Trump face à l’accord sur le nucléaire avec les Ayatollahs

Au cours de sa campagne électorale, Donald Trump a affirmé que, dès son installation à la Maison Blanche, il réviserait l’accord sur le nucléaire signé entre les pays Occidentaux et l’Iran. Il avait qualifié la signature à Vienne de « désastreuse » et « horrible ». Son vice-président élu, Mike Pence, avait même appelé à déchirer cet accord pour le jeter dans la poubelle de l’Histoire.

Depuis, le président Trump n’a toujours pas abordé la question sérieusement, et beaucoup pensent qu’il pourra changer sa position.

Un dicton célèbre en Israël nous dit dans ces circonstances « le jour où vous êtes aux commandes, vous voyez différemment et d’une autre optique les affaires de l’Etat. Elles vous paraissent autrement que lors des campagnes électorales ».

Dans ce contexte le président Donald Trump devrait donc choisir l’une de ces trois options :

1. Ne pas toucher à l’accord, mais intensifier les efforts technologiques et diplomatiques, ainsi que ceux des services du Renseignement, pour vérifier que l’Iran ne dissimule pas et ne triche pas dans ses engagements

Ceux qui soutiennent cette option pensent que cet accord est le meilleur accord signé à ce jour. Certains croient sincèrement que l’accord de Vienne empêchera l’Iran de produire des armes nucléaires dans le temps et dans l’espace. De leur point de vue, la révision de l’accord créerait de nouvelles frictions internationales inutiles après tant d’efforts ayant abouti à une entente internationale avec les États-Unis, et au moment où les Européens, les Russes et les Chinois approfondissent leurs liens économiques avec l’Iran. D’autre part, ceux qui soutiennent une surveillance musclée pourront révéler des violations iraniennes, et ainsi justifier le renouvellement des sanctions, sans que les Etats-Unis ne modifient pour autant l’accord signé à Vienne.

2. Ne pas toucher l’accord, mais ajouter des clauses et des annexes qui concernent d’autres questions préoccupantes

L’objectif est d’entraver les efforts de l’Iran à développer des missiles à longue portée, et à limiter ses capacités d’étendre son influence hégémonique dans la région. Ajouter aussi une clause afin de pouvoir imposer des sanctions supplémentaires concernant les actes terroristes que l’Iran sponsorise et soutient, ainsi ajouter une clause significative sur les violations des droits de l’Homme dans ce pays. Selon cette option, les Iraniens se trouveront dans l’obligation de freiner leurs activités problématiques. Cela pourrait augmenter les frustrations iraniennes et les Ayatollahs réagiraient avec colère et même seraient capables de violer l’accord nucléaire. Dans ce cas précis, les États-Unis ne porteront plus de responsabilité directe à l’annulation éventuelle de l’accord.

3. Rediscuter l’accord avec l’Iran

Légalement, il n’existe sur ce point aucun problème majeur parce que l’engagement américain au JCPOA est fondé sur un décret présidentiel. Du point de vue des États-Unis, il ne s’agirait donc plus d’un traité international. Le nouveau président pourrait alors dire que si l’Iran refuse de rouvrir la discussion, Washington serait apte à réappliquer des sanctions supplémentaires, dont certaines n’ont jamais été annulées définitivement, mais seulement suspendues par le Congrès pour une période de 10 ans. Dans ce cas, cela signifierait que les Etats-Unis devraient geler leurs liens économiques avec toutes les entreprises ayant des affaires avec l’Iran.

Il va de soi que les entreprises et les banques européennes devraient suivre. Telle mesure pourrait créer un différend avec les Européens, la Russie et la Chine, signataires de l’accord. Elle provoquera des tensions et même une escalade avec l’Iran, qui pourra, lui, renoncer à l’accord et même tenter de produire des armes nucléaires dans un laps de temps plus court que prévu. Une position ferme de la part de la nouvelle administration américaine pourrait sans doute dissuader les Iraniens de ne pas franchir les lignes rouges. À l’heure actuelle, il est clair pour ceux qui sont favorables à l’Iran qu’une évasion nucléaire est presque impossible, celle-ci était plus vulnérable avant la signature de l’accord à Vienne.

 

Dans cette affaire si compliquée et complexe que devrait donc faire le nouveau président élu Donald Trump ?

Apparemment, la meilleure option de son point de vue est d’exiger une renégociation de l’accord. Soulignons une fois encore qu’il faudrait éviter à tout prix et par tous les moyens « une nouvelle Shoah nucléaire ».

Trump est conscient qu’il s’agit bien de la pire affaire jamais négociée avec un Etat voyou, et donc il cherchera à sa manière, et avec son style propre, à renforcer l’accord dans le cadre d’une nouvelle approche de sa politique étrangère en général, et au Moyen-Orient en particulier.

 

Il est regrettable de constater que le président sortant, Barack Obama, n’avait pas manifesté suffisamment la puissance des États-Unis. Il a au contraire traité avec des extrémistes islamiques « pragmatiques » (le chiite iranien Rouhani et les Frères musulmans sunnites) et il les a considérés comme des partenaires privilégiés. Certes, ces acteurs ne cherchaient pas au départ un conflit direct avec l’Occident, mais ils aspirent avec ruse et manipulation, à changer l’ordre mondial au moment voulu et opportun pour eux, et ça Obama l’ignorait.

 

Trump, contrairement à Obama, cherche à renforcer les liens avec les alliés naturels des États-Unis, notamment avec Israël et les Etats arabes pragmatiques comme l’Egypte, l’Arabie Saoudite et la Jordanie. Il veut en effet éviter des frictions inutiles avec la Russie. Il est prêt, cependant, pour défendre les intérêts vitaux américains, à empêcher la nucléarisation de l’Iran et à agir par des actions contraignantes dans la région. Il va ainsi démontrer que les États-Unis sont une véritable superpuissance, selon son propre slogan électoral « faire que l’Amérique soit plus grande encore».

« la pire affaire jamais négociée avec un Etat voyou »

Les dernières nominations à des postes clés au sein de sa nouvelle administration renforcent l’impression qu’il choisira la troisième option, et certainement pas la première.

En ce qui nous concerne, nous devrions attendre la rencontre tant attendue du Premier ministre Benjamin Netanyahou avec le nouveau Président Trump à la Maison Blanche, prévue au mois de février prochain. Nous clarifierons notre position sur toutes les options mais il est évident que la décision de Donald Trump sera prise, avant tout, sur la base des intérêts américains, et non israéliens.

Pendant ce temps, l’Iran tente de tirer le meilleur profit des derniers jours qui restent jusqu’à la fin du mandat d’Obama, le 20 janvier 2017. Téhéran précipite les négociations en cours pour pouvoir signer rapidement des transactions internationales visant à réhabiliter son industrie pétrolière. Sur le terrain, il renforce aussi son aide à l’armée de Bachar el Assad pour une prise de contrôle totale d’Alep, en intensifiant les livraisons d’armes au Hezbollah. Il reste donc à Israël à agir pour contrer toute livraison qui mettrait sa population en danger.

Yossi Kuperwasser

 


Pour citer cet article :

Yossi Kupervasser, « Trump face à l’accord sur le nucléaire avec les Ayatollahs », Le CAPE de Jérusalem : http://jcpa-lecape.org/trump-face-laccord-sur-le-nucleaire-avec-les-ayatollahs/

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