Les menaces des Palestiniens et l’effondrement éventuel de l’Autorité à Ramallah

Introduction – Freddy Eytan

Mahmoud Abbas alerte le monde entier contre la mise en œuvre du plan israélien d’application de la « souveraineté sur des pans de la Cisjordanie ». Lors de ses discours, il souligne que cette « annexion » éliminerait toute chance de parvenir à la paix et conduirait la région au chaos et à la violence.

Mahmoud Abbas

Mahmoud Abbas salue particulièrement la position du président turc Recep Tayyip Erdogan qui rejette le “plan d’annexion” comme une violation des résolutions de la loi internationale. Bien entendu, il ignore expressément que les Turcs occupent par la force depuis 1974 la moitié de l’Ile de Chypre, sans parler de ses dernières interventions militaires en Syrie et en Libye.

Le 26 juillet 2020, lors d’une conversation téléphonique avec Erdogan, Mahmoud Abbas lui a demandé de poursuivre ses efforts avec les organisations internationales et les chancelleries pour « arrêter la mise en œuvre du plan d’annexion israélien, ainsi que toutes les violations israéliennes contre les Palestiniens et leurs droits. »

Par ailleurs, il a souligné avec satisfaction que les mouvements du Fatah et du Hamas tentent d’unifier leur position pour faire face aux “menaces israéliennes. » Rappelons que Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, est toujours persona non grata à Gaza.

En réalité, les leaders palestiniens sont frustrés et ne savent vraiment pas quelle est la marche à suivre suite aux intentions israéliennes d’appliquer la « souveraineté sur certaines parties des territoires de Judée et de Samarie (Cisjordanie). Le trouble au sein des leaders palestiniens pourrait donc conduire à prendre des mesures irréfléchies et extrêmes.

Cette « annexion », selon-eux, empêcherait l’Autorité palestinienne de fonctionner convenablement, et elle risque même de s’effondrer. 

S’agit-il vraiment de menaces concrètes ? L’Autorité palestinienne est-elle capable de pouvoir assumer ses responsabilités ? Que gagnera-t-elle de l’effondrement de ses institutions ?

L’étude du Général de brigade (res) Yossi Kupervasser publiée par le JCPA- CAPE examine cette menace sur tous les plans notamment dans les domaines : sécuritaires, administratifs, et économiques.

Mahmoud Abbas

Les principaux points de l’étude :

  • L’existence de l’Autorité palestinienne est sans doute la réalisation la plus significative du mouvement national palestinien.
  • L’effondrement de l’Autorité palestinienne pourrait conduire à une prise de contrôle de la Cisjordanie par le Hamas.
  • La désintégration de l’Autorité palestinienne cesserait le versement des salaires aux responsables et fonctionnaires.
  • L’Autorité palestinienne aura du mal à poursuivre son combat contre Israël. Elle ne possèdera ni outils et ni moyens pour pouvoir contrôler le territoire.
  • Même si l’Autorité palestinienne prendrait de mesures extrêmes, il n’est pas évident qu’elle se désintégrera totalement. 
  • Dans ce cas, il existera donc une période de transition jusqu’au jour où Israël trouvera une autre entité palestinienne pour la simple raison qu’Israël n’a pas l’intention de diriger les Palestiniens.
  • L’Autorité palestinienne estime que les menaces et les pressions conduiront Israël à reconsidérer ses intentions.
  • Certains leaders palestiniens pensent que le tribut est trop lourd. Le prix sera très élevé et il est injuste de mettre la lutte nationale en priorité.
  • Les pragmatiques privilégient le bien être des palestiniens. C’est ainsi que certains hommes d’affaires sont favorables aux projets économiques du « Plan du siècle » américain.
  • Le démantèlement de l’Autorité palestinienne ou la cessation de son activité signalera la perte du combat palestinien et un échec de la campagne pour convaincre l’opinion publique.
  • Selon eux, l’engagement aux accords d’Oslo, même en les bafouant, serait un moyen efficace de promouvoir les aspirations nationales des Palestiniens.

Alternative A – Israël contrôle l’ensemble du territoire

Israël reprendra tous les pouvoirs sécuritaires et civils de l’Autorité palestinienne. Il devra faire face, au moins dans une première phase, aux attaques terroristes, manifestations et aux émeutes qui nécessiteront une concentration importante de troupes. Dans le même temps, Tsahal devra activer une administration civile pour effectuer des tâches et des missions de la fonction publique. Soulignons que les dépenses financières qu’Israël devrait payer pour fournir des services civils aux Palestiniens ne sont pas si importantes comme certains le pensent. Toutefois, dans les premiers mois, le fardeau sécuritaire sera sans doute plus lourd et il est difficile de faire des estimations et de savoir comment la situation va-t-elle évoluer.

Alternative B – L’Autorité palestinienne reprend ses fonctions après une certaine période.

Il est probable qu’après un certain temps pendant lequel l’Autorité palestinienne ne fonctionnera pas, elle continuera d’exister et même de maintenir ses mécanismes de sécurité pour empêcher le Hamas de prendre le contrôle du territoire. Des pressions seront exercées sur l’Autorité palestinienne notamment par les Européens et par certains membres du parti démocrate américain, ainsi par des États arabes pragmatiques, pour qu’elle reprenne ses activités. Quel que soit le résultat des élections américaines, l’Autorité palestinienne est susceptible de retrouver ses pleines fonctions. 

 Alternative C – Transfert progressif du contrôle du territoire aux dirigeants palestiniens locaux.

Dans un premier temps, une collaboration israélienne avec les élus locaux et maires sera nécessaire pour améliorer la qualité de vie de leur population. Cette coopération pourra s’étendre avec les commerçants, les hommes d’affaires et les dirigeants syndicaux, dont nombreux sont en faveur de ce concept. 

Alternative D – Différents acteurs de l’AP assumeront des pouvoirs dans la lutte pour la succession d’Abbas.

Le départ de Mahmoud Abbas de la scène palestinienne entraînera probablement le démantèlement de l’AP et pourrait accélérer la lutte de succession.

Alternative E – Le Hamas tente de s’emparer de la Cisjordanie

Ce scénario ne doit pas être ignoré. Malgré les efforts conjoints de l’Autorité palestinienne et d’Israël pour restreindre ses activités, le Hamas dispose toujours des infrastructures politiques et opérationnelles et d’un large soutien public dans les territoires. Dans ce cas, il est possible que l’Autorité palestinienne revienne sur sa décision de dissoudre ses institutions et demandera l’aide d’Israël pour rétablir le statu quo.

Conclusion

Tout en poursuivant la situation actuelle Israël pourra étudier les autres alternatives. Certaines options présentent une véritable alternance qui pourrait émerger, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Autorité palestinienne. Cela pourrait conduire à une vision différente des relations israélo-palestiniennes et de créer de nouvelles opportunités. 

Dans tous les cas, Israël ne peut suivre une politique cohérente en fonction des caprices et des menaces de l’Autorité palestinienne. D’autant plus que l’Autorité actuelle dirigée par Mahmoud Abbas adhère au récit palestinien qui appelle en réalité à la fin du sionisme et nie tout accord reconnaissant Israël comme l’État-nation du peuple juif. Cette autorité encourage le terrorisme en versant des salaires aux auteurs d’attentats et à leurs familles, incite à la haine contre Israël tant au niveau national que sur la scène arabe et internationale. 

Enfin, Il est clair aussi dans ce contexte qu’aucun Palestinien n’acceptera une décision unilatérale israélienne de modifier le statut juridique de n’importe quelle partie du territoire de la Judée et de la Samarie.