris- sous les auspices des Etats-Unis- est une étape diplomatique importante pour aboutir à une normalisation entre les deux pays voisins. De ce fait, nous passons d’un état de guerre permanent à une structure de coordination sécuritaire active avec la mise en place d’un mécanisme conjoint supervisé par les Américains dont le but est de partager du renseignement militaire et de prévenir les incidents à la frontière et surtout des attaques terroristes contre des villages israéliens.
Concernant l’avenir du régime syrien, rappelons qu’au début de la guerre déclenchée en février 2011, Ehoud Barak avait osé dire que le régime de Bachar el Assad « va tomber dans les semaines à venir » …
Depuis toujours, nous suivons la situation dans le monde arabe avec vigilance. Les services de renseignements israéliens sont capables de connaître au moindre détail les rouages des régimes et des états-majors ainsi que le déploiement de leur force terrestre, aérienne et maritime. Nous pouvons évaluer les intentions de nos ennemis dans l’immédiat et parfois on peut se tromper dans l’évaluation comme ce fut le cas en 1973 avant la guerre de Kippour ou concernant les intentions du Hamas avant le 7 octobre 2023.
Toutefois, nous sommes incapables d’analyser les démarches politiques et prédire l’avenir à moyen terme et à long terme. Personne n’a prévu une révolte populaire en Égypte contre le président Moubarak, et la montée en force des Frères musulmans, ni non plus la chute de l’Union soviétique… Donc, sur les récentes émeutes en Iran soyons prudents sur l’avenir du régime des ayatollahs.

Certes, le nouveau chef syrien est un ancien terroriste islamiste. Il ne maitrise pas toutes ses troupes et ne contrôle pas tout le territoire de son pays. Des affrontements persistent contre les Kurdes dans Alep, dans cette grande ville au nord de la Syrie. Cependant, devant ce régime fragile, Israël se trouve en position de force et dicte aujourd’hui l’ordre du jour en Syrie et au Liban.
Face au refus du Hezbollah de démanteler tout son arsenal militaire et ses menaces quotidiennes contre Israël, les fortes pressions américaines exercées dans tous les azimuts de la planète deviennent très efficaces. Nous devrions aussi reconnaître que la donne géopolitique a complétement changé avec le départ des Iraniens de Syrie et le renforcement du camp sunnite au Moyen-Orient.

Dans ce cadre-là, et devant les échecs de la Russie et de l’Europe dans notre région, une coordination étroite avec Washington est nécessaire pour appuyer nos revendications sécuritaires, écarter une influence démesurée d’Ankara et surtout un soutien militaire sur le terrain de la Turquie car il limitera considérablement le champ libre de Tsahal.
Nous devrions également exiger des zones tampon au nord et au sud de la Syrie et insister qu’aucun territoire no man’s land ne pourra avoir de divergences, sur le long terme, comme ce fut le cas lors des négociations sur les lignes d’armistice de 1949. A l’époque, la ligne tracée en mars 1923 par les Anglais et les Français (ligne Paulet-Newcombe) ne tenait pas compte de la frontière naturelle du Jourdain et a conduit à de nombreuses attaques contre Israël concernant le contrôle des ressources en eau.
Pour mieux comprendre l’évolution positive de la position israélienne au Moyen-Orient et surtout à l’égard de la Syrie, soulignons un bref rappel historique :
Après la guerre de Kippour, les troupes de Tsahal se trouvaient à une cinquantaine de kilomètres de Damas.
Le 31 mai 1974, un accord de désengagement des forces est signé avec la Syrie. Damas demeurait intransigeante dans ses revendications et exigeait le retrait de tous les territoires conquis en 1967 et en 1973 et notamment tout le plateau du Golan. Au départ, les Syriens refusaient également la présence des forces de l’ONU sur son territoire. Suite à de longues discussions et des fortes pressions américaines et soviétiques, Damas accepta une force d’observation des Nations-Unis (F.O.D.N.U).
Cet accord de désengagement signé à Genève en 1974 ne constituait pas un accord de paix mais il représentait une première étape vers une normalisation.
Durant cinq décennies, la famille Assad dirigea la Syrie d’une main de fer. Hafez al Assad avait envahi le Liban en soutenant le Hezbollah et ses actes terroristes. L’occident et la France en particulier laissa faire dans le désarroi total.
Les crimes souillés de sang perpétrés par la famille Assad datent depuis 1982. Hafez al Assad est responsable de la mort de plusieurs milliers de personnes, dont des centaines d’enfants innocents, lors d’un massacre sans précédent par sa brutalité et son horreur dans la ville de Hama. Son fils, Bachar, a poursuivi la barbarie, la sauvagerie et l’utilisation d’armes chimiques durant toute la guerre civile déclenchée lors du Printemps arabe.
Le 6 septembre 2007, l’aviation israélienne détruit un site nucléaire syrien construit avec l’aide de la Corée du Nord et l’Iran.
Après avoir déclenché en 2011 une guerre civile qui a fait plus de 500 000 morts et provoqué l’exode de millions de réfugiés, le boucher de Damas est réhabilité et regagne sa place parmi les nations arabes.
Le 24 juin 2019 avec les conseillers à la sécurité nationale des Etats-Unis et de la Russie, Israël avait proposé un plan de paix qui appellerait un retrait de toutes les forces étrangères de Syrie, une aide financière pour la restauration du pays, et des élections présidentielles. Dans le cadre des tractations avec les Etats arabes, Nétanyahou pensait que ce plan pourrait chasser l’Iran du plateau du Golan et mettrait un terme à la guerre civile.
Ce n’est pas la première fois qu’Israël tente en vain de négocier un accord de paix avec la Syrie. Rappelons brièvement, les nombreuses navettes d’Henry Kissinger, Warren Christopher et James Baker à Damas. Les propositions à Hafez el Assad de Benjamin Nétanyahou en 1996, les négociations d’Ehoud Barak en 2000 et Ehoud Olmert en 2008, ainsi que la fameuse rencontre à Genève du président Bill Clinton avec Assad. En octobre 1991, lors de la Conférence de paix de Madrid, des délégations israéliennes étaient présentes pour la première fois pour négocier la normalisation entre les deux pays voisins.
Suite à la chute de Bachar al-Assad, précipitée par la défaite du Hezbollah, l’armée israélienne a étendu ses positions sur les hauteurs du Golan et au sud pour justement éviter que le nouveau pouvoir islamiste lance des attentats terroristes contre les villages israéliens et ne s’attaquera pas aux minorités, aux druzes en particulier.
En avril 2025, le président syrien Ahmad el-Charre adresse une lettre à son homologue américain Donald Trump dans laquelle il se déclare ouvert à normaliser ses relations avec Israël sous certaines conditions, déclarant qu’il ne permettrait pas que la Syrie devienne une source de menace pour l’État juif. La rencontre du président américain avec le nouveau maître de la Syrie à Ryad a accéléré la normalisation. Des rencontres entre des représentants israéliens et syriens ont eu lieu en Azerbaïdjan, en Europe et notamment à Paris.
Ces pourparlers se poursuivront dans les semaines à venir. Ils comprennent une reconnaissance mutuelle de la souveraineté d’Israël et de la Syrie mais surtout des garanties sécuritaires qui préserve la présence de Tsahal sur les hauteurs du Golan et le mont Hermon.
Après la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan signé le 25 mars 2019 par le président Trump, un retrait du Golan n’est plus envisageable.
Bien entendu, la perspective de voir Damas établir des relations diplomatiques complètes avec Jérusalem est semé d’obstacles et semble encore lointaine. De ce fait, nous devrions être vigilants et très prudents dans les négociations tout en étant pragmatiques pour garantir enfin notre sécurité absolue dans le nord du pays.
