Le plan opérationnel du Hezbollah pour envahir la Galilée

Le président libanais Michel Aoun, chrétien maronite, affirme que « les armes du Hezbollah devraient être maintenues tant que les terres libanaises restent occupées par Israël. Elles représentent l’un des piliers essentiels de la stratégie de défense du pays. Nous avons besoin de la résistance tant que nos terres sont occupées. »

Ces propos marquent, sans doute, un tournant dans l’Histoire de l’Etat libanais et le gouvernement israélien a donc raison de tenir les autorités libanaises responsables de chaque agression et violation du Hezbollah.

Le Liban devrait donc en subir les conséquences car il a choisi un président identifié comme étant l’allié ultime de l’Iran et de son fidèle satellite, le Hezbollah.

Pour la première fois depuis la fondation du Hezbollah en 1982, les multiples déclarations du président Aoun confirment que la puissance militaire de la milice chiite est une composante principale de la défense du Liban. Désormais, le Hezbollah obtient l’aval du pouvoir légal pour opérer comme une force militaire légitime. Il prouve que l’armée libanaise ne peut seule combattre contre Israël.

Cette situation anormale s’applique en dépit du fait que les opérations militaires du Hezbollah sont contraires à l’intérêt national de l’Etat libanais. Rappelons que son intervention dans la guerre civile en Syrie a déjà causé un lourd tribut avec plus de 1 700 combattants tués et 5 000 blessés.  Le Hezbollah est aussi impliqué dans la guerre en Irak et au Yémen, et, surtout, il est aussi responsable de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri, en février 2005.

Les affirmations du président libanais Aoun ont aussi complètement délié le Hezbollah des engagements de la Résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU du 2 Septembre 2004. Cette résolution avait appelé « toutes les forces étrangères à se retirer du Liban » et à « un désarmement de tous les Libanais ».

Il est clair que l’Iran souhaite s’affirmer avec force et prouver qu’il est un acteur principal dans le nouvel ordre qui se dessine dans la région, avec ou sans Assad.

Les Ayatollahs ont déjà envisagé la mise en œuvre d’un plan B, reposant principalement sur les troupes du Hezbollah libanais dirigées par Hassan Nasrallah. Ce plan B a été élaboré par le général Qasem Soleimani, commandant d’el-Quds, une unité spéciale au sein des Gardiens de la Révolution.

Soleimani a élaboré un plan opérationnel dont le but est de rassembler un corps armé de 150 000 hommes, recrutés en majorité en Iran et en Irak, mais également au sein des milices du Hezbollah, dans les pays du Golfe et au Pakistan. La participation active de Soleimani aux combats en Syrie et le plan qui porte son nom sont significatifs du renforcement considérable de la présence militaire iranienne dans le pays d’Assad. Déjà, en janvier 2012, Soleimani déclarait que la République islamique contrôlait « d’une certaine manière » l’Irak et le Sud-Liban. Depuis plusieurs années, avant même le début des troubles au Proche-Orient, de nombreux observateurs dans le monde arabe avaient mis sévèrement en garde contre « l’expansionnisme iranien ».

Le plan opérationnel du général Soleimani comprend trois éléments :

  1. – La création d’une « armée populaire » uniquement composée de chiites et d’alaouites.
  2. – Cette force régionale de 150 000 combattants sera intégrée à l’armée syrienne. Soleimani s’était déjà rendu à plusieurs reprises en Syrie pour préparer la mise en œuvre de son plan.
  3. – Préparation d’un « plan B » dans le cas où Assad tombait.

De g. à dr: Le général Soleimani, Imad Mughniyeh et Hassan Nasrallah

Du point de vue iranien, une victoire sunnite en Syrie pourra menacer l’Irak et le golfe Persique, ce qui représenterait un réel danger stratégique pour le pays des Ayatollahs. La volonté du Hezbollah de combattre les sunnites coude à coude avec l’Iran risque bien entendu de briser le délicat équilibre ethnique sur lequel l’Etat libanais est fondé. Le Hezbollah pourra alors sans difficulté tracer son chemin vers un contrôle total du pays du Cèdre.

Le plan opérationnel de conquête de la Galilée a été annoncé pour la première fois pqr Nasrallah le 16 février 2011, dans le cadre des événements marquant le troisième anniversaire de l’assassinat du commandant en chef du Hezbollah, Imad Mughniyeh. Nasrallah a dit à ses combattants de se préparer au fait que, si Israël déclenchait une guerre contre le Hezbollah, la Galilée serait alors conquise. Depuis cette annonce, les forces du Hezbollah s’entraînent et se préparent à exécuter son ordre. La préparation logistique comprend :

L’identification de sites d’atterrissage destinés aux hélicoptères israéliens où des charges explosives ont été posées et dispersées.

Le déploiement d’une puissance de feu importante de roquettes et d’artillerie dans certaines zones où le Hezbollah ne semble pas adapté à la guerre de guérilla, principalement dans certaines parties de la vallée de la Bekaa.

L’entraînement intensif de centaines de combattants en Iran, qui ont appris de nouvelles méthodes de combat pour les unités de guérilla et de commando.

Le scénario militaire pour lequel les forces du Hezbollah ont été entraînées consiste à lancer au moins 10 000 missiles, dès le début de la guerre, contre des cibles militaires et stratégiques telles que des aérodromes, des camps militaires et des installations vitales, notamment maritimes, suivies de tirs de roquettes depuis des sites de lancement dont l’emplacement sera « une surprise pour Israël. »

Le Hezbollah, en collaboration avec de hauts experts en stratégie iranienne et même coréenne, aurait déployé dans le sud du Liban des unités d’ingénierie pour effectuer des travaux d’excavation et d’amélioration des positions dans la région de Maydon, dans l’ouest de la vallée de la Bekaa, D’autres unités de l’armée iranienne auraient miné des zones considérées comme servir à l’atterrissage des forces spéciales israéliennes chargées d’attaquer le déploiement de missiles et d’artillerie du Hezbollah.

Ces forces de combat du Hezbollah seraient composées de cinq brigades comprenant chacune un millier de combattants. Chaque brigade se voit désigner une zone de combat dans le nord d’Israël. Chaque brigade connaît bien la configuration et les conditions topographiques particulières de son secteur et s’est entraînée à le conquérir.

  • La brigade 1 s’empare de la ville de Nahariyya ou d’une partie de celle-ci, après avoir franchi la frontière dans la région de Rosh Hanikra. La mission de cette force est de prendre autant d’otages que possible afin d’empêcher Israël de bombarder les forces du Hezbollah dans ce secteur.
  • La brigade 2 prendra le contrôle de la ville de Shlomi, qui compte 6 500 habitants et se trouve à environ 300 mètres de la frontière. L’objectif est de couper les lignes d’approvisionnement de l’armée israélienne et de l’obliger à envoyer des renforts de l’est.
  • La brigade 3  rejoindra la ville de Carmiel et conquerra des zones situées au sud de celle-ci dans le but de bloquer le trafic depuis Saint-Jean-d’Acre, sur la côte méditerranéenne, jusqu’à Safed.
  • La brigade 4 prendra le contrôle des communautés de Malkiya, Ramot Naftali et Yiftah afin d’empêcher Tsahal de tirer depuis ces zones vers le sud du Liban.
  • La brigade 5 servira de force de réserve stratégique pour les missions spéciales.

L’une des principales leçons que le Hezbollah a tirées de la deuxième guerre du Liban en 2006 a été la nécessité de changer les objectifs de sa prochaine guerre contre Israël. Les nouveaux objectifs étaient notamment de renforcer ses capacités défensives et de développer des méthodes d’attaque permettant au Hezbollah de mener la guerre sur le territoire israélien. Le commandant militaire du Hezbollah, Imad Mughniyeh, avait affirmé que lors d’une nouvelle guerre, le Hezbollah envahirait la région nord de la Galilée.

Pour atteindre ces objectifs, Mughniyeh a élaboré un plan opérationnel qu’il a supervisé jusqu’à sa mort, en février 2008. Après sa mort, les forces spéciales du Hezbollah, appelées « forces Radwan », ont poursuivi leur formation sous le commandement de Mustafa Badr Al-Din.

Le nouveau plan opérationnel comprend :

  1. La formation des forces spéciales du Hezbollah à prendre le contrôle de communautés israéliennes isolées le long de la frontière nord.
  2. La construction de tunnels s’infiltrant dans le territoire israélien, à proximité des communautés israéliennes. Les tunnels sont destinés à la circulation de plusieurs centaines de combattants et non à l’enlèvement de soldats ou de civils. Le modèle est celui des tunnels d’invasion de la Corée du Nord à la Corée du Sud, que ses guides iraniens avaient étudiés de manière intensive.

Le plan opérationnel du Hezbollah comprend également la construction d’installations permettant de lancer des attaques de missiles massives sur des centres de population et des sites stratégiques installés autour de Haïfa au Nord, de Tel-Aviv au Centre et de Dimona au Sud. Le Hezbollah dispose d’un arsenal de 100 000 à 120 000 roquettes et de missiles.

Shimon Shapira

 


Pour citer cet article 

Shimon Shapira, « Le plan opérationnel du Hezbollah pour envahir la Galilée », Le CAPE de Jérusalem, publié le 12 décembre 2018: http://jcpa-lecape.org/le-plan-operationnel-du-hezbollah-pour-envahir-la-galilee/


Illustration de couverture : Tunnel d’invasion de la Corée du Nord vers la Corée du Sud (US Army).

NB : Sauf mention, toutes nos illustrations sont libres de droit.

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