Et Ismaël entendra le rire d’Isaac. 2019, la coïncidence 9 av-aïd al-Adah

Les hasards des calendriers avaient fait correspondre lors de l’année commune 2019, les commémorations juive du 9 av et celle musulmane de l’Aïd el-Kebir (grande fête) ou Aïd al-Adha (fête du sacrifice).

Cette dernière fête, appelée en France fête du mouton, a lieu, lors du Hadj, le 10 du dernier mois du calendrier; après une station à La Mecque sur le mont Arafat. Arafat, pas le dirigeant palestinien parent d’Amin al-Husseini, mais le mont du dernier sermon de Mahomet ; là où il adressa à ses compagnons son testament. Là aussi, lui aurait été révélé le troisième verset de la sourate 5 : « Aujourd’hui, j’ai rendu parfaite votre religion ; J’ai parachevé Ma grâce sur vous ; J’ai agréé l’islam comme étant votre religion. Un hadith du Prophète affirme le hadj, c’est Arafat. »

En écho à ce sermon de l’adieu est prononcé l’important khutba (sermon) destiné à l’ensemble de la communauté musulmane, répercuté par les pèlerins dans leurs patries respectives. Le manquer frappe de nullité le pèlerinage. Arafat signifie vraiment quelque chose pour les musulmans, prendre Arafat pour surnom n’est pas innocent.

L’Aïd al-Adha commémore le faux sacrifice de son fils par Abraham. La tradition musulmane est de tuer un mouton et de le partager lors d’un repas familial. Combien de troupeaux, combien de béliers qui paissaient heureux à leurs pâtures lointaines, dans ces horizons dispersés se sont évanouis sous les couteaux de ces hommes en fête ?

Le texte biblique raconte le simulacre par Abraham du sacrifice de son fils Isaac ; il s’agit de montrer aux Cananéens[1] que Dieu ne veut pas de sacrifice humain et c’est un bélier qui en fait les frais. Dans le Coran : (Abraham dit) Je pars vers mon Seigneur, Il me guidera. Seigneur, donne-moi (une progéniture) du nombre des pieux. Nous lui donnâmes la bonne nouvelle d’un garçon longanime (ou magnanime). Puis, quand celui-ci atteignit le sa’y[2] avec lui, (Abraham lui) dit : “O mon fils, je vois en songe que je suis en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses.” Il dit : “O mon père, fais ce qui t’est ordonné ; tu me trouveras, si Dieu le veut, du nombre des patients.” Puis, lorsque tous deux se furent soumis et qu’il l’eut mis sur le front, voilà que Nous l’appelâmes : “O Abraham, tu as confirmé le songe.” C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. C’était là l’épreuve manifeste. Et nous le rachetâmes d’une grande immolation. Et Nous perpétuâmes dans la postérité (cette parole) : “Paix soit sur Abraham !” (Coran 37/99-110).

Le Coran met l’accent sur la soumission des deux hommes ; Islam signifie soumission (une opposition totale avec le judaïsme dont le mythe fondateur est la libération (cf. Moïse).

Bref, il s’agit d’un fils magnanime, non nommé. Les savants ulémas et commentateurs sont depuis toujours en désaccord. Certains[3] disent que ce fils est Isaac et notamment Tabari s’appuyant sur les versets 37/101, 15/33, 51/28 qui annoncent à Abraham la nouvelle d’un enfant longanime bien après qu’Ismaël[4] soit né… et c’est Sarah, et non Agar, qui n’avait pu enfanter (51/29, 11/71-72) ; la naissance d’Ismaël est relatée naturelle, fils d’une femme jeune. On peut encore ajouter qu’Ismaël et sa mère, à cette époque, étaient exilés dans le désert, certes le même que celui d’Avram mais hors de son campement. Avram ne prend d’ailleurs le nom d’Abraham que plus tard et c’était une condition pour la conception d’Isaac.

Et voici les versets 111 à 113 de la même sourate 37 : Et Nous lui donnâmes la bonne nouvelle d’Isaac comme prophète d’entre les pieux. Et Nous bénîmes lui (Abraham ?) et Isaac. Et dans la descendance des deux il y a l’homme de bien et celui qui est manifestement injuste envers lui-même.

A l’inverse, ibn Kathîr pense néanmoins avec ibn Ka’b al-Qurazi qu’il s’agit d’Ismaël sur l’argument que le verset 112 Et nous lui donnâmes la bonne nouvelle d’Isaac, prophète parmi les pieux, commençant par Et plutôt que par « ainsi donc », témoignerait de l’idée qu’il s’agit d’un propos différent et non d’un récapitulatif… Que d’arguties et d’interprétations pour un texte sans cesse déclaré interdit à l’interprétation et interdit à toute amendement !

Mais qu’importe, cela est de la responsabilité de l’Islam et chacun peut croire ce qu’il veut jusqu’à la déraison tant que qu’il ne nuit à personne. L’Islam serait une religion de paix et pourtant…

Les terroristes palestiniens incitent les foules à la haine sur le mont du Temple (photomontage Hamas)

Pourtant, le 11 août 2019, le 9 du mois d’av, lors de la coïncidence des fêtes, après la prière dans la mosquée el-Aqsa, sur l’esplanade, des Palestiniens commencent à lancer des projectiles contre les policiers qui ont dû utiliser des grenades assourdissantes pour disperser la foule hostile. Le Croissant-Rouge palestinien fait état de 61 blessés puis se limite à 14 ; il y en a 4 dans les rangs de la police qui procède à 7 arrestations.

Les évènements ont toujours du sens. Utilisation de la religion à des fins politiques ou de la politique à des fins religieuses ? L’émeute est clairement un alibi, comme d’habitude. Il s’agit d’exclure l’autre, même pour de simples commémorations systématiquement perçues illégitimes puisqu’étrangères aux dogmes musulmans. Ces musulmans doivent être sartriens : l’enfer c’est les autres, les non-musulmans.

La police, inquiète, bloque l’accès aux Juifs qui, s’ils sont autorisés à y accéder à de rares heures, n’ont pas le droit d’y prier ; exigence du waqf musulman… ce n’est, évidemment, ni de l’apartheid, ni de l’antisémitisme de leur part. Pour les Juifs, le jour est jour de deuil majeur, il commémore la destruction du Temple de Jérusalem par deux fois : en -587 par les Babyloniens de Nabuchodonosor puis en 70 par les Romains de Titus ; le site est labouré et salé le 9 av suivant ! Pour les Juifs le 9 av est un jour de catastrophes[5]. C’est un jour de deuil et de prières.

Face aux débordements violents de la foule musulmane, la police bloque l’entrée aux Juifs mais finalement rouvre la seule porte par laquelle quelques centaines peuvent accéder à l’esplanade qui fut le parvis du Temple. La police doit les protéger. La police avait-elle cédé à la pression des pèlerins juifs ou avait-elle compris qu’accepter la pression de musulmans violents est accepter la dhimmitude, se soumettre au djihad ?

Immédiatement, la Jordanie et l’OLP dénoncent l’agression contre l’esplanade des mosquées (il n’y en a qu’une, le dôme doré n’est pas une mosquée), la Ligue arabe blâme et en appelle à la communauté internationale pour éviter une bataille religieuse dans la ville sainte de Jérusalem… Toujours la même rhétorique, le même mécanisme. Tout est susceptible d’être un alibi pour une revendication religieuse ou raciale comme pour une levée de foule dite en colère. Alibi pour une susceptibilité toujours exacerbée qui ne tient jamais compte de l’Autre… L’affaire est vraiment une affaire déséquilibrée.

Après cette dernière émeute bruinent, évidemment, les condamnations des pays européens habituels. Peut-être, la mollesse de ces dernières est-elle un changement, les condamnations européennes furent sans vigueur. Ou bien, est-ce dû au fait que le même jour, un gazaoui ait ouvert le feu sur des soldats israéliens à travers la barrière de sécurité et que, la veille, quatre autres gazaouis aient tenté une infiltration, armés de fusils d’assaut, de lance-roquette et de grenades ? Trop d’événements s’étaient télescopés. Ou, peut-être enfin, l’Europe commence-t-elle à comprendre le mécanisme ? À comprendre que pour s’aider, il ne faut pas céder.

La réalité de l’intrication du politique et du religieux dans le monde musulman continue de faire des ravages. Amour pour leur propre vision mais jamais de tolérance dans cette intrication mortifère. En toute saison, les alibis pleuvent comme les averses d’automne pour se faire financer des mosquées par des prières de rue qu’on ne voit qu’en Europe, pour y imposer partout les coutumes alimentaires ou vestimentaires des pays qu’ils ont fuis, pour justifier des attaques au couteau pour des voix entendues, c’est vrai, il faut être déséquilibré…

Encore une fois, pour survivre à la pression permanente de certains affidés de l’Islam, pour s’aider, il ne faut pas céder. Sinon, c’est l’assurance de mourir et peut-être pas de mort lente.

Ou espérons que, rapidement, Ismaël entende le rire d’Isaac.

Richard Rossin

 


Notes

[1] Issac :I l rira. En ce temps les Cananéens sacrifiaient par le feu leur fils aîné à leur dieu Moloch.

[2] Sa’y consiste à parcourir 7 fois la distance entre al-Safa et al-Marwa dans l’intention de réaliser l’action requise pour le hadj. Sa’y est une action obligatoire dans le hadj.

[3] Notamment Ibn Mas’ûd, Qatâda, Mas’rûq, ‘Ikrima, ‘Atâ, Muqâtil, az-Zuhrî, al-Qurtubi…

[4] Dieu a entendu.

[5] Défaite de Bar Korba le 5 août 135, prêche de la première croisade par Urbain II le 14 juillet 1095, expulsion des Juifs d’Angleterre le 8 juillet 1290 (le massacre des Juifs d’York avait eu lieu le 9 d’av un siècle plutôt), expulsion des Juifs d’Espagne le 2 août 1492, déportation des derniers Juifs du ghetto de Varsovie le 23 juillet 1942…


 

Pour citer cet article

Richard Rossin, « Et Ismaël entendra le rire d’Isaac. 2019, la coïncidence 9 av-aïd al-Adah », Le CAPE de Jérusalem, publié le 9 septembre 2019: http://jcpa-lecape.org/et-ismael-entendra-le-rire-disaac-2019-la-coincidence-9-av-aid-al-adah/

Illustration de couverture : Le Kotel ou mur occidental (photo GPO).

NB : Sauf mention, toutes nos illustrations sont libres de droit.

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1 Comment

  1. Très bel article qui a l’avantage de rappeler l’histoire biblique, la lecture musulmane du sacrifice d’Isaac et l’usage pervers qu’en font aujourd’hui les Palestiniens et de nombreux Musulmans avec eux. De façon générale, il y a une volonté affirmée de nier la légitimité sur les lieux saints du judaïsme, entre autres Hébron, la tombe de Joseph, la tombe de Rachel, et bien sûr l’esplanade DES mosquées (Richard Rossin a raison de rappeler qu’il n’y a qu’une mosquée à cet endroit). Espérons qu’un jour le monde reconnaîtra cette tentative de substitution. Merci à Richard Rossin qui, après une carrière de médecin où il a participé au sauvetage des Juifs d’Ethiopie, a fait le choix de vivre en Israël.

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