La conspiration jordano-palestinienne contre le «deal du siècle»

Juste après les élections israéliennes et la formation d’un nouveau gouvernement, nous connaîtrons enfin les véritables intentions du président Trump sur la solution du conflit avec les Arabes et comment il pense régler le problème palestinien dans le cadre de son fameux plan de paix, le « deal du siècle ».

Tandis que le Premier ministre Nétanyahou a d’ores et déjà déclaré qu’il attendait avec impatience le contenu du plan et qu’il ne faudrait pas le rejeter, les Palestiniens, en revanche, font tout pour le saboter.

Ils envisagent de former un front de refus avec la Jordanie et l’appui des Européens et de la Russie.

Au moment où se réunissaient à Varsovie des délégués des pays arabes et Israël pour contrer l’hégémonie iranienne, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov déclarait : « Depuis plus de deux ans, les Américains promettent un ‘accord du siècle’, cependant, les informations disponibles permettent de penser que ce futur ‘Deal’ détruira tout ce qui a été fait jusqu’à présent. »

Lavrov a fait savoir que Moscou était « mécontent » du climat actuel au Moyen-Orient et voyait l’implication des Américains comme « inquiétante ». « Nous percevons un grand danger dans la position américaine visant à promouvoir son approche unilatérale, rompant avec le droit international essentiel à la résolution du problème palestinien », a-t-il déclaré devant plusieurs représentants d’organisations palestiniennes venus à Moscou. Ils avaient pris part à une réunion de réconciliation, sous les auspices des Russes, pour « inaugurer une nouvelle ère qui dépasserait les clivages entre l’Autorité basée à Ramallah et le Hamas et le Djihad islamique qui dominent la bande de Gaza. »

Toujours selon Lavrov, l’accord présenté par l’Administration Trump ne mènera pas à la création d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale.

A ce jour, soulignons qu’aucune des parties palestiniennes n’a accepté la Pax Americana telle que promue par la Maison Blanche. Pour Mahmoud Abbas, il s’agit plutôt d’un « camouflet du siècle » qu’aucun Palestinien ne saurait accepter.

Dans ce contexte, la Jordanie et l’Autorité palestinienne ont mis en place un Conseil conjoint chargé d’administrer le mont du Temple et les Lieux saints de Jérusalem.

Cette démarche est dangereuse car elle constitue une violation flagrante des Accords d’Oslo et compromet la souveraineté d’Israël à Jérusalem.

Mahmoud Abbas et le roi Salmane d’Arabie saoudite (photo Arab Press)

Selon des sources au sein du Fatah, l’Autorité palestinienne et la Jordanie ont entamé cette coopération secrète dans l’attente de l’annonce du nouveau plan de paix américain le « Deal du siècle ».

Cette nouvelle collaboration repose sur les accords conclus entre le roi de Jordanie, Abdallah, et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, en août 2017, à la suite de la crise des détecteurs de métaux installés à l’entrée du Mont du Temple (Esplanade des mosquées).

Le roi Abdallah était venu spécialement à Ramallah pour mettre en place avec Abbas un comité de coordination stratégique afin de gérer ensemble les affaires de l’esplanade.

Ces jours-ci, à la demande du roi Abdallah, le gouvernement jordanien a approuvé l’élargissement du Conseil des Cultes musulmans (Waqf), chargé des Lieux saints à Jérusalem, de 11 à 18 membres.

Pour la première fois, ce Conseil sera composé de personnalités pro-jordaniennes et des membres du Fatah, une décision que la Jordanie a évitée de prendre depuis 1994. Des hauts responsables du Fatah qualifient cet accord d’« historique ». Il permet désormais un contrôle conjoint du Mont du Temple.

Rappelons que la Jordanie a un statut spécial sur l’esplanade dans le cadre du Traité de paix signé en 1994 avec Israël. Elle demeure, en fait, le gardien des Lieux saints musulmans à Jérusalem.

Selon des sources bien enformées au sein du Fatah, les Jordaniens et les Palestiniens craignent que le « deal du siècle » du président Trump ne cherche à changer le statut actuel à Jérusalem-Est, et notamment sur l’Esplanade des mosquées. Il préfèrerait plutôt une administration arabe commune et offrir à l’Arabie saoudite un statut spécial pour pouvoir gérer la Mosquée al Aqsa.

La démarche jordano-palestinienne du 14 février 2019 est une première étape. L’élargissement du Conseil du Waqf et des Lieux saints à Jérusalem établit en effet un fait accompli sur le terrain. Elle indique clairement aux États-Unis et à Israël que la Jordanie ne renoncera pas à son statut spécial à Jérusalem et qu’elle coopérera, coûte que coûte, avec l’Autorité palestinienne pour administrer le Mont du Temple.

Une première réunion du Conseil élargi s’est déjà tenue dans la Vieille ville de Jérusalem. Y participaient : Adnan al-Husseini, qui exerce officiellement les fonctions de ministre palestinien des Affaires de Jérusalem, Hani al-Abdîn, ancien ministre de la Santé de l’Autorité palestinienne, et Mazen Sonkrut, ancien ministre de l’Économie de l’Autorité palestinienne.

Parmi les autres nouveaux membres : Khatam Abdel Kader, haut responsable du Fatah à Jérusalem et conseiller d’Abbas pour les affaires de la Ville sainte, Imad Faik Abu Kishk, doyen de l’Université Al-Qods et proche de Jibril Rajoub, et Mahdi Abdel Hadi, haut responsable du Fatah et chef de l’Institut Passia.

Soulignons une fois encore que la démarche palestino-jordanienne est une violation flagrante des accords d’Oslo, qui interdisent toute activité gouvernementale de l’Autorité palestinienne à Jérusalem-Est.

Israël peut contrecarrer cette initiative, mais aucune mesure n’a été prise jusqu’à présent.

Les conseillers américains Jared Kushner et Jason Greenblatt doivent se rendre dans plusieurs États arabes pour promouvoir les aspects économiques du « deal du siècle » qui sera annoncé après les élections israéliennes.

Abbas a déjà établi des contacts pour saboter le nouveau plan américain. Il a rejeté l’invitation au sommet de Varsovie et s’est rendu en Arabie saoudite pour obtenir l’opposition du roi Salman et exiger son adhésion à l’initiative de paix arabe de 2002.

La collaboration jordano-palestinienne concernant le Mont du Temple, parallèlement à l’élargissement du Conseil islamique chargé d’administrer les Lieux saints de Jérusalem, est une initiative qui compromet la souveraineté israélienne à Jérusalem.

Le gouvernement israélien devrait agir immédiatement, bien avant que l’administration américaine ne publie son nouveau plan.

Yoni Ben Menahem

 


Pour citer cet article

Yoni Ben Menahem, « La conspiration jordano-palestinienne contre le “deal du siècle” », Le CAPE de Jérusalem, publié le 21 février 2019 : http://jcpa-lecape.org/la-conspiration-jordano-palestinienne-contre-le-deal-du-siecle/

Photo de couverture : Mahmoud Abbas et le roi Abdallah de Jordanie (photo Palais royal hachémite)

NB : Sauf mention spéciale, toutes les illustrations sont libres de droits.

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