La terreur contre les Coptes d’Egypte

Le dernier attentat suicide perpétré le 11 décembre 2016 contre l’église copte dans le centre du Caire a tué 25 fidèles égyptiens et en a blessé une cinquantaine.

Cet attentat sanglant, commis quelques jours avant Noël, s’inscrit dans une vague de terreur qui frappe ces jours-ci le pays des Pharaons.

Une semaine auparavant, six policiers avaient été tués dans une embuscade sur la route menant aux célèbres pyramides de Gizeh. Comment expliquer cette recrudescence de la violence ?

S’agit-il d’une revanche de la confrérie des Frères musulmans suite aux nombreuses arrestations dûes à la politique musclée du gouvernement Sissi? Y-a-t-il eu vraiment des failles au sein du Renseignement et dans la collecte des informations ? Une certaine fatigue de la part des autorités locales à poursuivre sans relâche le combat contre le terrorisme ?

Pendant les funérailles des personnes tuées dans l’attaque contre l’église copte, le président Sissi a appelé le gouvernement et le parlement à modifier la législation afin de permettre une lutte plus efficace contre le terrorisme, et il a rejeté toute défaillance sécuritaire.

L’opinion égyptienne a réagi aux dernières attaques avec rage et fureur. Le journal Al-Ahram , pourtant organe et porte-parole officiel du gouvernement, a critiqué dans de nombreux articles les défaillances sécuritaires et la nécessité urgente d’installer des caméras dans les lieux publics.

Le 13 décembre 2016, l’écrivain Massoud al-Hanawi a appelé le gouvernement égyptien à apprendre d’Israël et de la Turquie comment mener un combat ferme contre le terrorisme. Il a appelé à frapper la bête immonde sans aucune pitié et avec une main de fer.

L’organisation de l’État islamique avait certes revendiqué l’attentat contre l’église copte, toutefois, des responsables de la sécurité égyptienne, sont convaincus que l’attaque était une opération conjointe de Daesh et des Frères musulmans. Elle a été initiée par les dirigeants des Frères musulmans du Qatar, avec l’aide de la branche de Daesh installée dans le nord du Sinaï.

Bien que le bureau de la Confrérie musulmane à Londres ait condamné l’attaque, les autorités égyptiennes insistent sur le fait que la condamnation a été faite par crainte de réactions des pays occidentaux.

Ce n’est pas la première fois que des islamistes radicaux frappent les Chrétiens de la communauté copte, qui constitue environ 10% de la population.

En janvier 2011, une voiture piégée avait explosé devant l’église Al-Qiddissin à Alexandrie tuant 21 fidèles.

Le journal Al-Quds Al-Arabi a révélé que depuis que le maréchal Sissi est devenu président, il y a eu en Egypte 130 attaques contre des églises coptes et contre leurs biens.

Il semble que ces actes terroristes soient caractérisés par la vengeance des Islamistes contre le soutien de l’Eglise copte au gouvernement Sissi, pour avoir interdit aux Frères musulmans la libre circulation, et encourager le renversement de l’ancien président de l’Etat, celui qui avait représenté la Confrérie au pouvoir, Mohamed Morsi.

Récemment, un tribunal du Caire avait annulé la peine de mort infligée à Morsi. Cela était pourtant interprété comme un signal de Sissi aux Frères musulmans qu’il serait prêt à une réconciliation. La Confrérie a rejeté quelques jours plus tard toute possibilité de réparer les dégâts avec le gouvernement Sissi

L’enquête des services de la sécurité égyptienne indique que l’attentat contre les Coptes a été planifié par Mostafa el Sayed Kassem, dont le nom de code à la Confrérie musulmane est « le Docteur ».

Celui-ci aurait rencontré au Qatar des chefs de la Confrérie, dont le cheikh Yusuf al-Qaradawi. Il était revenu au Caire via la péninsule du Sinaï, où il avait reçu une formation militaire par le groupe Ansar Beit al-Makdis , la branche locale de l’État islamique. Il a ensuite recruté d’autres membres de la cellule, y compris un kamikaze.

Le président Sissi fait face à un nouveau défi contre le terrorisme. Les Frères musulmans, ayant échoué à organiser des manifestations anti-gouvernementales de masse pour protester contre la situation économique difficile dans le pays, semblent plus que jamais déterminés à renverser le régime et à le déstabiliser par des attaques terroristes.

Le gouvernement égyptien insiste sur le fait que la terreur met en danger les musulmans et les chrétiens à la fois. Le Parlement, pour sa part, envisage de modifier la constitution pour pouvoir juger plus facilement des civils soupçonnés d’actes terroristes. Dans ce contexte explosif, le pouvoir de Sissi est mis à l’épreuve avec toutes les conséquences locales, régionales et mondiales.

Yoni Ben Menahem

illustration : Attentat contre l’église copte du Caire, 11 décembre 2016 (Guetty images)

 


Pour citer cet article

Yoni Ben Menahem, « La terreur contre les Coptes d’Egypte », Le CAPE de Jérusalem: http://jcpa-lecape.org/la-terreur-contre-les-coptes-egypte/

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