L’avenir des relations avec la Turquie

La Turquie et Israël viennent de nommer et d’échanger des ambassadeurs.

Ainsi, la normalisation entre les deux pays reprend enfin le dessus, après de longues années de refroidissement et de crises provoqués par l’affaire de la flottille du Marmara.

Quelle sera désormais la politique d’Erdoğan dans notre région après la dernière tentative du coup d’Etat contre son régime ? Quelles seront ses intentions à l’égard des Palestiniens et particulièrement vis-à-vis du Hamas et de l’Egypte ? Comment va-t-il poursuivre son combat contre le PKK et Daesh ?

La reprise de la normalisation avec Israël va-t-elle tempérer ses ambitions hégémoniques ? Amélioreront-elles ses relations avec les Etats-Unis de Trump et avec la Russie de Poutine ? L’échec du coup d’Etat et l’accord avec Israël conduiront-ils Erdogan à devenir moins « islamique » et plus « nationaliste turc» ? Tant de questions qui n’ont pas de réponses faciles et immédiates.

L’aide de la Turquie dans la bande de Gaza aura sans doute plusieurs implications sur les différents acteurs de la région et surtout sur l’Egypte et l’Iran qui demeurent de farouches adversaires d’Erdogan. La reconstruction de Gaza par la Turquie se fera également au détriment des interventions humanitaires de l’Union européenne.

Il est à souligner qu’au cours de la tentative du dernier coup d’Etat en Turquie, le Fatah et le Hamas avaient exprimé un soutien inébranlable à Erdogan, alors que les organisations palestiniennes liées à la Syrie se sont abstenues. Le Front populaire et le Jihad islamique, alliés de l’Iran, avaient critiqué sévèrement la normalisation entre Jérusalem et Ankara.

La Turquie et Israël ont signé un accord de réconciliation en juin 2016. Selon cet accord, Israël dédommageait les familles des 9 Turcs tués lors de l’arraisonnement du Marmara, et en contrepartie Ankara s’engageait à annuler toutes les poursuites judiciaires à l’encontre des soldats de Tsahal.

Bien que la Turquie ait insisté sur le fait que le blocus maritime soit levé, l’accord prévoit, pour l’acheminement des marchandises vers la bande de gaza, l’utilisation du port d’Ashdod sous contrôle israélien.

Juste après la signature de l’accord, la Turquie a été secouée par une tentative de coup d’Etat, suivie d’une forte purge d’éléments politiques indésirables, éclipsant ainsi le rôle d’Erdoğan dans l’attaque de grande envergure pour la reprise de Mossoul des mains de Daesh.

Dans ce contexte et devant la nouvelle donne géopolitique la question est de savoir où se dirige vraiment la Turquie d’Erdogan ?

La Turquie se trouve au carrefour de son destin. Elle est plongée dans un grand dilemme sur sa propre identité. Est-elle avant tout turque ou musulmane, néo-ottomane ? Si la Turquie choisit l’identité “turque”, eh bien, une véritable réconciliation israélo-turque sera possible, mais si Erdoğan choisit définitivement de suivre le chemin musulman et néo-ottoman, les obstacles surgiront et pourront ralentir la réconciliation.

Les relations avec Ankara seront également affectées par les liens entre la Turquie et les Palestiniens de la bande de Gaza et de Cisjordanie, et aussi sur l’avenir du statut de Jérusalem. Soulignons que la Turquie soutient la confrérie des Frères musulmans, et elle est discrètement omniprésente à Jérusalem-Est. Elle avait soutenu la violente campagne “al-Aqsa est en danger” sur le Mont du Temple. Elle avait encouragé, l’ancien Mufti, Akrama Sabri, le dirigeant islamiste arabo-israélien, Raed Salah, ainsi que le Hamas, à poursuivre les manifestations. Si malgré la normalisation, elle décideun jour de relancer la campagne islamique sur le Mont du Temple, pour aussi favoriser son statut de puissance régionale, il est clair qu’une nouvelle crise surgira. Pour l’heure, il n’existe pas de frictions, mais nous devrions demeurer vigilants car elles pourraient bien surgir à l’avenir.

Enfin, la reprise de la normalisation avec la Turquie aura bien entendu un impact sur nos relations commerciales et notamment sur l’accord gazier signé entre les deux pays.

Les Palestiniens en général et le Hamas en particulier souhaitent un rôle d’influence de la Turquie craignant selon eux « une seule l’hégémonie israélo-iranienne dans la région. »

En conclusion, l’avenir des relations israélo-turques dépend du choix d’Erdoğan, entre la volonté de sauvegarder et développer les intérêts de son pays, ou de s’aligner aux Frères musulmans.

Pinhas Inbari

 


Pour citer cet article :

Pinhas Inbari, « L’avenir des relations avec la Turquie », Le CAPE de Jérusalem : http://jcpa-lecape.org/avenir-des-relations-avec-la-turquie/

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