Le bras long de Tsahal dans un contexte géostratégique nouveau

Ces jours-ci, plusieurs informations parues dans la presse arabe indiquent que Tsahal a frappé des cibles iraniennes en Irak pour la première fois depuis le spectaculaire raid contre le réacteur nucléaire « made in France » à Bagdad en juin 1981.

C’était alors la première fois dans les annales de l’Histoire contemporaine qu’un réacteur atomique était détruit par un bombardement aérien.

Depuis, la stratégie israélienne n’a pas varié : l’Etat juif ne permettra pas une suprématie militaire arabo-musulmane au Moyen-Orient, ni la possession d’arme atomique ou chimique.

Hier, l’ennemi était principalement l’Irak sunnite de Saddam Hussein, et aujourd’hui après le retrait des forces américaines, ce pays risque de basculer vers une domination chiite iranienne.           

Funérailles d’Abu Alfazl Sarabian, officier iranien des Pasdaran tué en Irak le 19 juillet 2019, “par Israël et les Etats-Unis” selon la presse iranienne (photo presse iranienne)

Après les guerres en Irak et en Syrie, voir l’ennemi numéro un d’Israël s’installer à ses portes est une hypothèse dangereuse et intolérable pour la stabilité de la région entière.

Nous ne pouvons permettre à l’Iran et ses milices chiites d’ouvrir d’autres fronts, d’acheminer des armes sophistiquées, et de lancer des attaques à partir du Liban et du plateau du Golan.

Donc, chaque mouvement de troupes, chaque transfert d’armes et toute planification d’attaque sont suivis à la loupe par Tsahal et les services du Renseignement. En réalité, tout ce qui « bouge » militairement au Moyen-Orient est désormais contrôlé du ciel et se trouve dans le collimateur de l’armée israélienne.

La couverture opérationnelle par des drones, missiles ou avions furtifs F-35 peut donc frapper chaque cible de l’ennemi où qu’il se trouve sur l’ensemble du Moyen-Orient. Par rapport à hier, les missions de Tsahal sont certes lointaines et plus compliquées, mais les armes nouvelles et un environnement régional favorable et plus spacieux permettent une meilleure maîtrise du ciel et du terrain.

Depuis l’intervention de l’Iran et du Hezbollah en Syrie, Tsahal a déjà mené des centaines de frappes aériennes pour justement empêcher l’Iran et ses alliés, le Hezbollah chiite et le Hamas sunnite, d’établir une présence permanente au sein de l’armée d’Assad et sur le plateau du Golan, de soutenir financièrement et militairement le Hamas, et d’acheminer des armes par voie maritime via Beyrouth, soit par des cargos transitant à l’aéroport de Damas ou par la voie terrestre.

Ces raids sont minutieusement préparés et, avant chaque lancement, tous les aspects géopolitiques sont étudiés, notamment l’étroite coopération américaine, la coordination sensible avec les Russes, et évidemment le risque des représailles de l’Iran ou de ses satellites.

Vladimir Poutine entouré des présidents iranien, Rohani, et turc, Erdoğan (photo Naharnet)

Dans ce contexte, le rapprochement entre la Turquie et la Russie est inquiétant, surtout après l’accord de livraison de systèmes de défense aérienne S-400 et la décision américaine de ne pas fournir à Ankara de chasseurs F-35.

Soulignons que la Turquie est membre de l’Otan depuis 1952. Du fait de sa position géostratégique, sa base aérienne d’Incirlik sert toujours à l’armée américaine. Le rapprochement turco-russe inquiète et embarrasse les Etats-Unis et également Israël. Erdoğan pourrait éventuellement basculer vers le camp de Poutine, acheter des avions de combat russes et s’allier avec les Ayatollahs d’Iran.

Dans cette nouvelle donne dangereuse, et malgré toutes les précautions prises et le front commun sunnite contre l’Iran, nous devrions mesurer nos raids, éviter l’escalade et nous abstenir de nous vanter du bras long de Tsahal, capable, dans toutes les circonstances, de lancer des opérations spectaculaires au-delà des frontières.

En période électorale, la conduite des affaires de l’Etat devrait, plus que jamais, être appliquée avec prudence et sagesse afin d’éviter des manipulations politiques, des critiques inutiles et surtout pour pouvoir sauvegarder une dissuasion parfaite.

Freddy Eytan

 


Pour citer cet article

Freddy Eytan, « Le bras long de Tsahal dans un contexte géostratégique nouveau », Le CAPE de Jérusalem, publié le 3 août 2019: http://jcpa-lecape.org/le-bras-long-de-tsahal-dans-un-contexte-geostrategique-nouveau/

NB : Sauf mention, toutes nos illustrations sont libres de droit.

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3 Comments

  1. Je rejoins l’avis de Mr Eytan sur au moins deux points
    – la modération qu’il faut avoir dans les actions spectaculaires et en particulier ne pas se laisser aller aux effets d’annonce qui, même s’ils sont suivis de succès indiscutables, génèrent plus d’aigreurs et d’hostilité que d’admiration et respect.
    – le problème turc. «  l’homme malade du moyen orient » n’a pas guéri. Sa position géographique stratégique dans la politique d’opposition sinon de confrontation est-ouest lui donne un poids certain. Erdogan qui a reussi a entrainer derrière lui une partie de sa population veut en tirer profit et réclame qu’on le soutienne dans ses visees hégémoniques sur le moyen et proche orient. Ce qui etait acceptable avec un régime laïque ne l’est plus avec un régime de plus en plus religieux islamique car malgré leur mollesse les occidentaux ne veulent pas ouvrir officiellement leurs portes a des millions de missionnaires envoyés par Erdogan. Ce dernier sait parfaitement jouer de notre contradiction et cela fait déjà bien longtemps que le décalage existe entre la philosophie de l’OTAN et l’idéologie turc.
    L’espoir réside vraisemblablement dans le nouveau maire d’Istanbul.

    • Erdogan est un dictateur islamiste dangereux qui mène au Moyen Orient un jeu dangereux. En plus, la question de Chypre n’est toujours pas résolu donc contraire aux principes de l’OTAN mais tout le monde l’ignore. Jusqu’à quand cela durera; c’est insupportable pour une ile comme Chypre qui doit vivre amputée de 70% de son territoire pour être utilisé pour exploiter des gisements de gaz situé en Mediterranee. En cas de réglement du conflit comment procédera-t-on pour la répartition de ces gisement suite à la recherche pétrolière en cour dans les eaux de la Méditerranée de la par d’Erdogan? Au problème de l’occupation illicite de la part de la Turquie d’une partie de Chypre s’ajouterait la répartition des ressources pétrolières. Problème sur problème avec un occident de plus en plus tolérant vis à vis de la Turquie qui tire toujours de plus la couverture à lui avec mauvaise foi. Même Putin n’est pas à l’abri des méthodes expansionniste de la Turquie pour avoir l’accès aux «mers chaudes».

      • La Turquie comme Israël et l iran défend son espace vital.. Parce qu il résiste, il est évidement taxé d islamiste ??? Quoi qu en on pense La Turquie un allié stratégique et ça Trump l a vite compris.

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