Le destin des Kurdes, la révolte syrienne et Israël

wikipedia-jacquesDevant la désintégration accélérée du régime d’Assad, l’opposition syrienne a indiqué que plusieurs villes kurdes et notamment  Amouda et Qabani situées au nord-est du pays, sont passées ces-jours ci sous le contrôle d’un groupe nommé “armée libre kurde”. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire moderne des Kurdes,  un  noyau d’une enclave exclusivement contrôlée par les Kurdes est formée dans la bordure des zones habitées en majorité par des Kurdes de Turquie. Après avoir été  à l’écart de la révolte, des groupes politiques de la minorité kurde de Syrie installés dans la région nord du pays  semblent  désormais agir fermement pour revendiquer le contrôle des villes peuplées par les Kurdes.

 “L’armée libre kurde” est issue du Parti démocratique de l’Union (PYD) ayant des liens historiques avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan à savoir le PKK, considéré par la Turquie ainsi que par les Etats Unis comme une organisation terroriste luttant contre le gouvernement turc pour l’obtention d’une autonomie. Ces derniers  concentrent actuellement leurs efforts pour obtenir le contrôle de Qamishli, la plus grande des villes kurdes de Syrie. Ils avaient déjà conquis la ville d’Aïn al-Arab en hissant le drapeau kurde.

Rappelons que les Turcs mènent depuis des décennies un combat acharné contre le PKK et suivent la crise syrienne avec une préoccupation croissante. Pour Ankara, il s’agit d’une menace réelle et le Premier ministre,  Tayyip Erdogan, a clairement fait savoir que la Turquie ne tolèrera pas une “présence terroriste au nord de la Syrie”.

Les observateurs kurdes  font remarquer que la géopolitique au Moyen- Orient est actuellement remodelée et l’émergence d’un “Grand Kurdistan” n’est plus désormais une utopie.

Le moment est donc propice et pose en effet d’énormes défis pour tous les Etats accueillant des populations  kurdes importantes: la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran. Le Kurdistan est au croisé des chemins et un pont charnière aux différents conflits de cette partie de la région. Il forme un itinéraire terrestre du Kurdistan irakien pour les Kurdes syriens souhaitant une plus grande autonomie. Cependant, tout dépendra du pouvoir qui dominera la zone des trois frontières avec l’Irak, la Syrie et la Turquie. Cette zone pourrait également devenir pour l’Iran un couloir pour l’acheminement d’armes et de munitions au Hezbollah.

Rappelons quelques vérités historiques pour mieux comprendre les enjeux géopolitiques de la région et en particulier leurs influences sur Israël.

Les Kurdes sont un peuple d’origine indo-européenne de la branche iranienne. Ils vivent en majorité dans une région connue sous le nom de Kurdistan qui comprend des parties adjacentes de l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie. Les Kurdes représentent 7% de la population en Iran, 15-20% en Irak, environ  9% en Syrie et 20% en Turquie. Dans tous ces pays à l’exception de l’Iran, les Kurdes forment le deuxième  groupe ethnique. Environ 55% des Kurdes dans le monde vivent en Turquie,  18%  en Iran et en Irak et un peu plus de 5% en Syrie.

Le nombre des Kurdes vivant dans la région est estimé à 26-34 millions, dont un ou deux millions en diaspora. Les Kurdes forment le quatrième  groupe ethnique du Moyen-Orient après les Arabes, les Perses et les Turcs.

 En ce qui nous concerne directement, rappelons que le dirigeant kurde, Massoud Barzani a déclaré en 2005 que “l’établissement de relations entre les Kurdes et Israël n’est pas un crime puisque de nombreux pays arabes ont des liens avec l’Etat juif”.

Selon Eliezer Tsafrir, expert de la question et ancien du Mossad, dans les années  1963-1975, des conseillers militaires israéliens, installés dans le QG du célèbre chef kurde, Mustafa Barzani, avaient formé et entrainé les unités kurdes et leur ont fourni toutes sortes d’armes légères et des munitions. Selon un ancien directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, cela faisait partie d’une stratégie de recherche d’alliances avec d’autres nations non-arabes de la région. Les sentiments pro-kurdes ont été également renforcés par l’assistance fournie aux Kurdes dans les années 50, au moment de la vague d’immigration des Juifs fuyant l’Irak vers Israël.

Les relations clandestines avec les Kurdes ont été officiellement reconnues en 1980 par le Premier ministre Menahem Begin. Il a confirmé qu’Israël avait envoyé non seulement une aide humanitaire mais également des conseillers et des armes.

Au cours de la première guerre du Golfe, les organisations juives à travers le monde ont lancé une campagne de lobbying afin d’aider les Kurdes irakiens et d’arrêter leurs persécutions par Saddam Hussein.

Le Premier ministre Yitzhak Shamir, avait demandé au secrétaire d’Etat américain James Baker de défendre les Kurdes.

Plus tard, le Premier ministre israélien Ariel Sharon et un chef kurde  ont publiquement confirmé les bonnes relations d’Israël avec le Kurdistan irakien.

Selon la presse locale, des sociétés israéliennes ont aidé les Kurdes dans le nord de l’Irak pour former des unités d’élite antiterroristes et  pour leur fournir des équipements de communication de pointe.

Au fil des ans, les Etats Unis et Israël ont été réticents à soutenir toute manifestation d’indépendance kurde par crainte d’heurter le gouvernement turc. Mais aujourd’hui, avec la désintégration politique de l’Etat irakien, la révolte syrienne, et la possibilité d’une action internationale concertée contre les installations nucléaires de l’Iran, le dossier du Kurdistan devient urgent.  Bien évidemment, Israël n’a aucun intérêt à intervenir dans les affaires intérieures des Etats et dans un processus de désintégration politique et de fragmentation nationale dans un Moyen-Orient en ébullition. Toutefois, au moment où nous observons la montée de nouveaux mouvements et groupes cherchant une expression politique, cela pourrait être une erreur  de confiner nos contacts diplomatiques exclusivement aux Etats nations, uniquement avec tous ceux qui perdent leur légitimité de représenter les peuples du Moyen-Orient d’aujourd’hui.

* Voir l’intégralité de l’article et ses références dans le site anglais du JCPA-CAPE

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