Le soutien financier et militaire des Ayatollahs au Hamas 

Au moment où les projecteurs sont braqués sur une probable réconciliation entre le Hamas et l’Autorité palestinienne sous l’égide de l’Egypte, les relations entre les Ayatollahs d’Iran et les dirigeants palestiniens de la bande de Gaza se renforcent considérablement.

Dans le passé, ces relations ont connu des hauts et des bas, mais les changements intervenus récemment au sein de la direction du Hamas, son isolement dans l’arène internationale, et ses graves problèmes socio-économiques, ont forcé les nouveaux dirigeants palestiniens à réchauffer leurs liens avec Téhéran.

Rappelons que le Hamas, branche de la confrérie des Frères musulmans sunnites, avait refusé de soutenir l’Iran et le Hezbollah chiites dans leurs efforts d’assurer la survie du régime de Bachar el Assad. Le Hamas a dû quitter son quartier général à Damas et le chef du Bureau politique, Khaled Mashal, avait trouvé refuge à Doha. Ce dernier avait même rencontré à Ryad des dirigeants saoudiens au grand dam de Téhéran.    

L’élection de Yahya al-Sinwar, personnage clé de la branche militaire du mouvement terroriste, devenu chef du bureau politique du Hamas à Gaza, marque sans doute un tournant dans les relations avec Téhéran.

Désormais, l’influence et l’implication de l’Iran dans la bande de Gaza se renforcent de plus belle. Cette nouvelle donne stratégique pourra mieux préparer le Hamas à une nouvelle escalade face à l’Etat d’Israël, mais aussi aggraver la discorde dans le monde arabe. 

L’Iran considère que le Hamas est un élément clé dans le « camp de la résistance » contre Israël et joue en faveur de la cause palestinienne. Dans l’optique de voir un jour une solution politique en Syrie, les Ayatollahs misent sur le Hamas pour renforcer leur influence hégémonique dans la région.

Rappelons que le 15 juin 2007, le mouvement Hamas avait pris le contrôle décisif de la bande de Gaza, et y avait expulsé le mouvement Fatah et l’Autorité palestinienne. Dix plus tard, Yahya al-Sinwar, chef du Bureau politique du Hamas à Gaza, déclare que les relations entre l’Iran et le Hamas sont au beau fixe et qu’une page est bien tournée depuis les tensions intervenues lors de la guerre civile en Syrie.

Selon Al-Sinwar, le but de cette alliance avec Téhéran est de « renforcer la résistance pour libérer la Palestine et détruire Israël ». Il déclare que « la République islamique iranienne joue actuellement un rôle central dans la réalisation de cet objectif. Elle aide financièrement et militairement les brigades Izz Adin al-Qassam ». Il décrit l’assistance iranienne comme « stratégique », mais précise toutefois que le Hamas ne souhaite pas actuellement une nouvelle guerre avec Israël ; même s’il ne la craint pas, il se prépare à toute éventualité.

Enfin, soulignons qu’Al-Sinwar a été libéré de prison en 2011 par Israël avec un millier de détenus palestiniens, en échange de la libération du soldat franco-israélien Guilad Shalit.

Début août 2017, une importante délégation du Bureau politique du Hamas s’est rendue à Téhéran pour participer aux cérémonies de célébration du deuxième mandat du Président Hassan Rohani. Elle a rencontré de nombreuses personnalités iraniennes, dont le président du parlement, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Jawad Zarif,, et Ali Akbar Velayati, le conseiller politique du Guide spirituel, Ali Khamenei, ainsi que des membres des Gardiens de la Révolution.

Le 6 août 2017, Ali Baraka, représentant du Hamas au Liban, déclare que la visite de cette délégation à Téhéran relance la coopération et renforce la résistance palestinienne. Il souligne que « l’Iran est le seul pays à soutenir en argent et en armes la juste cause de la libération de la Palestine ». Le représentant du Hamas ajoute qu’Ismail Haniyeh envisage de se rendre bientôt à Téhéran.

Soulignons que les services du Renseignement israélien ont récemment attiré l’attention sur le fait que le Hamas renforçait sa présence au Liban sous le patronage de l’Iran et du Hezbollah.

Visite en Iran d’une délégation du Hamas (photo : Twitter du Hamas)

Une autre réunion avec des responsables iraniens a eu lieu le 6 septembre 2017 dans le cadre d’une rencontre avec le président du groupe d’amitié parlementaire Iran-Palestine, Amir Khojasteh. Il a déclaré que la question palestinienne demeurait la plus importante du monde musulman, et il a appelé à la résistance, seul moyen de lutter contre « le régime sioniste ». Il a qualifié le processus de paix de « futile ».

Cependant, le rapprochement du Hamas avec l’Iran a suscité la colère sur les réseaux sociaux arabes et dans certains journaux, notamment dans les colonnes du journal saoudien Al-Riyad.

Le leadership du Hamas a été accusé de trahir les peuples sunnites et a qualifié Rohani de terroriste, « responsable du sang arabe coulé dans les guerres de Syrie et d’Irak ».

Il est à noter que depuis l’élection de Haniyeh au mois de mai 2017 à la place de Khaled Meshal, le pouvoir politique du Hamas est désormais basé à Gaza. Dans ce contexte, cette nouvelle situation pourrait bien aggraver la détresse de la population et conduire à une nouvelle escalade militaire. Soulignons que le soutien de l’Iran au Hamas se concentre sur son infrastructure militaire – missiles, roquettes et tunnels –, tandis que l’aide des États du Golfe, principalement le Qatar mais aussi l’Égypte, visait à réhabiliter la bande de Gaza pour le bien-être de sa population.

Le Hamas est bien conscient du lourd tribut qu’il paye dans le monde arabe pour avoir osé se rapprocher de l’Iran. Cependant, sa détresse économique et diplomatique, ainsi que la nature extrémiste de son nouveau leadership, ne lui offrent aucune alternative.

L’Iran, pour sa part, est très fier de ses liens avec le Hamas et le Jihad islamique palestinien, qui lui est totalement subordonné et dépend de son aide. L’Iran s’est engagé à diriger le « camp de la résistance » et la lutte armée contre Israël. Son refus de toute solution diplomatique à la question palestinienne prend de l’ampleur et pourrait avoir une forte influence non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie.

Toutefois, le Hamas joue un double jeu avec l’Autorité palestinienne. Pour l’heure, Mahmoud Abbas se montre méfiant et sanctionne son aide économique par une réduction de l’eau et l’électricité, et des salaires.

Les dernières tentatives du Qatar et de l’Egypte, et même de Moscou, fortement impliquée en Syrie avec l’Iran, pour réconcilier les Frères ennemis palestiniens n’ont pas abouti, à ce jour, à assouplir les sanctions imposées par Abbas. Les dernières tractations laissent supposer un allégement des sanctions mais rien n’indique une réelle réconciliation et surtout pas un démantèlement total de l’arsenal militaire du Hamas.

Rencontre entre le représentant du Hamas Khaled Qatoumi (à droite) et des parlementaires iraniens

Dans le contexte actuel, Israël se prépare à toute éventualité et construit une barrière souterraine le long de la frontière. Les chefs du Hamas se tournent vers l’Iran pour trouver un moyen de contourner cette barrière qui a pour but d’empêcher de creuser des tunnels d’attaque.

L’Iran aide le Hamas à développer des missiles, des drones et diverses armes et explosifs. Sa riche expérience militaire sur les champs de bataille en Syrie, en Irak et au Yémen est un atout considérable pour aider le Hamas dans son combat contre Tsahal.

Faisant allusion à l’aide au Hamas, le Général de brigade, Hamid Abazari, a récemment déclaré que les Pasdarans envoyaient régulièrement leurs commandants et conseillers pour « maitriser les champs de bataille » et les « fronts de résistance ».

Il est clair que le dégel des relations avec l’Iran durcira la position du Hamas sur un accord possible concernant un échange de détenus palestiniens avec les deux civils israéliens et les corps de deux soldats qu’il détient.

Le Printemps arabe a eu certaines conséquences en Cisjordanie et à Gaza, mais il n’a pas réussi à renverser les régimes actuels ni à déstabiliser sérieusement la situation politique. Cependant, les bouleversements dans le monde arabe, le départ forcé de leaders, et la guerre civile en Syrie, ont éclipsé complètement la question palestinienne. Elle n’est pas actuellement la priorité et se trouve loin des projecteurs. Les problèmes internes et les questions socio-économiques, ainsi que les rivalités entre sunnites et chiites préoccupent beaucoup plus le monde arabe.

Le problème palestinien et le Hamas en particulier font partie des conflits intra-arabes aujourd’hui au Moyen-Orient. Dans ce contexte, l’Iran exploite à fond la faiblesse et la division des Arabes sunnites dans la lutte contre l’hégémonie régionale.

Dans ces circonstances, le dégel des relations avec l’Iran est également susceptible d’ouvrir la voie à une réconciliation avec le régime d’Assad, de positionner le mouvement sunnite sur l’axe chiite. A la suite de la guerre, il est fort probable que le régime syrien permettra aux dirigeants du Hamas de rouvrir leur quartier général à Damas sous l’égide et le contrôle de Téhéran.

Michael Segall  

 


Pour citer cet article :

Michael Segall, « Le soutien financier et militaire des Ayatollahs au Hamas », Le CAPE de Jérusalem, publié le 8 octobre 2017: http://jcpa-lecape.org/le-soutien-financier-et-militaire-des-ayatollahs-au-hamas/


Photo d’illustration : Rencontre entre le leader du Hamas Ismael Haniyeh et l’Ayatollah Khamenei.


N.B. : Sauf mention, toutes nos illustrations sont libres de droits.

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