40 ans après, vers la fin du régime des Ayatollahs ? 

La République islamique iranienne va bientôt célébrer son quarantième anniversaire, mais le cœur est loin d’être à la fête.

L’année 2019 s’annonce d’ores et déjà cruciale pour le régime des Ayatollahs.

Les manifestations de rue, la rage et la colère de la population contre la vie chère, les violations des droits de l’Homme, l’oppression, ainsi que les interventions militaires en Syrie et au Yémen, démontrent une désapprobation et un mécontentement sans précédent.   

Parmi les critiques les plus virulentes du régime islamiste figurent l’ancien président, Mahmoud Ahmadinejad, et Reza Pahlavi, le fils du Shah, qui intensifie ses activités aux États-Unis pour mettre fin au règne des Ayatollahs.

Un profond sentiment plane dans la population sur un renversement probable du gouvernement et, pour la première fois, les dirigeants iraniens, eux-mêmes, évoquent ouvertement cette possibilité.

Le 12 décembre 2018, l’ayatollah Ali Khamenei, chef suprême du régime, a lancé un appel pressant à tous les ministères et aux institutions gouvernementales pour être plus que jamais vigilants. Le Guide suprême parle des « intentions des ennemis de l’Iran de mettre un terme au pouvoir actuel durant l’année du quarantième anniversaire. »

Khamenei a avoué que le dernier été 2018 était « vraiment chaud » pour le régime iranien et qu’il est actuellement confronté à une nouvelle situation sans précédent, face aux Etats ennemis voisins, et aux tentatives de complot de l’opposition à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le chef des services de Renseignement a exprimé sa surprise de voir que même des pays amis de l’Iran soutiennent et arment des “groupes terroristes” et les entraînent pour attaquer des objectifs iraniens.

Selon lui, au cours de la seule année écoulée, les groupes d’opposition iraniens ont organisé 64 conférences dans le monde entier dans le but de rassembler le maximum d’opposants au régime et de coordonner les activités en cours.

Le prince Reza Pahlavi, 57 ans, est sans doute l’un des principaux militants politiques contre le régime des Ayatollahs depuis la chute de son père, le Shah Mohammed Reza Pahlavi, en 1978. Diplômé des meilleures universités américaines, le prince Reza parle couramment le français et l’anglais, ainsi que le farsi, sa langue maternelle.

Il intensifie ces jours-ci ses activités aux États-Unis et attire de plus en plus l’attention de presse américaine et internationale. Ses partisans et ses fans du monde entier ont créé une nouvelle association, un groupe nommé Farashgard, dont le but est de consolider tous les efforts contre le régime actuel.

Depuis le déclenchement des protestations et des émeutes, des milliers de jeunes, dans une centaine de villes iraniennes, ont appelé à un soutien au retour du prince et la dynastie Pahlavi. Rappelons que le corps du fondateur de la dynastie, Reza Shah, a été momifié mais recaché dans un lieu secret pour éviter qu’il devienne un lieu saint de pèlerinage pour ses nombreux partisans au sein de la jeunesse iranienne.

Un article paru le 12 décembre 2018 sur le site américain, Politico, évoquait justement la popularité croissante du prince héritier Reza Pahlavi parmi les millions de jeunes iraniens.

Politico a révélé que le président Trump avait même envisagé l’année dernière de saluer le Nouvel An persan en compagnie du prince héritier Reza Pahlavi, mais la Maison Blanche en a finalement décidé autrement.

Dans un discours devant un auditoire américain qui comprenait des journalistes de l’Institut Washington qui traite de la politique au Proche-Orient, Reza Pahlavi a appelé l’Occident à confisquer tous les biens appartenant au régime iranien à travers le monde afin que les forces de l’opposition démocratique iraniennes puissent utiliser les fonds pour renforcer la résistance en Iran. Il a aussi suggéré que cet argent serve à soutenir financièrement les milliers de travailleurs iraniens actuellement en grève ou au chômage dans son pays natal.

La dernière apparition du prince Reza Pahlavi a eu un grand retentissement dans la presse américaine et internationale, mais a aussi suscité des réactions particulièrement sévères de la part du régime iranien.

Un portrait de l’Ayatollah Khamenei brûlé lors des émeutes de janvier 2018 (Twitter)

Selon Ahmadinejad, les dirigeants du régime sont devenus les personnalités les plus détestées du peuple iranien, à tel point que ces derniers temps, aucun d’entre eux n’osait se présenter dans un lieu public. L’ancien président tient un langage populaire et simple, et a retrouvé la sympathie de la population. Dans ses discours, il fait référence à l’aggravation de la situation économique, et souligne que le peuple iranien est « vraiment affamé » alors que les dirigeants du régime actuel détruisent tous les biens du pays et humilient tous les bons citoyens, bien que l’Iran soit l’un des pays les plus riches du monde.

Les propos très sévères de Mahmoud Ahmadinejad sont sans doute à l’origine des émeutes qui ont envahi l’Iran en décembre 2017 et janvier 2018. Les multiples arrestations et les lourdes condamnations prononcées par les tribunaux contre ses partisans et collaborateurs n’ont pas réussi à éteindre la flamme des critiques, bien au contraire elle s’est même intensifiée.

Ahmadinejad a ignoré les menaces de hauts responsables du système judiciaire. Il est chaleureusement accueilli par des milliers d’Iraniens dans toutes les villes et villages qu’il visite. Nombreux se sentent opprimés par les pressions économiques, en particulier depuis la réimposition des sanctions américaines. Ils se rassemblent autour de lui, lui manifestent leur soutien et l’encouragent à critiquer sévèrement le gouvernement.

L’ancien président a récemment appelé le président Rohani à démissionner et à « rentrer chez lui » avant que le bilan de son inefficacité ne soit plus lourd.

Cependant, ce ne sont pas seulement Ahmadinejad ou le prince Reza Pahlavi qui expriment leur certitude que la fin du régime approche. Les partisans les plus forts du régime craignent également que le peuple iranien manifeste déjà son sentiment de haine envers les dirigeants du régime en public. Mohsen Qhara’ati, haut responsable religieux et proche des Ayatollahs depuis plusieurs décennies, a récemment déclaré que le gouvernement devait accepter le fait que le pays avait changé et qu’il ne le soutenait plus.

Tout cela s’est passé alors que le président Rohani avait du mal à présenter une proposition de budget pour l’année à venir et que, pour la première fois, les dirigeants suprêmes du régime sont intervenus dans la composition du budget. L’Ayatollah Khamenei a appelé le gouvernement à se serrer fort la ceinture pour affronter les nouvelles menaces économiques et relever les défis malgré le rétablissement des sanctions américaines. De ce fait, le budget 2019 devra réduire de plus de 10% les dépenses consacrées à l’armée, à la Garde révolutionnaire et aux autres forces de sécurité.

Des milliers de travailleurs iraniens confrontés personnellement à la détérioration de la situation économique ont organisé de nombreuses manifestations qui se sont tenues pour la plupart dans la province pétrolière du Khouzestan. Les salaires sont impayés et une partie des travailleurs ont été mis à l’arrêt.

En novembre 2018, l’Iran n’a exporté que 870 000 barils de pétrole par jour, ce qui représente une chute de plus de 50% par rapport à l’année précédente.

En décembre 2018, l’industrie automobile iranienne a confirmé que le nombre de véhicules neufs fabriqués dans le pays avait chuté de 57,4% par rapport à l’année précédente. En outre, le secteur iranien des pièces de rechange automobiles a annoncé que depuis l’activation des sanctions américaines, 37% de ses employés, soit des dizaines de milliers de travailleurs, ont dû être licenciés en raison des nombreuses difficultés auxquelles les usines sont confrontées. La presse iranienne a souligné que 400 000 autres travailleurs des industries iraniennes pourraient perdre leur emploi dans un avenir proche.

De hauts responsables iraniens ont confirmé que 20% de la classe moyenne vit sous le seuil de pauvreté et qu’elle avait perdu 50% de ses revenus au cours de l’année 2018. Non seulement les prix du logement ont augmenté de 90%, mais les prix des produits alimentaires de base ont aussi augmenté de 60% au cours de ces derniers mois. Cependant, selon les prévisions des économistes iraniens et des experts internationaux, l’année 2019 s’annonce encore plus difficile pour le peuple iranien comme pour le régime islamique.

JCPA-CAPE de Jérusalem

 


Pour citer cet article 

JCPA-CAPE de Jérusalem, « 40 ans après, vers la fin du régime des Ayatollahs ? », Le CAPE de Jérusalem, publié le 23 décembre 2018: http://jcpa-lecape.org/40-ans-apres-vers-la-fin-du-regime-des-ayatollahs/


Illustration de couverture : L’Ayatollah Khamenei et les ayatollahs iraniens.

NB : Sauf mention spéciale, toutes nos illustrations sont libres de droit.

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