Gaza: Un nouveau port pour sortir de la crise humanitaire?

Ces dernières semaines, les chancelleries et la presse internationale s’alarment à propos de la dégradation de la situation humanitaire et économique dans la bande de Gaza.

On avait pointé du doigt le manque d’électricité, d’eau potable, de denrées alimentaires et de médicaments. Certains observateurs pensent que si la crise humanitaire venait à empirer, un nouveau conflit armé entre Tsahal et le Hamas serait inévitable.

Rappelons qu’en juin 2007 le Hamas avait pris le contrôle de Gaza des mains de l’Autorité palestinienne. Depuis, plusieurs confrontations militaires ont eu lieu et des milliers de roquettes sont tombées sur le sol israélien. Le Hamas n’a jamais abandonné la lutte armée et renforce quotidiennement son arsenal militaire.

Le mois dernier, Israël a détruit un tunnel d’attaque du Hamas qui passait sous le passage de Kerem Shalom en territoire israélien et de là vers l’Egypte. L’événement a suscité un débat en Israël sur la politique appropriée concernant les postes frontaliers à destination et en provenance des territoires palestiniens.

Suite à l’échec de la réconciliation Fatah-Hamas, la situation sur le terrain reste inchangée : ouverture et fermeture sporadique et non réglementée du passage par l’Egypte, avec un personnel du Hamas du côté palestinien, même si ce passage frontalier a été officiellement remis à l’Autorité palestinienne. Dans ce contexte, il est clair que tant que la bande de Gaza est contrôlée par le Hamas, considéré toujours comme organisation terroriste, tout règlement devrait inclure les dispositions de sécurité adéquates.

Pour les autorités israéliennes, un soulagement de la situation à Gaza est aussi un intérêt sécuritaire majeur. Toutefois, toute planification, à ce jour, est concentrée sur la circulation des biens et des marchandises, et non sur le mouvement des personnes. De ce fait, divers plans ont été présentés pour établir des installations portuaires à Gaza :

  • Utilisation d’un port israélien existant qui transporterait des marchandises à Gaza.
  • Construction d’un nouveau port à Gaza.
  • Construction d’une île artificielle en Méditerranée qui sera liée par des ponts.
  • Construction d’un port du côté égyptien de la frontière.

Dans une interview récente à la chaîne internationale France 24, le président égyptien, Fatah el Sissi, a déclaré :

« Le but de la réconciliation palestinienne est d’empêcher la croissance de l’extrémisme parmi la deuxième et la troisième génération. L’Autorité palestinienne est capable de diriger la bande de Gaza, d’ouvrir les points de passage et de faire face à la situation. Le passage de Rafah est l’un de ces points qui est lié à des accords internationaux. Il pourra ramener l’Autorité palestinienne à faire partie de la restauration du trafic des marchandises et en mettant un terme au terrorisme dans la péninsule du Sinaï. »

Selon certaines sources palestiniennes, la position de Sissi sur l’avenir du passage de Rafah est plus proche de celle du Hamas que celle de Mahmoud Abbas. Le Hamas voulait « participer » à la gestion du passage, tandis qu’Abbas souhaitait « l’exclusivité ». L’Egypte, selon ces mêmes sources, voulait également conserver un certain rôle au Hamas dans son combat contre le terrorisme.

Tsahal a mis au jour plusieurs tunnels terroristes du Hamas depuis la dernière guerre de Gaza

Le passage de Rafah demeure le seul dans cette région où la circulation est possible vers un pays arabe et de là vers le monde entier. Le passage d’Erez, au nord de Gaza, permet le va-et-vient avec Israël mais rarement vers l’étranger surtout pour des raisons bureaucratiques compliquées.

Dans ce contexte, il est important de distinguer le passage des marchandises et la libre circulation des personnes. La prise de contrôle de Gaza par le Hamas a aggravé la situation pour les Palestiniens.

De fait, les questions sécuritaires deviennent plus que jamais une priorité pour pouvoir gérer le transfert de marchandises par voie maritime. Contrairement aux allégations du Hamas, le “blocus de Gaza” n’a pas pour but d’« étrangler » la population comme le prétendent certaines ONG qui tentaient de lancer des “flottilles”, dont l’une, le Marmara, avait provoqué une crise profonde avec la Turquie d’Erdoğan.

Dans la situation actuelle, il n’existe pas de réglementation sur le passage des personnes à destination ou en provenance de Gaza.

Tant qu’il n’y aura pas de port à Gaza, la solution alternative sera un port situé en Israël ou dans le Sinaï.

Soulignons que dans le passé, des dizaines de jeunes Gazaouis se frayaient un chemin vers la Jordanie mais depuis la construction d’une barrière frontalière, Amman avait demandé de ne plus autoriser d’émigration vers son territoire. Ces jeunes Gazaouis ont des visas mais aucun moyen de quitter Gaza pour étudier dans des universités à l’étranger ou travailler. Leur niveau de frustration est particulièrement élevé.

Nous constatons que deux problèmes principaux affligent les habitants de Gaza et créent un sentiment d’étouffement : un chômage élevé et une pénurie d’électricité. Il y a bien entendu d’autres problèmes graves, comme la mauvaise qualité de l’eau potable.

Selon l’agence de presse officielle de l’Autorité palestinienne, le chômage chez les jeunes Gazaouis a dépassé les 41%. Le principal avantage d’un nouveau port serait donc de fournir des emplois.  Israël a accepté de fournir de l’électricité à Gaza afin d’exploiter les installations de traitement des eaux usées et l’usine de dessalement, conformément aux accords signés.

L’électricité payée par l’Autorité palestinienne mais fournie par Israël ne l’est que pour quatre heures par jour seulement.

L’Autorité palestinienne est consciente de la détresse des jeunes, et elle encourage la migration. Cependant, seul le Qatar a accepté d’offrir 20 000 emplois.

Les cinq grands plans portuaires pour Gaza

Voici cinq plans portuaires impliquant le transport terrestre de cargaisons internationales vers la bande de Gaza :

  1. Ashdod/Kerem Shalom (le système existant) – Port d’Ashdod ; traitement des cargaisons à Gaza dans le terminal de Kerem Shalom.
  2. Ville de Gaza (plan du Hamas) – Construction d’un port au sud de la ville de Gaza.
  3. Île de Gaza (projet Katz) – Construction d’un port sur une île artificielle. Transport des cargaisons à Gaza par des ponts, avec des points de contrôle sous surveillance internationale.
  4. El-Arish/Kerem Shalom – Construction d’un port palestinien autonome, dans le cadre du plan de développement d’un port égyptien à El-Arish, transportant les cargaisons à Gaza par Kerem Shalom.
  5. Sud de Gaza/Kerem Shalom – Construction d’un port palestinien autonome du côté égyptien de la frontière sud de Gaza, transportant les cargaisons à Gaza par Kerem Shalom.

Deux autres alternatives furent étudiées, un terminal palestinien à Ashdod et un autre à Chypre. Elles ont été rejetées catégoriquement.

Les cinq plans ont été étudiés selon cinq critères :

  • La sécurité israélienne ;
  • Les aspirations nationales palestiniennes ;
  • Le budget ;
  • Le développement économique ;
  • La probabilité politique.

Plans

Critères

Sécurité d’Israël Aspirations nationales palestiniennes Faisabilité économique Impact économique
Gaza Egypte
Ashdod/Kerem Shalom (actuel) * * * * * *
Ville de Gaza (Hamas) * * * * * * *
Ile de Gaza  (Katz) * * * *
El-Arish/Kerem Shalom * * * * * * * * * * * *
Sud de Gaza/Kerem Shalom * * * * * * * * * * *

La sécurité est vraisemblablement le critère le plus important pour Israël, tandis que les aspirations nationales priment pour l’Autorité palestinienne. Mais cette dernière pourrait compromettre ses aspirations nationales en échange d’une aide internationale et d’un développement économique constant.

Dans une évaluation initiale des plans, le plan sud de Gaza semble être le seul avantageux. Il offre une solution satisfaisante pour la sécurité israélienne et une solution presque satisfaisante pour les aspirations nationales palestiniennes ; c’est aussi le seul qui puisse être mis en œuvre immédiatement avec un consentement égyptien.

Kerem Shalom est située dans la partie la plus large et la moins peuplée de Gaza, où des terrains vacants et exploitables sont encore disponibles. Des terres supplémentaires pourraient être fournies par Israël dans le cadre des futurs échanges territoriaux entre Israël et les Palestiniens.

Kerem Shalom est stratégiquement située à l’intersection des frontières de Gaza, d’Israël et d’Egypte. L’élément central du plan portuaire de Gaza-Sud est l’expansion du port intérieur de Kerem Shalom en un important parc industriel. Ce gigantesque complexe pourrait devenir une zone de libre-échange gérée conjointement par les Palestiniens, Israël et l’Égypte.

Il est également prévu que le terminal frontalier de Nitzana entre Israël et l’Égypte sera relocalisé à Kerem Shalom.

La nécessité de construire un port spécial pour les Palestiniens répond sans doute à un besoin politique découlant de leur aspiration à signifier leur souveraineté sur ce territoire, mais la mise en œuvre ne devrait advenir qu’après la signature de nouveaux accords sécuritaires et logistiques signés avec Israël.

Pinhas Inbari

 


Pour citer cet article :

Pinhas Inbari, « Gaza : Un nouveau port pour sortir de la crise humanitaire ? », Le CAPE de Jérusalem, publié le 10 février 2018: http://jcpa-lecape.org/gaza-un-nouveau-port-pour-sortir-de-la-crise-humanitaire/


Illustration : File de camions transportant des marchandises à Gaza via le point de passage de Kerem Shalom (crédit Coordinateur gouvernemental des Activités dans les Territoires).

NB : Sauf mention contraire, toutes nos illustrations sont libres de droit.

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