Itzhak Shamir – la force tranquille (1915-2012)

Il naît en 1915 dans la rage des combats de la Première guerre mondiale dans le petit village de Ruzinoy en Pologne.

La majorité écrasante de la population est juive. Son père, Shlomo Yzernitsky, exerce le métier de tanneur et ses affaires sont prospères. Au foyer familial défilent plusieurs amis du village. On vient souvent chez Shlomo demander un conseil ou une aide, et avant de repartir, Perla, son épouse, remet toujours des petits cadeaux, surtout aux enfants pauvres. Dévouée dans la charité et l’amour du prochain, elle aime faire des dons et des offrandes. Elle collecte également des fonds pour l’école hébraïque locale.

Ses deux grandes filles, Miriam et Rivka, et le petit Itzhak suivent les pas de leur mère et l’observent avec admiration. On parle yiddish et polonais à la maison. Yitzhak étudie l’hébreu et la Bible. Laïc, il compare les histoires bibliques avec la présence des hébreux sur leur terre ancestrale. La Bible n’était pas seulement un livre sacré mais l’épopée nationale du peuple juif. Il admire les aventures et les batailles victorieuses des grands rois d’Israël. Les héros bibliques de son enfance se sont transformés, deux mille ans plus tard, en fervents sionistes. Le jeune Itzhak rêve de s’installer en Eretz Israël et son chef spirituel fut Zéev Jabotinsky.

Très jeune, Shamir suit l’actualité en Palestine et lit les journaux que son père reçoit régulièrement. En août 1929, Itzhak est bouleversé par les pogroms des Arabes contre les Juifs à Jérusalem, Hébron et Safed. Il décide sur le champ de se joindre au mouvement Betar. Il devient par la suite, l’un de ses chefs locaux. Comme beaucoup de jeunes Juifs de l’époque, il vénère Yossef Trumpeldor, cet officier juif, fondateur de la Brigade juive, manchot et héros de la bataille de Tel Hai en Galilée en 1920. Le mouvement Betar, acronyme de Brith Yossef Trumpeldor, glorifie son nom et porte, jusqu’à ce jour, son étendard.

Après des études au lycée privé de Bialystok, Itzhak part à Varsovie étudier le droit à l’université. La capitale polonaise est un centre culturel et universitaire prospère qui attire de nombreux Juifs. Fasciné par la révolution bolchevique, Itzhak admire le combat de Lénine et de Trotski, mais aussi  celui de Michael Collins, le chef irlandais de l’IRA qui lutta contre les Britanniques pour l’indépendance de son pays.

En 1935, Varsovie est influencée par les vagues antisémites venues d’Allemagne. Les étudiants juifs sont menacés par des bandes d’hooligans armés. Elles sèment la terreur dans les rues et les jeunes Juifs doivent se défendre. Il y a plusieurs incidents et des émeutes.

Itzhak va à l’université, toujours  muni d’un canif. Un jour, en retournant chez lui, il achète à un crieur de journaux, une édition spéciale qui annonce, sept colonnes à la une, la visite officielle à Varsovie de Joseph Goebbels, le chef d’orchestre de la propagande nazie. La Pologne  bascule et le pays ne sera jamais plus le même.

Révolté par  cette « trahison » et par les menaces qui pèsent sur les Juifs, le jeune Itzhak prend le soir même, la décision de quitter définitivement la Pologne pour partir en Palestine. Quelques semaines plus tard, en février 1935, il débarque du paquebot « Polonia » dans le port de Jaffa, une petite valise à la main. Itzhak Shamir a juste vingt ans, les cheveux légèrement frisés, le visage brun, d’épais sourcils et une chemisette blanche à col ouvert. Il est fier d’avoir réalisé son rêve. Il est enfin un Juif libre dans sa patrie. Il tient entre ses mains cette richesse. Il respire à pleins poumons, car les lendemains sont pleins de promesse.

Démuni de tout, il gagne sa vie par divers métiers, d’abord dans le bâtiment, puis dans un bureau d’expert comptable. Il achève aussi ses études supérieures en étudiant l’histoire juive à  l’université hébraïque de Jérusalem.

En 1937, Itzhak Shamir joint les rangs du mouvement clandestin Etsel. Il porte serment d’allégeance en prononçant ces paroles patriotiques : « Je suis prêt à tout moment à agir pour la renaissance de la nation d’Israël dans sa patrie. Je suis prêt à vivre et même à sacrifier ma vie pour ma patrie.»

Le slogan de Joseph Trumpeldor : « Il est bon de mourir pour son pays» devient populaire et nombreux sont les jeunes, comme Shamir, dévoués corps et âme au combat d’Israël.

L’entraînement est rude, la discipline  de fer. Il apprend à manipuler les armes et à manier des explosifs. Très vite, Shamir grimpe les échelons et est affecté dans une unité spéciale, chargée du renseignement, des représailles contre  les bandes armées arabes et contre des cibles stratégiques de l’occupant britannique. Sur ce point, les divergences de vue entre la Haganah et le Etsel sont profondes et plusieurs querelles éclatent entre les dirigeants des groupes clandestins. Une scission au sein du Etsel devient inévitable. Shamir et son chef, Avraham Stern, pensent qu’il faut combattre non seulement les Arabes mais aussi « par tous les moyens et sans compromis », chasser les Anglais de Palestine. Des attentats spectaculaires sont minutieusement étudiés.

En septembre 1940, Shamir et Stern quittent le Etsel de Menahem Begin et fondent ensemble un troisième groupe clandestin, beaucoup plus  extrémiste : le Lehi.

Désormais, Shamir entre «officiellement » dans la clandestinité et choisit un nom de combattant : Michael. (emprunté à Michael Collins, chef de l’IRA). Il est recherché par les autorités britanniques et sa tête est mise à prix. En 1942, il est arrêté pour avoir falsifié des cartes d’identité. Il sera jeté dans la prison, tristement célèbre, de Saint Jean d’Acre. Quelques mois plus tard, et en dépit des sévères mesures de sécurité, il réussit à s’évader. Vingt autres compagnons du Lehi ont au même moment, pris la fuite du camp de détention de Latroun. Ils avaient creusé un tunnel long de 76 mètres…

Le Lehi est une petite organisation de quelques centaines d’hommes et de femmes très motivés, de véritables soldats anonymes  prêts à tout  pour la liberté de la patrie. Leur combat se traduit par le chant du Lehi, écrit par leur chef, Avraham Stern. Cette figure légendaire, plus connue sous le nom de Yair, écrit : « Nous sommes tous engagés à vie et il n’y a que la mort qui puisse nous libérer. » En fait, le syndrome de Massada accompagne, incessamment, les militants du Lehi.

Le 12 février 1942, Avraham Stern est assassiné froidement à Tel-Aviv par un policier britannique. Choc terrible pour Itzhak Shamir et ses amis. Il est durablement affecté par la disparition de son chef vénéré. Sans hésitation, il prend le commandement du Lehi et poursuit, de plus belle, ses actions contre les Britanniques.

Traqué par la police, son portrait affiché dans les rues, évitant les pièges et les embuscades, Shamir opère dans la clandestinité avec beaucoup d’habilité. Ses messages sont codés et transmis par radio ou par des femmes messagères.  Il se déguise en rabbin orthodoxe avec une longue barbe et un manteau noir. Change souvent de domicile et rencontre ses compagnons tard dans la nuit, au coin d’une rue obscure ou sur un banc public isolé. C’est dans la clandestinité que Shamir connaît sa future femme, Shulamit Lévy. D’origine bulgare, elle est responsable de la transmission du courrier et des messages. Il tombe éperdument amoureux d’elle et l’épouse dans le secret, en présence d’un rabbin et selon  la tradition juive…

Quelques mois plus tard, lors d’une grande rafle, Shamir est à nouveau arrêté et déporté avec des dizaines de ses compatriotes en Erythrée. Pendant plusieurs mois, il est incarcéré à Sambal, un ancien pensionnat italien transformé par les Britanniques en prison. Dès son arrivée, il pense à s’évader. Il ne peut admettre son absence des événements historiques.  Loin de ses camarades du Lehi en Palestine, il est très chagriné de ne pas être auprès de sa femme et de son fils aîné, Yair, qui vient de naître. Toutes ses tentatives d’évasion sont vouées à l’échec jusqu’au jour ou Shamir et cinq de ses amis creusent un minuscule tunnel et  traversent les barrières, sous le sol. Ils s’évadent à pieds jusqu’à Asmara, et de là prennent un camion citerne. C’est dans « ce cercueil mouvant et asphyxiant » qu’ils arrivent, huit heures plus tard, à Djibouti. Cependant la police britannique, qui était à sa recherche, exige son extradition. Shamir et ses camarades, perplexes, demandent le droit d’asile aux autorités françaises. Ce n’est qu’après de longs mois de tractations et vivant sur les nerfs, qu’il obtient le droit d’asile politique. Depuis, Shamir devient un fervent francophile.

Il approfondira ses connaissances de la culture et de la littérature française et se perfectionnera dans la langue de Molière.

Il passe une année entière à Djibouti. Pendant tout cette période, il suit l’actualité en Palestine et attend impatiemment la proclamation d’indépendance, la création d’un Etat juif. Dans ses moments de solitude et de réflexion, il apprend que son épouse Shulamit a été arrêtée par les Britanniques. Il est aussi informé par la terrible nouvelle : ses proches parents et ses deux sœurs, Rivka et Myriam, ont été déportés et tués dans les camps nazis.

Le 20 avril 1948, quelques semaines avant le départ des Britanniques et  la proclamation de l’Etat d’Israël, Shamir embarque de Djibouti dans un bateau de guerre à pavillon français. Il arrive à Toulon et delà prend  l’avion vers Haïfa via Prague. Avant son départ pour la Terre Promise, des amis français lui remettent un vieux passeport, celui d’un inconnu…  Il passe le contrôle policier sans  difficulté.

L’Etat d’Israël vient de naître, et Itzhak Shamir retrouve enfin sa petite famille. Une nouvelle vie commence dans la tourmente de la guerre pour l’indépendance. Les combats font rage et la minorité juive en Palestine se défend pour son existence et sa survie.

Des dissidents du Lehi décident de contrecarrer  le plan du médiateur des Nations Unies qui veut réduire sensiblement l’immigration juive et imposer une trêve. Ils utilisent la manière forte : le 17 septembre 1948, le comte Folke Bernadotte, neveu du roi de Suède, est assassiné à Jérusalem. Shamir est mis au courant des préparatifs de l’assassinat. Il n’a pas donné son approbation mais n’est pas non plus opposé à ce genre d’opération.

 L’ONU proteste vigoureusement et les condamnations sont unanimes à travers le monde. Furieux, Ben Gourion déclare le mouvement Lehi hors la loi, et arrête une grande partie de ses membres. Shamir prend la fuite et retourne dans la clandestinité. Frustré et amer contre « les règlements de comptes » entre Juifs, il décide de  prendre les devants et de se réconcilier avec le gouvernement provisoire de Ben Gourion.

Lors d’une rencontre secrète avec un émissaire de Ben Gourion, Shaoul Avigour, ce dernier lui demande des noms : les responsables de l’attentat contre Bernadotte. Shamir refuse net.

Quelques jours plus tard, le gouvernement décide l’amnistie générale et libère tous les membres des mouvements clandestins. Le Lehi est démantelé et Shamir est à nouveau libre dans son propre pays. Cependant, il se trouve écrasé par la machine du pouvoir, et conscient que longtemps encore, les anciens du Lehi et du Etsel, seront écartés de toute activité au sein de l’administration. Ses demandes d’être accepté  à la Cour des comptes, par exemple, sont rejetées.

Il accepte toutes sortes de travaux, mais il a du mal à faire vivre sa petite famille.  Le pays est très pauvre et plongé dans la pénurie et le chômage. Shamir ne se plaint jamais, il observe néanmoins que les pages d’histoire s’écrivent sans lui. Très complexé de ne pouvoir être utile et de ne pas servir son pays, comme il le souhaite, il se résigna enfin.

Après plusieurs années de combat quotidien, le voilà seul, à chercher un emploi, une raison d’être.

En avril 1955, c’est le grand tournant dans la vie de Shamir. Isar Harel, le chef tout puissant du Mossad, décide de l’embaucher dans ses rangs. C’est le bon choix et la confiance est totale entre les deux hommes. Ils possèdent, d’ailleurs, des traits communs de caractère ; ils se ressemblent par leur petite taille et leur physique. Shamir a déjà 40 ans. Sec, moustache en crocs, svelte, c’est un homme d’action.

Au sein du Mossad, il retrouve les mêmes valeurs qu’il a connues dans la clandestinité : la responsabilité, l’exemple personnel, l’initiative, le courage et l’intégrité.

Il retourne dans son élément et dans l’ombre. Shamir participe à de nombreuses activités importantes dans le cadre du Mossad, certaines restant jusqu’à ce jour,  secrètes.

En 1956, il part à Paris et représente, pendant deux ans, les  services israéliens de renseignements et d’espionnages. Durant toute une décennie, jusqu’à la guerre des Six Jours, Shamir demeure loin des projecteurs. Il œuvre inlassablement et discrètement en faveur des Juifs d’Union Soviétique, plongés dans la détresse et une flagrante discrimination. Vingt ans plus tard, alors qu’il est Premier ministre, il récolte les fruits de son travail : son rêve se réalise, et 450 000 Juifs en provenance de Russie immigrent en Israël.

En 1970, Itzhak Shamir à 55 ans,  décide de se lancer dans la politique et entre au parti Herout de Menahem Begin.

Shamir respecte Begin. Il l’a déjà connu à l’université de Varsovie et apprécié son talent inné d’orateur et de meneur d’hommes. Toutefois, leurs personnalités sont différentes. Begin adore les bains de foule, les meetings populaires et les discours fleuves, enrichis de pathos et parfois de démagogie, contrairement à Shamir qui est modeste, humble et qui aime à travailler dans l’ombre. Begin, apprécie les titres gonflants, les flatteries et les salves d’applaudissements. Il se laisse aisément entraîner par l’enthousiasme de la foule. Il respecte d’une façon exagérée les généraux et les professeurs d’académie. Il s’intéresse aux formes et aux cérémonials, tandis que Shamir, lui, parle peu et  préfère l’action, tout court.

Après la guerre  de Kippour, Shamir devient pour la première fois  membre de la Knesset. En mai 1977, suite à la victoire spectaculaire du Likoud, il accepte la proposition de Begin et devient président de la Knesset. Un rôle contraire à son caractère, mais il s’habitue très vite et l’accomplit avec satisfaction. C’est Itzhak Shamir, opposé aux accords de Camp David signés avec l’Egypte, qui accueille le président Anouar el Sadate à la Knesset. Lors du vote historique, il s’abstient.

En 1980, Shamir est nommé par Begin ministre des Affaires étrangères ; il signe avec les Etats-Unis deux importants accords, l’un sur la coopération stratégique et un deuxième, marquant le libre échange commercial entre les deux pays. Il renoue également des relations diplomatiques avec plusieurs Etats africains.

Suite à la démission de Menahem Begin du gouvernement, Itzhak Shamir est Premier ministre par intérim jusqu’aux élections. Après le match nul entre les deux grandes formations politiques, le Likoud et les travaillistes, Shamir et  Shimon Pérès partagent le pouvoir et forment un gouvernement d’union nationale.

En 1988, la formule éclate et Shamir est reconduit dans ses fonctions de Premier ministre, jusqu’au mois de juin 1992.

Durant toute cette longue période, Shamir mène une politique intransigeante concernant la solution du problème palestinien et refuse tout contact avec l’OLP d’Arafat. Il limoge même Ezer Weizman, du Cabinet ministériel, pour avoir rencontré « sans sa permission » un membre de l’OLP à Genève.

Dans le cadre de mes activités, j’ai eu le privilège de  rencontrer souvent Itzhak Shamir. Très chaleureux, cordial et peu bavard, il avait toujours une grande méfiance envers la presse et préférait l’éviter. Dans les longs entretiens qu’il nous a accordé, à Jérusalem, Paris et Bruxelles, il se révoltait à chaque fois contre l’incompréhension de l’Europe concernant les positions israéliennes et en particulier, à l’égard de Yasser Arafat.

« Yasser Arafat ne changera jamais », me disait-il avec conviction,  fronçant ses sourcils et en martelant la table du bureau d’un poing énergique. « Il ne s’agit pas d’un sentiment mais de la connaissance profonde d’un dossier, de faits et de preuves sur le terrain. Qu’un Etat change de politique, je le conçois, mais l’OLP n’est pas un Etat, c’est un mouvement politique et terroriste, avec une philosophie et une idéologie claires, qui ont pour but l’anéantissement physique de l’Etat d’Israël. C’est leur stratégie. Une telle organisation ne peut changer du jour au lendemain. Les Européens ne comprennent pas que leur admiration à l’égard de l’OLP encourage les extrémistes arabes, éloigne la paix et écarte les hommes de bonne volonté et modérés, les Palestiniens désireux de trouver une solution pacifique. »

Un discours qui ne changera pas, même après les accords d’Oslo signés sur la pelouse de la Maison Blanche en septembre 1993. Shamir parlera toujours de supercherie et l’histoire lui donnera raison.

L’année 1991 met Shamir à rude épreuve, la plus importante de sa carrière. A partir du 18 janvier 1991 et durant six semaines, toute la population israélienne est confinée chaque nuit dans des chambres scellées, avec des masques à gaz. La nation juive rescapée de la Shoah revoit les images d’horreur de son passé mais souffre en silence et fait preuve d’un sang-froid remarquable. Son chef, Itzhak Shamir, est anxieux mais prouve qu’il est muni de nerfs d’acier. C’est un roc qui a l’étoffe d’un chef d’Etat. Durant cette période, il marche sur la corde raide, mais conduit les affaires courantes conformément à l’équité et avec beaucoup de fermeté. Incarnant la force tranquille, il rejette les pressions des généraux et l’option militaire contre les tirs des missiles Scud, et adopte un profil bas.

Il nous explique qu’il n’a pas changé de politique mais de tactique, dans l’intérêt national. Ce n’est pas une question de revanche si Tsahal doit automatiquement riposter à chaque tir de Scud.

Shamir illustre son grand dilemme en disant : « Nous ne jouons pas une partie de ping-pong avec les Irakiens. »

Ainsi, il laisse faire la coalition dirigée par les Etats-Unis mener le combat contre l’Irak de Saddam Hussein.

Cette attitude de Shamir récolte ses fruits. De la Première guerre du Golfe, Israël sort renforcé sur tous les plans. Le pays obtient de l’administration américaine les garanties nécessaires pour sa défense, et des sommes importantes pour alléger le fardeau de l’intégration des nouveaux immigrants venus de Russie et d’Ethiopie.

La force de dissuasion de Tsahal n’a pas été affectée comme on aurait pu le croire et Ariel Sharon s’est bien  trompé dans ses sombres pronostics.

9 mois après la guerre, le 30 octobre 1991, s’ouvre à Madrid une conférence de paix. Cette réunion mondiale représente une importante victoire diplomatique pour  Israël.

Jérusalem obtient gain de cause : des négociations directes et sans préalable avec les Arabes.

Quelques mois plus tard, les résultats des nouvelles élections à la Knesset écartent définitivement Itzhak Shamir du pouvoir.

Devenu simple membre de la Knesset, il observe avec amertume que son parti, le Likoud, est un navire en perdition et que lui, Shamir, 77 ans, le vieux capitaine, n’a plus les mêmes  forces pour se disputer la barre dans la tourmente, et pour prendre les commandes, comme d’habitude. Il est très inquiet de la politique des travaillistes à l’égard des Palestiniens, et en particulier, de celle de Shimon Pérès.

En septembre 1992, il décide de fermer la boucle de l’histoire d’une longue vie. Il part avec son épouse en Pologne pour revoir son village natal, Ruzinoy.

Ce jour-là, le soleil brille et l’accueil des villageois est très chaleureux. Shamir va se recueillir dans le vieux cimetière juif où il ne reste que quelques veilles tombes. Les synagogues aussi ont disparu ; il en reste une, en ruine. Plus rien ne subsiste de la Ruzinoy des années trente. Aucune trace des 3500  juifs, de cette communauté vivace d’avant la Shoah. Tout a été réduit en cendres par la barbarie nazie.

En 1996, Itzhak Shamir quitte définitivement la Knesset et se retire de la vie publique. Il dirigea Israël durant plus d’une décennie. Homme d’action et combattant dans l’ombre, cet homme intègre et modeste préféra toujours l’intérêt de son pays aux exigences de son parti. Il a toujours agi avec une forte conviction sioniste. Intransigeant et fuyant les projecteurs, les foules et le cérémonial, il se moquait des sondages d’opinion. Son immobilisme dans la solution du problème palestinien, isola Israël sur l’arène internationale, mais Shamir lui, sera toujours respecté et considéré comme un homme d’Etat dévoué, corps et âme, pour son pays, la terre d’Eretz Israël.

Extrait du livre de Freddy Eytan Les 18 qui ont fait Israël, aux éditions Alphée.

Leave a Response

Please note: comment moderation is enabled and may delay your comment. There is no need to resubmit your comment.