Silence face au prochain génocide?!

Ces jours-ci, les médias consacrent leurs articles et débats à la question du génocide. Ils s’interrogent sur les réactions des chancelleries et de l’opinion internationale face aux crimes contre l’Humanité les plus odieux commis à travers le monde durant ces dernières décennies.

La question est soulevée à l’occasion des cérémonies du centenaire du massacre de masse des Arméniens commis par l’Empire ottoman en 1915 que, jusqu’à ce jour, le gouvernement turc refuse toujours de qualifier de « génocide ». Rappelons que nous avons également commémoré le 40e anniversaire du génocide au Cambodge.

Juste après la Première Guerre mondiale, les puissances alliées avaient décidé dans le cadre du Traité de Sèvres de créer un tribunal international pour juger les massacres des Arméniens par les Turcs. Cependant, ce traité n’a pas été mis en vigueur et le tribunal n’a jamais été formé. De ce fait, des milliers d’Arméniens ont été déportés dans le désert syrien sans qu’aucune autorité internationale ne puisse caractériser et juger les crimes commis contre eux.

En 1941, bien qu’il ait été mis au courant des massacres perpétrés par les nazis dans les territoires qu’ils occupaient en Europe, le Premier ministre britannique Winston Churchill qualifia ces massacres de « crime sans nom ».

Il a fallu attendre plus de trois ans, pour qu’en 1944 Raphaël Lemkin, un professeur de Droit, juif polonais, utilise pour la première fois le terme de « Génocide ». Le mot est un néologisme pris de la racine grecque « genos » (« espèce ») et du suffixe « cide » qui vient du latin « cidere » qui veut dire « tuer » ou « massacrer ».

Lemkin avait écrit une étude approfondie pour la Fondation Carnegie sur la stratégie des nazis dans les zones d’occupation. Lorsqu’il évoqua le génocide du peuple juif, il expliqua que ce terme signifiait « destruction totale ».

L’étude de Lemkin a provoqué un changement fondamental dans la perception du Droit international concernant le génocide des peuples. Depuis, ce terme a été adopté par les juristes internationaux déterminés à empêcher que les actes odieux commis par les nazis ne se reproduisent.

A la fin de la Guerre, aux procès de Nuremberg, les criminels allemands ont été inculpés pour la première fois de génocide et de crimes de guerre. En 1948, la Convention sur la Prévention et la Répression du crime de génocide fut signée et aujourd’hui 148 États en sont signataires.

Un consensus international fut trouvé pour contrer toute tentative de génocide dans l’avenir, et ce, principalement en raison de la Shoah des Juifs. Soulignons que selon des documents présentés lors des procès de Nuremberg, l’indifférence des Occidentaux face au destin des Arméniens avait encouragé les nazis à penser qu’ils resteraient également muets face au génocide des Juifs.

En revanche, s’agissant du génocide cambodgien perpétré par Pol Pot et les Khmers Rouges, la communauté internationale a fait retarder toute action contre eux durant de nombreuses années. Elle se justifiait en expliquant que les massacres de masse de près de 2 millions de personnes avaient été « techniquement » dirigés contre tous ceux qui adoptaient un point de vue politique différent du régime cambodgien, et n’étaient donc pas menés pour des motifs raciaux ou ethniques.

La Convention sur le génocide avait en effet limité le terme aux meurtres commis avec l’intention « de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Ce fut bien entendu une énorme lacune qui laissa toute interprétation sur le sujet en suspens.

Dans les années 1990, le régime de Saddam Hussein en Irak a lancé des attaques chimiques contre sa propre minorité kurde. La machine des Nations unies a été bien lente à réagir à ces crimes et craignait qu’en condamnant Saddam Hussein, il serait plus difficile de parvenir à un cessez-le-feu dans la guerre Iran-Irak.

L’échec de la communauté internationale pour empêcher un génocide fut surtout cuisant au Rwanda. La Convention sur le génocide exige de tous les États « de prévenir et de punir le génocide ».

En janvier 1994, le commandant canadien des forces de l’ONU au Rwanda, le général Roméo Dallaire, envoya un câble confidentiel à Kofi Annan, chargé à l’époque des opérations de maintien de la paix à l’ONU, l’alertant à propos d’informations alarmantes concernant les intentions de la milice Hutu, formée dans des camps de l’armée rwandaise, d’«exterminer» la tribu Tutsi.

Dallaire avait demandé à Kofi Annan la permission d’utiliser les Casques bleus belges installés dans la région pour saisir toutes les armes des Hutus. L’ONU refusa au prétexte qu’une telle opération militaire allait « au-delà du mandat confié » aux soldats de la paix. Ce refus a ouvert la voie aux massacres perpétrés en 1994 contre 800 000 Tutsis.

Un an plus tard, en Bosnie, l’ONU échoua à protéger les musulmans du pays : plus de 8 000 furent tués par les Serbes à Srebrenica.

Certes, des tribunaux internationaux ont été créés par l’ONU pour punir le génocide dans les différents conflits, en Afrique, en Asie ou en Europe, mais les institutions internationales n’ont pu dissuader leurs auteurs de commettre des crimes contre l’Humanité.

L’échec de l’Occident à prévenir les actes de génocide au Rwanda et en Bosnie a créé un sentiment de culpabilité dans les chancelleries, devenues plus actives, depuis, par exemple au Darfour ou en Libye.

L’intervention de l’OTAN à Benghazi avait pour but de ne pas répéter le scénario de Srebrenica. Certes, Benghazi fut sauvé grâce à une intervention occidentale, mais le chaos ultérieur qui s’est propagé dans toute la Libye après la chute de Kadhafi a fait que les Occidentaux sont devenus plus réticents à intervenir dans des conflits de ce genre comme dans la guerre civile en Syrie, où les massacres de masse sont incomparablement plus grands que les pertes civiles en Libye.

L’indifférence mais aussi l’impuissance de la communauté internationale à mettre un terme aux crimes contre l’Humanité encouragent les auteurs impunis.

Dans son édition du 18 avril 2015, le magazine britannique The Economist écrit que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale l’Occident apparaît moins déterminé à combattre ce fléau. Il est clair aussi que pour des raisons purement politiques les dirigeants de la planète évitent d’utiliser le terme de « génocide » !

De même, il est révoltant qu’en septembre 2014, lors d’un discours prononcé à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Mahmoud Abbas a osé accuser Israël de mener un génocide contre les Palestiniens. Ces propos dévalorisent et banalisent le terme même de « génocide ».

Comment la communauté internationale pourrait à l’avenir prendre au sérieux des cas réels de génocide perpétrés à travers le monde ?

La délégitimation d’Israël ne délégitime pas la lutte contre le génocide.

Dore Gold


Pour citer cet article :

Dore Gold, « Silence face au prochain génocide?! », Le CAPE de Jérusalem : http://jcpa-lecape.org/silence-face-au-prochain-genocide/

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