Israël est-il un Etat colonial ?

Les facteurs psychologiques jouent souvent un rôle dans l’évolution des vues politiques. Dans le conflit israélo arabe, l’un des moyens par lequel les facteurs psychologiques opèrent, est dans la formation de préjudices qui ne reflètent  nécessairement pas les données historiques ni le droit international applicable. Dans le cadre des exemples sont incluses des descriptions telles que l’occupation est « illégale » et la détermination selon laquelle il existe un « droit » à la résistance ou un »droit » au retour. Ces descriptions  utilisées à maintes reprises, malgré leur légitimité contestée, peuvent modifier les perceptions. Dés que ces perceptions changent, les  attitudes et le comportement évoluent  et conduisent, en fin de compte, à des préjugés et à des positions partiales qui ne reflètent pas la réalité historique et politique.

Ainsi, le langage employé se transforme en un important instrument psychologique et en fait, il  décrira les évènements en perpétuant  les croyances fondées sur des récits qui ne seront pas fondés sur  des vérités historiques. Le professeur Joseph Massad de l’université de Colombie, comme beaucoup d’autres, décrivent Israël comme une entité coloniale basée sur un mouvement illégitime et raciste qui est selon eux le sionisme. Certains pensent toujours que l’Etat d’Israël  est un élément étranger implanté au Moyen-Orient. Des organisations internationales telles que les Nations Unies ou des militants  politiques tel que Noam Chomsky décrivent les Arabes comme « des autochtones » et les Juifs comme des « immigrants ».

Le “colonialisme israélien” est devenu un thème majeur dans les critiques du monde universitaire et fait partie du  langage de discours contre Israël.

Le début de la fin de la colonisation au Moyen Orient :

La Déclaration Balfour

La Déclaration Balfour est historiquement parlant le premier document qui a  reconnu les droits des Juifs à un foyer national et à une indépendance en Palestine.

Par contre, il est perçu dans le monde arabe comme un  processus illégitime de la dépossession des terres arabes. Les événements qui se sont succédés  après: la Révolte arabe  en avril 1936 , la publication du rapport de la Commission Peel en juillet 1937, qui recommandait pour la première fois le partage  de la région , et le fait que la Déclaration Balfour souhaitait obtenir un soutien des juifs aux Alliés, tous ces événements , ont  permis à susciter l’émancipation des pays arabes. Dans ce contexte, il est improbable que la victoire des Turcs et de leurs alliés allemands aient acheminé  les Arabes à créer, en dehors de la Palestine, des Etats indépendants.

Ainsi, la Déclaration Balfour, n’a pas seulement stimulé l’indépendance juive, mais a étrangement servi le monde arabe dans ses objectifs nationalistes. Ces revendications n’existaient pas auparavant  puisque le rapport Peel note que « les Arabes ont toujours conçu la Palestine comme faisant partie de la Syrie ».

En vertu de l’accord Fayçal-Weizman du 3 janvier 1919, les Arabes reconnaissent les droits des Juifs et l’indépendance sur l’ouest de la Palestine, préconisés dans la Déclaration Balfour, tandis que la famille royale de Fayçal garderait le contrôle de la Syrie et la zone connue comme la Transjordanie. L’échec de cet accord, et le conflit qui en résulte est dû au refus français  de renoncer à son contrôle colonial et de reconnaître les droits de l’Emir Fayçal en Syrie.

La dénégation arabe des droits des juifs sur la Palestine

L’échec de l’accord Fayçal -Weizman a provoqué une longue période de nationalisme arabe et un déferlement de violence et d’affrontements sanglants entre Juifs et Arabes.

Aujourd’hui encore, le monde arabe continue à nier l’histoire du conflit  tant sur le plan officiel que dans les mass médias. Un rapport du département d’Etat américain  note que les manuels scolaires de l’Autorité palestinienne « ont souvent ignoré les liens historiques et indéfectibles des Juifs avec Israël et Jérusalem. »

Cette conception se retrouve dans les chartes des deux principaux mouvements palestiniens. La charte nationale palestinienne de 1968 a déclaré que la Déclaration Balfour et nulle et non avenue et affirme :

« Les prétentions à des liens historiques et religieux des Juifs avec la Palestine sont incompatibles avec les faits de l’histoire et la véritable conception de l’Etat -nation. » La question de la reconnaissance juive  par opposition aux droits israéliens demeure un point de friction entre Israël et l’Autorité palestinienne. La charte du Hamas de 1988 exprime l’hégémonie islamique sur la zone connue comme Palestine, et évoque à plusieurs reprises “l’usurpation de la Palestine par les Juifs et la stimulation de l’Islam.”

Des milieux universitaires dans la société arabe palestinienne sont également abonnés à ces notions. L’université Al Qouds  sur « l’histoire de Jérusalem » explique que le « récit » juif est un « mythe », et que le Roi David dont l’existence même est remise en question, faisait probablement partie d’une communauté « idéalisée » d’ « israélites » qui n’avaient aucun lien à Jérusalem, et que ces « israélites » n’ont jamais connu l’ exode d’Egypte (Al Qouds affirme que cette « histoire » était « appropriée » à une légende cananéenne), que la conquête de Josué n’a jamais eu lieu, que le temple de Salomon était en réalité un centre de culte païen, et que le Mur occidental est probablement et simplement une partie d’une forteresse romaine. Dans la mosquée Al Qouds la restitution de la « conquête » de la Palestine, les Juifs ne sont même pas mentionnés,   bien que les Egyptiens, les Hittites, les Philistins, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Romains, les Arabes musulmans, les Mamelouks, les Ottomans et les anglais y figurent. Les Juifs ne se trouvent nulle part dans l’Histoire et leur passé en Palestine est inexistant.

Dans les médias populaires palestiniens, la notion d’absence du lien historique des Juifs avec la Palestine est perpétrée et même encouragée. Des émissions sont diffusées à la télévision niant tout lien des Juifs avec le Mur occidental du Temple. Cette croyance est si répandue à tel point qu’un guide arabe francophone  du Musée de la Tour de David a été licencié, après avoir affirmé qu’il n’existait aucune racine juive à Jérusalem. Il a même indiqué, dans une interview à la télévision palestinienne, que le film documentaire exposé sur place par la mairie est « bourrée de mensonges et de tromperies historiques.”

Les porte-parole palestiniens affirment souvent que les Juifs sont membres d’une religion et non d’une nation, et donc toute aspiration nationale fondée sur la revendication d’un territoire n’est pas crédible.

La notion qui présente les Juifs comme une entité étrangère en Palestine a été publiée et rabâché dans l’ouvrage d’Edouard Saïd sur l’orientalisme, qui est perçu aujourd’hui comme le fondement de la pensée post coloniale dans les universités. La réalité historique est bien évidemment différente.

Le passé  colonial au Moyen Orient.

Les conquêtes coloniales au Moyen Orient et au Maghreb sont nombreuses. Les Turcs ottomans ont dominé la région durant 4 siècles, de 1516 à 1917.

L’histoire coloniale britannique comprend la prise de contrôle de la région du Golfe entre 1861 et 1899, transformant cette zone  en un «  lac britannique ». Des hauts-fonctionnaires  britanniques ont décidé laquelle des grandes familles tribales de la région du golfe allaient devenir les dirigeants des éventuels Etats.

Des colonialistes français ont pris l’Algérie en 1830, ont conquis la Tunisie en 1881, et ont pris le contrôle sur le Maroc en 1912.

Ni les Juifs ni les Arabes n’ont joui d’une indépendance et étaient sous des régimes mandataires ou protectorat. A la fin de la Première Guerre mondiale, et suite aux accords Sykes-Picot de 1916, les intérêts coloniaux britanniques et français ont été établis et définis.

La décolonisation après la défaite ottomane

A partir de la période de la Première Guerre mondiale, l’ensemble du Moyen Orient a subi un processus de décolonisation avec l’émergence des mouvements nationaux. Le nationalisme juif était conforme à la Déclaration Balfour,  après avoir été intégré dans la ligue des Nations mandataires pour la Palestine. La Grande Bretagne a soutenu les revendications nationales juives en Palestine, mais un  nombre de documents historiques prouvent qu’elle a aussi encouragé le nationalisme arabe comme instrument dans leur propre conflit avec les Ottomans.

Les Juifs, loin d’être colonialistes, ont bénéficié d’un mouvement national qui visait à renouveler la souveraineté juive, mais aussi à mettre fin au contrôle colonial et aux tribus qui n’avaient pas de racines historiques ou autochtones dans la région.

Le mandat sur la Palestine signé en 1922 se réfère  spécifiquement au « lien historique du peuple juif avec la Palestine. »

Ce mandat appelle également le peuple juif à commencer « la reconstitution de son foyer national » indiquant essentiellement qu’il allait reconstruire un foyer national qui existait auparavant. En revanche,  un bon nombre d’Etats arabes  ont été créés  par les Britanniques et des Français.

Le processus de l’indépendance

Un regard sur la carte du Moyen Orient montre que les mouvements nationaux sont devenus des entités nationales par  des facteurs tribaux. Le Yémen du nord est devenu indépendant en 1918. La monarchie hachémite en Irak a acquis son indépendance de l’Angleterre en 1932. L’Arabie saoudite (à l’origine Hedjaz et Nadjd)  est devenue également  indépendante de la Grande Bretagne en 1932. L’Egypte occupée par l’Angleterre depuis 1882 a obtenu son royaume indépendant en 1952. Le Liban et la Syrie prirent leur indépendance respective en 1943 et en1946. Une famille hachémite de Jordanie eut son indépendance en 1946 dans un territoire faisant partie à l’origine de la Palestine mandataire. L’indépendance a également été réalisée par les protectorats britanniques d’Oman (1951) le Kuweit (1961) le Yémen du sud (1967) les Emirats arabes unis ; Bahreïn et le Qatar (1971).

Quant à  l’autodétermination nationale juive en Palestine, elle a été obtenue  avec l’indépendance d’Israël en 1948 et la fin du mandat de Grande Bretagne. Avant 1967, la Jordanie a occupé illégalement la Cisjordanie, tandis que Gaza était administrée par l’Egypte.

En 1948, lors de la guerre pour son indépendance, Israël  a agi comme une force anticoloniale. Les troupes de la légion arabe de la Transjordanie ont combattu sous un commandement britannique et des officiers arabes. Bien que les armes israéliennes provenaient essentiellement de la Tchécoslovaquie,  les Etats arabes ont été équipés d’armes des anciennes  puissances coloniales, la Bretagne et la France.

Sur le plan militaire et diplomatique, Israël a été une force anti- coloniale au cours de ses premières années de son existence.

Israël  est donc le seul qui est accusé de « colonial ». Il s’agit selon les détracteurs d’un  autre type de colonialisme, celui de l’immigrant « colonialiste » lié à l’entreprise sioniste. Une manipulation  psychologique flagrante à des fins politiques. Il va sans dire que la notion de « l’immigrant » rejette tout lien historique ou biblique des Juifs dans la région. D’où l’importance de la dénégation des droits des Juifs, de l’Histoire, et des revendications régionales.

 On distingue  que « le colon » s’applique uniquement aux israéliens qui ont établi des communautés dans les Territoires disputés,  et ceux qui utilisent la terminologie «immigrant colonial » visent clairement toute l’entreprise sioniste, c’est-à-dire y compris le territoire originel de l’Etat d’Israël de 1948. En fait de nombreux  activistes palestiniens contemporains affirment régulièrement  que tous les Israéliens sont des colonialistes et que toute  la Palestine  historique a été occupée. Ces activistes nient catégoriquement toute racine juive dans la région.

Remettre en question ces croyances, implique deux mécanismes qui se chevauchent : d’abord une reconnaissance ferme de la réalité des racines juives et de la souveraineté historique dans la région, et deuxièmement une reconnaissance que la reconstitution moderne du nationalisme juif a été atteinte grâce à un processus légitime et conforme au droit international et au droit à l’auto détermination .Ces deux principes sont tabou et ne sont même pas soumis à discussion par de nombreux idéologues anti-sionistes.

L’idéologie, lorsqu’elle est intransigeante et inflexible, est réfractaire à toute dissonance cognitive. C’est pourquoi, en dépit du dossier historique, la notion fondamentale d’Israël, comme “immigrant colonialiste » continuera à résonner dans les milieux où le nationalisme est mal vu, où l’histoire religieuse n’est pas pertinente, où les idéologies post-modernes sont bien implantées, et où la notion du peuple juif n’est pas reconnue.     


  Le texte intégral de cet article figure dans le site du JCPA en anglais.

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