L’armée chinoise combat les Ouïghours en Syrie

L’interminable conflit syrien surprend à chaque fois les observateurs.

Nous apprenons ces jours-ci l’arrivée dans le port de Tartous, en Méditerranée, de la première unité des forces spéciales de l’armée chinoise, « les Tigres de la Nuit ».

Selon les médias arabes proches des régimes d’Assad et des Ayatollahs, et notamment les informations de la chaîne Al-Mayadeen, cette unité a été envoyée par Pékin pour combattre les Ouïghours, une ethnie chinoise musulmane qui lutte avec les forces rebelles contre le régime d’Assad.

Selon l’ambassadeur syrien en Chine, quelque 5 000 Ouïghours de la province chinoise du Xinjiang sont actuellement en Syrie. 

Le président Assad avait déjà souligné la « coopération importante » entre la Syrie et les services secrets chinois contre les militants ouïghours. Suite à la visite effectuée en mai 2016 à Damas par l’amiral chinois, Guan Yufi, des instructeurs de l’armée chinoise sont depuis présents sur le terrain pour former les forces syriennes à pratiquer et à s’adapter aux armes fabriquées en Chine, à la collecte du Renseignement militaire ainsi qu’à la logistique et à la médecine de campagne.

Depuis le début de la guerre civile en Syrie et en Irak, les Ouïghours se sont rassemblés au Moyen-Orient et ont rejoint les forces rebelles combattant le régime Assad et le régime chiite soutenus par l’Iran en Irak. Les Ouïghours se sont joints à diverses milices djihadistes, telles que le Front Jabhat al-Nusra, Hayaat Tahrir el-Sham et l’Etat islamique.

Le gouvernement chinois a affirmé qu’un millier de séparatistes de la province du Xinjiang avaient obtenu une formation terroriste en Afghanistan et il affirme avoir déjà arrêté une centaine d’entre eux à leur retour à Xinjiang.

Des combattants ouïghours filmés sur une vidéo djihadiste en Syrie (ZeroHedge)

Le gouvernement central chinois a poursuivi une politique visant à neutraliser les tendances séparatistes dans cette région de la Chine, mais sans résultats tangibles.

Les restrictions religieuses chinoises imposées aux musulmans dans la province du Xinjiang ont conduit plus d’une centaine de combattants à rejoindre Daesh. Les attentats perpétrés par les Ouïghours sont censurés par le gouvernement central et les journalistes ont du mal à rapporter des nouvelles précises en provenance de la région.

La défaite de l’Etat islamique en Irak et les succès récents des troupes syriennes contre les rebelles incitent Pékin à trouver une solution rapide avant que des centaines de combattants ouïghours ne rentrent chez eux après avoir combattu dans les rangs des rebelles.

Dans ce contexte, on peut donc comprendre l’urgence du gouvernement chinois de déployer ses troupes d’élite en Syrie pour éviter le flux possible de combattants ouïghours vers la Chine. Parallèlement, et en contrepartie, Pékin a exprimé au régime syrien son intérêt à participer à l’effort de reconstruction de la Syrie et sa volonté d’investir des milliards de dollars dans ce pays détruit par la guerre.

Jacques Neriah

 


Pour citer cet article :

Jacques Neriah, « L’armée chinoise combat les Ouïghours en Syrie », Le CAPE de Jérusalem, publié le 24 décembre 2017: http://jcpa-lecape.org/armee-chinoise-combat-ouighours-en-syrie/

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