Mont du Temple : le statu quo en question

Depuis le 2 juillet 2014, les émeutes à Jérusalem sont quotidiennes et la violence dans les quartiers arabes gagne les esprits. S’agit-il d’une « révolte populaire » ? D’une nouvelle Intifada qui se focalise cette fois-ci sur le Mont du Temple, que les Musulmans appellent « l’Esplanade des Mosquées » ?  Assistons-nous à une « lutte armée à caractère religieux» ou à un combat politique et idéologique ? Il s’agit d’analyser comment arrêter le cycle de la violence et que faire pour préserver le statu quo. Mais d’ailleurs, le statu quo est-il vraiment en question ?

Voilà déjà quatre mois que des émeutes violentes se poursuivent dans les quartiers arabes qui jouxtent les habitations juives de la capitale. Des activistes du Hamas, du Fatah et du mouvement islamiste israélien dirigent ces émeutes. Le Hamas accorde un salaire à chaque manifestant. Les islamistes justifient leur présence contre les soi-disant « intentions de l’occupant de modifier le statu quo et permettre aux Juifs de prier » ainsi que pour éviter par tous les moyens «  la destruction de la mosquée al Aqsa ». Des accusations grossières et mensongères qui ne sont, hélas, pas nouvelles dans l’éventail d’injures fournies par les islamistes et les Palestiniens.

Jusqu’à ce jour plus de 12 000 incidents ont été enregistrés contre les forces de l’ordre : jets de pierres, bouteilles incendiaires,  feux d’artifice et trois « voitures bélier ».  Résultat : un millier de casseurs arrêtés et 300 inculpés. Cinq Juifs ont été tués, dont un bébé, et plusieurs blessés. Six Palestiniens ont été tués, l’un d’entre eux ayant été assassiné par des extrémistes juifs pour se “venger” de l’assassinat de 3 adolescents israéliens par des terroristes du Hamas.

Rappelons que, le 29 octobre 2014, un membre du Jihad islamique tente d’assassiner et blesse grièvement un activiste israélien, Yehouda Glick, militant depuis plusieurs années pour obtenir l’autorisation pour les Juifs de prier sur le Mont du Temple. A la suite de cet attentat, les autorités israéliennes ordonnent la fermeture de l’esplanade pour des raisons de sécurité et durant seulement 24 heures. Cette fermeture est la première depuis septembre 2000.  Il s’agissait à l’époque de protester contre la visite médiatique d’Ariel Sharon, alors membre de l’opposition, sur le Mont du Temple. Depuis, le site est toujours ouvert aux musulmans, et pour la prière du vendredi l’accès est en principe interdit aux personnes âgées de moins de 40 ans. Toutefois, de nombreux incidents opposent toujours des activistes palestiniens aux forces de l’ordre israéliennes.

Soulignons que le Mont du Temple est le lieu le plus sacré du Judaïsme, considéré comme le premier d’entre tous, et qu’il est seulement le troisième de l’islam sunnite, après La Mecque et Médine. Il est aussi appellé Mont Moriah (du nom du lieu du sacrifice d’Isaac par Abraham) ainsi que Mont de la Maison (de Dieu) (“Har ha bayit” en hébreu). En contrebas se trouve le Kotel (ou Mur des Lamentations), vestige du mur occidental du Second Temple de Jérusalem. Le Premier Temple a été construit par le roi Salomon et fut détruit en 586 avant l’ère commune ; le Second Temple, bâti par le roi Hérode, fut détruit en l’an 70 de notre ère. Depuis le 7ième siècle il est considéré par les Musulmans comme le « noble sanctuaire » (“al-Haram a-Sharif” en arabe), réunissant la mosquée al Aqsa et le dôme du Rocher.

Depuis le début du 20ième siècle, à l’époque du mufti Haj Amin el Husseini, et surtout après la réunification de Jérusalem en 1967, le Mont du Temple s’est transformé d’un simple lieu de pèlerinage et de prière, en symbole national-religieux et en plaque tournante des confrontations opposant le monde arabo-musulman au monde juif et à l’Etat d’Israël.

Soulignons aussi que le statu quo en vigueur depuis 1967 prévoit que les visiteurs non musulmans –  Juifs ou chrétiens – ont le droit de se rendre sur l’esplanade, mais pas d’y prier.

Lors de la signature du Traité de paix avec le roi Hussein en 1994, l’Etat juif a confirmé le Waqf dans ses fonctions et offert à la Jordanie le rôle privilégié de garante des Lieux saints musulmans dans de futures négociations de paix israélo-palestiniennes.

Cependant, l’Autorité palestinienne, par le biais de son ministère des Cultes (Waqf), a systématiquement érodé le rôle administratif assigné au Royaume hachémite de Jordanie comme gardien des Lieux saints musulmans sur le Mont du Temple de Jérusalem. En octobre 1994, l’Autorité palestinienne a même nommé son propre mufti en remplacement du candidat jordanien.

Bien que les Accords d’Oslo ont reconnu la juridiction israélienne sur Jérusalem, dans l’attente du statut permanent, l’Autorité palestinienne a élargi le contrôle religieux sur les Lieux saints à Jérusalem et a aménagé certains sites et terrains sur le Mont du Temple, en violation flagrante de ces accords.

Les inspecteurs de l’Autorité israélienne de la préservation des Antiquités  s’étaient vus refuser l’accès au Mont du Temple et n’ont reçu aucune information sur ce qui s(y tramait, notamment sur les risques que le Mur des Lamentations pourrait un jour s’effondrer. Cette situation anormale existe depuis de longues années.

La loi régissant le Mont du Temple est explicite en ce qui concerne la pleine juridiction de la loi israélienne sur le lieu car l’esplanade est située sur un  terrain qui fait partie de l’Etat d’Israël depuis l’unification de Jérusalem. Cette juridiction applique la loi israélienne sur Jérusalem-Est, et notamment le droit de planification et de construction ainsi que la loi sur les Antiquités. Rappelons que dès août 1967, le Mont du Temple et le Mur occidental ont été désignés comme des Antiquités inscrites au patrimoine, faisant partie intégrale de la Vieille Ville de Jérusalem et de ses environs. Conformément à l’article 29(A) de la loi sur les Antiquités, aucune mesure ne doit être effectuée, y compris des actions de construction, de démolition ou de terrassement, sans l’autorisation de l’Autorité des Antiquités.

Toutefois, des divergences énormes subsistent entre la loi  écrite et la réalité sur le terrain. Sur le Mont du Temple, les autorités israéliennes pratiquent avec le Waqf et les groupes islamiques la politique de la “carotte et du bâton”.

Le prix est parfois élevé, mais l’alternative serait une émeute tous les deux jours. La priorité absolue de l’Etat d’Israël sur le Mont du Temple est de préserver le calme car ce Lieu saint se situe sur un emplacement très sensible.

En septembre 1996, la situation a complètement changé avec l’ouverture de la sortie Nord du tunnel des Asmonéens, une extension du tunnel du Mur occidental. Suite aux émeutes, les inspecteurs de l’Autorité des Antiquités ont vu leur démarche limitée à des sentiers réservés aux touristes ; à savoir un accès partiel au site où il était interdit de prendre des photos. D’importants sites souterrains ont été traités par le Waqf comme sa propre priorité exclusive et furent interdits aux inspecteurs israéliens, notamment les Ecuries du roi Salomon, la vieille mosquée Al-Aqsa et la zone de la surface de la porte d’Or.

Depuis  le déclenchement de la seconde Intifada en septembre 2000, même cet accès partiel est interdit pour les inspecteurs. Le Waqf en a fermé l’entrée à tout Israélien qui souhaite se rendre sur le Mont du Temple.

Les dégâts causés aux vestiges du Mont du Temple sont considérables. Au cours de l’été 1999, le Waqf a entrepris des travaux de rénovation dans les galeries situées sous la mosquée Al-Aqsa. Le Waqf a longuement fouillé et fait des changements irréversibles, et les passages sont devenus partie intégrale de la nouvelle mosquée Al-Aqsa al-kadim.

En novembre 1999, le Waqf et le mouvement islamique israélien ont entrepris un énorme chantier au sud du Mont du Temple. Une fouille de 1600 m2 de surface et 15 mètres de profondeur a été entreprise. Les débris ont été chargés sur des dizaines de camions,  se débarrassant ainsi de milliers de tonnes de terre, riche en vestiges archéologiques de toutes les périodes. Les débris ont été déversés dans la vallée de Cédron et dans la décharge publique du village El-Azaria, situé près de Maale-Adoumim.

Dans ce chantier de fouilles, le Waqf a utilisé un équipement lourd, notamment des bulldozers, en violation des normes acceptées sur les sites archéologiques, et y a nettoyé et effacé toute trace des vestiges. Un véritable « crime archéologique » !

Depuis 2004, les archéologues israéliens fouillent  les décombres jetées par le Waqf  dans la vallée de Cédron. Le projet a été réalisé  non loin du campus de l’université hébraïque du Mont Scopus. Les archéologues en charge, aidés par des centaines de volontaires, ont retrouvé un véritable trésor : des objets préhistoriques de silex datant d’environ  10 000  ans, de nombreux fragments de poteries, un millier de pièces de monnaie antiques, de nombreux bijoux, divers matériaux dont des pendentifs, bagues, bracelets, boucles d’oreilles et perles ; des décorations vestimentaires, des amulettes, des jeux de dés en ivoire et en os et des morceaux de nacre et ivoire de meubles encastrés, des icônes et statuettes, des poids en pierre et métal, des armes et des munitions telles que des flèches et balles de mousquet, des brisures d’ustensiles en pierre et verre, des carrés de plancher et de mosaïque murales, des décorations de bâtiments, des gravures de mammifères et bien d’autres objets historiques.

De nombreux objets ont été trouvés appartenant à la fin de la période des rois de Judée (8ème et 7ème siècles avant l’ère commune), y compris la pierre de balance pour la pesée des poids d’argent. Le plus frappant a été de trouver un sceau imprimé de lettres en script hébreu ancien qui remonte aux derniers jours du Premier Temple.

Malgré les nombreuses requêtes juridiques déposées, principalement par le Comité pour la prévention de la destruction des antiquités sur le Mont du Temple, la Cour Suprême d’Israël n’est pas intervenue, même si les Juges de la Cour sont bien conscients que des groupes islamiques violent continuellement les lois régissant les constructions et les antiquités.

En août 2003, le gouvernement Sharon a commencé à réaffirmer les droits de l’Etat d’Israël sur le Mont du Temple par la réouverture de la zone à tous les visiteurs étrangers. Officiellement,  le Mont du Temple est soumis à la loi israélienne, alors qu’en réalité cette loi n’est toujours pas appliquée. Le gouvernement et la Cour Suprême acceptent ce fait accompli à cause du « caractère sensible, profond et religieux du site et de la crainte de violation de l’ordre publique ».

Dans ce contexte, le Waqf et les divers groupes islamiques profitent de la situation explosive et continuent à bafouer les lois en endommageant gravement les antiquités du Mont du Temple. Une situation intolérable pour la préservation du patrimoine.

Durant les émeutes des dernières années, les forces de l’ordre israéliennes ont évité de pénétrer dans la mosquée al-Aqsa. Les incidents violents des derniers jours et le refus du Waqf de tout dialogue constructif avec l’arrestation des casseurs ne pouvaient se poursuive. Le 5 novembre 2014, suite à un renseignement précis sur la présence d’un stock important « d’armes blanches », de pierres, et de bouteilles incendiaires, la police s’est trouvée dans l’obligation d’entrer de force dans la mosquée, arrêtant les insurgés et confisquant leurs armes.

Soulignons que l’Autorité palestinienne est également responsable de la dernière vague de violence. Les discours belliqueux et provocateurs du Président Mahmoud Abbas appelant « à éviter par tous les moyens l’accès à l’esplanade des Mosquées aux Juifs » en les traitants d’« impurs » a versé de l’huile sur le feu. Notons que les propos antisémites de Mahmoud Abbas ont été diffusés une vingtaine de fois à la télévision palestinienne. Une incitation pure et simple à la haine du Juif !

Les dernières émeutes ont soulevé, une fois encore, le débat sur l’avenir du statu quo au Mont du Temple.

Rappelons donc quelques faits historiques : Quelques heures seulement après la conquête de Jérusalem, en juin 1967, le ministre de la Défense de l’époque, Moshé Dayan, avait ordonné de plier le drapeau frappé de l’étoile de David qui flottait aux quatre vents sur le Mont du Temple et exigé des paras de Tsahal de quitter sans délai les lieux. Dayan a voulu à tout prix éviter que le conflit territorial et politique avec les Arabes ne se transforme rapidement en un affrontement religieux et une guerre totale avec tous les Musulmans. Il soulignait que l’Esplanade était pour les Musulmans un lieu de prière, tandis que pour les Juifs  elle représentait un site historique du patrimoine juif. Il appuyait son argument par le fait que des Grands rabbins en interdisaient l’accès selon la Halacha juive.

Dayan a donc établi un règlement de base qui servit durant de longues années de « feuille de route » pour maintenir le statu quo. En voici les points essentiels concernant le Mont du Temple:

  • Le Waqf sera chargé des affaires religieuses et administratives ;
  • Les Juifs ne seront pas autorisés à y prier mais pourront visiter l’Esplanade ;
  • La police israélienne sera chargée de la sécurité de tout l’ensemble sacré, et notamment des Lieux saints, des murailles et des portes qui les entourent ;
  • La souveraineté israélienne et la loi israélienne seront appliquées sur l’esplanade comme d’ailleurs sur l’ensemble de la ville de Jérusalem réunifiée ;
  • L’accès au Mont du Temple pour les Juifs et les touristes se fera uniquement par la porte des Maghrébins (ou porte des Immondices) tandis que les Musulmans entreront par tous les autres portes.

Depuis la publication de ce règlement, le Waqf a étendu les lieux de prières à toute l’esplanade pour en empêcher l’accès aux Juifs.

En observant au fil des ans la conduite du Waqf, nous constatons que la décision de Moshé Dayan fut une erreur historique colossale. Comment l’Etat juif a pu céder à une autre religion monothéiste concurrente l’exclusivité de la prière sur ce lieu le plus sacré du monde juif et du judaïsme?

Dans ce contexte, et suite aux accords de paix avec la Jordanie, le Royaume hachémite continue à jouer un rôle considérable sur le terrain. Les salaires des employés du Waqf sont payés par lui et l’influence du roi sur les lieux va en grandissant. Pour les autorités israéliennes, il est important de sauvegarder  un contrôle jordanien des Lieux saints musulmans et que le Royaume hachémite continue de représenter l’Autorité palestinienne jusqu’au jour où un Etat palestinien verra le jour. D’ailleurs, lors des dernières émeutes, le Premier ministre Netanyahou a jugé bon et utile de discuter avec le roi Abdallah de la situation et d’appeler ensemble au calme.

Pour conclure, nous constatons hélas que le statu quo sur le Mont du Temple n’est quasiment plus en vigueur. Pour éviter un déchainement religieux, cette situation précaire favorise le statut des Musulmans et renforce la présence de l’Autorité palestinienne au détriment d’Israël et des Juifs. Pour appliquer un retour au statu quo, il est impératif de rétablir la loi israélienne, d’équilibrer le rôle d’influence des Jordaniens et de faciliter l’accès aux Juifs tel qu’il est inscrit clairement dans la loi israélienne. Il est aussi important d’appliquer de nouvelles lois plus sévères pour ne plus permettre aux militants du mouvement islamiste israélien, au Hamas, et à tous les autres groupes intégristes d’inciter les Palestiniens à manifester et encourager les actes de violence.

Si les émeutes se poursuivaient, il serait plus juste de ne pas interdire l’accès au mont du Temple aux Juifs seulement, mais de fermer temporairement toute l’esplanade. Cela servirait de leçon à tous ceux qui souhaitent l’escalade des violences et un changement du statu quo. Ces mesures sont nécessaires pour pouvoir renforcer la dissuasion.     

Nadav Shragai                      

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