Jérusalem, La Mecque, et le schisme au sein de l’Islam

wikipedia-inbari_expertLoin des destructions systématiques des lieux de culte et autres Lieux saints dans le monde arabe, Israël préserve la sécurité des mosquées du Mont du Temple pour leur éviter le même sort.

Si l’on veut comprendre les affrontements sur l’esplanade des Mosquées, il nous faut avant tout analyser la controverse au sein de l’Islam, entre les deux courants principaux, sunnite et chiite, mais aussi au sein même du monde sunnite depuis l’apparition d’Al-Qaïda. De profondes divergences existent surtout entre Salafistes et Frères musulmans.

Les Salafistes (Wahhabites) considèrent Hedjaz et La Mecque comme les centres spirituels de la foi islamique, tandis que les Frères musulmans ont choisi Le Caire et l’Université d’Al-Azhar. Fondée en l’an 970, elle devint un centre important et influant des études islamiques par ses décrets sur l’Islam et la culture arabe. Cependant, étant donné que Le Caire ne représente pas une sainteté religieuse particulière, la Confrérie a choisi Jérusalem comme centre religieux pour ses fidèles. De fait, les Salafistes se sont opposés farouchement aux Frères musulmans craignant que le statut spécial accordé à Jérusalem ne constitue un camouflet, voire un véritable danger, pour l’avenir de La Mecque.

Le débat théologique, transformé en lutte politique et militaire entre Salafistes et Frères musulmans, se focalise toujours sur le statut des Lieux saints. Les Salafistes autorisent le pèlerinage et le sacrifice à la Mecque et à Médine uniquement. Ils détruisent systématiquement tout autre sanctuaire et lieu de culte musulman ou chrétien. Concernant la campagne controversée sur « Al-Aqsa est en danger » propagée par les Frères musulmans dans toute la région, les Salafistes, eux, la minimisent et préfèrent se concentrer plutôt – non sur Jérusalem et Al-Aqsa – mais sur un autre objectif : « la conquête de Rome » ; autrement dit, le monde chrétien.

Jérusalem n’est pas une priorité. Elle se trouvait toujours au bas de l’échelle : pour le Prophète et ses successeurs, seule La Mecque comptait.

Le conflit entre les différents courants de l’Islam n’est pas seulement théorique et théologique mais concerne des prises de pouvoir. En Syrie, par exemple, l’Etat islamique des Salafistes est engagé dans une guerre contre le front al Nosra, affilié aux Frères musulmans et au Hamas. Bien entendu, les Salafistes ne mentionnent pas explicitement leur rejet de Jérusalem dans l’Islam, mais s’y réfèrent comme à un lieu géographique sans référence typiquement religieuse.

Ainsi, nous pouvons le constater en analysant le site web intitulé  La Sainte Mosquée d’Al-Aqsa. Des érudits salafistes s’y interrogent : Pourquoi le Prophète a tout d’abord conquis La Mecque et d’autres lieux, avant de se tourner vers Jérusalem ? Pourquoi le premier calife, Abu Bakr, ne l’a pas conquise ? Pourquoi Omar ne l’a pas prise en priorité, et l’a conquise beaucoup plus tard ? Et Pourquoi donc Saladin est-il entré en vainqueur à Jérusalem après avoir vaincu les Fatimides en Egypte et seulement après avoir répandu les pensées de l’école sunnite de l’Université al-Azhar du Caire ?

En d’autres termes, Jérusalem n’est pas une priorité. Elle se trouvait toujours au bas de l’échelle : pour le Prophète et pour ses successeurs, seule La Mecque comptait.

Le pamphlet diffusé par l’organisation de l’Etat islamique à Jérusalem pendant le dernier Ramadan fut sans surprise : il ne faisait aucune référence à la Mosquée al-Aqsa, mais sommait les Chrétiens de Jérusalem de quitter sans délai les quartiers musulmans.  

Il est étonnant de constater que dans le contexte politique du conflit israélo-arabe, le président Assad avait pris parti contre les Salafistes et appelé les fidèles à prier à Jérusalem et non pas à La Mecque, en raison surtout de la farouche opposition de l’Arabie saoudite à son régime. Pour apaiser la colère du roi saoudien, Assad a convoqué une grande conférence sunnite à Damas sous le mot d’ordre « la sauvegarde d’al-Aqsa. »

La position ambigüe d’Assad à l’égard de Riyad a mis l’Autorité palestinienne dans un grand embarras. Un haut responsable palestinien à Ramallah a confirmé à l’auteur  que rien n’a changé dans la position palestinienne et que les relations avec Assad ne se font en aucun cas au détriment de La Mecque malgré l’importance de Jérusalem pour les Palestiniens.

De leur côté, les Frères musulmans veulent unifier tous les pays arabes dans une grande Révolution unique sous l’étendard du « sauvetage d’al-Aqsa. »

L’Arabie saoudite et les Etats du Golfe, y voient pour leur part un danger politique et ont donc cessé de soutenir la lutte des Palestiniens pour Jérusalem. Pour cette raison, une somme importante estimée à plus de 500 millions de dollars n’a pas été versée aux Palestiniens malgré une promesse de la Ligue arabe.  

En cherchant à conserver son statut à Jérusalem, l’Autorité palestinienne a proposé de promouvoir un « tourisme religieux » dans la Ville sainte. Le but était d’inonder la capitale de touristes musulmans pour renforcer son caractère islamique et ainsi lutter contre la « judaïsation » de la ville.

Les Frères musulmans ont sévèrement condamné cette initiative, la qualifiant de « campagne de normalisation ». Selon eux, une inondation de touristes dans la ville est fortement en contradiction avec la bataille pour libérer Al-Aqsa. Comment donc unir le monde musulman sous cet étendard ?

En réalité, l’Autorité palestinienne n’a pas une grande influence sur la question d’al-Aqsa. En visitant récemment le lieu, le ministre palestinien des Cultes a été presque lynché…

Même le souhait de l’Autorité palestinienne de déclarer un jour Jérusalem-Est comme capitale de facto et de jure de la Palestine n’est qu’un vieux pieux, et la majorité préfère voir l’esplanade d’al-Aqsa comme un lieu religieux plutôt que politique, où le califat sera un jour proclamé.

La force dominante dans l’enceinte de la mosquée d’al-Aqsa est le parti Hizb ut-Tahrir (parti de la libération islamique). Il déploie des efforts considérables dans le monde entier pour promouvoir l’idée d’un Califat islamique. Ce parti ne cache pas son intention, mais se heurte à la fois à l’OLP, au Hamas, mais surtout aux Jordaniens, les « Gardiens des Lieux saints à Jérusalem ». Il s’agit pour le roi hachémite d’une question de prestige de la plus haute importance stratégique. Il a d’ailleurs souhaité conserver ce titre même après la signature de l’accord de paix israélo-palestinien.

Ainsi, lorsque la « Palestine » est entrée à l’UNESCO à Paris, le roi de Jordanie a contraint l’OLP à signer un accord qui laisserait la « question de  Jérusalem » sous son autorité.  

Pinhas Inbari


Pour citer cet article :

Pinhas Inbari, « Jérusalem, La Mecque, et le schisme au sein de l’Islam », Le CAPE de Jérusalem : http://jcpa-lecape.org/jerusalem-la-mecque-et-le-schisme-au-sein-de-lislam/

1 Comment

  1. on peut lui faire confiance au roi de Jordanie, sur sa mission de gerer le calme de l’esplanade des mosquées. c’est un titre aujourd’hui cette mission, alors qu’avant elle n’existait pas. le roi est modéré et sera trouver les paroles pour que la “discipline” règne, que chacun se calme et accepte la présence de l’autre.

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