Les motivations des «loups solitaires» sont-elles transparentes ?

Les attaques perpétrées par de jeunes Palestiniens isolés s’expliquent par une variété de motifs, à la fois nationalistes et religieux.

La majorité des assaillants sont de jeunes musulmans palestiniens qui semblent agir en dehors d’une structure organisée. Toutefois, les facteurs religieux et nationalistes agissent souvent comme déclencheurs de la violence.

L’incitation à la haine apparaît en effet comme un processus interactif combinant à la fois les facteurs psychologiques et cognitifs.

Alors que de nombreuses attaques sont décrites comme des actions de « loup solitaire », le soutien matériel, financier et social fourni par l’Autorité palestinienne sert de cadre stable pour maintenir la violence, même quand on semble agir seul. Certains éléments au sein de la société arabe palestinienne peuvent expliquer le phénomène de l’incitation à la haine et sa relation avec l’activité violente de l’individu.

Les attaques de « loups solitaires » continuent à présenter à la fois des défis stratégiques et théoriques pratiques, la nature des actions individuelles créant des difficultés à construire un « profil » pertinent pour toutes les situations. Cependant, un examen plus attentif de ces attaquants montrera que beaucoup sont des attaquants en attente et des « loups connus » plutôt que des « loups solitaires ».

Les explications idéologico-politiques pour expliquer le terrorisme des loups solitaires restent pertinentes. Les adeptes de toute idéologie particulière sont réticents à considérer des explications alternatives ou supplémentaires, malgré les preuves.

L’identification de « loups connus » devrait plutôt être guidée par des considérations empiriques et non strictement idéologiques. Nous constatons que la culture palestinienne continue de vénérer les attaques violentes contre les Juifs et les Israéliens. Elle soutient, politiquement et culturellement, un système qui renforce ce comportement.

Certains suggèrent que de nombreuses attaques de « loups connus » sont motivées par des facteurs personnels, psychologiques ou sociaux et que la terreur sert de couverture fonctionnelle à ces problèmes plutôt que d’être uniquement une motivation idéologique. En effet, il se peut que les déclencheurs personnels soient la clé pour mieux comprendre pourquoi certaines personnes sont plus motivées à agir et peuvent donc être « connues » avant qu’une attaque ne se produise.

Un Palestinien prêt à commettre une attaque près de la porte de Damas à Jérusalem (Twitter)

En général, bien que les facteurs de risque d’attaque puissent être identifiés, il est également important d’identifier les motifs qui réduiraient la probabilité de telles attaques.

Prenons l’exemple de l’attaque à Har Hadar perpétrée en septembre 2017. Un Palestinien de 37 ans, connu à la fois du village israélien et des forces de sécurité comme non menaçant, amical et ayant de bonnes relations avec tous, prend un pistolet et tue à bout portant trois Israéliens. Cet événement remet en question la thèse traditionnelle sur les motivations d’un terroriste potentiel. Si cette personne, qui apparemment ne correspondait pas au profil du terroriste potentiel, a commis un tel acte, y-a-t-il un moyen de prédire avec exactitude un tel comportement ?  Plus précisément, y-a-t-il quelqu’un à qui l’on peut faire confiance ?

Le phénomène du « loup solitaire » continue de poser des défis aux forces de sécurité et il est devenu un « nouveau cauchemar ». Il représente une sorte de « privatisation » de la terreur. La Droite israélienne parle toujours d’incitation en tant qu’élément essentiel, tandis qu’au sein de la Gauche on soulève le manque de progrès dans le processus de paix et la « frustration ».

Mais quelle que soit la cause, ces attaques sont toujours « bien traitées » par la presse arabe et les organisations ou institutions palestiniennes. Les auteurs d’attentats sont salués comme des héros nationaux, et les familles des détenus sont largement récompensés financièrement.

Plusieurs facteurs sont soulevés après chaque attentat :

  • L’incitation et le soutien sur les réseaux sociaux et à l’école ;
  • L’impasse politique ;
  • La frustration populaire ;
  • L’hommage aux héros ;
  • Les avantages matériels pour la famille ;
  • La détresse personnelle.

Pour plusieurs observateurs occidentaux, le nombre croissant d’attaques à l’arme blanche commis par de jeunes Arabes palestiniens contre des Juifs israéliens s’explique simplement par le désespoir des années d’occupation et un manque de liberté. Mais pour beaucoup d’Israéliens, la vague de terreur est plutôt une manifestation d’incitation à la haine qui se poursuit depuis de nombreuses années sans trouver d’issue.

Ce fossé entre les causes et les motifs mis en avant par les Israéliens et les observateurs occidentaux témoigne d’une différence dans la vision des événements. Les actes de violence jugés clairement comme étant du « terrorisme » partout dans le monde sont considérés différemment quand ils sont menés contre Israël. Cependant, ces deux visions n’expliquent pas comment les facteurs agissent précisément pour créer cet acte où l’idéologie cognitive entraîne le comportement violent. Certains appréhendent le comportement des Palestiniens en termes strictement nationalistes, différent de la « terreur » qui caractérise les actes de violence ailleurs.

On différencie le terrorisme en Europe de celui observé en Israël en soutenant que la violence palestinienne est surtout politique, fondée sur une lutte nationale motivée par des intérêts et des objectifs nationalistes ; tandis qu’en Europe, le terrorisme est plutôt inscrit dans les mœurs et la civilisation et n’est pas politique. Selon cette thèse, alors que la terreur palestinienne s’estompera une fois que les objectifs nationalistes seront atteints, la « terreur de civilisation » dont souffre l’Europe ne pourra jamais être « négociée ». Les dirigeants israéliens actuels font un lien entre les actes de violence des Palestiniens et les autres groupes terroristes à travers le monde. Le Premier ministre Benjamin Nétanyahou a déclaré qu’« en Israël, comme en France, le terrorisme est le terrorisme ! »

Par opposition au terrorisme classique où les organisations se préparent minutieusement avant d’attaquer leur cible, le « loup solitaire » palestinien lancé contre les Juifs semble être plus spontané et n’agit pas selon une structure bien organisée. L’incitation diffusée par les réseaux sociaux est sans doute un facteur important mais elle n’est finalement qu’un outil, et non une cause profonde, pouvant expliquer cette violence.

Certes, l’Islam apparaît comme un autre élément important surtout lorsqu’après la Proclamation du Président Trump sont diffusées des informations mensongères qui accusent Israël de changer le statu quo sur le mont du Temple pour y construire un nouveau Temple à la place de la mosquée al-Aqsa. Mais il existe d’autres facteurs sociaux, politiques et culturels locaux bien spécifiques pour pouvoir créer la psychologie cognitive et lancer des actes de violence.

A ce stade donc, les différentes réponses que chacun tente d’apporter et les analyses pour expliquer le phénomène sont essentiellement des hypothèses de développement qui auraient besoin d’être testées dans une recherche empirique plus précise.

Un photomontage avec le dôme du Rocher diffusé pendant “l’Intifada des couteaux” (Twitter)

Les auteurs de la vague terroriste déclenchée en septembre 2015 sont en majorité de jeunes adolescents, des hommes et des femmes âgées de 15 à 25 ans. A quelques rares exceptions, ce sont des Arabes palestiniens habitant à Jérusalem-Est ou en Cisjordanie, dans la région d’Hébron, et tous sont des Arabo-musulmans.

Les assaillants utilisent des couteaux et des machettes, et parfois des voitures-bélier ou des armes, comme la dernière attaque meurtrière perpétrée contre la voiture du rabbin Shevah à Havat Guilad, près de Naplouse, le 9 janvier 2018.

La majorité des attaques sont inscrites dans un modèle de « loup solitaire » car aucune planification organisationnelle n’est apparemment derrière la décision d’agir. Cependant, les caractéristiques et le modus operandi des assaillants palestiniens sont différents de la notion de « loup solitaire » aux Etats-Unis, par exemple ; à savoir, des chômeurs ou des hommes ayant un casier judiciaire ou une maladie mentale qui peuvent sans difficulté se procurer une arme à feu. Il existe également les kamikazes, ces « bombes humaines » qui se font exploser pour divers motifs. Nous constatons donc plusieurs modèles et caractéristiques de la terreur et nous ne nous pouvons pas conclure scientifiquement que tous les terroristes ou les attaques terroristes sont totalement identiques.

La détresse économique ou un faible niveau de vie ne semblent pas être des facteurs déterminants dans le comportement des terroristes palestiniens. Cela est vrai depuis la Première Intifada déclenchée en décembre 1987, car à l’époque la situation économique des Palestiniens était assez bonne. En revanche, d’autres responsables israéliens signalent que la présence militaire israélienne joue un rôle dans la frustration et le désespoir de la jeunesse palestinienne, et c’est pourquoi le président palestinien Mahmoud Abbas appelle à un « soulèvement populaire ». Quelle que soit la toile de fond, nous avons encore besoin de mieux comprendre les facteurs qui conduisent un individu à décider d’agir avec violence, en particulier en l’absence de soutien structurel.

En réalité, le phénomène culturel fondé sur la religion peut inclure également des éléments antisémites, comme des facteurs politiques. Toutes ces questions ont été discutées dans la presse arabe palestinienne. Plusieurs experts palestiniens ont tendance à voir le « soulèvement » en termes plus laïques, liés au zèle révolutionnaire de la jeunesse. Ces experts citent la frustration après l’échec du processus d’Oslo et notent que la plupart des agresseurs vivaient dans des conditions stables et n’avaient pas souffert de privation économique. Les thèmes religieux apparaissent lorsque les médias palestiniens accusent par exemple le Premier ministre Nétanyahou d’« extrémisme religieux » quand il évoque la revendication légitime d’Israël à Hébron. Certes, l’accent islamique sur Hébron, comme en témoignent les funérailles populaires et religieuses des auteurs d’attentats, prouve seulement que l’islamisme joue un rôle plus important à Hébron que dans d’autres villes ou régions.

Nous constatons aussi que les facteurs politiques liés aux « injustices en raison de la colonisation et de la présence juive dans le pays » ainsi que « la fierté et la sensibilité religieuse et culturelle islamique et arabe » peuvent pousser les auteurs à agir. Pour certains, ces facteurs font partie d’une constellation qui conduit la direction arabe palestinienne et, par extension, son propre public, à refuser le concept même d’un Etat juif sur une partie de ce qui est considéré comme la Palestine historique.

Ces deux facteurs politique/national et religieux/culturel peuvent alimenter et déclencher un comportement violent. Dans ce contexte, l’incitation à la haine servira de « carburant » et sans cette incitation, le mécanisme de « l’allumage » serait inefficace. Ainsi, on observe ce processus à travers les allégations infondées concernant les violations israéliennes du statu quo sur le Mont du Temple.

Quatre terroristes palestiniens présentés en héros sur les réseaux sociaux (photomontage JCPA)

Quant aux Arabes israéliens, ils souffrent probablement d’une certaine discrimination et peuvent avoir des problèmes à l’égard de leurs droits civils, mais il faut reconnaître qu’ils jouissent d’un niveau de vie et d’expression politique comme tous les autres citoyens juifs et que les résidents palestiniens de Jérusalem ou ceux vivant dans les Territoires ne possèdent pas. En outre, bien qu’un grand nombre partage la même opinion sur l’aspect « colonial » du sionisme, le comportement des Arabes israéliens est clairement différent.

La question est de savoir pourquoi certains Arabes palestiniens sont poussés à la violence quand d’autres ne le sont pas. Des Arabes israéliens qui s’identifient avec leurs « compatriotes » culturellement, religieusement, linguistiquement, historiquement et, dans une certaine mesure, sur le plan nationaliste, n’ont pas été impliqués dans des attaques solitaires contre les Juifs israéliens.

Il est à noter que, bien que les Arabes israéliens et les Palestiniens chrétiens ne participent pas à ces attaques, le lien avec Daesh a soulevé des inquiétudes. En fait, l’auteur de l’attaque contre un café de la rue Dizengoff à Tel-Aviv était probablement lié à Daesh et non à la cause palestinienne.

Pour bien comprendre la dynamique de la terreur des « loups solitaires » palestiniens, il est nécessaire d’examiner non seulement qui commet de telles attaques, mais aussi qui ne le fait pas. Par exemple, jusqu’à l’attaque sur le mont du Temple du 14 juillet 2017, peu de citoyens arabes israéliens étaient impliqués dans la terreur. De plus, il semble que lorsque ces attaques ont lieu, elles sont davantage liées à des facteurs islamiques plus larges qu’au nationalisme palestinien.

L’autre groupe qui n’a pas été impliqué dans des attaques est celui des Palestiniens possédant un permis de travail. Alors que l’agresseur de Har Adar avait un permis de travail, il s’agissait d’une exception frappante à l’absence d’activité terroriste au sein de cette population palestinienne  moins « connue » pour perpétrer un attentat.

En conclusion, pour mieux comprendre toutes les motivations du « loup solitaire », il est nécessaire d’approfondir non seulement les facteurs idéologiques, mais aussi l’incitation à la haine et d’autres preuves    psychologiques ou sociales. C’est ainsi que l’on pourra finalement identifier ceux qui devraient être « des loups connus » comme potentiellement susceptible de mener des attaques.

Dr. Irwin J. Mansdorf

 


Pour citer cet article :

Irwin J. Mansdorf, « Les motivations des “loups solitaires” sont-elles transparentes ? », Le CAPE de Jérusalem, publié le 11 janvier 2018: http://jcpa-lecape.org/les-motivations-des-loups-solitaires-sont-elles-transparentes/

 

 

 

 

 

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