Des fissures dans l’axe Iran-Hezbollah-Russie en Syrie

wikipedia-segallLes nouvelles se multiplient sur les affrontements entre l’armée syrienne et les combattants du Hezbollah dans la région d’Alep. Le 16 juin 2016, on apprend que plusieurs milices du Hezbollah ont été tuées lors d’une attaque de l’aviation syrienne. 

La milice chiite libanaise a nié l’incident meurtrier et accusé certains services du Renseignement, et en particulier la CIA américaine, de créer des querelles avec la coalition dirigée par la Russie.

Une tension existe sans doute au sein de cette coalition et elle s’accentue en raison de la forte implication de la Russie dans l’élaboration d’une « solution diplomatique et pacifique » à la crise syrienne. Cette médiation de Moscou n’est pas vue d’un bon œil par les différentes composantes de la coalition pro-Assad, en particulier le Hezbollah.

En vérité, la Russie produit de nombreux efforts pour écrire une nouvelle Constitution pour la Syrie. Le journal libanais Al-Akhbar, qui reflète le point de vue de la direction du Hezbollah, affirme être en possession du projet de texte de cette nouvelle Constitution, et il précise que des dirigeants syriens ont même apporté leur propres commentaires et observations, bien que le président Assad nie, pour sa part, toute intervention.

Déjà, en mai 2016, Al-Akhbar avait publié de premières informations sur la question du rôle de la Russie dans l’élaboration de la Constitution. Il est clair que l’Iran et le Hezbollah ne souhaitent pas que la Russie agisse à sa manière pour mettre fin à la guerre civile en Syrie. En dépit de la coopération de l’Iran avec Moscou, qui est apparemment pilotée par Qasem Soleimani, commandant de la Force al-Qods au sein des Gardiens de la Révolution iranienne, il existe des divergences fondamentales sur l’avenir de la Syrie une fois que la crise sera passée.

Cette tension affecte surtout le régime d’Assad, qui se trouve entre le marteau russe et l’enclume iranienne d’autant plus que des affrontements dégénèrent quotidiennement entre les diverses forces et milices opérant en Syrie.

Les dirigeants iraniens soulignent la nécessité de maintenir une forte présence en Syrie. Pour eux, la présence iranienne en Syrie et en Irak vise à protéger les frontières de l’Iran contre les menaces de l’Arabie saoudite et d’Israël, et à protéger les sanctuaires chiites dans ces pays voisins. Toujours selon les dirigeants iraniens chargés de la défense nationale, Alep et Fallujah, ainsi que d’autres régions en Irak et en Syrie, constituent une première ligne de résistance, et le combat contre l’État islamique se poursuivra jusqu’au bout, pour s’achever le jour de sa destruction totale. .

Maintenant, à la lumière des défaites de l’Etat islamique et des pertes territoriales en Syrie, Irak et Libye, la question qui se pose concerne la fragile et sensible unité de l’axe Syrie-Iran-Russie. Le Hezbollah est sans doute prêt à payer un lourd tribut – humain et politique sur la scène libanaise – mais il se retrouve dans une situation problématique car il sera contraint, sous les fortes pressions iraniennes, d’encaisser les dégâts sans tirer aucun profit.

Il convient de souligner aussi que le Hezbollah poursuit son intervention dans la guerre au Yémen et bien entendu en Irak, où ses conseillers sont au service des milices chiites qui s’efforcent de libérer l’Irak du joug de l’État islamique.

Le théâtre syrien se complique de plus en plus pour l’Iran. La possibilité de perdre une sphère d’influence et des activités opérationnelles en Syrie, principalement en raison de l’intérêt croissant de la Russie, est profondément troublant pour Téhéran.

Toutes les critiques internes et le nombre élevé de victimes dans ses rangs ne changeront guère sa politique. La Syrie demeure pour les Ayatollahs l’une de leurs principales lignes de défense, non seulement à cause de la proximité frontalière avec Israël et le Liban, mais surtout parce qu’elle est l’arène principale dans la compétition hégémonique face à l’Arabie saoudite et aux Etats du Golfe pour façonner le nouvel ordre régional et international au Moyen-Orient, toujours plongé dans la tourmente du Printemps arabe.

Michael Segall

 


Pour citer cet article :

Michael Segall, « Des fissures dans l’axe Iran-Hezbollah-Russie en Syrie », Le CAPE de Jérusalem : http://jcpa-lecape.org/quallaient-ils-faire-dans-cette-galere/


N.B. : Toutes nos illustrations sont libres de droits.

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