Les Arabes et les élections municipales à Jérusalem

Le 30 octobre 2018 auront lieu les élections municipales à travers tout le pays mais les projecteurs sont surtout braqués sur la capitale, Jérusalem.

A chaque échéance électorale, la question de la participation des résidents palestiniens de Jérusalem-Est, suscite un intérêt général mais provoque aussi des menaces et des pressions sur les candidats et les résidents de la part des Islamistes et nationalistes du Hamas et du Fatah.

Au fil des ans, de nombreux Palestiniens de Jérusalem-Est cherchent à prendre part aux activités municipales pour pouvoir exercer une influence et orienter les budgets vers les services et les infrastructures des quartiers arabes.

Des circulaires ont été adressées aux résidents arabes de la ville, avertissant que « quiconque prend part aux élections est considéré comme collaborateur des occupants sionistes et traître à la cause et à toutes les valeurs palestiniennes ». Ce texte a été publié dans divers médias arabes appelant les habitants de Jérusalem à boycotter ces élections. Il a été traduit pour la première fois en anglais sur la page Facebook du View from East Jerusalem, sous le titre « Les forces nationalistes islamiques de al-Qods, capitale occupée ».

La diffusion des circulaires a été précédée par une fatwa, un avis juridique religieux du Mufti de Jérusalem, Cheikh Muhammad Hussein. Il précise que chaque palestinien qui participera aux élections sera considéré comme « collaborateur, traître, ayant quitté définitivement la nation arabe, la patrie de Palestine et la religion islamique. »

Ramadan Dabache, favorable au vote des Arabes (capture d’écran Arutz 7)

Le Comité exécutif de l’OLP a adopté la même position, avertissant la population de Jérusalem-Est de ne pas s’approcher des bureaux de vote. Le comité, dirigé par Mahmoud Abbas, a averti que « participer aux élections pourrait signifier une reconnaissance defacto du pouvoir israélien et de sa souveraineté sur Jérusalem ».

Dans ce contexte ambigu, comment Israël pourrait créer un sentiment de sécurité qui permettrait aux habitants de Jérusalem-Est de participer sans contrainte aux élections ?

A chaque échéance électorale nous constatons le même scénario. Quelques semaines avant les nouvelles élections municipales, la campagne à Jérusalem est en effervescence. Des organisations terroristes exercent des pressions quotidiennes sur les habitants de l’Est de la ville pour qu’ils restent bien loin des bureaux de vote. Le boycott des élections municipales à Jérusalem devrait être presque total comme par le passé.

Pourtant, malgré les tensions croissantes et les tentatives de terroriser la population, Ramadan Dabache, président administratif de la commune de Tsur Baher, située au nord-est de Jérusalem, vient d’annoncer son intention de poser sa candidature au Conseil municipal dans le cadre du mouvement « Jérusalem pour les habitants de Jérusalem. »

Dabache a également déclaré qu’il avait l’intention de collaborer avec l’entrepreneur palestinien Aziz Abu Sarah et l’activiste juif de Gauche Gershon Baskin.

Cette initiative pour créer une liste judéo-arabe a apparemment échoué car Baskin ne fait plus partie de cette liste. Des sondages ont révélé qu’une liste commune avec les Arabes apporterait peut-être quelques centaines de votes juifs, mais perdrait des milliers d’électeurs arabes s’opposant à toute collaboration avec la Gauche israélienne dans le cadre électoral. De ce fait, la liste de Dabache ne comprend actuellement que des candidats arabes.

L’objectif principal de ce mouvement est d’exercer une influence par le biais de la représentation municipale sur l’allocation des ressources et des budgets municipaux dans les infrastructures et les services de la ville.

Dabache semble indifférent aux avis juridiques et religieux du Mufti, et aux menaces de ses opposants. Il a précisé qu’il s’opposait au partage de Jérusalem et pensait qu’un honnête référendum révèlerait que l’écrasante majorité des Arabes de Jérusalem-Est vote pour le statu quo. Ils souhaitent continuer à vivre dans une ville unifiée, même si cela implique de reconnaître la partie occidentale et l’orientale comme la capitale de l’Etat d’Israël.

Dans un long entretien avec l’auteur de cet article il critiqua sévèrement les dirigeants palestiniens pour leur immobilisme et leur laisser aller. « Suis-je vraiment un traître ? », demande-t-il avec amertume. « Comment me qualifier de traître quand eux-mêmes trahissent quotidiennement notre cause. Ces élections concernent notre train de vie dans cette ville, il ne s’agit que de problèmes municipaux. Durant ces cinquante et une année nous vivons sans père ni mère. Durant plus d’un demi-siècle, le Hamas et l’OLP se sont comportés comme des spectateurs latéraux. Aucune aide dans la Construction, ou dans l’Education, aucun projet ou soutien dans les domaines municipaux. »

Dabache nous explique que « l’Islam est une religion qui prône le bien-être de chacun. Le Mufti a donc tort quand il nous qualifie de traîtres. Nous voulons donner aux habitants de Jérusalem-Est une chance de vivre comme des êtres humains. Je veux avoir de l’influence de l’intérieur, à la source, pour allouer plus de ressources aux résidents arabes. »

Les Arabes représentent 31% des électeurs à Jérusalem

Environ 630 000 habitants de Jérusalem ont le droit de voter à ces élections. Quelque 200 000 d’entre eux, soit 31%, sont des résidents arabes (ils constituent 41% de tous les habitants de Jérusalem, mais une grande partie sont des enfants et des adolescents trop jeunes pour voter). Lors des élections municipales de 2013, seulement 1% d’entre eux est venu voter. Dabache estime qu’au moins 40% d’entre eux souhaitent aller aux urnes mais craignent à leur vie. Cela s’est déjà passé lors des précédentes campagnes électorales. 48 heures avant le jour J, le Hamas avait menacé d’assassiner chaque personne qui allait voter. Pour Dabache, il est impératif de ne pas être intimidé par ces menaces. Il nous dit franchement : « Je n’ai pas peur. Nous ne pouvons plus accepter le boycott et les menaces de mort. Il faut avoir le courage de se lever et d’aller voter, la tête haute. »

David Koren, conseiller aux Affaires arabes auprès du maire de Jérusalem, a déclaré récemment dans un entretien publié dans Israël Hayom : « il est clair que le nombre de votants au sein des Arabes de Jérusalem-Est sera plus élevé que par le passé, surtout dans les quartiers de Wadi Joz, Beit Safafa ou Tsur Baher, mais pas assez pour dépasser le seuil de base et pouvoir participer au Conseil municipal. Les habitants de Jérusalem-Est sont toujours menacés et intimidés par la terreur et le nationalisme des extrémistes. L’Autorité Palestinienne leur colle toujours des étiquettes d’« agents sionistes » et de « collabos » et cela a un effet dissuasif. »

Koren a tout de même le sentiment que le nombre de personnes ayant le courage de voter augmente chaque jour. « Vous entendrez également, dans des conversations privées et à huis clos, qu’ils préfèrent continuer à vivre dans une ville sous souveraineté israélienne mais égalitaire. Ce qu’ils ne diront jamais à l’extérieur, en public. Je ne suis pas convaincu que le grand public soit suffisamment mûr pour comprendre tous les enjeux. De ce fait, il est clair que du point de vue sécuritaire, la police et les services de sécurité doivent apporter à la population de Jérusalem-Est l’assurance d’être protégée. Je suis convaincu que les policiers sont complètement conscients du problème. »

A la question de savoir si la population juive a des raisons de craindre une représentation arabe au sein du Conseil municipal, Koren répond sans ambigüité : « dans une ville unifiée, le processus d’« israélisation » fera qu’une majorité des Arabes de Jérusalem-Est participeront un jour à la politique israélienne et de la municipalité. »

En janvier 2018, une enquête de grande envergure menée par un Institut de sondage palestinien a révélé que 60% des personnes interrogées parmi les Arabes pensaient qu’il était temps de participer aux élections municipales (ce sondage a été commandé par l’Université hébraïque pour connaître la réaction des Arabes suite à la décision du Président Trump de reconnaître Jérusalem, capitale de l’Etat d’Israël).

Les résultats de cette enquête ne sont pas une surprise. Ils ont à nouveau confirmé les tendances de l’islamisation et de la radicalisation religieuse au sein de la société arabe de Jérusalem-Est, mais aussi le processus latent d’« israélisation »qui gagne également du terrain.

Les chiffres ont montré aussi la force de la réalité sur le terrain qui dicte aux Juifs et aux Arabes un train de vie quotidien après 50 ans passés ensemble dans une seule ville sans barrières.

Aujourd’hui, de nombreux membres de la communauté arabe recherchent la parité des services et des infrastructures entre l’Est et l’Ouest de la ville et à obtenir une influence sur les décisions du Conseil municipal. Les résultats de l’enquête révèlent que cet intérêt est plus fort que le récit national palestinien à propos de l’avenir de Jérusalem.

Le Fatah comme le Hamas, chacun à sa manière, considère toute coopération avec Israël – et particulièrement à Jérusalem – comme une « trahison » du « but suprême » à savoir que « Jérusalem est la capitale de l’Etat palestinien ».

Apparemment une partie considérable des habitants de Jérusalem-Est est prête à mettre au vestiaire cet «objectif suprême» de la direction palestinienne. Ils souhaitent faire la distinction entre l’arène locale et municipale et les objectifs nationaux palestiniens, qui pour le moment semblent utopiques et irréalisables.

Et pourtant, à la veille de ces élections, le climat demeure tendu dans la rue est une lourde atmosphère de peur plane sur la partie Est de la ville.

A ce jour, il est difficile de savoir comment les habitants vont se conduire le jour du scrutin. Iront-ils cette fois-ci sans crainte vers les bureaux de vote ? Cela dépendra également des activités des services sécuritaires israéliens et de leur capacité à donner aux habitants de Jérusalem-Est un sentiment de sécurité. Il est aussi important de pouvoir bien disperser les urnes. Lors des élections précédentes, 13 bureaux de vote seulement étaient prévus dans la partie orientale de la ville, ce qui compliquait la tâche de plusieurs résidents qui souhaitaient voter.

Lors des précédentes campagnes électorales municipales, les organisations terroristes ont torpillé toute participation significative des Arabes, à l’exception des élections de 1969. Au fil des ans, le nombre minuscule de votants prouve que le message national palestinien a été transmis aux habitants par la terreur.

Israël, pour sa part, n’a pas réussi à créer un sentiment de sécurité qui aurait permis à davantage d’habitants de Jérusalem-Est de participer aux élections. On se souvient toujours des menaces de mort à l’encontre de chaque personnalité arabe qui avait voulu présenter sa candidature à la mairie. Par exemple, l’incendie des deux voitures de Hanna Siniora, ancienne rédactrice en chef du journal Al-Fajir qui souhaitait se porter candidate au conseil municipal. A Beit Safafa et Tsur Baher de nombreuses voitures ont connu un sort similaire.

Le 30 octobre prochain, nous connaîtrons les résultats mais, d’ores et déjà, il est clair que la carte électorale dans la partie orientale de la ville ne changera guère. Seule une protection efficace des candidats et des résidents voulant voter, et des assurances contre les menaces des groupes terroristes, pourront changer la donne, et ce, malgré le fait que les sentiments de sécurité sont beaucoup plus difficiles à transmettre.

Nadav Shragai

 


Pour citer cet article :

Nadav Shragai, « Les Arabes et les élections municipales à Jérusalem », Le CAPE de Jérusalem, publié le 24 août 2018 : http://jcpa-lecape.org/les-arabes-et-les-elections-municipales-a-jerusalem/

Illustration : Une Palestinienne votant aux élections israéliennes (photo AFP/Ahmad Gharabli)

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