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20/4/2009
Paru dans l'Orient-Le-Jour

Actes de foi

On ne demande qu'à croire le Hezbollah quand il se défend d'avoir cherché à déstabiliser le régime égyptien, comme l'en accusent depuis la semaine dernière, avec autant de véhémence que d'insistance, les autorités du Caire.
 
On veut croire que ce parti, qui s'est arrogé sans complexe le parrainage exclusif du Créateur Lui-même et qui tire gloire de sa filiation avec la théocratie iranienne, n'a pas cherché à faire du prosélytisme chiite ou à répandre la pensée des mollahs dans un pays à population aussi massivement sunnite que l'Égypte.

On voudrait croire que le Hezbollah, dont le chef, pas plus tard qu'en janvier dernier, appelait cette même population à descendre dans la rue, de même que les militaires égyptiens à se rebeller contre les ordres de leur commandement, est en réalité sincèrement et profondément respectueux de la souveraineté égyptienne. Et enfin que loin de toute activité terroriste ou d'espionnage, il n'a fait que se livrer à cette noble mission logistique qui consistait à acheminer des armements aux Palestiniens à travers la frontière de Gaza.

Oui, tout cela, on veut bien le croire, du moment que Hassan Nasrallah et ses lieutenants l'ont publiquement assuré, la main sur le cœur. Pour doux que soient de tels aveux (ou demi-aveux ?), ce n'est tout de même pas là une mince affaire. Car en somme, le Hezbollah reconnaît bel et bien s'être livré à des activités illégales dans un État étranger, sans évidemment s'arrêter un instant au fait que cet État est tenu à des engagements internationaux, qu'il se soucie en priorité de la sécurité de son propre peuple, et donc qu'il ne saurait en aucun cas se laisser forcer la main de si cavalière manière. À ce propos, que l'on imagine un moment l'embarras dans lequel se trouverait plongé le pays si l'Égypte, le plus important des pays arabes, un pays qui, ces dernières années, n'a pas ménagé son soutien au Liban, venait à exécuter sa menace de lancer un mandat d'arrêt contre le chef d'un parti jouissant d'un statut tout particulier et membre effectif du gouvernement d'union libanais !

Par ailleurs, et sans pour autant méconnaître la barbarie israélienne exercée contre Gaza et sa population, ce n'est pas aux Palestiniens, mais à des Palestiniens que le Hezbollah ouvre généreusement, depuis fort longtemps, ses arsenaux : c'est-à-dire à un Hamas soutenu, comme le Hezbollah, par l'Iran, œuvrant lui aussi au règne des hommes de religion, auteur comme le Hezbollah d'un coup de force armé contre le pouvoir légal. Il faut rappeler par ailleurs que le partenaire officiel du Liban dans le traitement du dossier des camps de réfugiés est l'Autorité palestinienne, et certes pas le Hamas. Mais surtout, la révélation au grand jour d'une coopération aussi étroite avec le Hamas expose de toute évidence le Liban (contre son gré, de surcroît) à des périls accrus : cela sans que l'on voie très bien en quoi cette connexion intégriste palestinienne peut contribuer à la libération des fermes de Chebaa, ou encore à la promotion d'une société libanaise plurielle.

Alors, que croire en définitive ? La virulence inouïe des accusations et attaques des autorités et de la presse égyptiennes contre le Hezbollah et son chef, de même que contre le manipulateur iranien, montre bien que la confrontation entre la République islamique et le camp des modérés arabes vient d'atteindre un nouveau et dangereux palier. Sans bien sûr préjuger du bien-fondé des preuves qu'affirme détenir Le Caire, reste le fait que si tous ces agissements ou presque paraissent plausibles aux yeux de nombreux Libanais et Arabes, c'est tout simplement parce que la technique a été déjà expérimentée, et amplement rodée, au Liban. Après tout, on ne prête qu'aux riches.

L'Égypte n'est pas un pays de carton-pâte où le Hezbollah peut dicter ses quatre volontés, s'écriait l'autre jour le ministre des AE Aboul Gheit. Il est vrai que ce n'était pas bien charitable pour nous. Mais quant au reste ...

Issa GORAIEB




29/3/2009
Paru dans Desinfos.com

« Le Monde » enfonce le clou anti-israélien

Dans son éditorial du 27 mars, c’est à dire un texte non signé émanant de la rédaction toute entière, le journal tresse apparemment des lauriers à l’ « habile « Bibi » ». Tellement habile qu’il a réussi « à transformer le chef du Parti travailliste, Ehoud Barak , en véritable bouclier humain à l’attention de la communauté internationale. »

Autrement dit, Barak est un abruti, et d’ailleurs les responsables du parti travailliste également puisqu’ils ont suivi leur dirigeant. Bouclier humain, il servira donc à encaisser virtuellement les chocs venus de l’étranger contre l’abominable politique de droite de Bibi. Car il ne faut pas s’y tromper, toute la presse hexagonale met un signe d’égalité entre droite israélienne et « faucons ». Personne à Paris ou à Londres ne semble capable d’imaginer un « faucon de droite » négociant avec succès un accord avec l’autorité palestinienne. Ceci ressemble fort à un préjugé, d’autant que Barak est le premier ministre qui est allé le plus loin des les propositions de paix qu’Arafat avait rejeté à la dernière minute (rejet réédité auprès de Clinton).
Et que si ce même Barak est au gouvernement, c’est qu’il y a une raison peut être plus honorable que la simple conservation d‘un fauteuil. La compétence par exemple, que sera obligé de posséder demain l’état d’Israël si les choses se compliquent avec l’Iran. Mais Le Monde fait sans doute une confiance aveugle à la main tendue d’Obama pour calmer les mollahs.
Encore plus fort : l’éditorial évoque le rôle des USA qui « entendent mettre un terme à la sous-traitance du dossier aux Israéliens, comme ce fut le cas de 2000 à 2007 ».
On croit rêver ! Israël serait le sous-traitant d’un conflit qui le concerne au premier chef, et les USA sont, à la fois appelés à jouer un rôle de « maître d’œuvre » ici et dénoncés comme hyperpuissance ailleurs. Le Monde considère que les américains devront forcer la main à leur allié régional et à signer un accord avec… la moitié des palestiniens puisque le journal oublie que Gaza est aux mains d’islamistes qui n’en ont cure.
Mais le meilleur est à la fin, la contradiction finale : « Car ce gouvernement faussement hybride (…) ne peut être celui de la création de la Palestine. On ne saurait établir sur ce point un parallèle avec le gouvernement de droite qui trouva la paix avec l’Egypte il y a tout juste trente ans. Jérusalem n’est pas le Sinaï. »
Etrange, l’éditorial semble déplorer à présent que ce gouvernement ne soit pas de droite à 100%, celle précisément toujours réfractaire à la moindre concession. Ce même gouvernement d’ouverture qui « éclaterait à la minute où les dossiers principaux du conflit israélo-palestinien seraient rouverts avec la volonté de trouver des solutions équitables et pérennes à la question des frontières, des réfugiés, des colonies et, bien entendu, de Jérusalem. »
Où Le Monde a-t-il vu que les travaillistes seraient prêts, eux, à accepter quoi que ce soit sur les réfugiés ou sur Jérusalem ? Où Le Monde a-t-il découvert que la solution « équitable » et « pérenne » serait de satisfaire les palestiniens sur toutes leurs demandes ? Comment peut-il s’engager sur la pérennité d’un accord qu’il imagine, mais que le Hamas ne signerait pas ?
Que signifie la pérennité quand l’autorité palestinienne est dirigée aujourd’hui par un président dont le mandat est arrivé à échéance ? Certes un homme responsable mais sans une légitimité démocratique entière.
La conclusion c’est que le journal enfonce le clou de son discours anti-israélien. Israël est seul détenteur de la solution au proche orient, solution qui rendra toute la région (le monde entier ?) pacifique et solidaire. On ne s’encombre pas des luttes inter-palestiniennes ou du djihadisme, on pense que les revendications palestiniennes sont légitimes par nature, et que les USA doivent l’enfoncer à leur tour ce clou dans la tête de Bibi, Barak et consorts. Le Monde croit que le Hamas célèbrera l’accord idéal passé par Abou Mazen et déposera les armes, fraternellement. Il croit que les réfugiés de 1948 (et les générations successives qui ont suivi) ont le droit inaliénable de revenir sur leur terre d’origine et de vivre heureux comme citoyens d’un pays dénoncé depuis des années comme nazi et raciste.
Le Monde pense qu’il équitable et pérenne de donner Jérusalem-Est aux palestiniens, alors que la situation prévalant avant 1967 n’avait rien d’équitable ni de pérenne. La seule différence étant que des arabes vivent à Jérusalem depuis lors mais que les juifs y étaient interdits de séjour avant 1967. Ils sont également interdits de séjour dans tous les pays qu’ils ont quitté (ou qui les ont chassé) depuis 1948. Sans indemnités ni cérémonie à la Maison Blanche.
Le Monde souhaite une solution à la question des frontières, alors que celle de la Jordanie ont été tracées en quelques heures pour récompenser le roi Abdallah en l’absence d’équité et de pérennité, que celles du Liban ont été effacées par la Syrie puis l’Iran par la violence terroriste, que celle du Kurdistan est bombardée régulièrement par l’armée turque, et enfin que celle de l’Egypte est hermétiquement fermée aux palestiniens (mais pas à leurs roquettes). Le Monde n’évoquera pas les manœuvres habiles de la droite ou de la gauche syrienne ou iranienne car il ne culpabilisera pas les régimes autoritaires susceptibles de nous assassiner un diplomate ou de nous plastiquer une fnac.
Pauvre Monde…

J Ph Katz



24/3/2009
Paru dans l'Orient-Le-Jour

Le soleil de Josué

Le but à atteindre et la manière dont la puissance militaire peut être utilisée sur le champ de bataille : quel chef aurait pensé qu'un jour, ces deux questions feraient l'objet de négociations entre le commandement et une partie de la troupe ? Eh bien, en Israël on en est là et les révélations du quotidien Haaretz, la semaine dernière, sur le comportement des soldats lors du pilonnage, trois semaines durant, de Gaza la martyre ne constituent qu'un témoignage « à chaud » (on n'ose écrire sur le vif...) de ce qu'une certaine presse qualifie, par un délicat euphémisme, de « recours excessif à la force ».
Si le rôle pédagogique des jeunes recrues est pratiquement assumé depuis un an par le rabbinat, à travers un Département de prise de conscience, les origines de cette véritable mainmise remontent à bien plus loin. Dès 1973, un ouvrage extrêmement fouillé* se proposait de faire la lumière sur le sujet en s'attaquant au rôle des aumôniers, aux conditions d'enrôlement, aux multiples tentatives de « laïcisation » initiées par David Ben Gourion. Sur ce dernier thème par exemple, l'autorité religieuse avait menacé, à l'époque : « Plutôt remplir les prisons avec nos filles que de les voir s'acquitter de missions, même humanitaires. » En octobre déjà, le journal par lequel le scandale vient d'éclater citait un officier ayant requis l'anonymat qui évoquait un « lavage de cerveau » par les hommes de religion, entamé dans les rangs des kibboutznikis de Hébron. À partir de là, le mal s'était propagé parmi les recrues, au point de toucher un bon tiers d'entre eux et près de 40 % des officiers. Comment en est-on arrivé à ce stade d'endoctrinement ? Parce que, répond un observateur, la classe moyenne qui constituait le gros des effectifs avait été progressivement remplacée par des jeunes venus des « hesder yeshivas », ou séminaires dans lesquels les jeunes, avec la bénédiction du ministère de la Défense, peuvent accomplir leur service militaire tout en poursuivant des études bibliques. La révélation du résultat de ce drôle de couplage a de quoi effrayer. Cueilli au hasard de la lecture de la littérature rabbinique citée par « Rahm », un pseudonyme utilisé par un commandant de la brigade Guivati : « Nous sommes le peuple juif, venu grâce à un miracle sur cette terre (la Palestine). Dieu nous a ramenés sur cette terre ; maintenant, nous devons nous battre pour en chasser les non-juifs. » Un autre texte, portant la signature d'un rabbin d'extrême droite, Shlomo Aviner, compare les Palestiniens aux Philistins, adversaires historiques des juifs, et conseille : «ÊÊtre clément à l'égard d'un ennemi cruel, c'est être cruel envers des soldats purs et honnêtes. Nous menons une guerre contre des assassins. » L'auteur rappelle en outre un interdit édicté par la Bible concernant « l'abandon du moindre millimètre du Grand Israël ». Approuvé par le général Avichai Rontsky, grand rabbin militaire (accusé il y a quelque temps par un député de gauche, Avshalom Vilan, de vouloir décréter une guerre sainte), ce manuel se propose, dit-on, d'améliorer « la capacité combative » des hommes après l'échec de la guerre de juillet-août 2006 contre le Liban.
Témoignant devant les cadets de l'académie d'Oranoim, le « Rahm » cité plus haut relève encore que la vie d'un Palestinien est bien moins importante que celle d'un Israélien et se battre à Gaza représentait une mission religieuse. On notera, sans trop d'illusions, que toute l'affaire fait désormais l'objet d'une enquête, mais qu'il s'agit d'un incident isolé, ainsi que s'est empressé de le souligner le porte-parole de Tsahal, Elie Isaacson ; enfin que mêler religion et politique constitue un interdit que l'on ne peut transgresser et que les rabbins militaires ne déterminent pas la politique. Benjamin Netanyahu devrait tenir compte de cette précision dans ses concertations en vue de la formation d'un gouvernement...
D'ailleurs, le sujet n'a pas tardé à déborder le cadre étroit qui était le sien jusqu'aux révélations largement médiatisées de ces derniers jours pour s'inscrire dans celui, tout aussi explosif, de la politique. On parle maintenant d'un clash entre libéraux laïcs et adeptes de cette nouvelle version des « moines-soldats » du Moyen-Âge. On parle aussi des divergences entre deux tendances sur des sujets comme le rapport entre la terre et la vie, la place des « goys » dans l'État hébreu, l'interprétation des thèses du sionisme, le droit de tuer. Il est clair, malgré toutes les protestations de bonne foi d'un officiel de l'ambassade israélienne à Washington, que l'interprétation des règles éthiques donnée par l'Occident et l'État hébreu n'est pas la même.
Toujours ces maudites Pyrénées...

Christian Merville




22/3/2009

Article paru dans Le Monde

Israël-Palestine : l'impasse ?

Le conflit de Gaza, suivi par la poussée de la droite aux élections en Israël qui a ramené Benjamin Nétanyahou à la tête du gouvernement, ouvre une nouvelle période d'incertitude au Proche-Orient. Le sentiment de pessimisme, que n'atténue pas la mobilisation de la communauté internationale en faveur de la reconstruction de l'enclave, s'appuie sur plusieurs facteurs.

La situation à Gaza est loin d'être stabilisée : les négociations sur les trois éléments de la trêve - le contrôle de la frontière avec l'Egypte, l'ouverture des points de passage avec Israël et l'échange de prisonniers - sont dans l'impasse. Le Hamas, qui exerce une autorité plus stricte sur la population, reconstitue ses forces. Le blocus ne s'est en rien desserré et rend inopérante la reconstruction.

La fracture palestinienne risque d'être durable, même s'il est attendu un gouvernement d'union nationale qui aura la charge de gérer la situation à Gaza et de préparer les élections générales. L'OLP, le "représentant légitime unique du peuple palestinien", s'est trouvée pour la première fois dans la situation de non-acteur. Le mouvement islamiste, qui fait dorénavant prévaloir sa triple légitimité acquise dans la résistance, dans les urnes puis dans la confrontation avec Israël, a consolidé sa position et son image sur la scène arabe.

Le retour de Nétanyahou se traduira par un gel du processus de paix. Le premier ministre désigné s'en tient à son projet de "paix économique". En l'absence de stratégie sur la question palestinienne, hormis la dimension sécuritaire, l'agenda politique d'Israël consistera à consacrer durablement la séparation de deux entités palestiniennes et à constater l'absence d'interlocuteurs palestiniens à même de conduire des négociations. Israël n'envisage pas d'éradiquer le Hamas, mais de le contenir, d'empêcher son intégration au sein de l'OLP et de le frapper en cas de reprise des tirs de roquettes.

Quant aux rivalités interarabes, exacerbées par le conflit de Gaza, elles constituent un facteur supplémentaire de blocage. Il s'est formé au sommet de Doha, en janvier un front hétéroclite autour du soutien au Hamas (conduit par le Qatar et la Syrie) et de la contestation de la position dominante de l'Egypte, considérée davantage comme un acteur du conflit soucieux de contenir le mouvement islamiste que comme un médiateur. Cette fracture, que le récent rapprochement de la Syrie avec l'Egypte et l'Arabie saoudite ne réduira que partiellement, rend incertain le maintien du consensus sur l'initiative arabe de paix de 2002.

L'Iran, dont on ne peut dire que sa responsabilité directe a été engagée dans le conflit de Gaza, s'est depuis subtilement introduit dans le jeu en participant au sommet de Doha. Nul doute que le dossier du Proche-Orient sera dans la corbeille du dialogue américano-iranien annoncé. Selon la situation, l'Iran sera un facteur de complication ou d'apaisement de la question palestinienne.

Il aura fallu la tragédie de Gaza pour que la communauté internationale revienne à considérer la centralité du conflit israélo-palestinien dans l'arc de crise qui s'étend de la Méditerranée à l'Afghanistan. Barack Obama l'a affirmé dès sa prise de fonctions, il a désigné, comme envoyé spécial au Proche-Orient, Georges Mitchell, dont on connaît l'approche pragmatique. Il est trop tôt pour s'assurer de la constance de la détermination du nouveau président, confronté à un Congrès rétif à une approche nouvelle sur le dossier proche-oriental.

Aaron Miller, qui fut le collaborateur de plusieurs présidents, soulignait que le vrai défi de la nouvelle administration consistera "à ne plus regarder le conflit israélo-palestinien avec les seuls yeux d'Israël", ce qui suppose d'exercer de fortes pressions pour imposer l'arrêt du développement des colonies. M. Mitchell, qui avait mis l'accent sur ce facteur dans son rapport de 2001 sur la deuxième Intifada, aura probablement déjà mesuré la transformation radicale sur le terrain, qui remet en question la viabilité d'un Etat palestinien.

La nouvelle administration abordera ce dossier selon une tout autre méthode. Washington devrait contribuer sans attendre à créer - avec ses partenaires européens et arabes - les conditions d'une relance du processus de paix. Cela suppose de stabiliser la situation à Gaza par le contrôle des frontières et la fin du blocus, d'encourager, ou pour le moins ne pas faire obstacle, à la réconciliation interpalestinienne et d'obtenir du gouvernement israélien l'engagement en faveur d'une solution de deux Etats, d'arrêter la colonisation et d'adopter des mesures de confiance vis-à-vis des Palestiniens de Cisjordanie.

Une fois constatée l'amélioration sur le terrain, une conférence internationale pourrait être convoquée pour aborder le statut final des territoires palestiniens, en s'appuyant sur les critères et les paramètres de Camp David et de Taba et sur l'initiative arabe de paix. Dans ce contexte, le projet d'organiser un sommet en Europe au printemps, à l'initiative de la France, apparaît prématuré et peu réaliste, dans la mesure où il engloberait les volets syrien et libanais. On ne doit pas répéter les erreurs de Camp David (lancé dans la précipitation en 2000), et d'Annapolis (processus qui faisait abstraction de la moitié de la Palestine), et créer ainsi de nouvelles désillusions.

L'Europe, longtemps confinée dans son rôle de bailleur de fonds, reconstruisant ce qui a été détruit, doit faire valoir ses propres intérêts stratégiques et s'imposer comme acteur politique. La stabilité et la sécurité en Méditerranée orientale la touchent directement et l'on a constaté, surtout en France, la forte résonance des événements de Gaza. L'Union pour la Méditerranée en est affectée. Les pays européens, et plus particulièrement la France qui renoue avec son rôle de précurseur, peuvent agir et faire bouger les lignes. Le premier signe a été le nouveau langage français sur l'encouragement à la réconciliation interpalestinienne et la constitution d'un gouvernement d'union avec le Hamas, qualifié d'"interlocuteur" et appelé à s'engager dans un processus politique.

Les perspectives sont sombres, en raison de l'absence de leadership, tant en Israël, où la nouvelle coalition sera trop hétéroclite pour formuler une vision de la paix, que sur la scène palestinienne, du fait des incertitudes qui pèsent sur le retour à l'unité palestinienne et les élections de janvier 2010. Les Etats-Unis appuyés par l'Europe devraient se substituer à cette absence de volonté et de capacité politique en encadrant étroitement le futur processus de négociation. Une telle détermination existe-t-elle réellement ?

La tentation existe en effet de se reporter sur le volet syrien avec l'illusion que Bachar Al-Assad acceptera un accord sans progrès sur le règlement de la question palestinienne. Le pire des scénarios consisterait à considérer que la question du Proche-Orient peut être gérée comme un conflit de basse intensité qui subirait des soubresauts sans conséquences sur la stabilité régionale et que la priorité serait accordée au seul développement économique. On rejoindrait ainsi la stratégie prônée par M. Nétanyahou.

Or l'urgence est politique. La création d'un Etat palestinien viable, au coeur de la solution du conflit, s'éloigne inexorablement en raison de la poursuite de la colonisation et du déni israélien de la réalité des aspirations palestiniennes, tandis que la société palestinienne de plus en plus fragmentée se radicalise. Les images de la tragédie de Gaza forment davantage les opinions que les discours politiques et contribuent à cette radicalisation qui annonce peut-être la troisième Intifada.

Yves Aubin de La Messuzière est chercheur, ancien directeur Afrique du Nord - Moyen-Orient au ministère des affaires étrangères.




22/3/2009

Article paru dans Le Monde


La droite israélienne à contre-emploi


O a tendance à croire qu'un gouvernement israélien de droite dirigé par Benyamin Nétanyahou sonne le glas de la "solution des deux Etats" (la création d'une Palestine aux côtés d'Israël). Cette inquiétude n'est pas infondée ; mais de là à s'imaginer qu'un gouvernement du centre ou de centre gauche serait mieux disposé à accepter un tel partage, il y a un grand pas que franchissent aveuglément les dirigeants occidentaux. Or la coalition sortante Kadima-travaillistes n'a pas oeuvré en ce sens en procédant aux confiscations de terres palestiniennes, en encourageant l'expansion des colonies existantes et en barrant aux Palestiniens de Cisjordanie l'accès à Jérusalem.

Contre toute attente, il se pourrait bien qu'un gouvernement de droite, tel que celui que Nétanyahou s'apprête à former, se retrouve le mieux placé pour sauvegarder ce qui reste de l'espoir de la création d'un Etat palestinien. Certes, l'objectif de Nétanyahou et des partis d'extrême droite qui vont composer sa coalition, consiste bel et bien à rogner le plus de territoires palestiniens possibles et d'avoir face à eux une entité palestinienne privée de la moindre trace de souveraineté.

En fait, l'argument en faveur d'un gouvernement Nétanyahou vient plutôt de la certitude que les centristes sont tout aussi incapables que lui de parvenir à un accord de paix. Ehoud Olmert (Kadima) et Ehoud Barak, à la tête du Parti travailliste, ont beau clamer à qui veut les entendre leur volonté de conclure la paix avec leur interlocuteur palestinien favori, Mahmoud Abbas : sans de nouvelles pressions américaines sur Israël pour aboutir à un résultat correspondant dans ses grandes lignes aux projets de l'ère Clinton, ils ne feront guère mieux que Nétanyahou.

Le seul espoir de conserver à l'ordre du jour l'idée des deux Etats repose sur un changement radical de politique américaine au Moyen-Orient : celle-ci doit passer du rôle de "facilitateur", autrement dit de soutien systématique d'Israël, à un interventionnisme actif. Cela implique que les deux parties se voient dicter leur ligne de conduite en fonction d'un programme américain visant à atteindre un accord définitif, avalisé par la communauté internationale et renforcé par des sanctions effectives et appliquées de façon impartiale.

Or tant que le centre gauche sera au pouvoir en Israël, il est peu probable que cette issue se dessine. Les présidents américains, en effet, renâclent à défier le lobby israélien et le Congrès en s'en prenant à des dirigeants israéliens qui, aux Etats-Unis, sont perçus, fût-ce à tort, comme sincèrement attachés à la solution de partage.

En revanche, un gouvernement sous la houlette de Nétanyahou flanqué de partenaires du genre- Avigdor Lieberman et autres partis d'extrême droite, ne bénéficiera pas d'un grand soutien populaire aux Etats-Unis (et du reste nulle part ailleurs), laissant du coup une plus grande marge de manoeuvre à l'administration Obama.

Lors de son premier mandat, de 1996 à 1999, M. Nétanyahou s'était rendu tellement antipathique par sa mauvaise volonté que, quand le président Clinton finit par lui fermer les portes de la Maison Blanche, le lobby israélien n'a même pas bronché.

Etant donné que la solution des deux Etats semble tomber en déshérence, et vu la dépendance militaire et diplomatique d'Israël par rapport aux Etats-Unis, il serait plus facile pour un président américain de mettre le holà et d'imposer aux deux adversaires les conditions d'un accord définitif, en ayant affaire à la droite israélienne et à Nétanyahou plutôt qu'à un gouvernement centriste dirigé par des gens qui font mine de vouloir mettre fin au conflit.

Une fois qu'auront été définis paramètres et lignes rouges en vue d'un accord de paix acceptable aux yeux des Etats-Unis, il n'y pas de raison que leur applicabilité ne subsiste pas, même après le retour éventuel d'une coalition de centre gauche. C'est là le seul scénario envisageable pour aboutir enfin à une paix juste et durable, et éviter que la lutte nationale palestinienne ne dégénère en une nouvelle Intifada portant le coup de grâce au paradigme bi-étatique.
(Traduit de l'anglais par Myriam Dennehy.)

Henry Siegman est directeur du US Middle East Project (New York).




19/3/2009
Article paru sur Desinfos.com

Deux poids et deux mesures

Une fois encore, à l’occasion du point de presse quotidien du porte-parole du Quai d’Orsay, tenu le 17 mars, un « journaliste » après avoir évoqué la question de la libération de Gilad Shalit, a interpellé le porte-parole sur le sort de Salah Hammouri. Nous avons, nous-même, ici, à deux reprises évoqué le cas de ce franco-palestinien, qui a été condamné, il y a un an, en Israël à 7 ans de prison pour avoir été impliqué dans un projet visant à assassiner Ovadia Yossef, chef spirituel du parti Shass.

Nous ne reviendrons pas sur l’indécence (Un peu de décence) qu’il y a à assimiler le cas de cet apprenti terroriste avec celui de Gilad Shalit, soldat kidnappé par des terroristes et maintenu au secret depuis près de 1 000 jours.
Plus récemment, nous étions revenu sur la question, à propos d’un précédent point de presse au Quai d’Orsay (Comparaison n’est pas raison).
L’intérêt d’évoquer, à nouveau, la situation différente de Gilad Shalit et de Salah Hammouri c’est de faire apparaître qu’il y a, effectivement, dans l’attitude de la France un comportement différent, mais pas à l’avantage de Gilad Shalit, comme semble le sous-entendre l’interlocuteur du porte-parole, mais, bien au contraire, à l’avantage de Salah Hammouri.
En effet – et nous citerons in extenso la réponse du diplomate français :
« Dès son incarcération, le 13 mars 2005, M. Salah Hammouri a fait l’objet d’un suivi constant par les autorités politiques, diplomatiques et consulaires françaises.
L’implication de la France dans cette affaire, a été constante, dans un premier temps pour permettre un jugement puisqu’il n’y avait pas de décision judiciaire et ensuite une fois le jugement prononcé. Le président de la République a évoqué le cas de M. Hammouri lors de sa visite en Israël.
Bernard Kouchner a demandé qu’il y ait un geste de clémence à l’égard de M. Hammouri, notamment lors des entretiens qu’il a eus avec M. Avi Dichter, ministre israélien de la Sécurité nationale, en octobre 2007, et avec M. Ehud Barak, ministre israélien de la Défense, le 23 janvier 2008.
L’ambassadeur pour les droits de l’Homme, M. François Zimeray a fait un point complet avec la famille de Salah Hammouri le 27 novembre dernier à Jérusalem.
Par ailleurs, le consulat a suivi l’ensemble de la procédure judiciaire, a assisté à toutes les audiences lors du procès. Les visites régulières des agents consulaires auprès de M. Hammouri se poursuivent. La dernière a eu lieu au mois de janvier et semble indiquer que M. Hammouri est en bonne santé…. ».
On aurait aimé que le sort de Gilad Shalit fasse l’objet d’autant de sollicitude de la part des autorités françaises, ne serait-ce que pour permettre la fin de l’isolement dans lequel il est maintenu, au mépris des règles du droit international humanitaire, soit au profit des autorités françaises, soit, à défaut par l’intermédiaire du Comité international de la Croix-Rouge.
Il est quelque peu dérisoire de constater l’auto-satisfaction, voire l’auto-suffisance, dont fait preuve le diplomate français, lorsqu’il déclare « « Nous considérons que la situation de M. Hammouri et de M. Shalit ne sont pas les mêmes, mais cela ne veut pas dire que nous ne faisons pas d’efforts importants en faveur de l’un comme en faveur de l’autre ».
De fait, s’agissant de Gilad Shalit, la France reconnaît qu’elle ne s’est pas directement impliquée, puisqu’au cours du même point de presse, le diplomate français, interrogé sur le point de savoir si « un représentant du gouvernement français qui est en contact ou même physiquement avec les médiateurs égyptiens au sujet de la libération de Gilad Shalit  » a répondu « Il n’y a pas de participation d’un représentant français dans cette médiation, en revanche, il y a un contact étroit et très régulier avec les autorités égyptiennes sur ce sujet. Il n’y a pas de présence physique, en tout cas dans l’équipe de médiation. C’est une médiation égyptienne sur l’ensemble du dossier ».
Et à propos du fait que « les Israéliens et le Hamas se renvoient la responsabilité d’un durcissement des conditions de libération de M. Shalit contre un groupe de Palestiniens » (souligné par nous – bel euphémisme pour désigner des prisonniers palestiniens condamnés pour des crimes commis contre des Israéliens), le porte-parole répond, très courageusement : « La France n’étant pas acteur direct à cette médiation, elle n’a pas à dire quelles sont les responsabilités des parties, mais nous continuons à soutenir les efforts égyptiens en espérant qu’ils aboutiront ».
Pas question, donc, de regretter, déplorer (termes, pourtant, plus diplomatiques que condamner), le marchandage que l’on ne peut que qualifier d’odieux auquel se livre le Hamas, qui fait monter les enchères en exigeant non seulement plus d’un millier de personnes impliquées dans des activités terroristes, mais, de plus, en choisissant les bénéficiaires de cet échange contre un seul soldat israélien.
Il est vrai que le mouvement terroriste palestinien a été, en quelque sorte, « mis en appétit » par le résultat obtenu par le Hezbollah qui, à l’été dernier, a obtenu la libération de plusieurs criminels en échange de la dépouille mortelle de deux soldats israéliens, qui avaient été pris en otages, presqu’en même temps que Gilad Shalit.

David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international




15/3/2009
Paru dans l'Orient-Le-Jour

Proche-Orient : le code a changé

Pour baptiser, en 1947, à l'Onu, l'Etat juif naissant, Staline fut décisif. Avec, dit-on, ces mots : « Il faut donner Israël aux juifs mais les ennuis là-bas vont déferler. » Soixante-deux ans plus tard, ils déferlent toujours et le Proche-Orient va de mal en pis. A la grande crise financière qui plante son drapeau noir sur la planète le Proche-Orient ajoute son pandémonium.

Après la tragédie de Gaza, l'élection israélienne propulse à l'avant-scène les élus incommodes du « bunker juif ». Les Palestiniens sur leurs ruines enflamment comme jamais le monde arabe, voire musulman. L'Iran conforte sa tutelle sur le Hezbollah libanais, sur le Hamas palestinien et continue de tripoter son Meccano nucléaire. Le Pakistan et l'Afghanistan grondent à l'horizon. Et Obama, messie de la nouvelle Amérique, se voit pressé de prévenir un embrasement qui menace de tourner au conflit de civilisation.

Le Club de Monaco, colloque de politiques et experts de bon niveau, qui chaque année ausculte cet Orient compliqué, constate que les seuils d'explosion se rapprochent. Les voies de la délivrance sont toujours cadenassées. Mais le code, il est vrai, a changé.

Et d'abord chez le grand manitou américain. Obama détient le code principal du changement. Mais de quelle envergure ? Il peut se contenter de clore la parenthèse bushiste et revenir, pour le Proche-Orient, aux avancées consistantes de Bill Clinton. Voudra-t-il aller plus loin ? Pour l'heure, il dégage ses troupes d'Irak dans un délai prudent que Bush n'eût pas désavoué. Il expédie un homme-lige, George Mitchell, à Jérusalem pour parer au plus pressé. Il lance quelques appâts à la Syrie, afin qu'elle ne contrarie pas l'entremise égyptienne pour une réconciliation acrobatique entre les frères ennemis du Hamas et de l'Autorité palestinienne. Il s'agit, pardi, de redonner une seule voix à la Palestine.

En fait, la réelle portée du changement de l'Amérique sera jugée sur son comportement à l'égard de l'Iran, avec lequel Obama a dit vouloir négocier. Et, plus encore, à l'égard d'Israël, tant la conviction s'établit que Palestiniens et Israéliens n'ouvriront jamais, à eux seuls, la porte de la paix.

Attention ! Le climat international se dégrade dangereusement pour Israël. L'équipée de Gaza et le raidissement électoral israélien avivent contre l'Etat juif les passions arabes et le fanatisme islamiste. Mais ils accroissent aussi les lassitudes de ses alliés naturels. Israël, lopin d'Occident fiché en terre arabe, devient pour un Occident fatigué un partenaire indispos et qu'il faudra tôt ou tard sauver malgré lui. On s'agace de l'extension impudente des colonies juives et de la surdité d'un système politique émietté par le mode de scrutin.

Quant au bilan de l'expédition de Gaza, il devient médiatiquement désastreux : le Hamas islamiste en sort non point affaibli mais fortifié dans les opinions arabes. Là-contre, Israël se cloître dans le réduit de sa puissance militaire. Pour ne pas s'y enfermer avec lui, l'Occident ne songe qu'à imposer un plan de paix plus ou moins connu : contre l'avènement d'un Etat palestinien, il garantirait à Israël le non-retour des réfugiés palestiniens et une sécurité militarisée (otanisée ?) sur le Jourdain, mais il imposerait le partage réel de Jérusalem et une ligne frontière qui chasserait de Cisjordanie les colonies qu'Israël n'a cessé d'y développer. Projet inacceptable pour le pouvoir juif fraîchement élu. Ambiance !

Parce que l'Iran maintient, via le Hezbollah libanais, via le Hamas et son allié syrien, un pouvoir de nuisance déterminant, les stratèges en chambre affirment qu'un accord global avec l'Iran dégèlerait le glacis israélien. Mais comment ? L'Iran théocratique garde assez d'atouts pour ne pas renoncer à la bombe nucléaire, ou du moins-modèle japonais-à la capacité de s'en doter. Israël et l'Amérique, après des sanctions renforcées, n'excluent toujours pas l'hypothèse d'une frappe militaire sur l'Iran. Mais, autre évolution notable, cette éventualité jugée partout « catastrophique » est de plus en plus rejetée en Occident. On y palabre sur la vulnérabilité du régime iranien. On y calcule que l'aversion atavique des pouvoirs arabes et sunnites contre la poussée perse et chiite assouplira les prétentions arabes contre Israël... Inch Allah !

Sur ces sables mouvants, l'Occident profile donc de nouvelles pistes. La pression américaine sur Israël va s'accentuer. Le Hamas palestinien est, en façade, ostracisé comme « terroriste », mais déjà ménagé comme interlocuteur obligé. L'arsenal nucléaire iranien déclaré « inacceptable » est accepté dans quelques hypothèses de négociation.

Ainsi l'Occident diminué échafaude-t-il de nouveaux compromis, ou de nouveaux reculs. Le code a bel et bien changé. Mais nul ne sait quelle paix entravée gémit, depuis soixante-deux ans, derrière la porte.

Claude Imbert






12/3/2009
Paru dans l'Orient-Le-Jour

Les oublis coupables

Le voilà, enfin, ce tribunal international chargé de juger les commanditaires du meurtre et les assassins de Rafic Hariri. Pour connaître ce jour, il a fallu qu'une kyrielle de martyrs, qui militaient pour la vérité, suive l'ancien Premier ministre sur le chemin de la mort.
Il a fallu aussi et surtout faire face et surmonter les multiples embûches semées par le 8 Mars, allié de la Syrie, pour empêcher la création de cette instance ou du moins retarder son avènement autant que faire se pouvait, dans l'espoir insensé de jours meilleurs favorables à leurs souhaits.
Faudra-t-il rappeler que pour cela la république et ses institutions ont été paralysées politiquement et financièrement pendant près de deux ans ? Qu'une atmosphère permanente d'insécurité a été entretenue par cette opposition qui a même tenté d'encercler tout Beyrouth après le Sérail et de couper les accès à l'aéroport (comme l'avaient fait les Israéliens en 2006) pour saborder le tribunal ?
Faut-il aussi rappeler qu'après l'assassinat de Gebran Tuéni, les ministres du 8 Mars se sont rapidement dépêchés d'abord de bouder dans leur coin, ensuite de démissionner carrément dans une tentative de paralyser le gouvernement et l'empêcher d'accélérer la procédure de création de ce tribunal ?
À ceux qui ont rapidement oublié ou qui sont encore dubitatifs, faudra-t-il rappeler le rôle du chef d'Amal, Nabih Berry, par ailleurs deuxième personnage de l'État, qui a longtemps bloqué aux portes du Parlement le projet du tribunal et qu'il a fallu en référer au Conseil de sécurité des Nations unies pour que l'instance judiciaire internationale voie finalement le jour ?
Faudra-t-il se souvenir des dizaines de déclarations des personnalités de l'opposition qui jetaient le doute sur le travail de la commission d'enquête et son impartialité dans le but de la disqualifier et l'accuser de politisation. Faudra-t-il taire dans nos mémoires les concerts de protestations et de contestations qui s'élevaient dans ce même camp à chaque fois qu'un suspect était connu ou détenu pour les besoins de l'enquête ?
Faudra-t-il rappeler les campagnes orchestrées contre Detlev Mehlis, le premier des enquêteurs, lorsqu'il a dégagé une piste syrienne avec des noms que Kofi Annan a ordonné de supprimer du premier rapport d'enquête pour ne pas alimenter ces campagnes ?
Disons, pour rappel, que L'Orient Le Jour avait publié cette liste - tirée de la première mouture du rapport non expurgé - qui comportait les noms des principaux dirigeants sécuritaires syriens considérés comme suspects, dont Assef Chawkat, le beau-frère du président Bachar el-Assad, et que la rédaction du journal n'a reçu aucun démenti à ce sujet. Disons, également pour rappel, qu'aucun des rapports successifs qui ont suivi celui de Mehlis n'a remis explicitement en cause cette piste et ces noms.
Plus près dans le temps, n'est-il pas troublant que le Hezbollah accuse la justice libanaise de détenir injustement les quatre généraux suspectés, pour le moins d'avoir cherché à effacer les indices après l'attentat contre Hariri et ses compagnons en ordonnant notamment l'évacuation des voitures du convoi de la scène du crime dans le souci, ont-ils dit, de rétablir la circulation ?
Est-il vrai, comme l'assurait le journal Le Monde démenti le lendemain par le parti de Dieu, que huit cadres du Hezbollah ont refusé de comparaître et d'être entendus par la commission d'enquête internationale ? Qu'en est-il des informations du même journal selon lesquelles trois militants hezbollahi ont été identifiés comme tels par les services hollandais alors qu'ils photographiaient les alentours du siège du tribunal à La Haye ?
Faudra-t-il répéter la litanie des noms, journalistes, hommes politiques ou militaires, qui ont entretenu la flamme au prix de leur vie afin que justice soit faite ? Faudrait-il oublier nos amis, nos frères et d'autres braves irréductibles qui, pendant trois ans, sont tombés au champ d'honneur pour que vive ce tribunal ?
Faudra-t-il oublier certains juges libanais qui vivent au quotidien, mais avec un grand courage, la hantise d'être tués pour avoir participé à l'enquête ou pour devoir siéger au tribunal ? Ceux-là sont les derniers des Mohicans d'une corporation longtemps bafouée, mais qui est décidée à récupérer ses lettres de noblesse ternies par l'occupant syrien et ses collaborateurs locaux.
Oublier, c'est jouer le jeu des assassins, syriens ou pas, qui doivent impérativement être démasqués et sanctionnés. De là où ils se trouvent, les martyrs les connaissent déjà. Les électeurs du 7 juin prochain aussi !

ABDO CHAKHTOURA





16/2/2009
Paru dans le blog de Shmuel Trigano "Controverses"

Un scandale qui tombe à pic

par Shmuel Trigano

Nous avons pu assister, en ce début février 2009, à un phénomène idéologique étonnant. Les médias sont passés sans transition d’une violente hostilité envers Israël à un concours de vertu pour condamner la réhabilitation par le pape d’un évêque intégriste osant nier la réalité de la Shoa. Comme s’il n’y avait aucune contradiction entre la peinture judéophobique d’un Israël stigmatisé pour sa cruauté supposée envers les enfants et les civils et l’indignation que l’on puisse prétendre que les Juifs n’ont pas été victimes des nazis. L’accusation du meurtre rituel commis sur des enfants est un classique de l’antisémitisme.

C’est la deuxième occurrence d’un tel phénomène. Au terme de la deuxième Intifada, à l’occasion du 60 ème anniversaire de « la libération d’Auschwitz » (1), nous avions vu tout un continent, l’Europe, passer d’une violence symbolique, inédite depuis les années 1930, envers Israël et les communautés juives, à l’exaltation de la mémoire de la Shoa .

Ces manifestations paradoxales ne sont pas contradictoires. Elles sont au contraire l’illustration même de la nouvelle judéophobie ou, si l’on veut, du « nouvel antisémitisme » (2). Elles fonctionnent en effet de concert, l’une soutenant et compensant l’autre. L’exaltation de la mémoire de la Shoa vient authentifier la moralité et la pureté de l’accusation disproportionnée d’Israël que j’ai analysée dans mon précédent blog (3). C’est ce qui explique pourquoi il est impérieux pour cette idéologie que cette mémoire soit sacralisée et défendue scrupuleusement contre ses négateurs. Elle exalte un peuple mort pour mieux accabler un peuple vivant.

Car ce qui est en question de façon implicite dans cette posture c’est le destin et la condition des Juifs comme peuple. La Shoa les a détruit en masse et ils y ont connu un destin collectif qui tranchait sur leur condition de citoyens individuels. Ce que symbolise Israël pour tous les Juifs du monde et aux yeux du monde, c’est la résurgence positive et affirmative d’un destin collectif juif, politique et non pas mémoriel. C’est là que situe l’enjeu de l’hostilité, unique au monde, envers Israël aujourd’hui. On dénie aux Juifs la légitimité de leurs attributs de peuple souverain dans l’État d’Israël au nom de la célébration d’un peuple mort dans les camps.

L’exaltation de la mémoire est devenue un élément capital pour éviter que l’hostilité disproportionnée envers Israël ne soit tenue pour antisémite. Les critiques virulentes envers l’extrême droite, le négationnisme, etc, quand elles sont couplées avec l’hostilité envers Israël ont pour finalité systémique d’assurer cette défense (4).

J’analyse ici un phénomène idéologique, c’est à dire à un processus dont les acteurs sociaux qui en sont parties prenantes sont totalement inconscients et qu’ils ne maîtrisent pas, voire qu’ils dénieraient avec vigueur si il leur était dévoilé. Le partage des domaines auquel ils se livrent généralement pour se justifier vise à brouiller les pistes : la critique d’Israël serait la critique de la politique d’un gouvernement et n’aurait rien à voir avec les Juifs ou la Shoa. C’est un argument dilatoire car cette critique est à nulle autre pareille pour aucun autre État dans le monde, et déjà, en l’occurrence, pour un mouvement de type fasciste comme le Hamas. Elle falsifie les données de la situation et néglige tout un ensemble d’aspects quand elle ne manipule pas le récit des événements de toutes sortes de façons qu’il est possible de démontrer et prouver par A+B. Ce qui est en jeu, c’est la légitimité de l’existence d’un peuple juif, qui implique celle de se défendre contre un ennemi invétéré.

La logique que je tente ici de porter au jour n’a elle même rien à voir avec le fait qui est à l’origine du scandale qui nous préoccupe, à savoir la déclaration négationniste de l’evêque intégriste ou la réaction des chrétiens, si ce n’est à un second degré si l’on se souvient que le symbole de la Shoa, tel qu’il est en usage aujourd’hui, désigne, dans la novlangue du politiquement correct, le peuple juif (assigné en l’occurrence à un destin de victime). Or, cette question du peuple, de la continuité de l’«Israël selon la chair » (le peuple juif) malgré l’avènement de « l’Israël selon l’esprit » (5) (le peuple chrétien) a joué un grand rôle dans l’antijudaïsme de l’Église. En tenant ces propos, l’évêque intégriste était conséquent avec son choix théologique. Si l’Église l’entérine, c’est la même régression qui est signifiée, alors que Vatican II avait proclamé l’intention de modifier cette donne originelle du christianisme. Le négationnisme iranien s’inscrit également dans cette perspective. Ahmadinejad a très bien compris le système symbolique de l’Occident contemporain : en niant la Shoa, il veut dire qu’il n’y a pas de peuple juif et c’est pour lui la meilleure façon de saper la légitimité d’un État d’Israël, l’expression la plus forte aujourd’hui d’un peuple juif. Quand le site de la conférence de sécurité de Munich réécrit le discours du président de l’assemblée nationale iranienne en en supprimant le passage sur la Shoa, c’est aussi dans cet esprit là.

Ajoutons une autre dimension comparative qui met mieux en valeur la réalité du phénomène que nous analysons. Que pèse la moralité de la réprobation universelle du pape comparée au silence total sur les discours du plus pur antisémitisme proférés chaque jour dans le monde arabo-islamique ? On n’en fait même pas mention au point que le citoyen lambda ne sait même pas qu’ils existent, et avec quelle puissance ! Qui s’est scandalisé de ce que les autorités de l’islam français n’aient pas prononcé la moindre condamnation des actes antisémites qui se sont produits en France dans la suite de manifestations meurtrières dans lesquelles la communauté musulmane a été absolument majoritaire ? Pas même les institutions juives promptes pourtant à condamner le Vatican. Qui s’est scandalisé du communautarisme virulent qui s’est manifesté alors ? Pire, qui s’est intéressé et scandalisé en France du retrait unilatéral des musulmans du « dialogue judéo-musulman » ? C’est à peine si la nouvelle fut mentionnée. C’est l’indice que l’on a jugé qu’elle était justifiée et compréhensible. Mais sur le pape, on peut tirer à boulets rouges ! On ne craint rien ! Indépendamment de la critique que l’on peut faire de la décision théologico-politique du pape, on constate ici la propension de l’Occident à se retourner contre lui même plutôt que contre l’islamisme.

Il est attristant de constater que les institutions juives s’inscrivent dans ce jeu symbolique et accréditent l’idée que la mémoire de la Shoa, dans l’usage que nous avons analysé, constitue effectivement l’unique priorité du peuple juif au moment même où c’est la légitimité de son existence qui est en jeu. La défaite en rase campagne de leur politique qu’elles ont subi ces dernières semaines avec le retrait unilatéral des musulmans du « dialogue judéo-musulman » n’est que le premier signe de leur déclin. On les retrouve, le 11 février 2009, dans la dénonciation avec le CFCM des propos de Le Pen à Marseille. En dehors du caracrtère effectivement raciste de ces propos, il faut souligner que cette condamnation, elle aussi, « ne mange pas de pain ». Elle s’insère dans le politiquement correct et la confusion des choses. Nous n’avons jamais entendu le CRIF rappeler à l’ordre le CFCM pour n’avoir pas condamné les manifestations antisémites et les désécrations de synagogues récentes. Par contre ses déclarations sur le pape ont été très relayées.

La critique du pape joue ainsi un rôle idéologique bien précis : elle retourne contre soi une critique qui aurait dû concerner les autorités silencieuses ou vociférantes de l’islam, tout comme la critique d’Israël retourne contre Israël la critique que le Hamas et l’islamisme méritent. Plus l’occultation du réel est épaisse, plus l’excès de la critique envers Israël est abusif et constitue le vrai scandale moral. Au fond la critique unilatérale d’Israël participe de ce même syndrome d’autodestruction de l’Occident. Morale, que de bassesses commet-on en ton nom !

Notes
(1) En fait libéré dans le cadre d’une avancée des armées alliées et pas d’une opération spécifique et expresse
(2) Cf. mon livre Les frontières d’Auschwitz, les dérapages du devoir de mémoire, Hachette Livre de Poche, Biblio-Essais, 2005
(3) En fait les bénéficiaires objectifs de la « mémoire de la Shoa » sont les Palestiniens.
(4) C’est ce qui explique que les tenants de cette idéologie sont congénitalement aveugles à l’antisémitisme islamique et à celui de l’extrême gauche. La menace ne peut venir que de la droite...
(5) Dans le jeu de chaises musicales de cette idéologie, ce sont les Palestiniens qui représentent l’Israël selon l’esprit face à l’Israël selon chair de la Shoa (chair cadavérique, relique sacrée, c’est la différence par rapport au passé lorsque la chair était maudite et corrompue)




15/2/2009
Tribune libre parue dans Le Monde

Indignité, par Samuel Pisar


On voudrait pouvoir se dire que la liberté d'expression ne doit servir qu'à enrichir la connaissance des hommes et à améliorer leur mutuelle compréhension. Malheureusement, elle sert parfois aussi à colporter quelques ignominies, comme cette lettre ouverte au président d'Israël, "Effacez le nom de mon grand-père à Yad Vashem", que vous avez estimée digne de vos pages (Le Monde du 28 janvier).

Voilà donc un militant illuminé, mordu par on ne sait pas quelle forme d'extrémisme, qui s'arroge le droit de profaner les inscriptions des victimes de la Shoah, y compris celles de sa propre famille, honorées, comme cela leur est dû, à l'Institut Yad Vashem de Jérusalem. Au-delà du fait que les obsessions personnelles sur le conflit israélo-palestinien qu'il cherche à promouvoir sont fallacieuses, pour ne pas dire pathologiques, et que cette distorsion de l'histoire ne mérite pas de réponse, il m'est paru indispensable d'affirmer clairement que toute tentative de mêler le plus important mémorial aux morts de la Shoah à des fins politiques ou idéologiques est insupportable.

Sans vouloir entrer dans la polémique, je voudrais rappeler que ce mémorial a été fondé en 1953 avec pour mission essentielle de commémorer les martyrs et les héros de l'Holocauste, maintenir leur mémoire, et honorer les Justes parmi les nations. Préserver l'identité de millions d'êtres humains exterminés dans la plus grande catastrophe jamais perpétrée par l'homme contre l'homme est à la fois un devoir sacré et le seul moyen de donner une sépulture morale à tous ceux qui ont disparu sans tombe ni stèle. Qui n'a pas vu à Yad Vashem, les yeux embués de larmes, vaciller les flammes du pavillon consacré à l'hommage envers un million et demi d'enfants assassinés, n'a pas ressenti l'indicible émotion de ce lieu ? Des chercheurs et des enseignants de toutes confessions et de toutes nations viennent y accomplir leurs travaux sans autre but que la mise au jour de la vérité. Dans tous les pays de l'Europe, et notamment en France, il y eut des non-juifs qui ont mis en danger la liberté et la vie de leurs familles afin de porter secours, ouvrir leur foyer et leur coeur, pour sauver des juifs promis a l'extermination dans un monde indifférent. Retrouver leur trace et inscrire leurs noms dans l'Allée des Justes parmi les nations est sans doute notre travail le plus porteur d'espoir.

Pour moi, d'abord administrateur de Yad Vashem Jérusalem, puis président fondateur de son Comité français, ce devoir a acquis une importance capitale, parce qu'après la destruction de ma famille immédiate en Europe de l'Est, sa branche française a été sauvée par les villageois de Chambon-sur-Lignon, pasteur en tête, tous reconnus Justes parmi les nations. Et parce qu'une certaine décomposition morale de la vie contemporaine démontre qu'il manque des Justes dans notre monde à nouveau enflammé - des Justes chrétiens, des Justes musulmans, et, oui, des Justes juifs également. Cette action, que nous avons menée au sein du Comité français pour Yad Vashem, moi-même et mon successeur Richard Prasquier, avec Simone Veil, Elie Wiesel, David de Rothschild, Ady Steg et quelques autres, je la vois non seulement comme l'expression d'une grande dette envers ces êtres rares et exemplaires, mais aussi comme la reconnaissance de leur apport précieux à l'humanité, dont la jeunesse a besoin pour le présent et pour demain.

Voilà, véritablement et exclusivement, quelles sont nos vocations. Il n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais, de place à Yad Vashem pour une quelconque argumentation politique ou idéologique, et encore moins démagogique. Toute tentative d'instrumentaliser cette institution sacrée et respectée constitue une trahison envers les morts et les vivants. Elle est donc tout simplement indigne.

Samuel Pisar est avocat international, rescapé d'Auschwitz et président-fondateur du Comité français pour Yad Vashem.



29/1/2009

Le concept de "pogrom médiatique"

Par Shmuel Trigano


Le concept de « pogrom médiatique », malgré sa tonalité critique virulente, pourrait bien avoir une valeur heuristique intéressante pour comprendre certains des effets de la guerre de Gaza sur les pays d'Europe de l'Ouest et tout spécialement la société française. Il ne faudrait bien sûr pas l'entendre dans sa portée idéologique mais sociologique. A quoi a-t-on assisté en effet avec la guerre de Gaza, comme avec la précédente guerre du Liban, ou la deuxième Intifada, sinon à un épisode d'extrême violence symbolique envers Israël, particulièrement effervescent par son émotionnalité, la virulence radicale de la condamnation, la stigmatisation, l'unanimité étrange d'un bout à l'autre du spectre politique ? Le pogrom était un bref embrasement d'une population qui dévastait le quartier juif et tuait les Juifs. Point n'est le cas, heureusement mais, de fait, les Juifs se sentent déshonorés, méprisés, abandonnés, exclus, isolés dans leur environnement. Comme s'ils avaient été roués de coups réels. Ils le sont, certes, d'une certaine façon, par les agressions dont ils ont été la cible. Le passage du symbole à l'acte s'est produit à travers de grandes et violentes manifestations, répétitives, organisées selon un plan manifestement prémédité d'envergure nationale, visant à créer une atmosphère d'émeutes. Des actes d'agression ont été perpétrés contre des Juifs mais c'est surtout leur personne symbolique qui a reçu des coups. La dignité et l'image de soi font aussi partie de la personne humaine qui n'est pas seulement corporelle. C'est elle qui a été la cible du pogrom médiatique. Et les traits qui l'ont frappée sont d'un genre unique. La morale et l'humanitarisme ont été fourbis comme des armes. Propres. Morales. Totales. Le discours de la cruauté d'Israël, mis en scène par le Hamas et les télévisions arabes, a été asséné soir et matin en crescendo de l'appel fébrile à sauver un peuple d'un génocide. A Gaza il n'y avait qu'une armée d'enfants, des hôpitaux, des réserves de vivres, des centrales électriques...

Nous touchons là à l'essence de la violence perpétrée sur la personne d'Israël. Elle est vertueuse ! Plus le souci des « enfants » et des « civils » est « disproportionné », plus fort et radical est le coup (symbolique) porté. Plus Israël est stigmatisé et diabolisé. Pour des motifs humanitaires ! Le coup est ainsi moral et « clean » car il frappe « à côté ».. L'iconisation quasi religieuse des enfants victimes vise à la déshumanisation des Juifs. Les téléspectateurs savent tout de telle ou telle famille palestinienne dont on leur raconte l'histoire humaine, très humaine. Ils savent tout des blessés, des enfants. Mais rien des individus israéliens, de leurs enfants, de leurs femmes, de leurs blessés. On ne voit sur les écrans que des tanks, des soldats, une armée. La société israélienne n'existe pas dans le regard des médias. Ce souci « humanitaire » s'inscrit très bien dans la perspective idéologique plus vaste qui sacralise la mémoire des Juifs morts au moment où l'on accable les Juifs vivants. On aura remarqué qu'au moment même où ils traînaient dans la boue Israël, sa cruauté, son racisme, les journalistes ont dûment condamné le pape pour avoir reconnu un évêque négationniste...Israël est sur la sellette mais il est clair que le traitement « disproportionné » dont il est l'objet concerne le Juif que l'on cible en lui, de façon détournée. Quel pays au monde s'attire en effet cette furie planétaire ? C'est une guerre de religion qui est ici à l'oeuvre et l'Europe s'y inscrit ouvrant la boite de Pandore de bouleversements qui la submergeront. La question juive est de retour, de façon inédite. Les événements consécutifs à Gaza, notamment en France, rééditent les troubles qui ont accompagné la deuxième Intifada. La récurrence du même phénomène confirme que la crise d'alors n'était point passagère. Cependant, aujourd'hui, on est en droit de se poser la question de savoir où elle conduit. Un pogrom symbolique est en soi sans grande gravité concrète, si ce n'est la déstabilisation et l'égarement des Juifs d'Europe. Il n'y a pas mort d'homme (sauf qu'il peut donner lieu à la tragédie d'un Ilan Halimi ou d'un Sébastien Sellam) mais mort d'images. Le pogrom symbolique recèle en lui la potentialité de développements graves. Il peut être la première étape de voies de fait, elles, bien réelles. Un mouvement social (et l'antisémitisme en est un) commence par une fiction (la cause palestinienne), qui substitue un objectif imaginaire à une réalité insupportable (les problèmes du monde arabe et des musulmans d'Europe). Puis cette fiction donne naissance à une mentalité qui prend le but substitué pour slogan, pour devenir un emblème autour duquel un nouvel ordre se structure et une organisation qui lui est dévouée apparaît. Aujourd'hui, la porte est ouverte à la troisième étape, celle de la cristallisation, avec la constitution d'une organisation quelconque qui pourra partir à l'assaut de sa cible. Nous entrons dans une phase dangereuse. La question est très concrète : à quand la prochaine explosion collective contre Israël ? Le prochain pogrom médiatique ? Et avec quelles conséquences concrètes sur la personne physique des Juifs ou d'Israël, dans l'arène planétaire ?





26/1/2009
Article paru dans l'Orient-Le-Jour


Pouvoirs de guerre, guerres de pouvoir

Deux guerres dévastatrices en l’espace de trois ans, deux performances d’inégale valeur militaire et obéissant néanmoins aux mêmes critères : on n’a pas fini de mettre en parallèle les équipées de ces deux H de choc que sont le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien.

Nombreuses sont les similitudes, mais aussi les différences. Et s’il ne fallait s’attarder ici que sur les premières, c’est la même et fort étrange conception des pertes et profits qui sauterait tout de suite aux yeux. Çà et là en effet, la même et stoïque impassibilité (je me retiens d’écrire indifférence) devant les terribles sacrifices consentis en termes de vies humaines, des vies dont les deux milices s’étaient bien cavalièrement arrogé la charge. Et ce sont les mêmes cris de victoire que motive la jubilation d’avoir soi-même survécu (mais à quel prix) au déluge de fer et de feu : je saigne donc je suis, Descartes lui-même n’y avait pas pensé...

Ce qui dérange et inquiète le plus cependant, c’est que le sombre message ne s’adresse pas seulement à un ennemi commun dont l’extrême barbarie n’a d’égal – leçon à suivre – que son souci maniaque des pertes israéliennes, et en particulier civiles. Toute cette somme de sacrifices, en effet, ce n’est pas sur les seuls autels de Palestine ou de Chebaa qu’elle est consentie : leur existence, c’est aussi, c’est peut-être surtout au plan domestique que ces deux mouvements de combat entendent l’affirmer et l’imposer, ne brandissant l’argument démocratique que pour mieux décider unilatéralement, souverainement, du sort de populations entières.

C’est fort de sa divine victoire de l’été 2006, une victoire fort controversée pourtant, que le Hezbollah, tout en étendant au domaine des télécommunications son infrastructure privée, était parti, les armes à la main, à la conquête du pouvoir central : pouvoir dont il s’est effectivement assuré, avec ses alliés, une part substantielle, à la faveur de cette minorité de blocage consacrée par la conférence interlibanaise de Doha. Empruntant le parcours inverse, c’est à la faveur d’un sanglant coup d’État contre l’Autorité autonome que le Hamas, régulièrement élu mais boycotté par la communauté internationale, a commencé par instaurer son dérisoire royaume de Gaza, rival de la préfecture de Cisjordanie ; il ne faisait ainsi en réalité que dépecer un peu plus encore la Palestine arabe, en prélude à une confrontation inégale avec l’État hébreu.

Le sang de la bataille n’est pas encore séché d’ailleurs que se poursuit ce sidérant duel entre les deux Palestine, l’enjeu le plus clair n’en étant autre que le pouvoir. Qui, de Hamas ou de l’Autorité Abbas, se taillera la part du lion dans le futur gouvernement d’union ; qui aura à gérer les donations arabes pour la reconstruction de Gaza : pour nous, Libanais, ces questions n’ont-elles pas un fâcheux air de déjà-vu ? Plus désagréable encore est-il de constater que Palestiniens et Libanais, les plus alphabétisés pourtant de tous les peuples arabes, les plus ouverts à la discussion, les plus familiers du libre-penser et du libre-parler, sont aussi les plus profondément divisés ; et par voie de conséquence, bien que dans des conditions différentes, les plus exposés, les plus vulnérables, les plus offerts, pourrait-on même dire, à la manipulation étrangère.

Aux sommets de Doha et de Koweït ont siégé des délégations palestiniennes différentes. Et en dépit des toutes récentes réconciliations entre Arabes, il est probable que chacun des axes régionaux va continuer de promouvoir ses propres poulains, en Palestine comme au Liban. Ici une promesse d’État gravement compromise par les luttes intestines, autant que par les diaboliques manœuvres d’Israël ; et là, un brouillon d’État, qui, après tant de misères, attend encore d’être consigné au propre.

Au seuil d’une ère de changement augurée par l’élection de Barack Obama, et que le monde appelle de tous ses vœux, que faisons-nous donc nous-mêmes pour commencer à changer ?

Issa GORAIEB




25/1/2009
Article paru dans le Figaro


L’inquiétante dérive antisémite de l’extrême gauche

Par Gilles William Goldnadel

Et si l’antisémitisme n’était pasl’apanage de l’extrême droite ? Tel est le point de vue du Président d'Avocats Sans Frontières et de France-Israël (1).


Le temps n'est pas encore venu de mesurer l'effet réel sur l'opinion de manifestations pro palestiniennes, souvent montrées comme représentatives de l'indignation publique à l'encontre de l'offensive israélienne à Gaza, mais qui, en réalité, ne font que refléter les progrès irrésistibles de l'islamisme en France. On ne peut, en tout état de cause, les considérer comme des démonstrations pacifiques de modération à l'aune de leurs slogans haineux et, parfois racistes, et de leurs débordements violents. C'est dans ce contexte peu rassurant qu'on doit méditer aujourd'hui sur l'évolution de l'extrême gauche et de son jeune représentant encensé par les médias qui, hier encore, soutenait la composante laïque du nationalisme palestinien mais qui, à présent, ne craint plus d'honorer de sa présence des cortèges où sont brandies les oriflammes islamo-fascistes du Hamas et du Hezbollah. De grâce, que ceux qui n'ont jamais ni soulevé ni foulé le moindre pavé pour protester contre le génocide islamiste au Soudan ou les massacres en Kabylie, autrement plus sanglants et moins complexes, nous épargnent les bruyantes indignations dont ils ont la magie. L'Histoire et la démographie peuvent, seules, expliquer le glissement stratégique qui vient d'être mûrement décidé.

Depuis toujours, la gauche de la gauche a montré une dilection particulière pour la partie censée la plus réprouvée du corps social. Au rebours, et quel que soit le contexte, sa détestation du nanti fantasmé lui a fait prendre des positions qu'elle a feint, par la suite, de regretter. C'est dans ce contexte idéologique délétère que, par exemple, les tenants de Jules Guesde ont considéré Dreyfus comme coupable. Le grand Jaurès lui même, aura mis bien du temps pour rejoindre le camp des dreyfusards. La semaine dernière, un important hebdomadaire de gauche s'étonnait de l'itinéraire vertigineux de Ramon Fernandez, passé de la gauche extrême à la Collaboration avec les nazis. Il aurait pourtant suffi de relire l'ouvrage magistral de Simon Epstein pour se souvenir qu'une grande partie des pacifistes militants des années 30 avait occupé quelque dix années plus tard les hôtels de Vichy, en agréable compagnie de la bonne vieille extrême droite antisémite.

Enfin, et depuis le mitan des années 70, la fascination de l’extrême gauche française pour la terreur antiétatique et anti-occidentale – et donc anti-israélienne –, n’est plus à établir : de Joëlle Aubron à l’éternel keffieh, au lyonnais Régis Schleicher et ses attentats contre les magasins juifs, jusqu’à la tendre rencontre entre le chérubin de l’anti-capitalisme et un certain Jean-Marc Rouillan. Quant à la démographie, il suffit d'observer son irrésistible évolution pour comprendre que les tenants d'un matérialisme dialectique peu porté sur des scrupules d'aristocrates regardent avec concupiscence, comme autant de nouveaux prolétaires à séduire, les multitudes encolérées. Et peu importe, dans cette occurrence, voiles, bourkas, et malédictions psalmodiées.

L'unique consolation de cette situation nouvelle – et pourtant encore trop peu critiquée par des médias idéologiquement indulgents et une gauche démocratique toujours aussi complexée – est que le principal facteur d'application de cette stratégie aura bien du mal désormais à contester l'existence d’une alliance objective rouge-vertbrun, alors que Front National et Ligue Communiste Révolutionnaire auraient pu échanger sans dommage leurs slogans antisionistes radicaux lors de cette décade prodigieuse. Puisse le ciel nous épargner dans les prochains jours des démonstrations lacrymales qui voudraient éteindre un feu qu’on sait aujourd’hui mortel et dont on vient d'attiser délibérément les brandons. L'auteur de ces lignes a usé beaucoup de son énergie ces dernières années à reprocher à sa communauté organisée d'origine d'avoir réservé son ostracisme à la seule extrême droite. Il serait aujourd'hui insensé de ne pas l'étendre à une extrême gauche au discours identique, mais à la
dangerosité sans commune mesure.

(1) Coauteur de « Conversations sur les sujets qui fâchent » avec Alexandre, Adler. Ed. J.C. Gawsewitch





21/1/2009
Article paru dans Le Monde


Le défi de l'après-Gaza

La bataille de Gaza s'achève, et il convient d'en dégager pour Israël quelques leçons et perspectives. D'abord, le gouvernement Olmert se sera mieux préparé et aura énoncé des buts de guerre moins irréalistes qu'en 2006 contre le Hezbollah ; cette fois, nul matamore promettant "l'anéantissement" de l'ennemi, mais un premier ministre se contentant de vouloir "casser les capacités offensives du Hamas" et empêcher son approvisionnement via l'Egypte.

De ce point de vue, et même si le groupe islamiste Hamas conserve le contrôle de Gaza et plusieurs centaines de roquettes et de missiles, l'offensive israélienne - peu coûteuse en hommes pour Tsahal mais destructrice pour l'ennemi combattant - peut être objectivement qualifiée de victorieuse.

Au-delà de la dimension militaire, le succès d'Israël réside surtout dans la démonstration de la solitude diplomatique du Hamas. Dès les premiers jours du conflit, les deux poids lourds du monde arabe, l'Egypte voisine et l'Arabie saoudite, critiquaient le groupe islamiste factieux. Comme la plupart des régimes arabes, Le Caire et Riyad sont en effet directement menacés par une opposition interne bâtie autour de la confrérie fanatique des Frères musulmans, dont le Hamas est précisément la branche palestinienne.

En outre, les Etats arabes sunnites y ont vu la main de la République islamique d'Iran et son pan-chiisme agressif. Solitude aussi en Occident, y compris à la tête de l'Union européenne, où l'on a laissé toute latitude à Jérusalem. Même la résolution onusienne 1860 du Conseil de sécurité pour un cessez-le feu fut votée, le 8 janvier, en des termes peu contraignants et renvoyant dos à dos les protagonistes, sur fond d'indifférence russe et chinoise.

Et pour cause. Le mouvement islamiste radical, rebelle à l'Autorité palestinienne depuis son putsch de juin 2007 à Gaza, est hors la loi internationale et admis comme terroriste par le Quartet (ONU, UE, Russie, Etats-Unis) pour avoir toujours rejeté les trois demandes suivantes : respecter les traités internationaux signés par l'OLP (dont les accords d'Oslo), abandonner l'usage de la violence et reconnaître Israël.

En outre, fidèle à sa politique du pire, il propulsait, en décembre 2008, plusieurs centaines de missiles en guise de non-prorogation de la trêve, et cela à quelques semaines du scrutin israélien de février. Mauvais remake de la vague d'attentats de février-mars 1996, dont la conséquence politique avait été la défaite du travailliste Shimon Pérès face au nationaliste Benyamin Nétanyahou, aux législatives du 29 mai. Et comment ne pas rappeler qu'en avril 1994 déjà, au meilleur du processus de pourparlers entre les équipes Rabin et Arafat, les premiers "kamikazes" du Hamas frappaient les civils - juifs et arabes - des villes de Galilée ?...

LE PIRE SCÉNARIO

Cela n'exonère pas pour autant Israël d'un devoir de pragmatisme : un succès militaire ne prend toute sa valeur qu'à une table de négociations, dans une perspective politique. Il ne s'agit pas d'y convier le Hamas, mais d'y accélérer les pourparlers avec l'Autorité palestinienne. A ce jour, l'aide internationale massive et la gestion rationnelle des territoires cisjordaniens par le gouvernement du courageux président Mahmoud Abbas ont permis d'éviter le naufrage, y compris au plus fort de la bataille de Gaza.
Mais cela pourrait ne pas durer et le pire scénario - pour Israël, la communauté internationale et, bien entendu, les Palestiniens - serait la chute de l'Autorité légale et légitime au profit d'une férule extrémiste. A contrario, progresser rapidement et résolument sur le chemin d'un accord de paix concrétiserait le succès militaire et diplomatique actuel.

Ces dernières années, l'absence de vision stratégique d'un leadership israélien médiocre n'a pas permis d'aboutir à des avancées notoires. Or, sans l'obtention de fruits substantiels, palpables par les Palestiniens de Cisjordanie, comment le chef de l'exécutif israélien pourrait-il confondre le jusqu'au-boutisme inconséquent du Hamas ? Sans résultats concrets en matière de souveraineté, comment convaincre les Palestiniens qu'en préférant la négociation à la guerre on obtient plus et mieux ? Question d'autant plus cruciale que les maîtres de Gaza menacent bien davantage l'Autorité palestinienne que l'Etat hébreu.

Violemment homophobes et misogynes, pourfendeurs délirants des "juifs, à l'origine de la Révolution française et des deux guerres mondiales", des "croisés", des "espions du Rotary Club, du Lion's Club et de la franc-maçonnerie" (cf. la Charte de 1988), les cadres du Hamas sont des fanatiques mais non des imbéciles, qui savent parfaitement ne pas pouvoir détruire "l'ennemi sioniste".

La guerre faite à Israël n'est qu'un moyen stratégique au service d'un unique objectif : la prise de pouvoir sur l'ensemble des populations et des territoires palestiniens. Certes, le gouvernement Olmert ne pouvait demeurer passif en arguant de ces subtilités aux habitants de Sderot, d'Ashdod ou de Beersheva quotidiennement visés par les missiles du Hamas. Reste qu'une hauteur de vue s'impose désormais et, avec elle, la nécessité de conforter politiquement l'Autorité palestinienne, partenaire unique et crédible du processus d'Annapolis. Après le scrutin du 10 février, il reviendra à Israël, authentique démocratie en guerre, de relever ce défi pour la paix.

Frédéric Encel, directeur de recherches à l'Institut français de géopolitique et à Sciences Po




20/1/2009

Obama est arrivé !

Non ! Cet homme n’est pas parfait, il manque d’expérience, il fume, ses origines familiales sont mélangées, pire encore, il est noir, pas très noir, mais noir.

En ce début du troisième millénaire, le voilà porté à la tête du pays le plus puissant du Monde par des élections démocratiques incontestées.
Les électeurs américains ne sont pas unis. C’est juste le contraire, à eux seuls ils représenteraient presque l’humanité dans sa diversité. Ils sont démocrates, républicains, noirs, blancs, jaunes, rouges, métis, latinos, italiens, irlandais, bisexuels, hétérosexuels, homosexuels, juifs de diverses obédiences, chrétiens d’églises multiples, musulmans et même polythéistes avec les bouddhistes, les taoïstes et autres religions asiatiques et africaines. Chacun revendique sa spécificité et exprime en même temps sa fierté d’être citoyen américain.

Cette étonnante diversité, ce « melting pot », a choisi Obama, personne ne conteste. Aujourd’hui, de l’autre côté de l’Atlantique, c’est donc un jour de fête. L’investiture de Barack Obama est porteuse du rêve américain, lui-même issu de la Révolution française, celui de la Liberté, de l’Egalité, et pourquoi pas de la Fraternité, le tout en plus, sous la protection de Dieu, God bless America.

Ailleurs, dans un autre quartier de notre village planétaire, d’autres personnes réfléchissent, militent, agissent, s’agitent, s’insurgent. Ils sont aussi plusieurs centaines de millions, des milliards, ils sont même majoritaires dans le village. Le sang qui coule dans leurs veines est le même. Ils vénèrent souvent un seul Dieu. Mais ils sont différents… Pardon, ils ne sont pas si différents. A regarder de plus près, ce sont leurs dirigeants qui sont différents, ceux-là ont compris la complexité de la démocratie et le gros avantage personnel qu’ils pouvaient tirer de la dictature fusse-t-elle religieuse ou idéologique. De Téhéran à Caracas, les dictatures sont très largement majoritaires dans notre village.

Les confrontations entre les démocraties et les dictatures sont permanentes. Mais les lieux et les époques varient. Les micro combats sont souvent des éléments apparents d’un combat plus global. Le conflit israélo-palestinien en est l’illustration. La guerre de Gaza n’aurait-elle pas un côté dérisoire ? 22 jours, sur quelques kilomètres carrés, un millier de morts, des objectifs partiellement atteints, les deux adversaires criant victoire…

Ballets diplomatiques, visites privées et conférences réunissent en ce moment les plus grands chefs d’état pour un conflit qui n’oppose que quelques millions de personnes dans une zone sans ressources naturelles, qui ne contrôlent aucun passage d’intérêt stratégique international.

Certes, les intérêts des Palestiniens et ceux des Israéliens méritent d’être défendus. Mais n’y a-t-il pas une disproportion (terme à la mode) entre ce conflit et les moyens médiatiques et diplomatiques mis en œuvre ?

Ce micro conflit n’est que la façade anecdotique du vrai conflit que chacun s’évertue à ne pas exposer.

Monsieur Obama, nous vous attendions. Vous êtes désormais l’homme le plus puissant de la planète, traitez ces questions à la bonne hauteur. Votre prédécesseur avait voulu entreprendre le combat apocalyptique entre les forces du bien et celles du mal. Ce fut difficile. À vous de nous trouver vite autre chose, à la hauteur du raisonnable et du possible. Nos micro problèmes seront alors réglés avec des solutions locales mises en place entre voisins qui, même sans amour, pourront enfin se parler.

Vous ouvrirez alors, cher Monsieur Obama, le troisième millénaire sur un avenir plein de joie de vivre ensemble. L’histoire n’oubliera pas.

Denis Aboab




14/1/2009
Paru dans Charlie Hebdo


Gaza : la colombe, le faucon et le vrai con

Dans le n°864 de Charlie Hebdo du mercredi 7 janvier 2009, Philippe Val, directeur de la rédaction signe un édito percutant sur le conflit qui oppose Israël à Gaza « Gaza : la colombe, le faucon et le vrai con ».
Philippe Val, « bien modestement et sans prétention » d’exhaustivité élabore une dizaine de points que l’on devrait prendre en considération « avant d’ouvrir les vannes des bons sentiments et des passions. »
Dans le premier point, Philippe Val se demande ce que les partis de gauche (PC, les Verts) ont de commun avec des mouvements religieux, racistes, millénaristes, apocalyptiques et totalitaires ? Selon l’auteur, « leur répugnance à se démarquer de tels compagnons de route relève soit de la bêtise, soit d’une démagogie qu’ils paieront cher. »
Dans le second point, le directeur de la rédaction de  Charlie-Hebdo rappelle que le Hamas tire des roquettes sur des populations civiles et prend en otages les populations dont il est censé défendre les intérêts. « Le terrorisme, les prises d’otages, les exécutions, la torture et la transgression spectaculaire des droits de l’homme s’affirment de nouveau comme des moyens légitimes au service de la bonne cause. »
Dans le troisième point, Philippe Val rappelle qu’Israël est « un des points d’incandescence du combat que mène l’intégrisme contre le reste du monde. »
Dans le point 4, il s’étonne et s’indigne : "tout incite à la compassion pour le peuple palestinien. Encore faut-il savoir ce que l’on veut. Israël ne pouvait laisser indéfiniment tirer des roquettes sur ses populations du Sud. Le Hamas craint qu’avec la venue de nouveaux acteurs, notamment Obama, des négociations aboutissent. Or le Hamas ne veut pas d’un Etat palestinien voisin  de l’Etat d’Israël. Il ne veut que la destruction d’Israël. Il y est encouragé par le soutien et l’aide de l’Iran, dont l’élaboration de la bombe atomique va de pair avec les discours d’Ahmadinejad menaçant Israël de destruction. »
Dans le point 5, le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo rappelle que la situation devient de plus en plus tendue pour Israël, y compris de l’intérieur : « les Arabes israéliens … se radicalisent, fragilisant dangereusement l’unité nationale. »
Dans le point 6, Philippe Val explique qu’Israël «  se trouve confronté à des mouvements transgressant les lois internationales » et dans le point 7, il rappelle comment « l’idée du ‘Grand Israël’ est désormais minoritaire » dans ce pays. Il ajoute que, si à chaque fois qu’Israël se retire des colonies ou de territoires conquis en 1967 des foyers de guerre et d’intégrisme s’installent, comment veut-on que des élections démocratiques portent au pouvoir des gouvernements israéliens qui prônent la continuation des retraits ? »
Dans le point 8, Philippe Val soutient que « toute guerre (certes) ignoble, mais elle est encore plus ignoble quand ses fins le sont aussi. Lequel des deux protagonistes envisage le meilleur avenir ? », s’interroge-t-il ?
Dans l’avant dernier point, il espère que les pays démocratiques sauront résister à leurs propres opinions publiques, de plus en plus révoltées par le sort des Palestiniens et hostiles à Israël.
Enfin, dans le point 10, il écrit sereinement : « face à cette violence, à ces souffrances, à ces imbrications d’intérêts humains qui ne répondent qu’épisodiquement à la raison, il faudrait proscrire les certitudes implacables. Nourrir en soi une part de doute, accepter qu’on ne comprend peut-être pas toutes les données du problème.»





13/1/2009
Paru dans l'Orient-Le-Jour


De Gaza à Beyrouth

Deux discours diamétralement opposés ; deux visions radicalement différentes des enjeux régionaux, et de l’homme ; deux approches politiques aux antipodes l’une de l’autre ; deux projets de société fondamentalement inconciliables… Au Liban, comme sur la scène palestinienne, des propos tenus ces derniers jours par des acteurs de la vie publique ont parfaitement illustré un tel antagonisme de plus en plus tranché.
Faisant preuve d’un indéniable sens des responsabilités face au drame de Gaza, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas déclarait sans ambages, samedi, à Charm el-Cheikh : « La résistance n’est pas une fin en soi (…). Si la résistance devait aboutir à l’annihilation du peuple (palestinien), nous n’en voulons pas. » Cette position audacieuse, accompagnée d’une réaffirmation de l’option stratégique de paix, contraste fortement avec le jusqu’au-boutisme aveugle des dirigeants du Hamas, qui, dès les premiers jours de l’offensive israélienne, affichaient leur détermination à poursuivre la lutte armée même au prix de la destruction de Gaza et de la perte de très nombreuses vies humaines. « Nous ne céderons pas, même si Israël annihile Gaza », déclarait Ismaïl Haniyeh, le soir des premiers bombardements israéliens. « De nouveaux martyrs et blessés pourront tomber, avait-il ajouté, le nombre d’orphelins et de mères éplorées augmentera, mais Gaza ne tombera pas. »
Au plan strictement libanais, la commémoration de la Achoura a fourni l’occasion d’illustrer un clivage existentiel tout aussi grave. Dans ses interventions retransmises sur écran géant, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, axait ainsi son propos sur les attaques soutenues contre l’Égypte, réaffirmant que l’option de la résistance populaire était la seule acceptable et soulignant – balayant ainsi de la main la table de dialogue sous l’égide du chef de l’État – que les événements de Gaza et l’expérience de la guerre de juillet 2006 avaient pratiquement clos le débat sur la stratégie de défense !

En clair, le leader du parti chiite mettait une fois de plus en relief ses orientations supranationales, plaçant le Liban au cœur d’une vaste et implacable confrontation jusqu’au-boutiste régionale et internationale, aussi bien politique que militaire, ayant Téhéran comme catalyseur et faisant fi (par essence) des intérêts spécifiques et des réalités particulières du pays du Cèdre.
À l’opposé, une autre commémoration de la Achoura, celle d’un courant chiite libaniste et souverainiste (l’Option libanaise d’Ahmad el-Assaad), était marquée par un discours reflétant une vision radicalement différente de l’enjeu proche-oriental, du rôle et de la mission du Liban, des valeurs humaines, de la vie, de l’homme… « Nous sommes des chiites libanais dont l’allégeance et l’appartenance vont au Liban uniquement, déclarait Ahmad el-Assaad. (…) Il faut que l’État soit le détenteur exclusif de la décision de guerre et de paix. » Et de prôner une « résistance culturelle et sociale, fondée sur le savoir, la connaissance, la science et l’éducation, comme l’aurait voulu l’imam Ali, et dans l’esprit de l’imam Moussa Sadr et de l’imam Mohammad Mehdi Chamseddine ». Et de souligner aussi que « la véritable pensée chiite est celle de l’ouverture sur toutes les civilisations, y compris sur l’Occident ».
De tels propos reflètent une culture de paix qui n’est pas sans rappeler le discours de paix tenu aussi par Mahmoud Abbas. Ils rejoignent également l’esprit de la conférence internationale sur le dialogue des religions et des civilisations, qui s’est tenue récemment à New York, à l’initiative du roi d’Arabie saoudite et à laquelle a participé le président Michel Sleiman.
En réalité, le Liban et l’ensemble de la région du Moyen-Orient sont confrontés aujourd’hui à deux projets politiques géostratégiques, deux projets de société, que rien, ou très peu de choses, ne rassemble. L’un place l’homme (dans toute sa dimension), l’ouverture sur l’autre, le dialogue, la culture de la paix, les valeurs humanistes, les pratiques démocratiques au cœur de ses options fondamentales. Et le second ne perçoit le monde, la chose publique, la politique, les enjeux de société que sous l’angle d’un bras de fer militaire avec Israël, ou politique avec la plupart des pays arabes et le monde occidental, États-Unis en tête. Ce projet, piloté par l’axe syro-iranien et ayant pour principaux instruments le Hezbollah et Hamas, est celui de la confrontation globale et ouverte… Sans horizons. Une telle vision a d’ailleurs été explicitement évoquée par le président du Conseil supérieur de la Sécurité nationale en Iran, Saïd Jalili, lors de sa récente visite à Beyrouth. « La scène internationale, a-t-il déclaré sur ce plan, est divisée aujourd’hui en deux fronts. Le premier regroupe toutes les masses de par le monde, abstraction faite des divergences ou des dissonances religieuses, communautaires, nationales ou ethniques. Ce front humanitaire et populaire a un seul souci, celui d’exprimer sa sympathie à l’égard des opprimés qui sont la cible d’attaques sauvages. Quant au front adverse, il regroupe des personnes, des courants, des gouvernements et des régimes qui ont recours aux plus hautes instances et organisations internationales, sous le couvert des droits de l’homme, dans le but de régler les problèmes. »
Confrontation globale et sans horizons v/s culture du dialogue et de la paix : l’alternative ne se pose donc pas uniquement au Liban, mais également à l’échelle de la région. Rien d’étonnant de ce fait que les alliés les plus fidèles de la Syrie et de l’Iran aient formulé de sévères critiques à l’égard de la conférence de New York sur le dialogue des civilisations, sans épargner au passage le président Sleiman pour sa participation à cette rencontre. Quant au plan strictement local, le clivage suscité par cette alternative s’approfondit de jour en jour, depuis près de trois ans, sous les coups de boutoir successifs du Hezbollah. À la faveur des prochaines échéances qui pointent à l’horizon, il reviendra aux Libanais de faire leur choix. Un choix de société, en tous points historique.

Michel Touma





11/1/2009
Paru dans le Point


Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy - Libérer les Palestiniens du Hamas
   
N'étant pas un expert militaire, je m'abstiendrai de juger si les bombardements israéliens sur Gaza auraient pu être mieux ciblés, moins intenses. N'ayant, depuis des décennies, jamais pu me résoudre à distinguer entre bons et mauvais morts ou, comme disait Camus, entre « victimes suspectes » et « bourreaux privilégiés », je suis évidemment bouleversé, moi aussi, par les images d'enfants palestiniens tués.
 
Cela étant dit, et compte tenu du vent de folie qui semble, une fois de plus, comme toujours quand il s'agit d'Israël, s'emparer de certains médias, je voudrais rappeler quelques faits.
 
1. Aucun gouvernement au monde, aucun autre pays que cet Israël vilipendé, traîné dans la boue, diabolisé, ne tolérerait de voir des milliers d'obus tomber, pendant des années, sur ses villes : le plus remarquable dans l'affaire, le vrai sujet d'étonnement, ce n'est pas la « brutalité » d'Israël-c'est, à la lettre, sa longue retenue.
 
2. Le fait que les Qassam du Hamas et, maintenant, ses missiles Grad aient fait si peu de morts ne prouve pas qu'ils soient artisanaux, inoffensifs, etc., mais que les Israéliens se protègent, qu'ils vivent terrés dans les caves de leurs immeubles, aux abris : une existence de cauchemar, en sursis, au son des sirènes et des explosions-je suis allé à Sdérot, je sais .
 
3. Le fait que les obus israéliens fassent, à l'inverse, tant de victimes ne signifie pas, comme le braillaient les manifestants de ce week-end, qu'Israël se livre à un « massacre » délibéré, mais que les dirigeants de Gaza ont choisi l'attitude inverse et exposent leurs populations : vieille tactique du « bouclier humain » qui fait que le Hamas, comme le Hezbollah il y a deux ans, installe ses centres de commandement, ses stocks d'armes, ses bunkers, dans les sous-sols  d'immeubles, d'hôpitaux, d'écoles, de mosquées-efficace mais répugnant.
 
4. Entre l'attitude des uns et celle des autres il y a, quoi qu'il en soit, une différence capitale et que n'ont pas le droit d'ignorer ceux qui veulent se faire une idée juste, et de la tragédie, et des moyens d'y mettre fin : les Palestiniens tirent sur des villes, autrement dit sur des civils (ce qui, en droit international, s'appelle un « crime de guerre ») ; les Israéliens ciblent des objectifs militaires et font, sans les viser, de terribles dégâts civils (ce qui, dans la langue de la guerre, porte un nom-« dommage collatéral »-qui, même s'il est hideux, renvoie à une vraie dissymétrie stratégique et morale).
 
5. Puisqu'il faut mettre les points sur les i, on rappellera encore un fait dont la presse française s'est étrangement peu fait l'écho et dont je ne connais pourtant aucun précédent, dans aucune autre guerre, de la part d'aucune autre armée : les unités de Tsahal ont, pendant l'offensive aérienne, systématiquement téléphoné (la presse anglo-saxonne parle de 100 000 appels) aux Gazaouis vivant aux abords d'une cible militaire pour les inviter à évacuer les lieux ; que cela ne change rien au désespoir des familles, aux vies brisées, au carnage, c'est évident ; mais que les choses se passent ainsi n'est pas, pour autant, un détail totalement privé de sens.
 
6. Et quant au fameux blocus intégral, enfin, imposé à un peuple affamé, manquant de tout et précipité dans une crise humanitaire sans précédent (sic), ce n'est, là non plus, factuellement pas exact : les convois humanitaires n'ont jamais cessé de passer, jusqu'au début de l'offensive terrestre, au point de passage Kerem Shalom ; pour la seule journée du 2 janvier, ce sont 90 camions de vivres et de médicaments qui ont pu, selon le New York Times , entrer dans le territoire ; et je n'évoque que pour mémoire (car cela va sans dire - encore que, à lire et écouter certains, cela aille peut-être mieux en le disant...) le fait que les hôpitaux israéliens continuent, à l'heure où j'écris, de recevoir et de soigner, tous les jours, des blessés palestiniens.
 
Très vite, espérons-le, les combats cesseront. Et très vite, espérons-le aussi, les commentateurs reprendront leurs esprits. Ils découvriront, ce jour-là, qu'Israël a commis bien des erreurs au fil des années (occasions manquées, long déni de la revendication nationale palestinienne, unilatéralisme), mais que les pires ennemis des Palestiniens sont ces dirigeants extrémistes qui n'ont jamais voulu de la paix, jamais voulu d'un Etat et n'ont jamais conçu d'autre état pour leur peuple que celui d'instrument et d'otage (sinistre image de Khaled Mechaal qui, le samedi 27 décembre, alors que se précisait l'imminence de la riposte israélienne tant désirée, ne savait qu'exhorter sa « nation » à « offrir le sang d'autres martyrs »-et ce depuis son confortable exil, sa planque, de Damas...).
 
Aujourd'hui, de deux choses l'une. Ou bien les Frères musulmans de Gaza rétablissent la trêve qu'ils ont rompue et, dans la foulée,déclarent caduque une charte fondée sur le pur refus de l'« entité sioniste » : ils rejoindront ce vaste parti du compromis qui ne cesse, Dieu soit loué, de progresser dans la région-et la paix se fera. Ou bien ils s'obstinent à ne voir dans la souffrance des leurs qu'un bon carburant pour leurs passions recuites, leur haine folle, nihiliste, sans mots-et c'est non seulement Israël, mais les Palestiniens, qu'il faudra libérer de la sombre emprise du Hamas.
 



9/1/2009

Pour bien comprendre la situation au Moyen-Orient

Pendant quelques instants, envisagez la situation suivante : à partir de Larouche et de St-Bruno, une organisation terroriste lance sur Alma, quotidiennement, des dizaines de roquettes et de missiles et cela, pendant des années. Et ces engins meurtriers sont tirés à l'aveuglette. Ils peuvent tomber n'importe où : sur un centre d'achat, sur une école, sur des résidences, sur une église. N'importe où! Les citoyens d'Alma, vivant dans l'angoisse, sont sans cesse sur le qui-vive, ne disposant que de quelques secondes pour se terrer dans des abris. Comment réagiraient les gens de la communauté agressée? Ils réclameraient avec force des actions pour mettre un terme à ces tirs de roquettes et pour mettre hors d'état de nuire l'organisation terroriste responsable de ces agressions aveugles et répétitives sur des civils innocents.

Vous comprenez que j'imagine cette situation simplement pour illustrer, à partir de chez nous, ce qui se passe dans les territoires israéliens longeant la bande de gaza. Depuis des années, les villes proches de ce que certains appellent le Hamastan, sont la cible des terroristes jihadistes lanceurs de missiles du Hamas et du Jihad Islamique. Plus de 6500 missiles et roquettes ont été tirées sur Israël depuis le retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza à l'été 2005. Alors, il était donc pleinement justifié de la part de l'État d'Israël de déclencher une offensive militaire ( toujours en cours présentement ) avec comme objectif d'éradiquer de la bande de Gaza les brigades terroristes infectées jusqu'à la moelle par la haine des Juifs et des valeurs dont ils sont porteurs ( démocratie et liberté ). Et cette action de Tsahal ( l'armée israélienne ) est sans conteste de l'ordre de la légitime défense. Il ne faut pas encore une fois confondre l'agresseur et l'agressé.

Malheureusement, les médias, plusieurs gouvernements, certains partis politiques, la gauche et l'extrême-gauche, tous les groupuscules d'agitateurs plus ou moins antisémites et la nébuleuse des groupes musulmans à l'œuvre dans les sociétés occidentales sombrent encore une fois dans la mauvaise foi outrancière et la propagande obscène en victimisant le Hamas et en diabolisant Israël. Comment des occidentaux peuvent-ils sincèrement en arriver à soutenir une organisation, le Hamas, dont l'antisémitisme ( la haine pathologique du Juif ) constitue le cœur de sa doctrine politico-religieuse et dont l'objectif proclamé ( il faut lire sa charte ) est la destruction de l'État démocratique d'Israël? Comment peut-on se prétendre démocrate et attaché à la liberté de même qu'aux droits fondamentaux de la personne et, en même temps, donner son appui aux nazislamistes  du Hamas? Contradictoire et incompatible! Un pareille attitude ne peut s'expliquer que par le fait que ces défenseurs du Hamas sont, soit ce que Lénine appelait des « idiots utiles » ( idiots parce que ne prenant pas la mesure exacte de la nature fondamentalement terroriste du Hamas et utiles parce que devenant un rouage de la machine de propagande et de désinformation des islamo-fascistes ), soit tout simplement des zélateurs lucides de l'islamisme totalitaire, obscurantiste, terroriste et barbare qui ravage la planète entière. Je crois cependant que dans les manifestations qui se multiplient en appui au Hamas, les idiots utiles sont plus nombreux.

Évidemment, à chaque fois qu'Israël décide de se défendre, les chefs d'État frileux et lâches nous ressortent la vieille rengaine sur la « riposte disproportionnée » de l'État Hébreu, pendant que les idiots utiles et les suppôts de l'islamisme, le keffieh enroulé autour du cou, hurlent « au génocide » et au « massacre ». Alors, disproportionnée l'action de l'armée israélienne? Bien au contraire. Les attaques sont ciblées avec précision : dépôts d'armes, tunnels de contrebande, caches de terroristes, édifices du Hamas, sites de lancement de missiles. En fait, si, vraiment, la riposte de Tsahal avait été disproportionnée, toute la bande de Gaza serait déjà en ruines et en cendres.

Malheureusement, mêmes ciblées, les actions de l'armée israélienne causent parfois la mort de civils. Mais pourquoi? Parce que les nazislamistes utilisent systématiquement des civils comme bouclier humain. Tel ce chef de brigade du Hamas tué avec ses quatre femmes et ses enfants. Ce salopard est le seul responsable de la mort des siens. Mais il faut ajouter qu'après avoir servi de bouclier humain, les civils palestiniens morts deviennent des objets de propagande. On les exhibe à la télé pour stigmatiser les Israéliens comme « tueurs d'enfants ». C'est là le côté le plus ignoble et le plus répugnant de l'endoctrinement jihadiste.

Israël doit maintenant faire la besogne jusqu'au bout. Il ne doit pas se laisser distraire de ses objectifs par la chorale des pleureuses de gauche, des ennemis de l'Occident, des idiots utiles, des politiciens lâches et hypocrites ( tels Mammoud Abbas et Nicolas Sarkozy ) et des antisémites toutes catégories. La victoire d'Israël se doit d'être sans équivoque. Car n'oublions pas que la Hamas est le maillon d'une chaîne comptant le Hezbollah, la Syrie et l'Iran. Surtout l'Iran, qui s'apprête à se doter de l'arme nucléaire et qui projette de « rayer Israël de la carte». Il faut donc que la théocratie des Mollahs prenne acte sans le moindre doute possible que le droit de légitime défense d'Israël prévaudra face à toute autre considération. Et n'oublions pas également que le combat d'Israël pour sa survie, c'est aussi notre combat, c'est le combat de l'Occident tout entier. 

Jacques Brassard
Le Quotidien

 

7/1/2009
Paru dans le desinfos.com


A qui appartient la Palestine ?

Jacques Ellul* « Reforme » paru en septembre 1981

Je m'excuse d'encombrer les colonnes de « Reforme » en revenant sur la question de la Palestine, mais il est assez difficile de laisser passer certaines affirmations péremptoires. Je me bornerai à 6 remarques.
1. - Tout d'abord on ne peut tirer aucun argument des statistiques de l'époque ottomane et même de l'entre-deux-guerres : elles sont totalement fantaisistes. Pour la même année, les sources ottomanes varient de 300 à 650 000 habitants pour la Palestine, de 20 à 60 000 habitants pour Jérusalem. Allez donc faire des pourcentages de Juifs et d'Arabes là-dessus. A cela s'ajoute le fait de la grande quantité de nomades (bédouins) impossible à dénombrer. Mais ce que l'on sait, c'est qu'entre les deux guerres, s'il y a eu arrivée des Juifs dont on parle toujours, Il y a eu aussi une entrée massive d'Arabes en Palestine sous mandat britannique.

2. - Les Palestiniens n'existaient pas en tant que groupe s ignificatif, ethnique, culturel. Ils n'ont rien de commun avec des peuples comme les Kurdes, les Turcs, les Druzes, les Maronites qui sont une entité spécifique. Les Palestiniens étaient simplement des Arabes habitant en Palestine, et qui auraient pu, sans mal, habiter ailleurs, en Jordanie, en Syrie ou en... Arabie. On répondra que maintenant grâce à leur lutte, grâce à l'O.L.P., ils forment un peuple spécifique. Je veux bien, mais alors il faut appliquer le même critère aux Juifs, dont on dispose aisément. « Qu'ils retournent chez eux ! » Désolé ! Depuis 35 ans qu'ils luttent, ils forment un peuple, une nation, une réalité politique spécifique encore plus forte que celle des Palestiniens.

3. - « Il est évident que la Palestine appartient en droit comme en fait aux Arabes ». On croit rêver (il est vrai que dans « Le Monde » on a pu lire que les Palestiniens descendaient en droite ligne des Philistins, antérieurs aux Hébreux !) Car enfin comment les Arabes sont-ils venus en Palestine ? Ils sont tombés du ciel comme de bons anges ? En réalité ils se sont installés là par la guerre, la conquête, la violence, le massacre. Jusqu'à eux et que ce soit sous les Grecs, sous les Romains ou sous Byzance, la Palestine était d8 0abord peuplée de Juifs. Les Juifs ont été chassés par les Arabes. En face de cela les Juifs y sont revenus avec mandat international, rachat de terres, etc. Et, entre temps, la Palestine avait été sous des dominations multiples, française, ottomane, égyptienne, etc. Et il ne faut pas oublier que les Turcs ne sont pas des Arabes ! Il n'y a rien « d'évident » quant à la propriété des Arabes sur cette terre.

4. - Quoique cela soit très désagréable, et parmi les choses qu'il ne convient pas de dire, il faut rappeler que les Arabes de Palestine sous la haute direction du Grand Muphti de Jérusalem ont été des alliés décidés des nazis, ont reconnu le régime hitlérien et ont combattu les armées des nations antifascistes. On a admis que les peuples alliés aux nazis devaient être « punis... » mais il ne fallait pas, bien sûr, toucher aux Palestiniens !

5. - Jérusalem ville sainte... de tout le monde ! Il ne faut pas exagérer. Pour les Arabes elle est aussi, et accessoirement une ville sainte, bien après La Mecque et Médine. Pour les protestants, il n'y a pas de ville sainte ; pour les catholiques c'est d'abord Rome et secondairement Jérusalem. Il n'y a que pour les Juifs quE2elle soit une ville sainte, unique et absolue. L'histoire de « Jérusalem, ville sainte indispensable aux musulmans » est un pur argument ad hoc polémique.

6. - Enfin je voudrais rappeler comment la ville sainte fut traitée par les Arabes quand elle était sous domination jordanienne. Non seulement les Juifs de Jérusalem furent progressivement exclus de leur quartier où il était interdit de reconstruire les maisons juives en mauvais état. Mais entre cent autres, deux faits : il y a à l'est de Jérusalem le cimetière juif, le plus sacré de tous. Les Arabes en ont arraché les pierres tombales et ont construit avec des cabinets publics (je l'ai vu). Il y a un lieu où se situe la « Tombe du Jardin », où des fouilles archéologiques avaient découvert une tombe qui pourrait être le plus vraisemblable des sépulcres de Jésus. Les Arabes ont largement entamé ce lieu pour y construire une station d'autobus. Et finalement je ne cesserai jamais de dire que si les Palestiniens ont été très malheureux en tant qu'expulsés et personnes déplacées, ils partagent le sort de dizaines de millions ; y compris les Français d'Algérie.

Pourquoi seuls les Palestiniens provoquent-ils une telle passion, un tel amour, pourquoi sont-ils s euls comptés comme des « pauvres », des déshérités... ? Ce n'est pas la justice qui anime ces discours, mais la haine du Juif.

Jacques Ellul, théologien et philosophe d'origine juive, était protestant.






5/1/2009
Article paru dans Objectif-Info


Il n'y a pas d'alternative à la victoire
Joel Fishman

Quand on examine de façon rétrospective la première semaine de l'opération Plomb fondu, on observe un consensus aveuglant sur l'idée qu'on n'avait pas le choix de mener ou non cette guerre. Elle est le résultat des tirs incessants de missiles en provenance de Gaza, sur les villes, les villages et les kibboutz d'Israël. Au point où nous en sommes, il est clair qu'il ne s'agit nullement d'une campagne, mais d'une guerre dont les dimensions sont plus importantes que tout ce que l'on avait imaginé à ses débuts.

Puisque que les média focalisent leurs informations sur les événements en cours, il est utile d'envisager cette question dans une perspective plus large, d'un point de vue historique en s'interrogeant sur le but de la guerre, à savoir en quoi consiste la victoire.

On raconte l'histoire de ce vigneron italien, qui, sur son lit de mort, réclamait la présence de ses fils. Quand ils furent venus, il leur confia la leçon de sa vie. "Il n'est pas impossible, aussi, de faire du vin avec des raisins." La question actuellement la plus importante est de se demander pourquoi le gouvernement israélien a déclaré qu'Israël "combat pour parvenir à un meilleur accord de cessez-le-feu." Avons-nous oublié qu'on fait la guerre pour la gagner ? Apparemment, c'est le cas des gouvernements israéliens actuels comme de leurs prédécesseurs.

Ils ont oublié que le but de la guerre est la victoire, et accoutumé l'opinion à un substitut de cette dernière, de moindre qualité. La victoire signifie qu'Israël est en mesure d'imposer sa volonté au Hamas, à l'ennemi, et de provoquer un changement de régime s'il le désire. Un cessez-le-feu ne ferait que prolonger le conflit et donner l'assurance qu'un conflit armé surviendrait ultérieurement, à un coût plus élevé.

Le général Douglas Mac Arthur nous a laissé un enseignement. Dans son discours d'adieu aux cadets de West Point en mai 1962, il a déclaré : " Votre profession est le métier des armes, la volonté de gagner, la conviction que dans la guerre, il n'y a pas de substitut à la victoire, que si vous perdez la nation sera détruite...." Selon le théoricien prussien de la guerre, Karl von Clausewitz, la victoire est définie de la façon suivante : "....Si vous devez exercer la contrainte sur l'ennemi en lui faisant la guerre, il faut aboutir à ce qu'il en arrive à être littéralement sans défense pour établir votre ascendant ou du moins, il faut le mettre dans une position où ce risque devient probable pour lui. Il s'ensuit donc que ce qui est toujours le but de la guerre, c'est prendre le dessus sur l'ennemi, ou le désarmer, appelez cela comme vous le voulez." Le désarmement de l'ennemi est au centre du sujet. Et nous ne pouvons pas arrêter la pluie de missiles qui tombe sur Israël sans désarmer notre ennemi, le Hamas, et lui ôter les moyens de sa défense.

Il ne faudrait pas oublier que la première Intifada, qui a commencé en décembre 1987, utilisait des pierres pour le combat. Aujourd'hui, deux décennies plus tard, l'ennemi combat avec des missiles, des mortiers, des fusées et des armes automatiques, tandis que les Forces de Défense d'Israël utilisent des avions F16, des armements électroniques sophistiqués, des tanks et des engins blindés. En outre, la guerre terroriste a rompu le cours de la vie collective non seulement dans le centres de population proches de la bande de Gaza mais dans tout le sud du pays du fait de la portée croissante des missiles Grad. C'est un grand succès du point de vue de l'ennemi ! Toutefois, la situation pourrait être pire, parce que des armes nucléaires n'ont pas encore été introduites dans la région.

En 1988, Henry Kissinger conseillait à Israël d'interdire à la presse de vastes zones et d'écraser le soulèvement armé palestinien avec une poigne de fer. Quand il a donné ces conseils, les dirigeants juifs les ont divulgués dans la presse, et rétrospectivement il est évident que le gouvernement israélien a manqué à l'époque du courage et de la rapidité de décision rendus nécessaires par ce défi à sa sécurité. Nous pouvons également ajouter que, selon Kissinger, les conséquences sont identiques qu'un pays emploie peu ou beaucoup de force. Pour le même effort, on peut tout aussi bien assener un coup fatal.

Bien que cela semble superflu, il est clair que plusieurs hypothèses qui sous-tendaient la politique israélienne sont désormais discréditées. L'idée qui justifiait les accords d'Oslo selon le défunt Yitzhak Rabin, était que les "Palestiniens ne sont pas nos ennemis," et qu'il n'y avait donc pas de danger à passer toutes sortes d'accords avec eux. Quand les choses tournaient au vinaigre, le défunt premier ministre assurait à l'opinion qu'Israël disposait d'un avantage militaire tellement écrasant qu'il serait facile de revenir en arrière et de renverser le processus à volonté. La grêle de missiles sur le Néguev, et le grand nombre de pertes civiles israéliennes depuis le début du prétendu processus de paix, ont prouvé que le coût de ce jeu avec la paix a été élevé, que la mise augmente, et que les joueurs israéliens n'ont pas gagné le pot. Le temps est à présent venu pour des penseurs éclairés et réfléchis qui sauveront le pays des erreurs de ses chefs.

Le docteur Joel Fishman est membre du Jerusalem Center for Publics Affairs (Le CAPE), pour Makor Rishon - traduit par Objectif-Info


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