Abbas rejette le nouveau plan de paix américain

Le 20 février 2018, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas s’est adressé au Conseil de sécurité de l’ONU. 

Dans son discours, dont les principaux points sont reproduits ci-dessous, il a présenté un plan pour résoudre le conflit israélo-palestinien. 

En réalité, l’objectif principal de Mahmoud Abbas est de mettre un terme au « deal du siècle » que le président américain Donald Trump est en train de formuler sur tous les plans.

Après avoir affirmé que l’administration américaine avait perdu sa capacité à servir de médiateur impartial, Mahmoud Abbas a choisi de s’adresser directement au Conseil de sécurité des Nations-Unies et de solliciter son intervention pour obtenir le statut de membre à part entière des Nations-Unies.

Le schéma politique de Mahmoud Abbas présente une approche modérément extérieure. Cependant, dans la pratique, cela montre une adhésion sans compromis des Palestiniens et un retour sur les principes de base de la lutte armée dont le but ultime serait la destruction d’Israël par étapes. Tout d’abord, Mahmoud Abbas exige la reconnaissance internationale d’un Etat palestinien dans les lignes du 4 juin 1967. Ce type de reconnaissance, si elle devait se réaliser, rendrait la nécessité de négociations sur la plupart des questions débattues complètement superflue. Pourquoi donc accorder d’ores et déjà tous les droits au peuple palestinien ?

En outre, en ce qui concerne le sort des « réfugiés » et leurs descendants, Mahmoud Abbas trompe la communauté internationale.  Il présente l’initiative de paix arabe de 2002, approuvée par la Ligue arabe en 2017, comme une «solution juste et acceptée». Sa position exige la mise en œuvre de toutes les résolutions des institutions internationales concernant les réfugiés, conformément à l’interprétation palestinienne de ces résolutions. En d’autres termes, il s’agit d’une revendication  intransigeante pour permettre l’accomplissement du « droit au retour » sur le territoire israélien, de millions de Palestiniens. Ce serait au détriment de la population juive, qui serait déplacée des communautés existantes où ils vivent aujourd’hui. Le schéma politique de Mahmoud Abbas exige tous ces droits à travers la reconnaissance internationale d’un Etat palestinien conformément aux lignes de 1967. Toutefois, et sur ce point de vue, le problème des « réfugiés » ne sera pas résolu et persistera de plus belle.

Dans son discours devant le Conseil de sécurité de l’ONU, Mahmoud Abbas a réitéré qu’il rejetait tout droit historique, religieux ou autre de la nation juive sur n’importe quelle partie de la Terre d’Israël :

« Nous [les Palestiniens] sommes les descendants des Cananéens qui ont vécu sur la terre de Palestine il y a 5 000 ans », a affirmé Mahmoud Abbas, niant les faits historiques concrets qui relient le peuple juif à cette terre depuis des milliers d’années. Avec la Déclaration Balfour, souligne Mahmoud Abbas, le gouvernement britannique a accordé des droits qu’il ne possédait pas à ceux qui n’étaient pas éligibles pour les recevoir. En d’autres termes, Mahmoud Abbas rejette le droit de la nation juive à établir une patrie nationale en Terre d’Israël.

Mahmoud Abbas s’engage à « promouvoir une culture de paix et un rejet de la violence. » Pourtant, la même Autorité Palestinienne encourage les actes de violence dans le cadre de l’Intifada. Elle refuse de déclarer les organisations palestiniennes terroristes. En outre, l’Autorité palestinienne tente de parvenir à un accord de réconciliation avec le Hamas et le Jihad islamique et de les intégrer au sein de l’OLP et des institutions gouvernementales.

En réalité, Mahmoud Abbas admet en substance que l’Autorité palestinienne qu’il dirige ne maitrise pas la situation dans la bande de Gaza, dirigée par le régime du Hamas. Cela signifie que Mahmoud Abbas ne peut pas représenter le peuple palestinien ni accepter des résolutions en leur nom en ce qui concerne les questions stratégiques. La direction du Hamas n’est pas prête à offrir des compromis essentiels dans les négociations sur la mise en œuvre des divers accords de réconciliation qu’elle a avec l’Autorité palestinienne. Apparemment, ce point de vue est basé sur l’hypothèse que les jours de l’octogénaire Mahmoud Abbas sont comptés. Le Hamas a mis l’accent sur le renforcement de la position de son leadership en tant que pouvoir politique alternatif. Il prépare les bases d’une nouvelle approche, en coopération avec l’OLP, à la suite de l’ère Mahmoud Abbas.

 


Annexes

Extraits du discours de Mahmoud Abbas devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, le 20 février 2018

Premièrement : nous appelons à la convocation d’une conférence internationale de paix d’ici mi-2018, basée sur le droit international et les résolutions pertinentes des Nations Unies, avec une large participation internationale et comprenant les deux parties concernées et les parties prenantes régionales et internationales, parmi lesquelles les membres permanents du Conseil de sécurité et du Quartet international, comme c’était le cadre de la Conférence de paix de Paris et comme envisagé pour la conférence qui se tiendra à Moscou conformément à la résolution 1850 (2008). Les résultats de cette conférence devraient être les suivants :

1. Acceptation de l’État de Palestine en tant que membre à part entière des Nations Unies et appel au Conseil de sécurité à cet égard, compte tenu de la résolution 67/19 du 29 novembre 2012 de l’Assemblée générale et garantie de la protection internationale de notre peuple.

2. Reconnaissance mutuelle entre l’Etat de Palestine et l’Etat d’Israël sur la base des frontières de 1967.

3. La formation d’un mécanisme multilatéral international qui aidera les deux parties dans les négociations pour résoudre les questions de statut permanent définies dans les Accords d’Oslo (Jérusalem, frontières, sécurité, colonies, réfugiés, eau et prisonniers), conduira ces négociations sur la base du droit international et les résolutions pertinentes des Nations Unies, et mettre en œuvre ce qui doit être convenu dans un délai déterminé et avec des garanties pour cette mise en œuvre.

Deuxièmement : pendant la période de négociations, toutes les parties doivent s’abstenir de toute action unilatérale, en particulier celles qui préjugeraient de l’issue d’une solution finale, énoncée à l’article 31 des Accords d’Oslo de 1993. La cessation le territoire occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, et la suspension de la décision concernant Jérusalem et l’arrêt du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment les résolutions 476 (1980), 478 (1980), 2334 (2016), et la résolution ES-10/19 de l’Assemblée générale. Dans le même temps, l’État de Palestine s’abstiendrait de se joindre à d’autres organisations, comme nous nous y étions déjà engagés. (A savoir 22 organisations internationales sur 500 organisations et traités.)

Troisièmement : la mise en œuvre de l’Initiative de paix arabe, telle qu’adoptée et approuvée, et la conclusion d’un accord régional sur la conclusion d’un accord de paix entre les Palestiniens et les Israéliens. À cet égard, nous devons réaffirmer les termes de référence pour toute négociation à venir et ils sont les suivants:

1.Respect du droit international et des résolutions pertinentes, y compris les résolutions 242 (1967), 338 (1973) du Conseil de sécurité jusqu’à la résolution 2334 (2016) et l’Initiative de paix arabe, ainsi que les accords signés.

2. Préservation du principe des deux États, à savoir l’État de Palestine, avec Jérusalem-Est comme capitale, vivant côte à côte avec l’État d’Israël en paix et en sécurité sur la base des frontières du 4 juin 1967, et rejet de solutions et un état des frontières provisoires.

3. Acceptation d’échanges fonciers minimaux, à valeur et ratio égaux, avec l’accord entre les deux parties.

4. Jérusalem-Est comme capitale de l’État de Palestine et une ville ouverte pour les fidèles des trois religions monothéistes.

5. Assurer la sécurité des deux États sans porter atteinte à l’indépendance et à la souveraineté de l’un ou de l’autre en raison de l’existence d’une tierce partie internationale.

6. Une solution juste et convenue pour les réfugiés de Palestine sur la base de la résolution 194 (III) et conformément à l’Initiative de paix arabe et, en attendant une solution juste, la poursuite de l’engagement international et du soutien à l’UNRWA.

Jonathan D. Halevi

 


Pour citer cet article :

Jonathan D. Halevi, « Abbas rejette le nouveau plan de paix américain », Le CAPE de Jérusalem, publié le 21 février 2018: http://jcpa-lecape.org/abbas-rejette-le-nouveau-plan-paix-americain/


Illustration : Mahmoud Abbas au Conseil de sécurité de l’ONU, le 20 février 2018 (capture d’écran C-Span).

NB : Sauf mention contraire, toutes nos illustrations sont libres de droit.

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